Mort le Ik décembre
20 HISTOIRE DE lîION TEMPS. [1852
considérée comme un symptôme de confiance dans le rétablissement et le progrès de la tranquillité intérieure. »
Cette apparence de parti-pris de la part du vicomte Palmerston d agir de lui-même dans des circonstances aussi graves, ce manque de déférence envers des collègues, irrita profondément ceux-ci. Lord John Russell réunit aussitôt le conseil, en dépit d'une longue lettre par laquelle le ministre des affaires étrangères lui donnait les raisons qui le rendaient si favorable au coup d'État du président Louis-Napoléon. Dans ce conseil, lord John n'hésita pas à demander que son collègue fut exclu du cabinet, et, ryant rencontré une adhésion formelle, il partit aussitôt pour la résidence royale où la reine signa le remplacement de lord Palmerston par le comte Gran ville.
Lord Palmerston tenait depuis plus de cinq années le portefeuille des affaires étrangères, et Ton comprend toute l'impression que produisit en Angleterre et l'incident lui-même et la modification ministérielle qui en fut la conséquence.
Du reste, lorsqu'après l'ouverture du Parlement, lord John Russell, donnant des explications sur ce qui s'était passé, en vint à parler en ces termes de la révolution qui s'était accomplie en France : « Je me bornerai à dire que le président de la République française, ayant tous les moyens d'informa-
tion qu'il possède, s'est, sans aucun doute, décidé pour les mesures qu'il a prises après avoir bien examiné l'état de la France et s'être assuré que le parti qu'il adoptait était le plus propre à assurer le bien-être du pays qu'il gouverne, » des murmures accueillirent ces paroles.
Telle était la physionomie de Popinion en Angleterre.
Dans le nord de l'Europe, l'acte du 2 décembre fut diversement accueilli : la Russie ne vit d'abord dans le triomphe du prince-président que la chute du système parlementaire en France, et sous ce rapport le tzar Nicolas* éprouva un vif mouvement de satisfaction. La réussite du coup d'État, c'était une défaite écrasante des principes révolutionnaires; la victoire sur le socialisme dans les départements français détruisait d'un seul coup la ligue démagogique qui partout avait ses affiliés, ses ramifications. L'empereur Nicolas ne s'était jamais fait faute, du reste, d exprimer cette opi- •nion qu'il n'y avait que deux formes de gouvernement qu'il put comprendre : l'absolutisme et la république; cette dernière ne pouvant exister, d'ailleurs, que dans certains terrains primitifs et dans certaines conditions données. Quant aux formes intermédiaires, c'est-à-dire constitution-