Histoire du Consulat et de l'Empire^ t. I, p
bien que quelques exemples de ce genre se soient produits, à la grande honte de l'humanité. Il était même arrivé que dans l'empressement de former une commission consultative à côté du pouvoir nouveau, et en publiant une première liste, on y avait tout d'abord introduit des noms qui ne s'y devaient point trouver, car des réclamations souvent trèsvives furent la conséquence de cette publication prématurée, et celle de M. Léon Faucher, ancien ministre de l'intérieur, fut Tune des plus remarquées. Il faut ajouter que, des gouvernements qui avaient précédé en France celui qui résultait de l'acte du 2 décembre, aucun ne s'était trouvé, à ce point de vue, dans une situation pareille : ainsi le Consulat avait, après le 18 brumaire, hérité de tous les hommes de valeur du régime précédent en n'excluant que les ultra -révolutionnaires, et encore quelques-uns de ces derniers étaient-ils parvenus à se glisser au sein du pouvoir. L'Empire qui n avaitété que la transformation du consulat n'avait eu que quelques éliminations à faire pour se créer, en tous genres, le plus admirable personnel de fonctionnaires qu'il ait jamais été donné à un gouvernement de posséder. La Restauration en accueillant les hommes du régime précédent qui lui promettaient fidélité et en joignant leurs lumières à celles que renfermait le parti royaliste était également parvenue à former un noyau gouverne-
mental des plus remarquables. Louis XVIU connaissait par lui-même tous les royalistes qui l'avaient entouré. MM. de Talleyrand et Fouché pouvaient lui faire suffisamment connaître les autres. Quant à la monarchie de juillet, toute une jeune génération politique se trouva sous sa main indépendamment des hommes appartenant encore au régime impérial et qui avaient fait de l'opposition au gouvernement précédent. Citer (et pour ne prendre que les plus connus) des noms comme ceux de MM. Guizot, Molé^ Thiers^ de Broglie, Pasquier, Dupin, Gérard, Bugeaud, Villemain^ Salvandy, Decazes, deSainte-Aulaire, de Barante, c'est dire que, dans toutes les branches des grands services de l'État, le roi Louis-Philippe n'avait que le souci et l'embarras du choix. La république de 1848, elle-même, lorsqu'elle eut trouvé son premier modérateur, le général Gavaignac, et qu'une seconde assemblée, l'Assemblée législative, réunit, sinon fraternellement , du moins confusément, des individualités appartenant à toutes les religions politiques, la république de 1848 eut sous la main une foule d'hommes éminents dans tous les genres, dans chaque spécialité.
Presque toutes ces individualités éminentes ayant fait une violente opposition au Prince-Président et tenant à la république parce que, disaient-elles avec raison w la république était la forme gouver-
nementale qui les divisait encore le moins » il s'ensuivit que les hommes firent presque absolument défaut au gouvernement du 2 décembre. Quant à la génération politique nouvelle, très-peu nombreuse d'ailleurs à cette époque difficile où il fallait du courage pour arborer résolument son drapeau , il y eut des erreurs commises, erreurs inévitables peut-être, mais qui prouvaient que l'on ignorait les antécédents, les aptitudes, la valeur spéciale des hommes que Ton employait souvent ailleurs que là où ils auraient pu rendre de réels et de grands services, toutes choses auxquelles Napoléon 1" donnait une très-sérieuse attention et qu'il savait démêler si vite. Mais il faut ajouter, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que Napoléon P"" se trouvait , à ce point de vue dans des conditions différentes de celles où son neveu était placé. Gomme l'a si bien fait remarquer son historien, M. Thiers, « étranger aux individus qui avaient figuré dans la révolution il y suppléait en s'aidantdu témoignage de ses collègues» le Prince- Président n'avait pas de collègues.
A dater de Tacceptation du plébiscite présenté aux votes du peuple français une triple tache incombait au chef du gouvernement : la promulgation de la constitution nouvelle, les mesures d'administration et de sûreté intérieures, la composition des grands corps de l'État.
Parlons d'abord de la Constitution.
Elle fut mise au jour le 14 janvier 1852*. Imparfaite peut-être^ comme toute œuvre humaine, mais renfermant en elle-même les conditions du développement et de l'amélioration cette constitution, ainsi que nous l'avons déjà dit, répondait assez exactement, suivant nous, aux exigences du tempérament national, comme à celle des circonstances et aux allures du caractère français, plus amoureux, au fond, d'égalité que de liberté. Modelée sur la constitution de Fan VIII, elle présentait avec son Sénat inamovible et pondérateur, son Corps législatif élu par le suffrage universel et son conseil d'État^ chargé d'élaborer et de soutenir les lois, un certain ensemble de garanties réelles (comme on dit en Allemagne) et un modèle de gouvernement consultatif pour ceux qui préfèrent cette forme gouvernementale à toute autre; en un mot, non-seulement elle pouvait rassurer le pays, mais encore lui donner une idée favorable du régime dans lequel on entrait.
Nous aurons à nous expliquer plus tard sur la portée des concessions inattendues qui, à huit années de distance, le 24 novembre 1860, ont accordé des droits nouveaux aux corps délibérants, concessions faites spontanément par le chef de