DE L'AUTEUR
IWLoN projet est de revoir \ Histoire de mon temps y que j'ai commencée il y a vingt années, et que j'ai continuée sans interruption jusqu'à ce jour. Plusieurs motifs m'engagent à ce travail. Dès ma première jeunesse j'ai suivi de plus près les affaires qu'on ne le &ît communément à cet â,ge^ par la raison que mon père, lié de tout temps avec les principaux meneurs des divers partis, puis ayant vécu dans la retraite, sans autre occupation que celle d'être mou unique précepteur, prenait une sorte de plaisir à m^initier dans tous les secrets delà politique de notre époque. Comme c'était un homme d'une probité et d'une piété éminente , je ne puis avoir aucun doute sur sa sincérité \ et quant à la bonté de son jugement, elle m'est suffisamment garantie par l'impartialité lumineuse dont je l'ai vu faire preuve en mille occasions; car, Lien qu'il portât au Roi et à son parti un attachement si inébranlable qull fut peut-être le seul exemple en Ecosse d'un homme de quelque distinction qui , pendant toute la durée des troubles , n'eût jamais reconnu, encore moins servi, une autre autorité que l'autorité royale, il déplorait cependant très-franchement les fautes do gouvernement du Roi
xvj PRÉFACE
et celles des ëvéques écossais. De fort bonne heure donc Tinlelligence des affaires de ma patrie fut un de mes avantages.
M'étant trouvé bientôt après en relation avec diverses personnes qui étaient ou avaient été ministres d'Etat, et dont quelques unes m'honorèrent de leur intimité, je ne manquai pas de tirer d'elles autant de détails et d'éclaircissemens que je le pus. Les papiers du duc de Hamilton m'apprirent beaucoup de choses qui n'avaient pas de place dans leurs Mémoires, ou qu'il n'eût pas été à propos de divulguer dans le temps où je publiai cet ouvrage^ car d'une part il ne pouvait être imprimé sans l'autorisation du gouvernement , et de l'autre il ne devait rien contenir que ne pût avouer la famille , c^est-à-dire qu'il fallait en retrancher tout ce qui était étranger aux fonctions publiques des deux frères , ou était de nature à déplaire à quelque autre famille importante. Enfin depuis trente ans environ j'ai vécu au milieu de tous les gens sur qui a roulé le gouvernement de la Grande- Bretagne pendant tout cet intervalle , jouissant de toute la confiance de la plupart d'entre eux , et leur agent dans mainte circonstance importante : quelle situation meilleure, je le demande, pour savoir à fond ce qu'on nomme le dessous des cartes?
Le sentiment du prix de celte situation me fit entreprendre , il y a vingt ans , d'écrire tout ce qui était venu à ma connaissance jusqu'à ce jour*. Les événemens sur lesquels je n'avais que des données confuses, je les passais sous silence , et ne m'étendais que sur ceux que j'étais à même d'éclaircir. Mon
DE L'AOTECR. xvij
but i£tait de donner une idée des hommes, des caractères et des raisons cachées des détertnihations \ laissant aux gazettes et aux historiens du temps le soin de raconter le gros des ëvënémens publics. Tai voulu rendre mes lecteurs et moi-même plus sages et meilleurs, en exposant avec autant de clarté et d^impartialité que j'en étais capable le bon et le mauvais côté de tous les partis. Pour cela je me suis fait une loi de ne rien taire de ce que j'ai cru bon à faire connaître, et de présenter chaque chose sous son véritable aspect sans art ni déguisenient , sans égard pour les liens de parenté ou d'afiTection, sans acception de parti ni d'intérêt. Je le déclare donc au mionde entier, et j'en appelle très-humblement au Dieu de vérité; partout dans cette histoire j'ai dit la vérité , toute la vérité, telle qu'elle m'a apparu après de nombreuses et laborieuses recherches. Toutes les fois qu'il y a du doute dans mes récits , c'est qu'il m'a été impos-sible d'arriver à une conviction quelconque , et que je transmets religieusferaent à la postérité l'incertitude où je suis moi-même.
Quelques personnes trouveront que loin de favoriser mes confrères, je me suis montré envers eux plus sévère quenel'exigeaitlajustice la plus stricte. Je leur répondrai que mon zèle pour les vrais intérêts de la religion et du clergé m'a rendu plus jaloux de ne pas tromper dans l'avenir des gens vertueux et bien intentionnés tant de ma profession que de mon ordre, et de les délivrer des préjugés et des idées fausses qui' ne se rencontrent que trop sous notre robe , que de cacher ou d'excuser les fautes de ceux qui auront I. b
IVilj PREFACE
probablement disparu da théâtre du monde avant que cet ouvrage ne voie le jour. J'ai tracé le caractère des personnages les plus importans qui figureront danç mon Histoire, avec un soin , une étendue » une étude d'impartialité toutes particulières ; car neia ne guide plus sûrement ]b jugement , en fait d'événemens historiques , que de bien connaître le . caractère et les idées des acteurs principaux.
Si je me $uis quelquefois trop étendu sur les affaires d'Ecosse , on me le pardonnera en se rappelant Taffection qu'ont tous les hommes pour leur pays natal. Je ne change rien de ce que j'ai écrit du premier jet ^ je me contente seulement d'élaguer tout ce qui m'est pepsounel , ou ne regarde que ma famille 9 en sorte que mon ouvrage veste , à quelques retranchemens prè^. i le même ouvrage*
Je regarde qu'en le perfectionnant et en le complétant je fais de mes facultés et de n^ loisirs Vusage à la foi$ le plus agréable à Dieu, et le plus utile au moiide ; et cette idée , pour moi le premier des encouragemens, m'excite à redo.ublerd^ zèle et d'exactitude ; car autant le mensonge en histoire est d'un eflët plus durable et plus général que le mensonge d'homme à homme, autant il me parait plus criminel.
Il est possible que la longue expérience que j'ai faite de la bassesse , de la malice et de la fausseté du coeur ](^imain m ait poçté à trop mal penser des hommes eÇ^des partis ^ et je ne nie pas que le manque de charité et l'ambition de plusieurs ecclésiastiques ne m'aieiit quelquefois trop aigri contre eux : j'avertis
DE L'AUTEUR. XiX
donc mes lecteurs de rabattre quelque chose de la së^ vérité de mes jugemens , surtout eu ce qui concerne le clergé, bien que j'aie veillé sur moi et sur ma plume avec assez de soin pour espérer que j'aurais pu à la rigueur me dispenser de cette apologie.
Tai montré cette Histoire à plusieurs de mes amis, qui tous (je ne sais, il est vrai, à quel point leur affection pour moi les a aveuglés) ont pensé que cet ouvrage, lors surtout que je l'aurai retouché et poli, ce qui sera probablement l'occupation du reste de mes jours , était de ceux dont la publication n'est pas sans quelque utilité pour le monde. J'ai évité à des^ sein les périodes travaillées et les phrases à efièt , et n'ai ambitionné que le mérite d'une parfaite clarté, sachant préférer, quand il le fallait, à une concision obscure,desdéveloppemenslittérairement trop longs,
Maintenant, ô mon Dieu! Dieu de ma vie ! source de mon être! je t'offre cet ouvrage, à toi dont je me suis principalement proposé la gloire en le composant: fais qu'il rappelle ceux qui le liront à de justes réflexions sur les erreurs et les foliés humaines, et qu'illeurapprenne à reconnaître ta divine providence, à l'adorer et à ne faire fond que sur elle !