LIVRE PREMIER
Récapitulation sommaire ctè Vétdt des affairée d* Ecosse y tant ecclésiastiques que civiles, de^ puis le commencement des troubles jusqà^d la restauration de Charles lï^ èti 16G0;
vj'est le caractère des guerres civiles de laisser d« traces presque inefTaçables. Leurs effets étendus ^t multiplies par mille accidens impossibles à prévoir y abondent à leur tour en conséquences de détail qui se diversifient et se prolongent à l'infini. Il peut donc se flatter de se livrer à des ' recherches aussi profitables aux princes qu'aux sujets^ celui qui examine soigneusement l'origine tl les premiers symptômes de ces crises domestiques y observe leurs progrès y marque les fautes 6t les provocations réciproques ^ les mutuelles jalousies et les excès dans lesquels se jettent tour à tour les partis contraires. Ainsi y quoique les dernières guerres civiles qui ont ensanglanté notre pays ^ soient depuis long-temps terminées ^ I. 1
cependant y comme elles ont dëposé au milieu de nous des germes profonds de division et de haine ^ qui menacent à tout moment d'éclore de nouveau 9 ce sera encore, j'espère, un travail agréable à la fois et utile que de reporter les regards sur les premières causes de nos troubles , et d'étudier par quels degrés et quelle série d'éyénemens ils ont acquis leur force irrésistible , semblables à un incendie qu'une étincelle allume et qui se termine par un yaste embrasement.
La réforme en Ecosse fut populaire et parlementaire. Pendant le temps de ses plus grands progrès , la couronne était sur la tête d'une reine absente , ou d'un roi enfant , Jacques VI du nom , qui fut dans la suite Jacques P' d'Angleterre. Sous' la minorité de ce prince, les affaires furen^t conduites par les divers régens dans le sens de l'esprit dominant de la nation. Jacques , devenu majeur, trouva le royaume divisé en deux partis. L'un tenait pour les intérêts de la Reine-mère alors prisonnière en Angleterre. Ceux qui le composaient étaient en général ou papistes déclarés, ou gens indifférens à toutes les religions. L'autre , ennemi invétéré de Marie , était zélé pour la réforme , sous la dépendance de la cour d'Angleterre, et en méfiance des Français. Le Roi s'aperçut bientôt que ceux qui semblaient les plus dévoués à ses intérêts n'en étaient pas moins jaloux de son autorité et disposés à la res-
serrer dans les plus étroites limites. Il commença dès lors à prêter Foreille aux insinuations des par** tisans de sa mère^ sans cesse occupés à le mettre en défiance de leurs adversaires. Ils lui disaient que ceux qui avaient détrôné sa mère , pour le mettre à sa place , âgé d'un an seulement ^ avaient ruiné la monarchie et compromis l'indépendance en même temps que la sûreté de la couronne. Par eux, il s'était trouvé dans la situation toujours fâcheuse et difficile de s'être emparé du Bceptre d'une mère , tandis qu'elle était exilée et prisonnière. Ils ajoutaient qu'il n'était roi que de nom , puisque le pouvoir résidait réellement dans la main d'hommes n'agissant que sous la direction de la reine d'Angleterre.
Ces perfides discours auraient pris moins d'ascendant sur l'esprit du Roi , si les princes de la maison de Guise, ses cousins-germains, alors préoccupés de la grande pensée de faire passer la couronne de France de la maison de Bourbon dans la leur, n'avaient cru nécessaire à leurs projets d'occuper chez elle l'Angleterre par des troubles intérieurs et de mettre le roi d'Ecosse dans leurs intérêts. Ainsi , sous prétexte d'entretenir les aneiennes alliances entre ce pays et la France, ils y envoyèrent en ambassade quelques unes de leurs créatures. Dansle nombre^ se trouvait un jeune gentilhomme, d'une grâce exquise., et, en outre, le plus proche parent du
Hoi dans la ligne paternelle. A ce double titre; il deyint bientôt son favori ^ et fut créé par lui duc de Lenox. Il était connu pour être papiste ^ quoiqu'il eût fait semblant de changer de culte et d'embrasser le protestantisme»
La cour d'Angleterre s'aperçut de toutes les menées des Guise qui étaient à cette époque les plus implacables ennemis de la réforme y et tramaient contre la reine Elisabeth toute cette série de complots, dont la mort de la reine Marie fut le triste résultats. Sitôt que les ministres anglais ^e furent convaincus que les inclinations du jeune roi d'Ecosse, entrées trop avant dans son cœur pour en être arrachées , leur ôtaient tout espoir de le gagner, ils inspirèrent à tout leur parti écossais une telle défiance de leur souverain, qu'ils parvinrent bientôt à jeter de sérieuses alarmes et dans la noblesse et dans le clergé.
Mais , heureusement pour lui p le roi Jacques avait appris de bonne heure ce point essentiel •de la politique artificieuse des rois , l'art de dissimuler ou de nier tout ce qui , dans leur conduite , peut donner du mécontentement.
La principale circonstance où parut l'effet des intrigues des Guise , fut le refus obstiné du Roi d'entamer aucun traité de mariage, dans l'espoir de pouvoir un jour épouser une papiste , projet que la prudence lui défendait de manifester maintenant ; il refusa aviec obstination , quoique âgé
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de ^3 ans^ et seul de sa famiUe^ d'enteadre à au-^ cune proposition d'épouser une princesse prétest tante 9 du virant du duc de'Guise.
Mais , après l'assassinat de ce duc à Blois , et lorsque celui de Henri III qui suivit de près eut fait échoir la couronne à Henri IV, le roi Jacques rompit ses sourdes communications avec la France. Bientôt après , il: épousa une princesse de Danemarck, et, dès ce moment et pour jamais, passa sous l'influence de la reine Elisabeth Qt dQ ses ministres.
J'ai TU , parmi les papiers de Wàlsîngham. plusieurs lettres qui ne laissent aucun doute su» la liaison secrète de Jacques avec la maison de Guise ; mais la pièce principale est une minute de longues instructions données à un certain sir Richard Wigmore, grand amateur de chasse et en général de tous les plaisirs de cegenr^, pour tes-> quels ce prince était passionné. La reine Elisabeth fit un jour un affront pubKc à ce Wigmore, qui fit mine de ne pouvoir rester plus long-temps en Angleterre, et en conséquence se retira en Ecosse» Mais ce n'était là qu'un jeu imaginé par Walsin* gham qui, croyant ce^ personnage propre à s'in* sinuer dans la bonne grâce du Roi, calcula que cet affront rehausserait encore son crédit. Ses instructions entraient dans le- détail, minutieux de tous les moyens les plus sûrs de gagner la çooCuM^ce du Roik On lui ordonnait de l'obi^ei:*'
ver sans cesse et de rendre compte de toutes se» observations 5 ce dont il s'acquitta très -fidèle-* ment. Il*parait^ par ses instructions ^ que l'opinion de Walsingham était que le Roi penchait vers le papisme^ ou qu'il n^avaitde religion d'aucune sorte. Aussi 9 quand la cour d'Angleterre se fut bien assurée qu'il n'y avait aucun fond à faire sur lui, elle ne songea plus qu'à le traverser de son mieux en Écosse^et à le perdre entièrement dans les esprits déjà assez mal disposés pour lui. Un grand défaut qui déprécie l'histoire de l'archevêque Spotswood , c'est, après avoir longuement exposé l'opposition que rencontra le Roi , particulièrement dans les assemblées du clergé» d'avoir passé sous silence les vrais motifs de la défiance qu'il inspirait aux membres de ces assemblées. Ceux-ci s'efforcèrent, après son mariage, de le réhabiliter dans les esprits. De son côté , il accorda au clergé la loi que le clergé désirait , et parvint ainsi à établir son autorité temporelle plus solidement qu'elle ne l'avait jamais été. Cependant , comme sa légèreté et son indécision religieuse ne cessaient de donner dô l'ombrage , il s'attira de nouveaux dégoûts , et ces dégoûts le rendirent l'ennemi irréconciliable du presbytérianisme et de l'autorité du clergé. D'ailleurs , craignant que le parti papiste d'Angleterre, peu redoutable , à la vérité, dans la chambre des communes , mais puissant dans la chambre des
pairs ^ et nombreux dans les provinces et parmi le menu peuple , ne traversât ses prétentions à la couronne de ce pays^ le Roi eut soin de s'assurer plusieurs personnages importans connus pour être papistes , quoiqu'ils se conformassent extérieurement à la religion dominante. Les principaux d'entre eux étaient Elphinston , secrétaire d'État , qu'il créa lord Balmerinoch , et Seaton qui fut ensuite chancelier et comte de Dunferling. Par leur entremise il donna parole aux papistes de les tolérer, eux et leur culte. Ce n'est pas tout : il écrivit au Pape une lettre de sa main ^ dans laquelle il lui donnait les mêmes assurances. 11 est vrai que lorsqu'elle fut publiée par Bellarmin, lors des poursuites dirigées contre les récusans après la découverte de la conspiration des poudres, Balmerinoch affirma que, par zèle pour le service du Roi , il avait pris $ur lui l'envoi de cette lettre. Il l'avait insérée, dit-il , dans une forte liasse de papiers que le Roi devait signer de confiance, et cette pièce passa comme les antres. Mais , lorsqu'on vit qu'une telle révélation n'avait attiré sur le coupable d'autre peine que celle de perdre son poste, et de s'entendre prononcer une sentence de mort qui fut incontinent annulée par un pardon ; lorsqu'on vit qu'après un court séjour dans une prison il fut remis en liberté , personne ne douta plus que le' Roi n'eût eu connaissance de la lettre , et quo
l'ayéu prétendu du secrétaire d'Etat n'eût été ménagé de concert avec ce prince , pour le laver du soupçon de favoriser le papisme^ soupçon qui pesait toujours sur lui malgré ses écrits sur la révélation , l'afiectation avec laquelle il s'ingérait dans toutes les controverses qui naissaient^ et quoique ^ entre autres choses ^ il eût soutenu quj5 le Pape était FAnte-Christ,
En même temps qu'il agissait ainsi auprès du |)arti catholique 5 il mettait encore plus de prix et de soio à s'assurer du corps de la nation anglaise. C^cil; dans la suite comte de Salisbury <p secrétaire d'Etat de la reine Elisabeth • entra dans la confidence de ses prétentions. Jacques se servit^ pour conduire ces intrigues^ de Bruce, son ambassadeur à Londres^ cadet d'une famille noble d'Ecosse j qui reniplit sa mission avec tant d'adresse et de secret que tous les personnages importans de FAngleterre se trouvèrent avoir signé un engagenient de soutenir et de défendre les droits héréditaires du Roi, sans qu'ils se connussent les uns le3 autres , et sans que la Reine eût le moindre soupçon de ces négociations. Ce grand service fut récompensé par une charge de maître des rôles et une pairie d'Ecosse: et lorsque , plus tard , Jacques , devenu roi d'Angleterre , put disposer en faveur de Cecil et de ^ ^es amis des premiers emplois et des dignités les plus éminentes de l'Etat, il éleva aussi très-
liant la famille de Bruce qui Tint s-y établir. Une fois monté sur le trône d'Angleterre , le Roi découvrit en différentes rencontres sa haine pour le clergé écossais. Au lieu de sacrifier ainsi ses premiers intérêts à ses ressentimens , il aurait dû employer tout ce qu'il avait d'ardeur à compléter l'union dés deux royaumes , qu'il n'entama qu'avec mollesse^ et qu'il finit par faire échouer par la partialité déraisonnable qui lui faisait prétendre que l'Ecosise devait être comptée dans le traité pour le tiers au moins de Tile de la Grande Bretagne. Cette affaire manquee^ il aurait dû au moins travailler à affermir l'attachement des Ecossais à sa personne ; car^ assurément^ s'il eût été sûr d'eux ^ il aurait pu facilement ménager ses afifairesde manière à prévenir ces déchiremens qui troublèrent la fin de son règne ^ et eurent des effets plus tragiques sous celui de son fils. Il crut qu'il en faisait assez en répandant ses bienfaits avec profusion sur quelques nobles écossais^ et sur les gens de sa maison^ presque tous ses compatriotes. Mais ^ comme la plupart des uns et des autres s'étaient établis en Angleterre , leur affection lui était inutile ^ tandis que Tépiscopat établi par se^ ordres en Ecosse ^ et sa constante aversion contre le clergé presbytérien, quelque juste qu'elle pût être , ces deux grandes erreurs de sa politique, suscitaient contre lui un mécontente-r inent général que rien ne tempérait. Cependant
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plus l'Ecosse était pauvre , plus il était fecile d'y gagner les cœurs , et plus il était dangereux de les aigrir* C'est ainsi qu'il vit la crainte salutaire que l'attachement de la nation Ecossaise à sa personne aurait inspirée justement au peuple anglais y s'évanouir avec cet attachement dès qu'il entreprit de la soumettre à une forme de culte que repoussaient le penchant des esprits et le génie national.
Mais il avait beau rétablir les évéques^ il n'avait de biens à leur assigner que ce qu'il était à même d'acheter pour eux* Durant sa minorité, les dîmes et toutes les propriétés ecclésiastiques avaient été incorporées à la couronne y et ce n'avait été qu'un moyen d'en gratifier les hommes qui tenaient alors le principal rang dans le royaume. Il est vrai qu'à sa majorité il révoqua ^ conformément à la loi d'Ecosse , tous les actes passés durant son bas âge; et par ce moyen il aurait pu revenir sur tous ces dons. Tant y a que le roi Jacques ei après lui son successeur réus* sirent en partie dans leur dessein de doter le clergé. En effets par acte du parlement, une cour fut instituée, chargée d'évaluer les dîmes de chaque paroisse , et d'en réserver un tiers pour former un fonds convenable destiné à l'entretien de ceux qui desservaient les cures lors de la grande aliénation des biens ecclésiastiques ; ou en avait aussi réservé un tiers pour le service de
l'Eglise. Cette portion congrue donnée au desser-^ vant de chaque paroisse s'éleva d'abord à trente livres par an , et fut ensuite augmentée sous le règne de Charles I jusqu'à concurrence de cin-. quante livres ; ce qui , vu l'abondance qui règne en Ecosse et la manière d'y vivre ^ compose de très-larges honoraires, et est égal en valeur à trois fois cette somme dans les provinces méridionales de TAngleterre. Cette fois le Roi eut de son coté et les ecclésiastiques et le peuple. Mais il ne put pourvoir aussi facilement au sort des évéques. Us furent d'abord réduits au revenu des cures d'où ils sortaient^ avec quelque légère augmentation.
Dès le premier temps de leur rétablissement^ comme ils attirèrent à eux plus d'autorité qu'il ne convenait à un simple président perpétuel des presbytères, ils rencontrèrent une très-vive opposition. Le but secret du Roi était de mettre l'Ecosse en matière de religion sur un pied de conformité avec l'Angleterre. Il commença donc par racheter, de ceux à qui ils avaient été concédés , les biens qui avaient appartenu aux évéchés. Il fut arrêté également qu'on dresserait , pour l'Ecosse , une liturgie , et le Roi fut autorisé à régler les habits avec lesquels se' devaient se célébrer les offices divins. On ordonna que quelques unes des principales fêtes seraient observées. La communion dut être reçue à genoux, et portée aux malades.
La confirmation fut rétablie y aussi-bien que l^u-^ sage du signe de la croix dans le baptême. Tout cela fut d'abord déterminé dans des assemblées générales qui se composaient d'évêques et de députés choisis par le clergé ^ tous confondus dans une même salle des séances ^ et où les évêques n'avaient que leur voix. Chacun de ces points essuya de grandes oppositions^ et, afin de les obtenir y le gouvernement se vit contraint d'employer toutes ses forces à emporter d'autorité des élections qui lui fussent favorables ^ et à faire casser les autres. Selon l'opinion commune j aucune manoeuvre ne fut omise pour parvenir à cette double fin y et on disait hautement que ^ entre les membres de ces assemblées ^ les uns avaient été efirayés et les autres corrompus.
Les évêques^ de leur côté , jouèrent aussi trèsmal leur rôle. Us devinrent presque tous fiers et altiers. Us négligeaient leurs fonctions^ étaient souvent à la cour, et se perdaient ainsi dans l'estime du peuple. Un petit nombre d'entre eux^ plus réguliers et moins ignorans j dissimulaient si peu leur penchant pour le papisme que l'ardeur et la violence des premiers réformateurs étaient le principal sujet de leurs sermons et de leurs propos.
Le roi Jacques se lassa des obstacles qui contrariaient toutes ses mesures ; peut-être s'effrayat-i^ des résultats sinistres qu'elles pouvaient ame-r
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ner; enfin ^ soit paresse ou timidité > soit encore le désordre toujours croissant dans lequel sa mauvaise conduite avait jeté les afiaires d'Angleterre durant les dernières années de son règne^ ' il abandonna ses projets relatifs à l'Ecosse.
Il avait trois enfans. L'aîné , le prince Henri ; était un prince de grande espérance , mais en même temps si peu en harmonie avec son père , qu'il en était plus craint que chéri. Il était si zélé protestant que, lorsqu'il fut question de le marier avec une princesse catholique^ savoir y une fois l'archi-duchesse et l'autre une fille de la maison de Savoie ^ il écrivit une lettre au Roi son père ( l'original m'a été montré par sir William Cook), dans laquelle il lui demandait^ au cas où il épouserait une des deux y que ce put être la plus jeune ^ dont il aurait plus lieu d'espérer la conversion , et que tout ce qui serait accordé de liberté à l'une ou à l'autre pour l'exercice de sa religion y se passât de la manière la plus privée possible. Que cette aversion pour le papisme ait hâté sa mort y je ne saurais le dire^ Cependant le colonel Titus m'a assuré tenir de la bouche même de Charles P% qu'on s'était servi du comte de Sommerset pour l'empoisonner. Ce qu'il y a de certain y c'est que depuis la conspiration des poudres y le roi Jacques demeura si frappé de terreur à la seule idée du danger qui l'avait menacé de si près y qu'il ne fut plus tenté de pro--
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yoquer les jésuites ^ tant il savait bien ce qu'ils
étaient capables de faire.
Et puisque j'ai nommé cette conspiration, que les papistes ont eu de nos jours l'impudence de nier et de présenter comme un stratagème de Cécil , qui aurait engagé une troupe de désespérés dans un complot imaginaire^ se réservant de le faire paraître au grand jour suivant son désir et son utilité , je dirai ce que j*ai vu moi-même dans des pièces originales que j'ai eues long-temps en ma possession. Sir Everard Digby, père du fameux sir Kenelm Digby , fut exécuté pour avoir irempé dans cette conspiration. Cette famille se trouva ruinée à la mort du fils de sir Kenelm. Dn jour que ses exécuteurs testamentaires étaient À la recherche de tous ses anciens papiers pour en tirer les titres des terres qu'ils voulaient rendre, un ancien serviteur les conduisît à une vieille armoire très-artistement cachée, et où devaient être des papiers qu'il avait souvent vu lire par sir Kenelm. En y regardant, ils trou- Terent un sac de velours qui en renfermait deux autres de soie, tantces reliques précieuses étaient conservées avec soin. C'était la collection de toutes les lettres que sir Everard avait écrites durant sa prison. Il y exprime une grande douleur de ce qu'il avait ouï dire que plusieurs de leurs -amis blâmaient leur entreprise ; il l'exalte et la -préconise grandement, et il assure qu'il aurait
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volontiers sacrifié mille vies , s'il les avait eues , pour la faire réussir. Dans une de ces lettres il dit qu'on avait pris de telles précautions qu'il n'y avait pas plus de deux ou trois personnes dignes d'exception , qu'on n'eût pas averties de se mettre à l'abri du péril ; dans aucune il ne montre ni remords de son crime , ni regret pour les peines qu'il endure.
Le complot n'eut pas été plutôt découvert qu'une poursuite générale fut dirigée contre les papistes; mais le roi Jacques ne s'y prétait qu'avec une sorte de répugnance ^ qui ne fut pas peu aug' montée par ce que lui dit sir Dudley Carlton ^ à son retour d'Espagne où il avait été ambassadeur. Je tiens ce fait de lord HoUis , et lord HoUis , selon son récit y le tenait de sir Dudley Carlton , lequel même y ajoutait-il^ fut fort embarrassé d'avoir fait sur le Roi un effet contraire à celui qu'il avait prétendu produire. Un jour que Carlton trouva le Roi qui chassait à Théobalds , sans méfiance et sans suite ^ il lui dit, pour l'en^ gager à prendre plus de précautions , qu'il ferait bien ou d'abandonner cette façon de chasser , ou de renoncer à cette autre chasse dans laquelle il était engagé 5 qui était la chasse aux prêtres; car il avait su que ceux d'Espagne se consolaient des rigueurs que leurs confrères éprouvaient en An*gleterre dans l'idée que , s'il n'y mettait un terme , ils sauraient bien se délivrer de lui, Il'ajouta que
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la reine Elisabeth ^ qui aimait l'ëtiquette ^ marchait toujours si bien accompagnée ^ que tous leurs complots contre elle avortèrent ^ mais! qu'un prince qui était toujours dans les bois leur offrait une yictime facile. Le Roi le fit venir pour prendre en particulier des informations plus précises 9 et il s'aperçut que son avis avait fait sur ce prince une impression profonde ^ mais autre qu'il n'aurait voulu. Le Roi^ en effets résolu de se livrer comme par le passé à son goût pour la chasse , sans se tenir davantage ànr ses gardes » donna l'ordre immédiatement que toutes les poursuites fussent interrompues. J'ai les minutes des registres du conseil de l'année 1606 ^ qui enferment une immense quantité d'ordres d'absoudre et de faire évader des prêtres , quelquefois dix en un jour. Depuis ce temps jusqu à sa mort ^ le Roi ne cessa d'écrire ni de parler contre le papisme^ mais en agissant pour lui.
Jacques maria sa fille unique à l'électeui^ Palatin , prince protestant des plus zélés et des plus sincères dans son attachement pour sa religion. Ce mariage fut l'occasion d'une grande révolution dans les affairés d'Allemagne. La branche ainée de la maison d'Autriche avait conservé quelques souvenirs des sages principes que s'efibrça de léguer à ses successeurs Maximilien 11^ qui fut certainement un des meilleurs- et plus prudens monarques de ces derniers temps ^ et qui dès lors
^tait irrévocablement oppose à toute persécution en matière de conscience^ Ses sentimens étaient^ même en générai^ sifavorables à la doctrine protestante qu'on le soupçonnait d'en être secret partisan. Son frère 5 Charles de Gratz, était aU contraire entièrement domine par les Jésuites , et il les protégeait avec autant de zèle qu'il en était prôné. Rodolphe et Mathias régnèrent l'un aprèjs l'autre 5 mais ils ne laissaient point d'enfans> et leur.frère Albert était mourant en Flandre ^ de sorte que l'Espagne ^ joignit au parti catholique de l'Allemagne 9 pour- élever au trône impérial Ferdinand^ fils de Charles de Gratz^ qui força Mathias de lui résigner la couronne de Bohême , et s'y fît élire soi à sa place. Son gouvernement fut des plus durs. Résolu d^extirper les protestans , it -commença par attaquersansa»icun ménagement les privilèges qui i&isaieirt leur sûreté ^ en vertu des Jois du royaume* •
Une telle conduite excita un soulèvement universel , qui fut suivi d^une convocation des Ëtats^ qui 9 d'accord avec ceux de Silésie^ de Moravie €t de Lusaoe 9. déposèrent Ferdinand^. Us offrirent d'abord la eouronne au duc de Sax« qui la réfusa ^ et puis à l'électeur Palatin qui l'accepta , «ncouragé par ses deux oncles , Maurice ) prince d'Orange, et le duc de Bouillon. Mais il se décida sans avoir consulté le roi Jacques. Il se contenta de l'en.informer quand il eut pris ses engage-
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mens. Depuis TorigiDe de la reforme il ne s'était point présenté de chance pins probable de l'établir à jamais et partout.
La nation anglaise était fort disposée à la soutenir, et Ton ne pouvait s'attendre à ce que des liens de parenté aussi étroits que ceux qui unissaient Jacques au nouveau roi de Bohême le laissassent libre de lui refusjpr son appui; mais ce prince avait une invincible aversion pour la guerre , et d'ailleurs il était tellement imbu de l'idée que les monarques tirent leurs droits de Dieu même ^ qu'il ne pouvait entendre 'à ce qu'un roi , même électif et limité dans sa puissance y pût être comptable envers ses sujets , et déposé par eux. Il ne voulut donc jamais reconnaître sdp gendre pour roi, ni lui donner aucun secours pour le maintenir dans sa dignité nmivelle. On comptait aussi que la France entrerait dans toute ligue qui tendrait à abaisser la maison d^ Autriche , et l'Espagne par conséquent ; mais le connétable de Luynes para le coup. L'archiduchesse Isabelle 9 gouvernante des Pays-Bas es* pagûols, engagea Louis XUI à la naitraltté par le moyen de cet- indigne mais tout-^puassant favori, qu'elle avait su gagnii;^ en lui accordant en mariage pour soi^; frère la plus riche héritièrede Flandre, la. iiUf^ide Feguioez', dont l'établisse^ ment avait été laissé t sa disposition.
Ainsi fut abandonné sans appui l'infortuné
Frédéric^ La jalousie des luthériens contre les calvinistes, et la crainte de voir leur ascendant s'accroître par son iaffermissement suf le trône, ne contribuèrent pas peu malheureusement à la froideur que lui montrèrent les princes de cette confession. Un seul d'entre eux cependant , l'électeur de Saxe, se déclara pour Ferdinand, qui engagea pareillement dans ses intérêts le duc de Bavière , à la tête d'une ligue catholique. Maurice , prince d'Orange , avait mis le trouble dans la Hollande en se rangeant d'une opinion contraire aux Arminiens , dans la controverse relative à la nature des décrets de Dieu , et en faisant ériger par les Etats-généraux une cour nouvelle et illégale pour connaître des affaires de la province de Hollande. La création d'une telle cour était une infraction à la loi constitutionnelle des Pays-Bas, d'après laquelle chaque province est souveraine chez elle en ce qui la concerne , dans une parfaite indépendance des Etats-généraux, qui agissent seulement comme plénipotentiaires des différentes provinces , pour veiller à leur union et à leurs intérêts communs. Une fois assemblée , cette cour fit couper la tête à Bameveldt et condamna Grotius ainsi que d'autres à une prison perpétuelle. Une réunion de ministres de différentes provinces fut en outre assemblée à Dort, par ordre de ces mêmes Etatsgénéraux, condamna les Arminiens et dégrada
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leurs ministres. Les ennemis de Maurice pu-* blièrent qu'il en agissait ainsi dans le dessein de gouverner despotiquement les provinces , et de se défaire de ceux qui s'y seraient sûrement opposés. Mais quoique cela puisse sembler une ima-^ gînation sans fondement en apparence^ et également impossible à croire et à réaliser ^ cependant il est certain qu'il considérait Barneveldt et ses partisans comme gens si jaloux de son crédit et en général de tout pouvoir militaire y qu'après Tavoir contraint à une trêve avec l'Espagne ^ ils ne consentiraient pas à recommencer la guerre ^ quoique les contestations relatives aux duchés de Juliers et de Clèves la leur fissent presque désirer à eux-mêmes 9 et que la trêve fût à la veille d'expirer* S'il parvenait au contraire à se délivrer d'eux et de leur opposition^ il espérait faire reprendre facilement les armes. Toutes ces manœuvres entretenaient dans les sept provinces une grande fermentation ^ peu propre à mettre Maurice en état de fournir un appui important au roi de Bohême , qui cependant en aurait eu d'autant plus besoin qu'il manquait de bonne conduite. Il affecta de s'entourer d'une cour brillante , et il étala trop tôt la royale magnificence d'une tête couronnée. La Reine, de son côté, voulut établir les frivoles amusemens auxquels elle a^ait été accoutumée à la cour du Roi son père , tels que des bals et des mascarades. Tant
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de faste et de frivolité déplut au peuple de Bohême> peuple sage et simple, qui pens<ait qu'une réyolution faite au nom de la religion devait avoir un caraclère plus sérieux. Je tiens ces détails des enfans de quelques personnes qui appartenaient à cette cour. Le Roi élu fut promptement renversé et chassé non-seulement de ses nouvelles possessions y mais encore de ses Etats héréditaires; il se réfugia eh Hollande, où il iinit ses jours. Je n'en dirai pas davantage sur un sujet aussi connu que la mauvaise conduite du roi Jacques, dans tant le cours de cette guerre ; et je me tairai tout-à*fâit sur le trait inoui d'envoyer son fils unique voyager, comme un aventurier , à travers la France et l'Espagne : on a de si complètes relations de ce fait étrange que je ^ n'ai rien à y ajouter»
Je me contenterai d'insérer ici quelques particularités sur l'Allemagne, que Fabricius, le plus sage théologien que j'y aie connu , m'a assuré tenir de la bouche même de Charles-Louis, électeur Palatin. Frédéric II , me disait-il, qui le prenïier introduisit la réformation dans le Falatinat, et dont la vie a été écrite d'une façon si curieuse par Thomas Hubert, de Liège, résolu d'affranchir ses Etats du papisme , pensa à les soumettre à la confession luthérienne ; mais un de ses conseillers lui représenta que les luthériens dépendraient toujours de la maison de Saie ; que ce-
pendant il ne pouvait convenablement n'être qae le second dans le parti, lui qui ^tait le premier électeur; qu'il était plus sortable à sa dignité de se ranger parmi les calvinistes; qk'il gérait à leur tête , et que par là il serait aussi puissant que bien vu en Suisse et acquerrait une grande influence sur les huguenots de France et des Pays-Bas. Ces considérations le déterminèrent à embrasser la confession helvétique. Après la ruine de sa famille , le duc de Neubourg eut une entrevue avec l'électeur de Brandebourg pour régler leurs intérêts touchant les contestations de Juliers et de Clèves. Dans cette entrevue il persuada à l'électeur de tourner au calvinisme^ en lui disant que présentement que leur maisou était tombée 9 rien ne contribuerait davantage à élever celle de Brandebourg que de se déclarer pour ce parti , qui viendrait naturellemeilt se mettre sous sa protection ; quant à lui , il était revenu au catholicisme depuis que ses petits Etats se trouvaient placés dans un tel voisinage de l'Autriche et de la Bavière. Cet électeur prenait plaisir à de tels récits, pour montrer que les autres princes n'avaient pas plus que lui un sentiment religieux sincère et désintéressé.
D'autres circonstances concoururent à avilir le règne du roi Jacques. LesÉtatsde Hollande ayant emprunté de grandes sommes d'argent de la reine Elisabeth, lui avaient donné en gage^ jusqu'à ce
querargentfdt rendu^ la Brille^ Flessingueet quel^ qaes autres places moins importantes. Peu après son accession à la couronne d'Angleterre , Jacques entra dans une conyention secrète avec l'Espagne , pour forcer les Etats à la paix : un des articles était que ces places seraient remises entre les mains des Espagnols , si les Hollandais s'obstinaient à la guerre. Lorsque la trêve eut été con* clue^ Barneyeldt , qui l'avait ménagée, mais qui connaissait aussi cet article secret , comprit à quel point la sûreté extérieure de sa patrie était compromise tant que les clefs de la Hollande et de la Zélande étaient dans les mains d'un prince qui pouvait les vendre , ou s'en prévaloir pour quelque perfidie. U persuada donc aux Etats-géné-;raux de rembourser à l'Angleterre les sommes qu'elle leur avait prêtées 9 et de retirer ainsi les places abandonnées pour garantie du paiement; il passa lui-même la mer pour faciliter cet arranr gement. Le roi Jacques ^ prodigue envers ses favoris et ses serviteurs , fut ébloui de la grosse somme d'argent dont il allait se voir le maître y et y sans assembler le parlement pour le consulter sur la proposition qui lui était faite , il y consentit sans délai. Ainsi l'argent fut payé , et les places furent évacuées. Mais il fut encore entraîné à deux autres mesures y qui , en ruinant l'autorité royale , diminuèrent à proportion la de'pendance de la nation. La couronne possédait, sur
toute la surface de l'Angleterre, de vastes d luaines y qui tous étaient affermés à temps , et moyennant une redevance assez modique. Par là ^ plusieurs des plus puissantes familles du royaunae étaient vassales de la couronne, et un grand nombre de bourgs en relevaient également. Le renouvellement des baux apportait de grosses sommes au trésor, et aussi aux grands officiers» Outre cela , la crainte que la couronne ne refusât de prolonger les fermages, lorsqu'ils étaient expirés, retenait dans sa dépendance tous ceux qui en avaient. Le roi Jacques obtint de son parlement l'autorisation de disposer de ces terres du domaine par voie de donation irrévocable , c'està-dire de les vendre, avec la simple réserve de l'ancienne redevance annuelle. Tout l'argent que produisirent ces ventes ne tarda pas à être dissipe. Une autre branche considérable de l'autorité royale était les droits prélevés sur les mineurs, dont la couronne avait anciennement administre lés biens. Selon nos anciennes institutions > nos rois étaient les tuteurs de tous les mineurs ; ils les faisaient élever auprès de leur personne, et les mariaient suivant leur bon plaisir. Dans la suite, ils composèrent pour leurs droits ; ou ils les aban^ donnaient en entier, ou en gratifiaient quelque branche dé la famille, ou les faisaient servir à l'établissement des cadets. Mais , avec quelque douceur qu'ils l'exerçassent, ils maintinrent tou-*^
jours rintégritë de leur prérogative; et après la reformation , par exemple ^ ils n'eurent garde de ne pas veiller à ce que tous les mineurs protestans fussent élevés sous leurs yeux; aussi ^ tous restèrent dans une grande dépendance de la cour. Ce n'était point un grand moyen d'emplir les coffres de l'Etat; mais par là les familles se trou*vaient souvent à la merci du Roi, qui les traitait suivant quMi avait à se louer ou à se plaindre d'elles. Le roi Jacques, s'écartant de ces habitudes à la fois généreuses et habiles, transféra le plus souvent ses droits sur les mineurs à ses domestiques et à ses favoris , et ceux-ci les rendaient les plus productifs qu'ils pouvaient ; de sorte que ce qui n'était auparavant qu'un moyen de pouvoir et d'influence pour la couronne , dont l'usage avait adouci toutes les rigueurs, devint l'exaction la plus oppressive , et causa la ruine de plusieurs familles. Le même abus continua sous le règne de Charles I^^* Ces deux rois croyaient donner peu en cédant ce qui leur revenait sur une tutelle , parce qu'ils en retiraient peu en effet. Ce genre de vexations excita de telles clameurs , que M. Pierpoint, lors de la restauration, en ayant rassemblé quantité d'exemples , les fit valoir assez vivement auprès de la chambre des communes qui rappela Charles II , pour lui persuader d'affranchir la nation de ce droit abusif en offrant au prince une augmentation de Tex*
cise. L'angmentatton de cet impôt prôdaisit^ il est vrai 9 un reyenu plus considérable ^ mais le Roi perdit , en l'acceptant , le grand avantage de tenir sous sa dépendance toutes les familles ^ par la crainte de laisser leurs héritiers exposés aux suites de son mécontentement. Pierpoint me vantait un jour le grand service qu'il avait rendu à sa patrie dans un temps où on considérait si peu les choses de part et d'autre ^ que la cour ne parut pas connaître le prix de ce qu'elle perdait^ ni le royaume l'importance de ce qu'il gagnait.
^ Outre ces fausses démarches de gouvernement^ le roi Jacques se fit beaucoup de tort dans l'opinion de tout lé peuple par la façon étrange dont il traita uu des plus grands hommes du siècle , sir Walter Raleigh. Les premières poursuites qui furent dirigées contre lui furent généralement blâmées ; mais leur dénoûment fut à la fois inique et barbare. Toute l'histoire de l'élévation et de la chute du comte de Sommerset, celle des comtesses d'Essex et d'Overbury , les condamnations à mort de personnes peu considétables pour un infâme empoisonnement, pendant qu'on épargnait le comte de Sommerset et sa femme, composaient une série de faits si odieux et si inhumains qu'ils achevèrent de perdre la réputation d'un règne déjà assez couvert de blâme et de mépris. Sa honte ressortait encore par la gloire et la prospérité du préca-
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dent. Sur la fin de sofi règne ^ le roi Jacques se lassa dû duc de Buckingham , qui le traitait avec une hauteur si insultante que ce prince parut enfin se résoudre à secouer le joug de ce favori ; mais^ effrayé de prendre sur lui-même le faix du gouvernement, il se résolut aussi â rendre ses bonnes grâces au comte de Sommerset y ainsi que le noble lord s'en est ouvert lui-même à des personnes qui me Font répété. Ils se joignirent la nuit dans le jardin de Théobald. Le Roi y em* brassa le comte, son ancien ami, avec de grandes démonstrations de tendresse , et non sans beaucoup de larmes. Deux valets de chambre seulement étaient dans le secret de cette entrevue; cependant le comte de Sommerset eut lieu de penser qu'il n'avait pas été fidèlement gardé , car bientôt après le Roi fut saisi de quelques accèsde fièvre dont il mourut. Mon père étâitalors à Londres et soupçonna qu'on avait avancé ses jours; mais peut-être ce soupçon lui fut-il inspiré par le docteur Craig, oncle de ma mère , un des médecins du Roi , et qui fut disgracié pour avoir dit que Jacques avait été empoisonné. Ce qui est positif, c'est que jamais roi ne mourut moins regretté, ni moins estimé. Cette mort remit dans le néant les évêques d'Ecosse , créatures du Roi, et qui , comme tels , étaient fort dépendans de toutes ses volontés , et accusés d'avoir usé envers lui de la flatterie la plus basse et la plus gros-
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sière. Son règne en Angleterre fat une suite de mesures bien peu honorables. L^arrêt qui condamna sir Walter Raleigh fut une noire injustice; mais faire exécuter ce grand personnage plusieurs années après sa sentence de mort , et après qu'il eut joui long-temps d'une charge con-sidérable qui lui avait été accordée , fut un trait de barbarie d'autant plus odieux qu'il était un sacrifice aux Espagnols. L'élévation et la chute du comte de Sommerset ^ et la rapidité de la for* tune du duc de Buckiugham ^ attirèrent encore au roi Jacques la censure de l'univers entier. J'ai TU environ vingt lettres originales qu'il écrivit au prince son fils et à ce duc , pendant qu'ils étaient en Espagne. Elles témoignent une bassesse d'âme et une folle tendresse y qui' le font mépriser à l'envi. L'éclat de la couronne d'Angleterre, durant la vie de la reine Elisabeth , qui s'était rendue l'arbitre de la chrétienté et la merveille de son siècle, fut tellement éclipsé y sinpn entièrement terni sous Jacques son successeur , qu'il devint l'opprobre du sien. Tandis que des écrivains faméliques le flattaient sans mesure dans les lieux où il était le maître , le reste de l'Europe le mésestimait comme un pédant sans jugement 9 un roi sans courage et sans fermeté , esclave de ses favoris, et livré aux conseils ou plutôt aux corruptions de l'Espagne. Les puritains gagnaient du crédit à mesure
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que les ëveques et le Roi perdaient. Us affectaient des dehors fort graves et une grande régularité. Us prenaient plus de peine dans leurs paroisses que les épiscopaux , et ils prêchaient contre les désordres de la cour avec une liberté qui leu? attira quelquefois des punitions; mais> outre qu'elles étaient fort légères y elles rehaussaient leur renommée , et faisaient pleuvoir sur eux des présens qui les dédommageaient abondamment de leurs souffrances. Dès Torigine^ ils mirent des soins et de l'habileté à persuader à leurs adhérens de se réunir en paHiculier avec eux. Dans ces secrets conyenticules^ leur ardente dévotion s'exhalait en prières improvisées y qu'on prenait pour de l'inspiration : tant d'exaltation et de fanatisme les rendit bientôt populaires* lis étaient d'ailleurs factieux et insolens ^ et leurs sermons comme leurs prières étaient toujours mêlées d'invectives contre leurs ennemis. Quelques uns d'entre eux eurent assez de hardiesse pour lancer dans le public des prédictions^ deux surtout , Davison et Bruce ^ et on les regarda comme de vrais prophètes. Quelques unes des choses qu'ils avaient annoncées purent sans doute arriver; mais mon père qui les connaissait tous deux^ m'a assuré qu'un grand nombre aussi des prédictions qu'il avait lui-même entendu sortir de leurs bouches y restèrent sans effet. On oubliait les prophéties avortées, et si quelques conjeclu-
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res moins hasardées et données pour des oracles venaient à s'accomplir y on les faisait retentir en tous lieux, Il suffisait de n'être pas de leur secte pour devenir l'objet de leurs attaques pleiiies de malice. Us étaient passée maîtres dans l'art de s'attirer ou des présens y ou la bienveillance publique.Mon père avait eu plus que personne l'oc» casion de s'en convaincre par lui-même ^ attendu que moi^ aïeule^ qui était très-riche et très-attachée à leurs opinions^ fut constamment soignée et caressée par eux. Bruce vécut caché dans sa maison durant plusieurs années , et leurs assiduités près d'elle leur étaient si profitables^ qu'elle passa long-temps pour l'appui principal du parti. 3on nom était Rachel Ârnot : elle était fille de sir John Ârnot , homme influent à la cour y et lordtrésorier député. Son mari Johnston était le négociant le plus considérable de son temps ; il lui laiss^a une fortune de 20^000 liv. sterl. de rente y pour en disposer en faveur de ses enfans^ comme i\ hx\c plairait. Mon père épousa la plus âgée de .$es petites-filles, et, par là , fut à portée dé suivre de près les puritains et leurs menées.
. Ils rejetèrent sur le Roi la conspiration de Gowrie;, l'accusant de l'avoir controuvée , pour se défaire de ce comjte, qui était alors dans une ^andp estime* l^ais mon père qui s'était donné beaucoup de peine pour pénétrer dans tous 1^ détails de ce bizarre événement, a toujours €ru
DE MON^ TEMPS. '5i
que la conspiration était réelle. Voici une circonstance qu'aucun historien n'a remarquée^ et qui a pu. engager le comte à prendre ses mesures pour faire périr le roi Jacques^ en cachant néanmoins si bien son détestable projet qu'il parût avoir moins pensé à lui tendre un piège qu'à * éviter ceux qu'on lui dressait à lui-même. Par la mort de ce prince, il se trouvait le premier prétendant à la couronne d'Angleterre. La fille de Henri VU, qui fut mariée à Jacques IV > épousa après la mort de ce prince , Douglas comte d'Angus; mais on sait que la désunion s'étant mise entre eux, elle produisit un contrat de mariage antérieur au leur , en vertu duquel contrat le mariage fut cassé par une sentence de la cour de Rome , où était insérée néanmoins une réserve en faveur des enfans , comm^ nés dlun . mariage de facto et honafick^ Ce fut ladj Marguerite Douglas , dont les intérêts furent ainsi protégés. J'ai eu entre les mains l'original de la buUex}ui prononçait. le divorce. La. Re^ne. douairière épousa ensuite un certain. François . Ste^ vrard , et en eut un fils que JacquJea V fit lord Methuen. Il est nommé dans les lettres-patentes frater no8i»r uterinus* Lord Methuën n'eut qu'une fille qui était mèxe ou grand' mère du comte de 'Gowrie; de sorte qu'on conçoit bien ce dernier pdt. trouver ison. intérêt à . éÉ:ai3|er
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la personne du Roi y qui était le seul obstacle qu'il vit entre lui et la couronne d'Angleterre. Le comte avait un frère 5 encore enfant alors y qui^ devenu grand et se voyant frustré du nom de Ruthen , qu'un acte du parlement rendu après Ja conspiration avait défiradu de porter à qui que ce fût y passa et vint sur le continent. On fit courir le bruit qu'il avait trouvé la pierre philosophale* Il eut deux fils qui moururent sans postcrité 9 et une fille mariée à Antoine Van- Dyky le fameux peintre 9 dont les enfans, suivant cette généalogie , n'étaient pas fort éloignés de la couronne»
Il était d'autant plus difficile de convaincre la nation de la réalité de la conspiration de Gowrîe, qu'on savait que huit ans auparavant le roi Jacques y pour satisfaire une secrète jalousie qu'il avait conçue du comte de Murray^ estimé de son temps le plus bel homme de l'Ecosse ^ avait poussé le marquis de Huntley y mortel ennemi de ce comte ^ à le faire assassiner y et lui avait pro-mis^ par un écrit de sa main^ de le mettre à l'abri des lois* Celui-ci mit le feu à la maison de Murray y et après l'avoir fait poursuivre et tuer comme il s'enfuyait y envoya Gordon de Buckéy pour en porter la nouvelle au Roi. Bientôt ajprès> tous ceux qui avaient trempé dans cet infâme gnet^jhpens obtinrent leur pardop ; ce qui exposa
le Roi au blâme gênerai delà nation^ et prépara le peu de crédit qu'obtint le récit de la conspiration de Gowrie.
Lorsque le roi Charles V. monta sur le trône , on' crut d'abord qu'il allait être favorqble aux puritains ^ parce que son précepteur et toute sa cour étaient attachés à cette secte y et que le docteur Preslon , alors chef du parti , était venu de Théobalds à Londres dans la même voiture avec le Roi et le duc de Buckingham ^ à la grande surprise du public et au scandale des courtisans. On prit le soin de dire^ il est vrai^ que le Roi^ accablé de chagrin ^ avait eu besoin des consolations d'un esprit aussi sage et aussi grand. Le bruit courut que le duc de Buckingham lui avait offert le grand sceau ^ mais Preston avait trop de sens pour l'accepter. Relativement aux affaire» d'Angleterre^ assez explorées par d'autres ^ je ne m'étendrai pas davantage sur le commencement de ce règne. Je consignerai seulement ici quelques détails que je tiens du comte de Lothian ^ qui passa sa jeunesse à la cour ^ oti son père 5 le comte d'Âncram^ était gentilhomme de la chambre^ mais sans y être jamais aimé du Roi. Il m'a conté que le roi Charles était fort blessé des habitudes de son père^ pleines d'abandon et de familiarité ^ résultat dont il était redevable à son goût pour les plaisirs de la chasse et du vin , qui souvent s'empai*aient de lui au I- 5
point de lui faire oublier sa dignité et commettre de grandes inconvenances. La gravité solennelle de la cour d'Espagne était ^ au contraire , plus conforme à son hunieur y qui était sombre y pour ne pas dire morose. Il contracta en conséquence des dehors réservés^t sévères, qui lui ôtaient l'air civil et affable que la nation aima toujours, et qu'elle était accoutumée depuis long-temps à retrouver dans ses maîtres : jamais ses manières n'annonçaient l'envie d'être obligeant pour personne; il mettait de la mauvaisegrâce jusque dans les témoignages de sa faveur , et les formes dont il les accompagnait étaient presque aussi rebu- Jtantes que le bienfait était engageant. Je reviens aux affaires d'Ecosse, qui sont assez peu connues. Le Roi se détermina à revenir sur deux projets que son père avait entamés, mais dont il avait négligé la poursuite dans les dernières années de son règne. Le premier était relatif au recouvrement des dîmes et des biens ecclésiastiques. Il résolut de poursuivre la révocation des dons faits durant la minorité de son père, et commencée par lui , en l'étendant à tous sans exception ; et de faire asseoir au parlement les abbés titulaires en qualité de lords , mais de lords à vie seulement, comme les évêques. Voulant que les deux grandes familles de Hamilton et de Lenox pussent servir d'exemple au reste de la nation , il acheta secrètement et avec l'argent de l'Angle-
terre , de la première , l'abbaye d'Aberbroth , et la seigneurie de Glasgow dé la seconde^ pour les joindre aux deux archevêchés de ce nom. Contens de faire preuve de zèle , en même temps qu'ils faisaient un bon marche', les lords Hamilton et Lenox les remirent au Roi'tsans difficulté. Il ac-^ quît ainsi pour difFérens sièges différentes terres de moindre valeur , et tous ceux qui prétendaient à la faveur de la cour offraient de vendre à bas prix les biens d'Eglise qu'ils possédaient.
Dans la troisième année du règne de Charles P^. , le comte de Nithisdale, qui. dès lors passait pour papiste, et qui se déclara pour tel en effet, après avoir épousé la nièce du duc de Buckingham , fut envoyé en Ecosse avec pleine autorité pour recevoir toutes les restitutions de biens d'église, et ordre d'assurer à tous ceux qui les remettraient de bonne grâce , que le Roi leur en saurait gré , et qu'ils en seraient bien traités ; mais qu'il procéderait avec la dernière rigueur contre ceux qui ne mettraient pas leurs droits à sa disposition. A l'arrivée de cet envoyé, les gens les plus intéressés à s'opposer à ce que les dons fussent révoqués, se réunirent à Edimbourg , et convinrent que lorsque le comte de Nithisdale les convoquerait, si aucun autre argument ne pouvait l'engager à se désister, ils tomberaient sur lui et tout son parti , à la vieille manière écossaise , et les frapperaient à la tête.
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Primerose m'a dit qa'un de ces seigneurs^ nommé Belhaven y du sang des Douglas j qui était ayeagle y dit aux autres de le placer auprès de quelque partisan de la cour ^ et qu'il en rendrait bon compte. On le plaça auprès du comte de Dumfries. BelhaTen s'attacha fortement à lut tout le temps que dura l'assemblée ; et j lorsque celuici lui demanda ce que cela signifiait ^ il répondit qu'il avait tant de peur de tomber ^ depuis qu'il était devenu ayeugle ^ qu'il ne pouvait s'empêcher de se tenir de toutes ses forces à ceux qui se trouvaient ses voisins. Il avait cependant dana sa main libre un poignard y avec lequel il n'aurait pas manqué de frapper I>umfrie$ à la premièi^e alarme. Tous ceux que la cour voulait dépouiller firent si bonne contenance y et les esprits s'écbaufierent à tel point que le comte de Nithisdale y ne jugeant pas à propos de montrer toutes ses instructions 5 repartit pour Londres^ bien convi^incu de l'impossibilité de remplir la noîssion dont il était chargé. Ainsi fut encore différée durant quelqtte temps l'importante afiaire de la reprise des biens ecclésiastiques.
L'an 16539 Charles vint en Ecosse pour y être cduroaoéw Les Ëtats^ dans des assemblées antérieures^ lui avaient accordé tout l'argent qu'il leur avait demandé. Ils lui avaient présenté en même temps dé nombreuaea réclamations sur plusieurs griefs y dont ses agens leur avaient promis le.
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prompt redressement; mais rien ne fut fait^ et tout fut remis à Tarrivée du Roi en personne» Son entrée et son couronnement furent célébrés avec une telle magnificence que le pays ^e ressentit long-temps des dépenses auxquelles il fut entraîné. Ce ne fut que jeux et pompes de tout genre. Quand le parlement se fut assemblé ^ les lords des articles préparèrent un acte d,^ déclaration de la prérogative royale , telle qu'elle avait été fixée par une loi en 1606^ auquel acte en était joint un autre passé en 1609, par lequel le roi Jacques fut autorisé à régler le costume de cérémonie des ecclésiastiques y de concert avec eux. (Tétait une déférence persopnelle envers le' roi Jacques^ fondée sur son gi^and savoir et son expérience^ mais dont il ne s'était point prévalu durant tout le reste de son règne. C'est ainsi qu'en l'année 161 7 ^ où il assistait en personne aux débats du parlement 5 les lords des articles avaient préparé un acte ^ qui donnait force de loi à toutes les décisions prises par Sa Majesté en matière ecclésiastique, moyennant Je concours d'un certain nombre des hommes du clergé; mais le Roi, appréhendant ou trop d'opposition de la part du parlement ^ ou trop de difficulté dans rexécution, ordonna y quand la rubrique de l'acte vint à être lue y qu'on passât outre , quoique ledit ^cte fût au nombre des articles soumis à la délibération du parlement. L'acte de i655 reproduisait' donc en
entier ceux de 1606 et de 1609 confondus en un« Il fut fort combattu par le comte de Rotlies^ qui demanda la division ; mais le Rdi déclara que Facte proposé faisait un tout^ et qu'il fallait TOter pour ou contre. Le noble opposant répliqua qu'il tenait pour la prérogative autant qu'homme du monde ^ mais que l'addition demandée était contraire aux immunités de l'Eglise^ et que^ selon son sentiment ^ on ne devait rien déterminer de ce qui la regardait sans leconsentementdu clergé^ ou du moins sans l'avoir entendu. Le Roi lui de** manda de ne plus argumenter , et de voter simplement : il vota , et vota contre. Un petit nombre d'autres lords voulurent aussi élever quelques difficultés^ mais le Roi leur imposa pareillement silence, et leur ordonna de voter. La presque totalité des communes se prononça pour le refus^ de sorte que l'acte fut réellement rejeté par la majorité des voix. Le Roi ne pouvait l'ignorer, car il s'était fait donner \ine liste des membres, et, d'un trait de sa plume, avait marqué le vote de chacun ; cependant le clerc chargé des registres^ qui recueille et déclare les suffrages , dit que le plus grand nombre était pour l'adoption. Le comte de Rothes soutint que la majorité allait au rejet; mais le Roi dit que la déclaration du clerc devait être tenue pour bonne , à moins que le ré^ clamant ne vint à la barre , et ne Taccusât d'avoir falsifié les registres du parlement , c6 qui emr
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portait la peine capitale ; mais si l'allëgation demeurait sans preuve ^ le comte s'exposait au même châtiment. Il n'osa pas courir une chance aussi menaçante. Ainsi l'acte fut publie^ quoique dans le fait il eût été rejeté. Le Roi montra un extrême mécontentement de tous ceux qui avaient trempé dans cette opposition. Les lords eurent à ce sujet plusieurs conférences. Ils convinrent que c'en était fait de leurs libertés ^ et que le parlement n'était plus qu'une vaine représentation de théâtre^ si le clerc chargé des registres pouvait changer à sa fantaisie le résultat des votes , et s'il n'y avait plus de scrutin. Hague^ solliciteur du Roi^ ardent dans le parti des mécontens ^ rédigea une pétition qui devait être signée et présentée au Roi par les lords ^ où ils lui exposaient tous leurs griefs et le suppliaient d'y mettre ordre. Il la communiqua à quelques uns d'entre eux^ entre autres au lord Balmerinoch, qui en goûta les dispositions principales^ mais qui fut d'avis d'y faire quelques changemecis. Il en parla au comte de Rothes y en présence du comte de Cassilis et de quelques autres : aucun d'eux ne l'approuva* Rothes la porta au Roi ^ et lui dit que les lordd avaient le projet de lui présenter une pétitiQn adn d'expliquer et de justifier leur conduite^ et qu'il en avait une copie à lui montrer ; mais le Roi refusa de la voir y et lui ordonna qu'on en restât là y car il ne recevr^iit point une telle pé«*
titioo. Le Courte de Rothes informa Balmerînoch 4e ce qui s'était passe , et la pétition fut laissée de côté ; seulement ce dernier en garda une copie > et y fît en quelques endroits des corrections de sa main.
. Le Roi pendant son séjour en Ecosse érigea un :pouvel évêché à Edimbourg ^ et y nomma un cer* tain Forbes^ homme très-sayant^ très-pieux et dpué de l'étrange facilité de prêcher cinq et six heures de suite; mais son genre de vie et sa dévotion avaient une physionomie monachale, et son savoir brillait surtout dans les antiquités. U a'était efforcé de réconcilier les papistes et les protestans> en inclinaiit toutefois vers les premiers > comme on peut s'en convaincre perses Çojmdérationa modestes. C'était un homme trèssitpple et sans connaissance du monde y ce qui l'exposa parfois à des fautes de conduite. Il mourut peu après sa nomination soupçonné de papismei^ et soupçonné avec d'autant plus de fondement que son fils embrassa depuis >la religion catholique.
. Le Roi quitta PEcosse fort mécontent y et bien Y^solu d6 poursuivre son dessein de recouvrer les biiein'a d'Eglise. Sir Thomas Hope ^ légiste subtil et renommé comme le plus habile de ses con- Cnères dans ces matières^ fut nommée quoique pur itaiB z'âéy avocat du Roi et chargé de faire r^trerla couronne en possession de cette -port ion
de SOS ancien domaine. Mais il s'acquitta de sa mission avec tant de mollesse j qu'on le crut de concert avec ceux qui s^opposaient à ce qu'elle fût reniplie. Cependant c'en était assez pour donner Talarme à tous les possesseurs des biens d'église. Ceux-ci 9 afin d'engager le pays entier dans leur querelle 5 prirent soin d'insinuer au peuple y et surtout aux prédicateurs , que le but secret de ces diverses tentatives de la cour était de faciliter le retour du papisme.
L'hiver qui suivit le départ du Roi> Balmeri-* noch^ pensant aux moyens de faire mieux recevoir à la cour la pétition rédigée par le solliciteur Hague, la fit lire à un certain Dunmoor^ juris* consulte^ en qui il avait une grande confiance^ et il le pria de lui en dire son sentiment ; il con* sentit même à la lui laisser emporter chez lui, sous la condition qu'il ne la montrerait à personne et n'en prendrait point de copie. Mais celui-ci néanmoins la montra ^ sous promesse du secret^ à un certain Hay de Naughton ^ et lui dit de qui il la tenait. Hay^ ayant jeté les yeux sur ce papier I vit sans peine qu'il était de quelque importance^ et le porta à Spotswood^ évêque de Saint-André , qui voyant qu'on le faisait ainsi courir de main en main ^ en fut alarmé ^ et partit pour Londres immédiatement ^ sans s'inquiéter de se mettre en route un dimanche^ comme cela
lui arrivait souvent ^ violation de ce saint jour
très-odieose dans ce pays.
U existe des lois en Ecosse ^ énoncées d'une manière vague f par lesquelles la peine capitale est applicable à quiconque sème de faux bruits sur la personne du Roi , ou son gouvernement y oa dans le but de lui aliéner les cœurs de ses sujets. Elles soumettent au même châtiment celui qui aura connu le coupable et manqué à le dénoncer; mais cette dernière clause n'avait jamais été mise à exécution. On considéra la pétition comme un des actes prévus par les lois ; c'est pourquoi un ordre fut envoyé de la cour d'arrêter lord Balmerinoch. Comme le motif de cette mesure fut quelque temps un mystère , on la crut une suite de la manière dont ce seigneur avait opiné au parlement. L'incertitude cessa lorsqu'après d'assez longues réflexions on se détermina à envoyer une commission spéciale pour lui faire son procès. U faut savoir qu'il y a en Ecosse , pour les procès des pairs / une cour distincte des jurés ordinaires 9 qui sont quinze^ et rendent leurs sentences à la simple pluralité. Dans ces sortes de causes 3 eii effet, le jugement des faits, seulement, est porté devant le jury, ou les assises ^ comme ils l'appellent^ mais c'est cette cour qui prononce sur le droit. De si>mples gentilshommes peuvent être jurés , pourvu cependant que la
xaajoritë soient pairs. Vers ce temps , vivait ea Ecosse y au comble de la fortune et de la faveur , un simple gentilhomme ^ nommé Steward, qui «'était élevé par degrés jusqu'à la dignité de /comte de Traquair et de lord trésorier ; le même qui tomba depuis dans de si grands revers que je Tai vu manquant de pain et réduit à Taumône, et de qui oia a publié qu'il était mort de fainu C'était uii homme rare par ses talens , mais trop artificieux; il passait pour l'homme d'affaires le plus habile, et L'orateur le plus exercé du royaume. Aussi fut-il chargé du soin de diriger le procès de lord Bàlmerinoch. Lorsque les motifs de la^oùrsuite furent connus , Hague écrivit à l'accusé une lettre , dans laquelle il se reconnaissait pour l'auteur de la pétition, comme il Tétait en effet, et déclarait l'avoir rédigée sans sa participation. Après cet acte de générosité courageuse, Hague se réfugia en Hollande. La cour destinée à prononcer le jugement fut érigée en vertu d'une commission spéciale. L'affectation avec laquelle on choisit pour juges des gens , ou très-faibles, ou très-pauvres, témoigna visiblement qu'on eu attendait une sentence de mort. On se donna aussi de la peine pour s'assurer des jurés. Leur choix fut marqué d'une partialité si révoltante que , lorsque lord Bàlmerinoch, usant de son droit de récusation, voulut écarter le comte dé Dumfries, parce qu il avait dit que,
s'il était du jury 9 il le trouverait coupable^ Mtil innocent comme Saint-Paul ^ quelques juges prétendirent que ce n'était là qu'une parole inconsidérée. Il est vrai que TaTocat du Roi consentit à la récusation , pourvu que le motif en fÙt prouvé^ et il le fut. On choisit encore le comte de Lauderdale , père du duc de ce nom , qui avait .été long-temps en inimitié déclarée avec lord Balmerinoch. Celui-ci cependant^ au lieu d^ le récuser 3 dit qu'il était omni excepiione major j au-dessus de toute récusation. On chercha longtemps sur quels chefs particuliers on ferait rouler l'accusation. Les corrections que le prisonnier avait insérées de sa main entre les ligaeis du mémoire , corrections qui tendaient manifestement à radoucir^ pouvaient difficilement passer pour une preuve qu'il l'eût dressé lui-même , ou qu'il eût concouru à sa rédaction. Il n'était pas aisé non plus d'en conclure qu'il l'eût du moins fait courir dans le public , puisqu'il paraissait au contraire que lord Balmerinoch s'était contenté de le montrer à un jurisconsulte , pour avoir son avis ; c'était là cependant toutes les charges qui existaient contre lui. Il fut arrêté alors qu'on insisterait seulement sur ces deux faits ^ que le mémoire tendait à détourner les esprits de l.'obéissance due au Roi ^ et que l'accusé^ sachant qui en était l'auteur 3 ne l'avait point dénoncé^ ce qui emportait la peine capitale. La cour jugea que
la pétition ëtait séditieuse et pleine de calomnies contre le Roi et son administration. Le second point était évident^ savoir^ que lord Balmerinoch en connaissait Fauteur 3 et ne l'avait point dénoncé«1 Il plaida pour sa défense que le statut qui or-« donnait la dénonciation n'avait jamais étéexécuté; qu'il ne pouvait d'ailleurs s^entendre que de faits notoirement séditieux; que^ jusqu'à ce que la cour l'eût ainsi décidé 3' il n'estimait pas tel récrit inculpé; qu'il le regardait au contraire comme un mémoire plein de respect y destiné à le justifier 3 lui et d'autres ^ dans l'esprit du Roi ; qu'à la première. vue il en avait ^ il est vrai^' approuvé la substance , mais qu'il en avait aussi blâmé quelques expressions ; qu'il avait com<muniqué tout le projet du mémoire au comte de Rothes qui en avait averti le Roi; et que ^ du moment oii le Roi avait déclaré quHl ne recevrait pas une telle pétition , elle avait été laissée de côté. Ce dernier article fut attesté par le comte de Rothea.
Un long débat s'était élevé pour savoir si le comte de Traquair^ et, en général^ les ministres du Roi pouvaient faire partie du jury. La cour décida la question en leur faveur y et lord Traquair fut juré. Lorsque les jurés furent enfermés, Gordon deBuckey, homme d'un grand âge et un de ceux qui y quarante- trois ans aupara-* ^aat y s'étaient trouvés à l'assassinat du comte de
Murray^ regardé d'ailleurs comme un homme très*' sûr dans une pareille occasion^ parla le premier^ , Après s'être modestement excusé de la hardiesse qu'il y avait à lui d'ouvrir ainsi la discussion, il supplia les jurés assemblés de bien peser ce qu'ils allaient faire. C'était du sang qu'ils allaient verser, du sang innocent, et, tant qu'ils vivraient y ils sentiraient le poids d'une pareille iniquité. U en avait versé, lui, du sang ioi^ocent; il avait été entraîné, dans sa jieunesse, à cetle action détestable. Le Roi lui en avait facilement accordé le pardon; mais il avait eu plus de peine à obtenir celui de Dieu. Il avait passé dans d'amères douleurs bien des heures, bien des jours et des. nuits. Pendant qu'il parlait, des larmes inondaient son visage. Un discours si inattendu frappa tous les jurés de stupeur. Mais le comte de Traquair prenant la parole , dit qu'ils n'avaient pa& à examiner si la loi était trop rude ou non; qu'ils* n'avaient pas non plus à prononcer sur l'innocence ou la criminalité de l'écrit inculpé , puis^ qu'un jugement de la cour l'avait déjà qualifié de mensonge , mais qu'ils devaient se borner à déclarer si le prisonnier avait fait connaître, oui: ou non, l'auteur de ces écrits. Le comte de.Lau- 'derdale lui. répliqua qu'on avait toujours regardé ces lois , si rigoureuses que l'excès de sévérité en empêchait l'exécution , comme de sim-. pies objets de terreur pour le peuple; que tout
au plus 5 d'ailleurs^ depuis que la cour avait jugé récrit séditieux, on encourrait la peine capitale en cachant son auteur j mais qu'avant un tel jugement, la chose n'était pas assez claire pour se croire tenu de le dénoncer. Il s'établit sur ce terrain une discussion de plusieurs heures entre ces deux lords. Enfin, on fut aux voix; il y en eut sept pour l'acquittement , huit pour la condamnation. La sentence de mort fut donc rendue. Elle irrita au dernier point. Il se tint secrètement divers conciliabules dans lesquels on résolut ou de forcer^la prison , pour mettre lord Balmerinoch en liberté , ou , si le coup manquait , de venger sa mort sur la cour et les huit jurés. Ceux-là se chargeaient de les tuer, ceuxci de brûler leurs maisons. Dès que le comte de Traquait eut connaissance de ce complot, il partit pour la cour, et dit au Roi que la vie de lord Balmerinoch était dans ses mains , mais qu'il serait imprudent de s'en prévaloir pour la lui ôter. Ce fut ainsi que ce seigneur eut sa grâce. Les partisans de la cour lui ont souvent reproché depuis d'avoir manqué de gratitude envers elle après une faveur si grande ; mais il croyait avoir tant souffert de son insigne procès , et avoir été personnellement si peu considéré dans son pardon , qu'il se révoltait à la seule idée de porter les liens d'une semblable reconnaissance. Mon père , qui connaissait toutes les particularités de
cette importante affaire y pour avoir été Tami intime du comte de Lauderdale ^ m'a souvent dit qu'il fallait^ en grande partie , attribuer la ruine du gouvernement du Roi en Ecosse au procès de lord Balmerinoch. Il avait conservé soigneusement la pétition et les pièces relatives à la poursuite; collection que je n'ai vue nulle part ail-» leurs que chez moi. Cela m'a donné l'idée de la faire recopier dans un petit volume qui forme ainsi Thistoire complète du procès telle qu'elle a dû être inscrite dans les registres de la cour^ contient^ par conséquent^ selon la coutume écossaise ^ l'abrégé des plaidoiries et de toute la preuve^ et est en un mot un morceau rempli du plus haut intérêt 9 et qui abonde en particularités curieuses.
Pendant que le projet de recouvrer les biens ecclésiastiques n'avançait que lentement y un autre s'exécutait avec de plus rapides succès. Les évêques travaillaient avec une ardeur qui tenait de la précipitation^ à la composition d'une liturgie et d'un corps de canons pour le culte et le gouvernement de l'Eglise. Bientôt l'un et l'autre de ces points furent réglés j mais sans avoir été soumis à l'examen préalable d'aucune assemblée publique du clergé ; les importantes innovations qui s'y rattachaient étaient l'ouvrage de trois ou quatre prélats ambitieux^ Maxwell ^ Sidserfe^ Whitford et Banautine^ évêques de Ross^ de Gai-
loway ^ de Dumblane et d'Aberdeen. Spotswood , archevêque de Sàint-Andrë y alors . lord-chan-» celier y bien que son genre de vie manquât par fois de gravité , avait plus de prudence et de douceur ; Maxwell y entre autres y accusa le comte de Traqtiair de tiédeur pour le service du Roi y et de malversation dans le maniement de la trésorerie > sans autre but que de le supplanter dans cet emploi. Mais le comte de Traquair y se voyant ainsi assailli , montra plus de zèle que les évéques eux-mêmes pour les nouveaux réglemens sur le culte et la discipline , et parvint à regagner le terrain qu'il avait pei*du dans l'esprit du Roi et de l'archevêque Laud. Il aida aussi les évêques à obtenir y pour leurs difierens diocèses y des commissions dépendantes de la cour de haute -commission^ qui différaient peu^ dans l'opinion commune^ des cours d'inquisition. Sidserfe en établit une à Galloway^ et il osa donner un démenti en plein conseil au comte d'Argyle , qui se plaignait des violences de ce prélat. Il était, après tout, fort savant et homme de bien, et seulement trop ardent en tout ce qui touchait aux affaires ecclésiastiques. Mais ils étaient tous si enflés du zèle de Charles pour leur agrandissement , et tellement encoul*agés par l'archevêque Laud, qu'ils avaient perdu toute modération. J'ai Su que Sidserfe lui-même en faisait sans cesse l'aveu sur ses vieux jours.
5o HISTOIRE
Ce qui semble incomprëh^isible dans la eon«* duite du Roi , c'est qu'en même temps qu'il s*ei^ forçait de revendiquer à la <;ouronne en Ecosse une masse aussi considérable de propriétés territoriales^ que les biens ecclésiastiques et les dîmes j qu'il s'était en conséquence imposé la tâche de les arracher à des possesseurs peu disposés à s'en dessaisir , et ne pensait à rien moins en un mot qu'à changer toute la constitution de l'Ëglise et de l'Etat^ il ne songea à mettre sur pied aucune force pour soutenir une entreprise si hardie ^ et en abandonna la poursuite et le succès à l'unique action du gouyernement. civil. Par là le peuple» en éprouvant la violence du gouvernement, sentit aussi sa faiblesse; tous ceux qui revenaient de la cour se plaignaient de la, roideur inflexible du Roi p de sa condescendance pour la Reine , du bon accueil que reoevaiént les nonces du Pape, des progrès du papisme , et du nombre de prosélytes qui rentraient journellement dans le sein de l'Église romaine. Le comte de Traquair réussissait mieux que tout autre , quoiqu'il se cachât davantage, à accréditer tous ces bruits parmi le peuple; Primerose m'a aâstiré même que ce fut lui qui rédigea la première protestation contre la déclaration du Roi , lorsque les provinces , écossaises se décidèrent enfin à s'y opposer. Il ne pensait qu'à mettre un terme au crédit toujours croissant des évêques , et à la violence de lem^
DE MON TEMPS. 5r
conduite; mais il fut emporte plus loia qu'il ne Toulait ^ et fut pris lui-mêrpe daos le piège qu'il ayait tendu pour d^autres.
Une compagnie de cavalerie et un régiment de pied auraient prévenu tous les événemens qui suivirent ,, ou méme^ selon toutes les apparences^ auraient sujS pour mettre le Roi en état d'éta* blir en EcQsse un gouvernement absolu; mais ^ pour parler le langage d^un grand homme , ceux qui étaient alors à la tête des ajQTaires étaient au^si éloignés de la prudence du serpent que de la simplicité de la colombe ; et , comme me Fa dit souvent mon père, lui et plusieurs autres qui restèrent fermement attachés à la cause royale avaient sans cesse à déplorer l'ensemble des mesures du gouvernement, pour la plupart imprévoyantes, illégales et injustes. Je ne pousserai pa,s plus avant ce récit succinct du commencement des troubles en Ecosse ; on le retrouvera avec de plus amples détails dans les Mémoires des ducs 4e Hamilton. L ardeur unanime avec laquelle tout le royaume se souleva contre la cour, montre assez à quel point elle avait provoqué tous les esprits.
Lorsqu'à la suite 4e nouvelles contestations, qui ne tardèrent pas de s'élever après une première pacification, les comtes de Lowden et de Damferling furent envoyés à la cour pour y prçsen-. ter une pétition des covenantaires, lord Sa ville
vint les trouTer et les informa de plusieurs particularités , qui les convainquirent que le Roi était très-irrité contre eux et tout leur parti. Il fit de grands efforts pour leur persuader de ne passer en Angleterre qu^avec une armée. Ils répugnaient fort à se rendre à cette proposition , craignant que ce ne fût un piège de la cour ^ qui se flattait peut-être que TAngleterre, irritée d'une invasion ^ l'aiderait à subjuguer l'Ecosse. Cependant lord Sa ville haïssait tellement le comte de Strafford , qu'ils ne pouvaient se croire autorisés à soupçonner sa bonne foi; ils entrèrent donc en traité avec lui. Lord Saville les assura qu'il leur parlait au nom des personnes les plus considérables de l'Angleterre; et il leur montra un écrit par lequel un grand nombre de gens considérables s'engageaient à joindre leurs intérêts aux leurs, s'ils se décidaient à entrer sur les terres d'Angleterre , et à n'entendre à aucun accommodement qui ne fût confirmé par le parlement anglais. Les deux envoyés demandèrent la permission d'envoyer cet écrit en Ecosse. Après avoir fait le semblant d'une longue résistance ^ l'artificieux négociateur y consentit. Ils firent donc partir , dans l'équipage d'un pauvre voyageur, et avec une canne creuse dans laquelle était renfermé ledit engagement, un certain Frost, qui fut dans la suite secrétaire du comité des deux royaumes. Le message ne devait être com-
muniquë qu'à trois per$onnes : les comtes de Rothes^ d'Argyle et Waristoun, les trois chefs principaux des convenantaires.
Le comte de Rothes était un homme de plaîr* sir^ d'ailleurs naturellement bon et obligeant. Ses afiaires étaient habituellement en désordre. Spotswood > ayant les troubles^ l'avait déjà une première fois gagné au parti du Roi^ mais le comte de Traquair rompit le marché^ ne voulant pas d'un rival qui l'aurait éclipsé. Rothes possédait tous les secrets de la popularité ; mais il avait trop de légèreté dans son caractère^ et de liberté dans ses mœurs. Le comte d'Argyle se montrait sous des dehors plus imposans ; grave , sobre y exempt de vices scandaleux , il affectait la piété la plus exemplaire. Son ambition n'allait à rien moins qu'à faire exercer par sa famille comme une espèce de royauté dans la haute Ecosse.
Waristoun était mon oncle. C'était un homme d'une grande application , dormant rarement trois heures sur les vingt-quatre ; d'une grande pénétration d'esprit^ d'une prodigieuse mémoire^ et qui avait étudié à fond la jurisprudence. Il était arrivé à se plaire avec passion aux exercices de piété très- prolongés auxquels il consacrait plusieurs heures par jour; souvent il priait au milieu de sa famille deux heures de suite , sans que jamais son ardeur dévote semblât s'épuiser.
Toute pensée qui venait frapper son imagînatioit durant ces saintes effusions^ il la coûôidérait comme une réponse du Ciel à ses prières , et n'hësîtaît pas à Faccepter. Le covenant ne différait pas à ses yeux de la restauration du trône de Jésus-Christ ; aussi lui était-il dévoué au-delà des bornes. Il ne pensait aucunement à son élévation ou à celle de sa famille, quoiqu'il eût treize enfans. Le presbytériat était plus pour lui que tout le reste de Turtivers. Il parlait avec une facilité et une véhémence qui en faisaient' un personnage important dans les assemblées publiques. De plus son imagination était féconde , de sorte qu'il abondait toujours en hetireux expédient.
Tels étaient les trois covenantaires auxquels devait être montré l'important écrit envoyé d'Angleterre, sous le serment de gdrde'r le secret. ïl dëvaitrester ensuite dans les tiiainsde Warîâtbtin. Il ne leur était point permis d'en divulguj^r autre chose , âihon qu'ils étaient sÙrs d'tin secours inespéré et fort considérable, secret pour le moment, mais qui se manifesterait en son temps. Ils n'eii dirent pas davantage, en sqfrte qu'on ne vit généralement dans cette annorice mystérieuScl qti'uù artifice pour^fanalifeèr là nation. C'était uhetWm'perîe, en effet, c(infirne on put: s'en 'cofivaîncrè dans la .suite , mais une trbmpérie dé ïord Sâville, qui avait contrefait toutes les signatures.
Les Ecossais se mirent eh marche pour éfnfrër
DEMONTEM^S. 35
en Aiigleterre, en assez mauvais équipage. Cha* que soldat portait une proyision de farine d'à- Toine suffisante pour une semaine; et ils emmenaient en outre avec eux y pour leur subsistance ^ lui troupeau de gros bétàiU Us avaient aussi des canons nouYellement inventés, faits de fer-blane étamé, et recouverts de cuir, et puis cordés de manière à pouvo.ir servir pour deux ou trois dé* charges. Ces canons étaient légers et pouvaient être transportés à dos de chevaL Lorsque Tarmée écossaise fut arrivée à Newburn, les Anglais qui défendaient le gué furent surpris par une bordée de cette artillerie ; plusieurs même y soupçonnèrent delà magie, tous s'abandonnèi^ent à un tel dé* sordre' et prirent la fuite avec une telle précipitation, que sirTKomasFairfat, qui les commandait, ne faisait pas difficulté d^avouer^qu^les genoux lui tk*emblaient jusqu'à ce qu'il edt passé la Tees« L'issue de ce premier combat consterna les enthou^ siastes du parti du Roi autant qu'il enorgueillit les Edôssais. Lé jour suivant ils s'emparèrent de Newcastle , et par là furent maîtres non-seulement du Northumberland et de l'évêché de Durbam , mais encore des mines de charbon ; ce qui lies aurait inis eu état d'incommoder extrême^ ment la ville de Londres , s'ils ne s'étaient crus en bonne intelligence avec elle. Mais Londres, quoique épargnée, n'en jeta pas moins les hauts cris et maudissait une guerre qui laissait son ap-
provisionnement à la disposition des Ecossais. En conséquence le Roi reçut pétitions sur pétitions^ tant de la capitale que de quelques comtés, pour le prier de faire la paix avec eux. Lord Wharton et lord Howard d'Escrick , qui avaient pris sar eux d'en présenter quelques unes , furent arrêtes sur-le-champ pour Favoir osé. On tint un conseil de guerre y où il fut décidé , ainsi que lord Wharton me Ta raconté lui-même, qu'ils seraient fusillés en tête de l'armée, comme chefs principaux de révolte. Le comte de StrafFord appuya plus que tout autre cet avis. Le duc de Hamiiton 9 qui avait gardé le silence dui;ant tout le conseil^ demanda à StrafFord , quand le jugement fat rendu , s'il était sûr de l'armée : celui-ci parut surpris d'abord de cette question j puis > en y réfléchissant mieux , il comprit que très-probablement Texécution des deux condamnés serait suivie 4'nne mutinerie générale^ sinon d'une révolte complète des troupes.
Ce premier succès des Ecossais ruina les affaires du Roi. Rien ne démontra mieux la nécessité d'unir les deux royaumes. Une armée considérable , en effet, toujours sur pied et assurée de la victoire , peut seule empêcher les Ecossais d'envahir à toute heure les frontières de l'Angleterre, et de s'emparer des mines de charbon , dont l'occupation doit immédiatement devenir funeste à la ville de* Londres. Les deux armées
DE MON TEMPS. Sf
qui couvraient le nord: du royaume létaient tournées , par le peuple anglais y en nouveaux griefs contre le Roi y et s'ajoutaient à tous les autres. On vint de plus à découvrir la supercherie de lord Saville ^ qui , dans la suite y n'en obtînt pas moins la confiance du Roi > et n'en reçut pas moins le titre de comte de Sussex. Le Roi pressa beaucoup mon oncle de lui remettre entre les mains l'écrit supposé que lui avait envoyé lord Sayille; mais il s'en excusa sur ce qu'il s'était engagé par serment à ne point s'en dessaisir* Craignant qu'on n'en pût abuser^ il coupa toutes les signatures et les envoya aux personnes à qui elles étaient censées appartenir ^ à chacun la sienne : elles furent toutes frappées de l'exacti-* tade de l'imitation , et avouèrent qu'à la simple vue il leur eût été impossible dé ne point reconnaître leur main»
Le Roi était dans de grands embarras. Avant le commencement des troubles d'Ecosse^ il avait amassé 700^000 livres sterling; mais au lieu de s'en servir pour entourer sa personne de forces imposantes 9 potir loyer des troupes en Angleterre y il s'en était rapporté à l'action légale du gouvernement de l'exécution d'entreprises trèsillégales. Maintenant ses coffres étaient vides ^ ses sujets irrités au suprême degré ^ ses ministres effrayés de se voir à la veille d'essuyer la colère et Injustice du parlement; il s'était jeté de lui*-
50 RISTOIEE
TtiêtÈte au teitiën d'obstàcks de toitt geûre , s&ob^ avoir en Itti l'habileté nécessaire pout les surxhonter. Il aimait naturellement les Toies dures . et tranchantes; mais il n'ayait ni assez d'adresse pour les prendre h propos , ni assez d'élévation d'esprit pour s'y soutenir. Il haïssait tous ceux qui lui donnaient des conseils sages et modérés^ qu'il croyait toujours dictés ou par le désir vil et intéressé de se mettre soi-même à l'abri en sacrifiant son aùtdrîlé ^ ou par l'eafprit républicain , et lors même qu^îl se voyait dans la nécessité de se reridre à de tels avis , il n'en prenait pas laoin^ en dégoût ceux de qui il lés tenait.
A l'époque dont nous parlons, toute la poli-* tique de Charles était tournée vers l'idée dé gagner les deux armées. 11 commença par attii*er à sa cause lé domte de Rothe»; ce seigneur espé^ rait, à l'aide de la médiation du llol, épcfuâer la ë(]fA»tésse' de iDevonsfaire, que na fortune et sa ïuâgniâcencê faisaient briller entre toutes les dafibés desôn feitips* Lé Rôi mit âu£^i dafis Son parti le comte de Mdtitrose, jeAne }idniii%e d-Uâ esprit cultivé, poli et fortné patries voyiaigès/m^is affectant ti^dp de «er^onner les airs et la démsU^be d'un héros, Il -«Vàit* îtisité le eonfineiït a>Wd le comte de Denbîgh;' et , pendant qtfïls étéiérft ensemble y ils^ n'entendaient - pas parfér à^wti astrologue Éktïs aller le èèftsrtîltét*. JP*^ été 4émoitt que le comte de Denbîgh eottipta ' sitr le 'miec^s
de ce qui lui avait été prédit jusqu'à gon dernieftr Jour, avec d'autant plus dé crédulité que le comte de Montrose avait eu la promesse d'une fortune brillante, mais passagère, et qui devait finir par dé grandes adversités. Lorsque le comte de Montrose revint dans sa patrie , le Roi ne Te traita pas comme il croyait avoir droit de l'être. Aussi s'étudia-t-îl à se rendre populaire en Ecosse; et, tout le temps que dura la première guerre, il fut le principal meneur du parti opposé à la cour. Ce fut lui qui conseilla et composa la lettre au roi de France, pour laquelle lord Lowdén, <jui l'avait seul signée , fut enfermé à la Tour de Londres. ^ comte de Lauderdale, suivant qu'il me l'a raconté lui-même, s'étant avancé polir signer à son tour, fut arrêté par un mauvais biôt français; car au lieu de rayons du soleil ^ Mofntrose avait écrit raie, qui signifie en frabçaîs Mue sorte de poisson. La lettre en resta donc là^*et le traité , qui suivit de près , empêcha qu'on s'en occupât de nouveau. "' ' *
C'est à Berwick que Monlrbse fut gaghé ¥' fâ cause du Roi, qu'il se prépara en conséquence à relever de son mieux. Il s'imaginait, ou du moins faisait imaginer au Roi, qu'il lui ramènerait le royaume, quoique, dans le fait, îihe telle ètiti*èprisé fût au-dessus de ses forces. f[ essaya dé créer Un nouveau parti de royalîstesr. Il tiirt urie correspondance suivie avec lé Rôî , durant soti se-
6a HISTOIRE
jour à Newcastle ; il se yantah y dans cette cor^ respoodance ^ d'être très^influent parmi les co* Tenantaires^ auprès de qui il n'avait alors aucun crédit. Toutes ces petites menées furent ou decouTcrtes > ou du moins soupçonnées y par suite surtout des indiscrétions de la Reine ^ femme d'une grande vivacité dans la conversation , et qui aima ^ ' toute sa vie ^ à être mêlée dans des intrigues de tout genre ^ mais incapable d'y porter la réserve et le mystère indispensable en de telles affaires ^ et au milieu de temps aussi critiques. Cette princesse manquait de jugement y avait l'invention pitoyable et l'exécution pire? mais le feu de ses discours £aiisait toujours une grande impression sur le Roi. C'est à ses petites pratiques^ autant qu'au caractère personnel de Charles^ qu'il faut attribuer tous les malheurs de ce monarque. Je sais qu'une des choses qu'elle répétait le plus aux princes ses fils , c'est que les concessions de leur père l'avaient perdu : je l'ai souvent ouï dire au roi Jacques IL Cela est vrai à certains égai*ds; car on ne peut nier que sa ruine n'ait été consommée le jour où il donna son consentement à l'acte en vertu duquel le parlement demeurait maître de siéger aussi longtemps qu'il le voudrait; mais ce fut la Reine qui l'entraîna à cette coadescendance* Hhtn antr^ côté 9 s'il n'avait pas fait de grandes concessions, il serait tombé sans rien trouver qui ralentit sa
DE MON TEMPS. 6i
•cliute; c'est par elles qu'il parvint à dîyiser la nation ^ et à engager dans sa défense un grand nombre de ses sujets* En se relâchant comme il fit^ en consentant surtout à un parlement triennal ^ il satisfit la portion honnête et tranquille de la nation, qui , croyant par là sa religion et sa liberté suffisamment garanties , renonça aux prëtentions exorbitantes qui firent courir aux armes#
La Yeritë est que le Roi ne mit dans ses conce»* sions ni à-propos > ni bonne grâce; elles parurent toutes extorquées* On avait même des motifs rëels^ ou du moins plausibles^ de croire qu'il était dans l'intention de n'y rester fidèle qu'autant que la force majeure , qui les lui avait arrachées con-tre son inclination > continuerait de l'opprimer. Les faits particuliers qui servaient de preuve à cette opinion , et en démontraient presque la vérité y disposaient les esprits à prêter tme créance plus facile à d'autres bruits qui ne Circulaient que d'oreille en oreille; car dans tous les temps critiques il y a, dans chaque partie des hommes / artificieux qui aspirent à se faire un mérite de prétendues découvertes , mais qui se gardent de consentir à être produits comme témoins; ce qui est y de toutes les méthodes de calomnie y la plus lâche et la plus nuisible. Il n'y avait presque pas un hpmme à la cour qui n'eût reçu une fois ou l'antre quelque fi^veur contraire aux lois; en sorte que la plupart des courtisans, dans l'espoir de
mettre leuns petites iniquités à l'abri de toute t^chfdvçhe 9 étaient autajit d'espions tant du l^oi que de la Reine ; ils répétaient tout ce qu'ils entendaient y et non peut-être sans y ajouter da leur y aut membres influens de la chambre des communes. Ces rapports enflammaient les débandes mutuelles, et poussaient le parlement à ^ montrer de jour en jour plus exigeant. Voici uo trait remarquable que j'ai appris de lord HoUis, d'après lequel on pourra juger de la bonne foi et de la générosité qui régnent dans les cours.
Le comte de StrafTord avait épousé la sœur de lord Hollts, et par ce motif ce dernier, quoiqu'un des plus avdens presbytériens qui fussent dans le parlement, ^e retirait toutes les fois qu'il s'agissait du procès de son beau-frère. Lorsque le bill à^attainder ^ut passé, le Roi l'envoya chercher pour aviser ensemble aux moyens de sauver son beau-frère. Hollis répondit que Sa Majesté étant chargée de l'exécution desjois, il ne tenait qu'à elle de lui accorder un répit, dont la légalité serait incontestable; mais il ne lui conseillait pas d'en agir ains.i. Selon l'expédient qu'il proposait , le comte 4e StraQbrd devait adresser une pétition au Roi, ,oii il le supplierait de lui accorder un court délai pour régler ses affaires et se préparer à la mort; le Roi se présenterait le jour suivant au parlement, la pétition à la main, et. en exposerait le contenu dans une ha^
raogue^ que lord Hollis mit iacoBftineQt. sur le papier* Celaî'-ci promettait en outre d'employer toat son cr^it' auprès de ses amis ^ pour les faire confieutir à accueillir la petitioQ. U n'omit rien en effî&t pooir les disposer à la clémence ; il .les assura que s'ils épargnaient la vie du comte de Strafibrd , il s'attacherait indissolublement à leur cause, en vertu de ses premiers principes; et qu!ils gagneraient beaucoup pbis en l'épar-r gnant.> qu'en faisant sur lui un exemple, pour un motif si nouveau et encore si contesté, il en avait convaincu un assez grand nombre pour avoir la certitude que son beau frère était sauvé;, si le parti du Roi lui prêtait la main.: Mais. on rapporta à la Reine que Hollis avait donné promesse que le comte de Straiford découvrirait tout ce qu'il savait , et se porterait accusateur contre elle; de sorte que non-seulement elle dértournà le Roi d'aller au parlement, et lui fit changer sa harangue en un message iout écrit de sa main, et que devait porter le prince de Galles, ce qui, disait Hollis, n'était peut-être pas un mal , le Roi étant sujet à gâter toutes choses par ses manières peu engageantes ; mais, au grand étonnement de tout le monde , elle parvint à lui faire ajouter au bas du. message cet ignoble iposi" scriptum : S^il faut qu'il meufe ^ cç serait au moinâ une charité que de différer son supplice jusqiùà samedi. Ces derniers mots n'étaient
•qu'un honteux détour pour renoncer au succès da message* Lorsqu'il fut communicpié aux deuic ichambres^ le parti de la cour lui fut unanimeneitt contraire ; il est donc vrai de dire que le -comte de Strafibrd ne perdit la tête que par les bons offices de la Reine.
Ce fait merappelle une anecdote contemporaine relative à TarcheTêque Laud. Lorsqu'il se vit accuse à la barre de la chambre des pairs ^ crai^ gnant l'issue d'un pareil procès^ il confia à Warner 5 ëvêque de Rochester^ les clefs de son cabinet secret ^ et le chargea d'anéantir tous les papiers dont on pourrait faire usage contre lui , ^u contre tout autre de ses amis. L'évêque était depuis trois neures en besogne lorsque , Laud ayant été^ par ordre de la cour des pairs y remis à la garde de Thuissier de la Verge Noire, un messager Tint mettre le scellé sur son cabinet ; mais tousles papiers importans étaient en sûreté. Parnoki ceux qu'il emporta , se trouvait, à ce qu'on croit , l'original de la Grande^Charte accordée par le roi Jean, dans la prairie auprès de Stains. Cette pièce curieuse a été trouvée dans les papiers de Warner par son exécuteur testamentaire, qui l'a laissée ensuite à son fils , le colonel Lee , qui me l'a donnée. Elle est donc actuellement entre mes mains , et je la possède au titre le plus légitime. Quant à la manière dont elle était arrivée à Laud , on ne peut former que des conjectures.
Je ne prétends pas m^engager dans Fliistoire de nos guerres civiles , j'en ai raconté une grande partie dans les mémoires des ducs de Hamilton. Les collections de Rushworth contiennent un grand nombre d'escellens matériaux ; et maintenant l'histoire du comte de Clarendon renferme , dans le premier volume, un exposé fidèle du commencement des troubles , quoiqu'elle soit écrite en faveur de la cour, dont les perfides pratiques y sont revêtues des meilleures excuses possibles^ C'est pourquoi je ne parlerai ici que des faitg sur lesquels j'aurai des données parti-' culières qu'on ne trouverait pas dans les livres.
D'après la nouvelle organisation tlu clergé d'Ecosse ^ une portion de l'autorité ecclésiastique avait été confiée aux aneiens. Ceul^ci , bien que eréés sur le modèle de ceux de Genève , pour soulager , ou plutôt pour surveiller les ministres dans la conduite de leur paroisse , ne s'étaient rassemblés nulle part, avant l'année i638, où on jugea nécessaire de les mettre en avant pour emporter l'élection des ministres aux divers près* bytères , et puis de les faire venir eux - mêmes siéger dans ces assemblées. Tant les membres de la plus haute noblesse que les principaux gentilshommes de campagne briguèrent pour lors à l'envi le titre d'anciens ; et les ministres , prévoj^antqu'ilsseraientbientôtamenésà transgresser les ordres du Aoi , furent charmés de se trouver
ëprouya qu^il est plus facile d'allamer un gi*and incendie que de Fëteiridre. Il aspirait à maintenir son parti dans la ligne qu'il traçait ; mais il sentit bientôt l'impossibilité de modérer la violence de certains esprits de feu ; et quand il s'aperçut que ceux»ci allaient trop vite pour qu'il pût les suivre, et qu'ils lui avaient enlevé la confiance du peuple , il s'affaiblit de corps et d'esprit, et mourut peu de temps après. La personne qui venait après lui dans le parti était Douglas , qui passait pour descendre de la famille royale y mais non légitimement. Un air naturel de grandeur répandu sur toute sa personne disposait tous ceux qui le voyaient à lui supposer une naissance au-dessus de l'ordinaire. C'était un homme réservé : il savait par cœur les Écritures plus exactement qu'un Juif, et eût pu servir de concordance; il était plus calme et plus froid que ne Fauraient voulu les furieux qu*il avait à gouverner, mais qui cependant ne laissaient pas de s'en rapporter beaucoup à sa prudence. Je l'ai connu dans sa vieillesse, et j'ai vu clairement qu'il était esclave de sa popularité , et que souvent il n'osait énoncer librement sa pensée sur certains sujets, de peur de heurter le peuple et ses préjugés.
Ce serait trop m'écarter de mon sujet , ou du moins trop l'agrandir que de tracer les caractères des autres prédicateurs connus et puissans dans
le parti ^ tels que Dickson ^ Blair « Rutherford x Baily^ Cant et les deux Gillespys. Ils se ressetn-^ Liaient tous plus ou moins : c'était la même af<» fection de piété exaltée ^ <î'était cette même abondance de prières improvisées^ dont tout le mérite consistait la plus souvent dans la voix forte et la grande quantité de larmes de celui qui les récitait. Leur instruction , généralement médiocre , roulait sur quelques notions d'hébreu et trèsr peu de grec. Quelques livres de controverse avec les papistes » mais surtout avec les arminiens^ étaient le compWnient de leurs plus profondes études* L'ordre qu'ils suivaient habituellement dans leurs sermons était celui-ci : le dogme ^ sa raison et son application. Quelques uns avaient pour habitude de poser des ci^s de conscience , w rapport non pas tant avec, des actions morales qu'avec de certaines réflexions sur leur situation personnelle et leur propre caractère; c'était une suite de leur pitoyable manie de vouloir toujours prier d'esprit y comme ils disaient ^ talent que tous ne pouvaient atteindre^ ou soutenir avec la même chaleur dans tous les momens. L'espèce de savoir qu'ils recommandaient à leurs jeunes théologiens se réduisait à la connaissance de quelques systèmes de théologie allemapde , de certains commentateurs de l'Ecriture^ de quelques ouvrages de controverse et de piété. Ils étaient si exacts h leur faire parcourir ce cercle , que
s'il n'y avait pas parmi eux des hommes d'nn grand savoir ^ il n'y en avait pas non plus de toutà-fait ignorans : comme s'ils pensaient que l'égalité en fait de lumières était nécessaire pour maintenir celle du rang dans le gouvernement ecclésiastique. Personne n'était admis à prêcher en qualité d'expectant ^ comme ils disaient ^ avant de l'avoir fait deux ou- trois fois en particulier devant des ministres; puis il fallait prêcher en public deux sermons au moins ^ et mettre dans l'un plus d'érudition et de doctrine y et dans l'autre plus de morale : puis encore il fellait composer une amplification latine sur un point de théologie , et soutenir thèses dessus. On était aussi examiné sur le grec , l'hébreu et la chronologie de l'Ecriture; venait enfin un interrogatoire^ qui était la dernière épreuve ^ où chaque ministrte faisait au répondant toutes les questions qu^il lui plaisait. Quand un jeune étudiant avait subi avec .approbation tous ces examens^ il lui était permis de prêcher partout oîi il serait invité à le faire. Mais s'il était présenté ou appelé pour desservir quelque église, il était forcé de repasser par les mêmes examens. Ainsi il y avait un cercle restreint de connaissances, dans l'enceinte duquel les ministres presbytériens étaient généralement instruits. La vraie morale était peu étudiée , ou même peu estimée parmi eux. Us se donnaient beaucoup de peine pour maintenir leur autorité
parmi le peuple : ils avaient avec lui toiïtes les habitudes de familiarité propres à le gagner.
Ils forcèrent tout le peuple à signer le cove^ nant ; et la plus grande portion du clergé épiscopal^ avec deux évéques à la tête^ vinrent à eux 9 abjurant leurs premiers principes ^ et les prièi^ent de les incorporer dans leur Eglise. D'abord ils reçurent tous ceux qui se présentèrent ; mais ils se repentirent enisuite de cette facilité y et les esprits violens ne cessaient dé demander qu'on purgeât le clergé^ comme ils s'exprimaient, c'est-*à-dire qu'on en chassât tous les épiscopaux nouvellement convertis. Us imaginèrent ensuite le terme de malintentionnés, qu'ils donnèrent à tous ceux qui n'étaient pas dé leur secte. Cependant la régularité et la piété exacte , qui leur avaient acquis tant de renommée avant la guerre^ com^ mencèrent à disparaître : bientât les emportemens d'un zèle qui allait jusqu'à la fureur , et une insupportable abondance de longs sermons suivis de plus longues prières , fuirent leurs seuls caractères distinctifs. Ils portaient cette manie des longues prières jusqu'à employer quelquefois une heure entière tant à câlles qui précèdent qu'à celles qui suivent les repas. Cela n'empêchait pas qu'à chaque fois que la guerre s6 rallutnaft , il n'y eût un déclin visible /même dans les semblans extérieurs de piété. C'est ainsi que la guerre corrompit les deux partis. Lorsqu'elle éclata eu
AûgleleiTôy'les Ëoossais montrèreDt no grand empressement à s'y mêler ^ pousses par les gêné mines de la noblesse, les militaires et les ecclé* siàsticjties. Ils étaient tentés par les boas qtiax^ tiers qui les attendaient dans le nord de l'Angle^ terre; et ils espéraient se trouver les arbitres souverains de la guerre. Croyant en effet les forces du Roi et du parliement à peu près également di<* viséeis^ ils comptaient tenir en leurs mains let poids qui ferait pencher la balance , et s'attirer ^rinsi les caresses des deux partis. Us ne doutaient pas d'ailleurs que cette expédition , en même temps qu'elle serait utile et glorieuse pour leur pays , n'apportât de grands avantages partîccH liei^ à ceux qui en feraient partie.
Le Roi avait confié au duc de Hamilton la con-f duite de ses affaires en Ecosse : il l'avait autorisé à entrer en négociation -av^c les Ecossais » mais secrèteméot et de manière, à ce qu'il ne restât aifteuae trace d'une pareille tentative , si eUe ve^ nait à être découverte, et à leur assurer^ s'ils voulaienli se joindre à lui, qu^il consentirait à unira lesir pays le Northumb^land , le Cumberland et le Westmdreland j que Newcastle serait lesi^ du gouvernement ; que le prince de Galles tiendrait coffôtamment sa cour aix milieu d'eux ; qu'il les visiterait lui-<même tpus les trois ans, et que le tiers des chargés de sa maison serait donné à dès gentilshommes de leur nâtipn. Je n'ai pas trouvé
ces déiailë pai'mi les papiers du duc de Hamillon ; mais le comte de Lauderdale me les a affirmés p et il ajoutait que le Roi avait renouvelé les mêmes propositions dans l'île de Wight , çn prenant tous les engagemens possibles de les remplir^ Mais le duc de Hamilton s'aperçut proraptemeol: que tout espoir de faire épouser à rÊco(Sse le$ intérêts du Roi était une vaine chimère* L'inclination était trop forte au parrti contraire. Tout le succès qu'il attendait de sa mission était de maintenir la neutralité durant quelque temps j encoi^ vit- il bien qu'elle ne pourrait être de longue durée : ainsi après avoir , durant toute l'année 1645 , empêché l'entrée des Ecossais en Angleterre , lui et ses amis conclurent que c'était en vain qu'on s'opinîâtrerait davantage. Lç plan nouveau auquel ils s'arrêtèrent fut que la noblesse parût partager chi^udement le penchant de la nation à se jfter du coté du peuple d'Angleterre; ils espéraient qu'elle obtiendrait ainsi, pour elle et ceux de son bord, les principaux postes de l'armée , et qu'ensuite , lorsque les troupes écossaises seraient une fois en Angleterre, il serait plus aisé de les gagner , ainsi séparées et formant un corps distinct du reste du royaume > qu'il ne l'avait été de disposer la masse entière de la nation en faveur du Roi.
Ce n'était point là une manière très-loyale d'agir ; mais elle était habilement calculée pour le
serrice du Roi ^ et elle aurait probablement été couronnée de succès^ s'il n'était survenu des accidens qui changèrent la face des affaires : et comme on ne les entend pas bien communément 9 je me propose de les éclaircir. Le comte de Montrose et un parti de royalistes ardens étaient d'avis d'ouvrir la guerre civile dans les provinces^ dès le commencement de l'année i643; mais ils ne présentaient aucune ressource assurée pour la soutenir , et le nombre de leurs partisans n'était rien moins que considérable. Rien de plus beau que leurs projets ; mais quand on leur demandait quelles forces^ quels auxiliaires les appuieraient y ils n'avaient à offrir que les montagnards y espèce de gens sur lesquels il n'eût pas été sage de faire tin grand fond. Aussi le duc de Hamilton se garda bien d'exposer les affaires du Roi y en les confiant aux hasards d'entreprises si mal combinées. Là-dessus Montrose et ses com-f pagnons se transportèrent à Oxford, et remplirent toute la cour de leurs plaintes amères contre la trahison de Hamilton ; ils affirmaient qu'on serait maître de l'Ecosse , si leurs propositions avaient été écoutées. Ce langage ne répondait que trop aux inclinations de Charles et à l'esprit qui régnait alors à Oxford. C'est pourquoi , lorsque les Hamilton y vinrent, ils ne furent point admis à parler au Roi. On a cru généralement que les deux frères auraient eu le même sort, si le
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plus jeune ne s'était échappe; car la Reine ^ en apprenant la nouTelle de sa fuite ^ dit qu'Abercorn avait perdu un duché. Le comte Abercorn , papiste^ était le plus proche héritier des ducs de Hamilton. Si on les avait entendus^ ils auraient démontré qu'ils étaient sûrs des deux tiers des officiers écossais ^ et qu'ils se faisaient fort d'engager l'armée entière dans la cause du Roi.
La disgrâce des Hamilton ne fut pas la seule faute de la cour. Montrose^ alors marquis, obtint tous les pouvoirs qu'il désirait , et fut envoyé en Ecosse. Il ne put rien faire avant la fin de l'année. Un grand corps de Macdonald, commandé par un certain colonel Killow j y était venu d'Irlande pour recouvrer le Kentire, le meil* leur canton de toutes, les montagnes , dont ils avaient été chassés par la maison d'Argyle , qui le possédait depuis environ cinquante ans. Le chef de leur famille était te comte d'Antrim , qui avait épousé la veuve du duc de Buckingham. Comme il était papiste et était fort puissant dans rUlster , où il avait un commandement , la Reine comptait beaucoup sur lui. Il fut le per^ sonnage le plus marqu£^nt dans la première rébellion^ et il faut lui attribuer la plus grande partie de tout le sang versé /d^ns le Nord. Il ne cessa point cependant de correspondre avec la Reine ^ au grand préjudice des affaires du Roi. Lors donc que le marquis de Montrose apprit
que les Macdonald étaient dans le comté d'Argyle^ il fut les trouver ^ et leur dit que^ s'ils youlaient le suivre, il les conduirait au cœur du royaume, et leur procurerait de meilleurs cantonnemens; et une bonne paie. lis se laissèrent persuader 9 et il les mena dans le comté de Perth» Les Ecossais avaient pour lors une lirmée en Angleterre et l'autre en Irlande ; cependant , ils ne crurent pas nécessaire d'en rappeler aucune y même en partie, tant ils méprisaient cette poi*gnée d'Irlandais et de montagnards. Us se con* tentèrent de lever une milice tumultuaire , qu'ils mirent sous les ordres de lords connus pour manquer de courage et de quelques, autres aocusés d'être favorables au parti de la 'cour* Les gens du marquis de Montrose étaient désespérés, et ils trouvèrent peu de résistarice. Aussi un corps peu considérable de l'armée des covenàntaires fufiil £icilement mis en déroute. Ce premier avaii"*tage donna au knartfuis de Montrose des chevaux et des muoitionâ. Il n'avait pifuparavant que trois chevaux et de la pou4re pour une charge. DèB lors son e;Kpéditiaa prit et Timportaiicé; il s'avança à travers les provinces du Nord vers Aberdeen. Le marquis deHUntley ne voulut pas se joindre à Ui , quoique ses enf^ns fussent dans camp, et quoique attaché lui-même à H e du Roi, L'astrologie le perdit : il croyait aux astres, et les astres le trompaient. Il disait
son cause
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souvent que, ni le Roi, ni Montrose, nî les Hamilton n'étaient destines à réussir dans leurs entreprises; il croyait qu'il leur survivrait à tous, et échapperait à tous les périls; et, en effet, la première partie de son horoscope fut juste, car il leur survécut. C'était naturellement un galant homme , mais les astres s'étaient tellement emparés de lui , qu'il fit une pauvre figure durant tout le cours des guerres civiles.
Les succès du marquis de Montrose furent une calamité et causèrent la ruine des affaires du Roi. Je n'avancerais pas ce fait avec autant de certitude , si je le tenais seaiement du comte de Lauderdale, qui fut, à la vérité, mon premier auteur; mais il m'a été pleinement confirmé par lord Hollis. Ce dernier s'était jeté d'abord avec ardeur dans la guerre civile; mais il reconnut bientôt les funestes résultats qu'elle avait, & peine commencée, et les résultats plus mauvais encore qu'elle devait amener en continuant. Dès l'entrée
de l'année i643, lorsqu'il avait été à Oxford porter au Roi des propositions de la part du parlement, il s'était donné beaucoup de peine pour le convaincre de la tiécessité de céder à temps ; car, plus il attendrait , plus les conditions seraient dures. Lorsqu'il y fut renvoyé vers la fin de l'année 1644 ^^^c de nouvelles propositions , lui et Whitelocke eurent avec le Roi des conférences secrètes , dont le dernier dit quelques mots dans
ses mémoires. De concert avec les autres com^ missaires envoyés à Oxford ^ ils s'elSbrcèrent de persuader à Charles^ et à tous ceux qui avaient quelque crédit sur ce prince^ qu'il était urgent pour lui de mettre fin à la guerre par un traité» Il s'élevait^ disaient-ils^ un nouveau parti d'hom-< mes ardens > dont le but visible était de changei:' le gouvernement* 11 faisait de grands progrès dans l'armée , mais il était encore loin de l'emporter dans les deux chambres. Il avait pris beaucoup de force la campagne dernière^ et les événemens de l'année suivante le mettraient à même de s'a^ grandir encore. Ils convenaient qu'il faudrait se résoudre à des concessions dures et pénibles 5 pour obtenir la paix. Sans doute qu'ils demandaient des choses déraisonnables^ mais ils avaient été forcés de consentir à porter ces demandes; autrement ils auraient perdu tout leur crédit auprès de la ville et du peuple qui ne pouvaient être contentés que par une sécurité entière et une pleine satisfaction; mais l'extrémité où seraient probablement portées les affaires^ si la paix n'était pas faite 9 la rendait indispensable à quelques conditions que ce fût ^ puisque aucune condition ne pouvait être aussi fâcheuse que la continuation de la guerre. Il fallait que le Roi «se confiât au parlement et au peuple , quoiqu'ils ne fussent pas pour le présent disposés à se confier à lui autant qu'il serait désirable. Us ajoutaient
que la paix une fois faite y il serait beaucoup plus facile de faire révoquer celles des lois nouvelles qui paraissaient trop dures ^ qu'il ne Fêtait aujourd'hui d'obtenir qu'on renonçât à aucune.
Lord Hollis m'a assuré que le Roi et plusieurs de ses conseillers , qui ne se dissimulaient pas le déclin de ses affaires et l'extrême difficulté de continuer la guerre à la campagne suivante ^ furent frappés de la justesse de ces considérations. Le Roi ^ d'ailleurs y commençait à essuyer l'insolence des militaires et de ceux qui lui reprochaient journellement leurs services; au point qu'il était presque aussi fatigué d'eux qu'il l'avait é\é autrefois des mutins de Westminster. Mais y sur ces entrefaites^ il arriva des messages de Moatrose ^ avec de si pompeux détails sur ses hauts faits , sur les forces qu'il commandait y et sur ses espérances pour la campagne prochaine y que le Roi se laissa flatter de l'idée que ses af- Êiires allaient s'améliorer y et qu'il pourrait plus tard traiter à de meilleures conditions. Cette confiance malheureuse fut cause qu'il limita tellement les pouvoirs de ceux qu'il envoya à Uxbridge pour y traiter, que la négociation fut entièrement rompue; et, par là, les esprits de ceux qui n'étaient déjà que trop exaspérés, s'échauffèrent encore davantage.
Ainsi qu'il l'avait annoncé y le marquis de Mon-
f rose eut de grands succès la campagne suivante : mais il fit la faute de ne les point consolider ^ en négligeant de se rendre maître des places fortes et défilés dn royaume. Déplus, il se laissa excessivement enfler par la journée de Kilsyth, sa dernière et plus glorieuse victoire. Les Macdonald se montraient partout maîtres sans pitié et pil— lards insatiables ; pour les montagnards, s'ils ne valaient pas les Irlandais dans le métier régulier de la guerre, ilâ excellaient dans la maraude ; et, quand leur dos ployait sous le butin , ils désertaiêfnt et couraient le mettre en sûreté' dans leurs chaumières. Les Macdonald abandonnaient aussi leur général, pour aller exécuter leurs projets de vengeance sur le pays d'Argyle. Le niarquis de Montrose se croyait maître de l'Ecosse et il n'avait pas même un plan arrêté pour la conservation de ses conquêtes. Il s'amusait à ravager les terres de ses ennemis, et particulièrement celles des Hamilton ; et il s'avança vers les frontières de l'Angleterre , quoiqu'il lui restât à peine un petit corps de troupes. Mais il croyait que son nom portait la terreur avec lui. Aussi écrivait-il au Roi qu'il avait traversé tout le pays depuis Dan jusqu'à Sersabe; et il le priait de venir en ces termes : f^iens^ toi y et prends la pille ^ de peur que je ne la prenne y et qu*elle ne soit appelée de mon nom. Cette lettre fut écrite, mais jamais envoyée, parce qu'il fut mis en déroute, et ses pa-
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piers saisis^ avant qu'il eï^t dépêché le courrier qui devait la porter. Parmi ces papiers^ on trouva plusieurs lettres du Roi et des royalistes qui étaient à Oxford^ à ce que m'a dit le comte de Crawford y un des commissaires chargés de les lire. Ces lettres dont le contenu ne fut pas ignoré , quoiqu'elles n'aient jamais été publiées^ ^^g-^ mentèrent les mécontentemens réciproques.
Après la défaite du marquis de Montrose ^ plusieurs prisonniers 9 à qui Ton avait fait quartier ^furent massacrés de sang-froid ; et à mesure qu'on en envoyait dans les villes que son armée avait insultées ^ le peuple se jetait sur eux et les immolait à sa vengeance. Plusieurs personnes de qualité furent condamnées pour avoir figuré dans ces troupes ; et non-seulement on usa de rigueur envers elles j mais elles furent encore en butte à fnille indignités. Les prédicateurs tonnaient d^ns leurs chaires contre tous ceux qui ne portaient pas une ardeur assez franche à l'œuvre du Seigneur^ et ils s'emportaient contre tous les partisans des mesures modérées y comme comptables du sang versé. Ton œil sera sans pitié y et tu n^épargneras personne y répétaient-ils à chaque exécution. Ils triomphaient de la chute de leurs ennemis avec si - peu de décence que tout le peuple prit d'eux de très-mauvaises impressions. M^is ce n'était point encore là les pires conséquences de l'expediti^^n de lord Montrose. I. 6
Elle fit rompre les négociations d'Uxbrid^ ; elle aliéna beaucoup du Roi les Ecossais ; elle enfla le conrage de tous ceux qui avaient de l'aTersîon pour la paix. Ils avaient désormais de quoi co- 'lorer toutes les calomnies qu'ils répandaient sur le Roi 9 à propos de sa prétendue intelligence avec les rebelles d'Irlande , depuis qu'il venait d'employer à son service les plus impurs restes de ces rebelles. Cette campagne acheva de ruiner entièrement ses affaires en Angleterre : et lord HoUis n'assignait à tant de désastres , point d'autre cause que lord Montrose 5 et les dép^ora*^ blés succès qui avaient d'alrârd illustré ses armes. Je dirai quelque chose à cette occasion ton* chant le comte d'Ântrim. J'ai eu entre les mains plusieurs lettres qu'il écrivit au Roi en 1646 y et dont le style était intime et familier à l'excès. En voici un exemple assez particulier ; dans un poai^ acriptum , il priait le Roi de faire passer à la bonne femme j la lettre ci-jointe 9 et il ne faisait aucune excuse pour une si étrange liberté. Par la suite du post-^^criptwn on voit que par la banne femme il désigne la sienne > la duchesse de Buc<kingham. Cela m'a rendu plus croyable une anecdote que m'a contée le comte d'Essex, qui la tenait du comte de Northumberland. A la restauxration ^ eu 1660^ lord Antrita était considéré conwie coupable de tant de sang répandu 9 qu'on tenait géiaéralement pour impossible de le com*
prendfe dans l'anmi&tie qui devait être publiée eu Irlande. Voyant^ entre autres^ lèducd'Ormohd fort anime contre lui y il Tint à Londres y et fut loger à rhôtel de Somnaerset ; et l'on crut , conàme il n'avait point d'enfana ^ qu'il avait plac^ sa for* tune sur la tête de Jermyn ^ comte de Saint- ALl)ans; mais, avant de. venir, il avait pris des dispositions en faveur de son frère. Il adressa une pétition au Roi pour le prier de nommer un co-^ mité^ formé de membres duconsedl, et qui serait chargé d'examiner d'après quels ordres il avait agi. Le comte de Ciarehdôn était d'avis de rejeter 1^ pétitiou comme injurieuse à la mémoire du roi Charles l^'^.; et il dit en plein conseil que^ si quelqu'un s'était avisé d'affirmer ainsi la com* plicité de la cour avec les rebelles d'Irlande , pendant qu'on était à Oxford ^ il en aurait été sévèrement puni , ou le Roi se serait bientôt trouvé au milieu d'une cour bien peu nombreuse. Cependant il parut équitable d'entendre ce que l'accusé avait à dire pour se défendre ; on nomma donc un comité à la tête duquel était le comte de Nortkttmbèrland. Lord Antrim produisit quel-^ ques lettres du Roi; mais elles ne le disculpaient pas entièrement. Dans une de ces lettres , le Roi lui disait que pour le moment il manquait de loisir, notais qu'il s'en référait à la lettre de la Reine; ajoutant que c'était comme s'il écrivait lui-même. S'appuyànt sur ce passage, Aatrim
montra une sërie de lettres adressées* par luimême à la Reine , où il lui rendait compte de chacune des démarches dont maintenant on lui faisait un crime > lui en exposait les motifs et lui demandait ses Yolontës pour chacune déciles. Il montra en outre les réponses qui lui ordonnaient d'agir comme il avait agi. La Reine»»mère prit hautement fait et cause pour lord Antrim, et dit qu'elle était engagée d'honneur à ne le point laisser périr. J'ai pu voir par moi-même une grande partie de ces intrigues , car j'étais alors à la cour. On croyait généralement que toutes ces collections de lettres avaient été. composées après coup et de concert avec la Reine. Il fut établi néanmoins , dans un rapport que devait signer le comité^ que lord Antrim s'était pleinement justifié de toutes les accusations portées contre lui , et qu'il ne devait pas être excepté de l'am* nistie. Ce rapport , il est vrai, fut présenté d'abord au comte de Northumberland, qui refusa de le signer , en disant qu'il était fâché que l'accuse eût de tels ordres à produire en sa faveur y mais qu'il n'était pas d'avis cependant qu'ils pussent l'excuser ; car il ne croyait pas que tous les ordres possibles du Roi et de la Reine fussent capables de le justifier des toorrehs de sang quMl avait fait couler , surtout avec les circonstances horribles qu'on alléguait contre* lui. Animé par un si bel exemple^ le reste du comité ne crut pas devoir
sigoer non plus. Il fallut danc se passer d'une décision favorable du comité. On engagea alors le Roi à écrire au duc d'Ormond que lord Ântrim avait démontré son innocence, et qu'il fallait absolument , d'une façon ou de l'autre , le comprendre dans l'amnistie. IL fut obéi, mais non sans mériter le reproche graved'avoirsacrifié ainsi l'iionneur d'un père infortuné aux importunités de sa mère. A ce propos, le comte d'Ëssex me disait qu'il s'était donné toutes les peines imaginables pourarriver à connaître le véritableauteur des massacres d'Irlande , mais sans avoir trouvé aucun motif de croire que le Roi y eût contribué. II pensait toutefois que la Reine avait prêté Toreille aux propositions des Irlandais 9 qui aspiraient à faire rentrer leur pays sous un gouverne* ment national , ce qu'ils comptaient exécuter sans de grandes difficultés , et qui promettaient ensuite d'aider le Roi à réprimer les mutineries de Westminster. C'est sur ce plan que commença à se tramer l'insurrection ; et tous les Irlandais croyaient avec raison que la Reine l'encourageait. Mais il ne se joignait à ces premiers projets aucune idée de massacre : elle pénétra dans les esprits lorsqu'on s'occupa sérieusement des moyens d'exécution; or, comme ils furent ménagés par les prêtres, ce sont donc eux principalement qui excitèrent les Irlandais aux cruautés et aux meurtres qui ensanglantèrent leur ile^
Je n'ai ancitttes lumières particulières sur le reste de la guerre civile y ni sur les désordres de tout genre qui lui succédèrent jusqu'à la mort du roi Charles I«f. Voici seulement une anecdote que j'ai apprise du lieutenant-général Drummond^ ensuite lord Strathallan. Il servait dans les troupes royales; mais il avait beaucoup d'amis parmi ceux qui tenaient pour le covenant ; en sorte qu'après la ruine des affaires du Roi , il fut recommandé à €romvell vers le temps oii celui-ci traitait avec l'ambassadeur d'Espagne pour la levée de quelques régimens qui devaient passer 4'Écossè en Flandre. Il se trouva par hasard avec Cromvvell lorsque les envoyés d'Ecosse char^ gés de protester contre la sentence qui condamnait le Roi à mort 9 furent admis adipres de lui pour remplir leur mission. Cromwell commanda à Drummond dé demeurer et d'écouter la conférence y ce qu'il fit. Ils commencèrent , dans un style lourd et languissant^ par s'étendre avec complaisance sar ce qu'ils appelaient les crimes du Roi , et ce n'est qu'après ce préambule qu'ils parlèrent de la clause du covenant, par laquelle ils avaient juré de veiller fidèlement à la conservation de ce prince. Us rappelèrent aussi à quelles conditions l'Ecosse et les deux chambres s'étaient engagées dans la guerre civile, et les protestations solennelles de zèle et de respect pour le Roi, qu'ils n'avaient cessé de publier tant qu'elle avait
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doré; 'ce qui, à la honte et au grand scandale da nom chrétien , ne paraîtrait aToir été que de fiiux prétextes , si , maintenant que le Roi était en leur pouvoir, ses jours n'étaient pas respectés. Là-dessus Cromweil entama un long discours sur la nature de la royauté , conforme aux principes de Mariana et de Buchanan : il pensait qu'un roi qui violait ses engagemens méritait d'être puni plus que tout a\itre criminel. Quant à la clause du corenant , il leur dit qu^en s'engageant à protéger la personne du Roi , ils avaient eu sans doute en vue la défense de la vraie religion; que si donc il était prouvé que le Roi était un tel obstacle à rétablissement de la vraie religion, qu'on ne pût espérer de la consolider qu'en se défaisant de lui , leur serment ne pouvait les obliger plus long-temps à l'épargner. Il dit encore qu'un des articles du covenant leur imposait le devoir de faire tomber sur tous les malintentionnés y les incendiaires , en un mot tous les ennemis de la bonne cause, les chàtimens qu'ils méritaient ; et ne fallait-il pas l'exécuter avec impartialité ? Tous ceux que la justice publique avait atteints, et en particulier ceux qui avaient perdu la vie pour avoir suivi Montrose , qu'étaient-ils » si ce n'est des criminels secondaires mis en mouvement par le Roi , qui dès lors était le principal et le plus grand coupable? Drunimond assurait que Cromweil avait pleinement
battu les Ecossais avec leurs propres armes et au nom de leurs propres principes. Le presbytérianisme était alorsà son plushaut période en Ecosse. Dans l'été de 1648 ^ lorsque le parlement d'Ecosse déclara qu'il s'engageait à délivrer le Roi de sa prison , et le parlement d'Angleterre de la contrainte où le tenait l'armée^ la noblesse entière^ à l'exception de sept ou huit de ses membres ^ entra dans ce dessein. Le Roi avait signé un engagement de réaliser l'offre de réunir à l'Ecosse trois comtés du nord^ et de remplir les autres conditions déjà mentionnées ; et des faveurs particulières furent promises à tous ceux qui seconderaient l'entreprise du parlement. Mais le marquis d'Argyle publia que les Hamilton n'étaient réellement pas bien intentionnés pour la bonne cause 9 quelque beaux que fussent les dehors de leur zèle ^ et qu'ils s'étaient engagés à rendre au Roi tous les services qu'il leur prescrirait. Il sut si bien remplir tous les prédicateurs de méfiances pareilles , que bien qu'on consentit à toutes les demandes qu'ils purent faire pour la sûreté de la cause et la manière dont seraient déclarés les motifs de la guerre ^ ils ne furent point satisfaits. Ils persistaient dans l'idée que les Hamilton étaient d'intelligence avec les malintentionnés d'Angleterre , et qu'ils n'avaient point dessein de tenir ce qu'ils promettaient. L'assemblée générale du clergé se déclara donc contre la réunion du
parlement avec le parti du Roi, comme étant une confédération coupable avec les ennemis de Dieu , et elle l'appela t engagement criminel y dénomination sous laquelle ce projet retentit dans toutes les chaires. Partout les ministres prêchèrent contre son exécution , et ils s'opposaient de tout leur pouvoir aux levées d'hommes j en appelant sur elles et ceux qui s'en occupaient les vengeances et les malédictions célestes. C'était là assurément une sorte d'opposition à l'autorité civile y peu différente de celle que l'Eglise de Rome a de tout temps prétendue et mise en pratique.
Les comtés du sud-ouest de l'Ecosse produisent rarement assez de blé pour s'en nourrir jusqu'au bout de l'année ; aussi les habitans vont*ils compléter leur provision à Leith y dont les magasins sont abondamment fournis par les provinces du nord ; et du mot TVhiggamy dont ils se servent en poussant devant eux leurs chevaux de transport, on appela Whiggamore, et par abréviation fFTiigSy ceux dont le métier est de conduire ces animaux. £n cette même année 1648, quand on eut en Ecosse la nouvelle de la défaite du duc deHamilton, les ministres excitèrent le peuple à se soulever et à marcher sur Edimbourg; et ils se mirent euxmêmes à la tête de leurs paroisses y priant et prêchant le long des chemins avec une fureur sans exemple. Le marquis d'Argyle vint de son côté
avec son partie et il commanda ces fanatiques qui étaient au nombre de six mille. On appela cette expédition l'incursion des fPTùggamors; et depuis ce temps , tous les opposans au parti de la cour furent appelés par dérision Whigs. D'Ecosse ce mot a passé en Angleterre y oh. il est maintenant un de nos malheureux ternies de division.
Le comité des états aurait facilement , avec les forces qu il avait à sa disposition , dissipé ce troupeau de dévots indisciplinés ^ réduits à euxmêmes. Mais ceux-ci^ connaissant leur faiblesse , envoyèrent demander à Cromwell sa protection» Le comité sentant qu'il n'était pas en état de lui résister y traita au plus tôt avec lui , et abandonna le gouvernement à la faction triomphante. Aussitôt qu'elle en eut pris les rênes ^ on déclara tous ceux qui y d'une manière ou de l'autre y avaient pris part à l^ engagement y incapables de tout emploi y jusqu'à ce qu'ils eussent donné au clergé des garanties suffisantes de la sincérité de leur repentir^ dont ils devaient faire un aveu public. Toutes llss églises étaient pleines de pénitens sans contrition qui, pour la plupart^ confessaient leurs fautes tout en larmes , afin de mieux s'accréditer dans le parti auquel ils voulaient plaire. Le comte de Lowden^ chancelier^ qui s'était engagé tanl^au Roi qu'aux Hamilton par des promesses solennelles^ fut à son retour en Ecosse menacé par sa femme d'un procès en adultère y pour lequel elle
n'aarait pas manqué de preuves , d'il n'abandonnait pas la cause royalie. Sa femme » covenanlaire zélée , était une riche héritière de laquelle il tenait son rang et ses biens. Il n'osa pas s'exposer à les perdre > et préféra déserter ses amis et^ passer dans le parti contraire; ce qu'il fit publiquement et avec beaucoup de pleurs dans l'église d'Edimbourg 9 confessant sa faiblesse, pour avoir été séduit par des apparences d'honneur et de lojrauté, et protestant 4.e la doubleur profonde qu'il en ressentait. Les premiers qui étalèrent ainsi de grands dehors de componc* tion firent facilement leur paix; maîs^ lorsque ces moyens deréconciliation furent usés, elle trouva plus d'obstacles* Lorsque Cromwell vint en Ecosse^ il put voir la nouvelle forme de gouvernement entièrement établie.
Durant son absence du lieu de la scène ^ le traité de l'Ile dé-Wight fut entamé par le parlement qui profita de Téloignement de l'armée pour entrer en négociation avec le Roi. Sir Henri Vane^ et d'autres qui souhaitaient un changement complet de gouvernement, ne voulaient plus entendre à aucune transaction. Mais la cité de Londres et les provinces désiraient avec une telle ardeur des tentatives d'accommodement avec le Roi y qu'il ne fut pas possible de leur résister. Vane^ Pîerpoint-et quelques autres se firent nommer commissaires du traité^ sans autre dessein
que de le traîner en- longueur jusqu'au retour de Tarmée à Londres. Tous ceux qui en souhaitaient la conclusion , supplièrent le Roi , dès leur arrivée ^ d'aller aussi vite en besogne qu'il serait possible^ et d'accorder , dès le premier jour, tout ce qu'il se résoudrait à céder le dernier. HoUis et Grimstone m'ont raconté quHls s^étaient tous deux jetés aux genoux du Roi pour lui faire cette prière. Us lui dirent qu'ils savaient que Yane s'efforcerait d'entraver la négociation, et que, tout déclaré qu'il était pour une liberté de conscience illimitée, il essaierai^ de gagner le parti royaliste, en lui promettant que la liturgie et le clergé épiscopal seraient tolérés : il n'avait pas d'ailleurs d'autre vue que de donner k Cromwell le temps de pacifier l'Ecosse et le nord de l'Angleterre. Mais en même temps ils assurèrent le Roi que , s'il voulait procéder avec franchise , sans allées et venues de papiers inutiles , et les renvoyer dès le lendemain avec les concessions qui étaient absolument nécessaires , ils ne doutaient pas que dans peu de jours il ne pût se rendre au milieu de son parlement avec honneur, librement et sans danger, et que les affaires ne pussent encore s'arranger. Titus qui possédait alors la confiance du Roi , et lui servait d'intermédiaire dans ses négociations avec le parti presbytérien, m'a assuré qu'il lui avait souvent parlé dans le même sens. Cependant lef Roi
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ne se résolvait à rien. Il s'imaginait toujours' que la luttede la chambredescommunesetde rarmée^ et le désir dé triompher Tune de l'autre, les por-^ teraient tôt ou tard à réclamer son intervention ^ et qu'il pourrait y en tenant entre elles la balance 'égale y les mettre dans' sa dépendance* et les forcer à lui faire de meilleures conditions. Yane entretenait les épiscopaux dans ces flatteuses idées au détriment du Roi et d'eux-mêmes ; il y réussis^ sait d'autant mieux qu'ils haïssaient les presbytériens comme les premiers auteurs de la guerre , et paraissaient décidés à n'en rien attendre dé bon 9 ou à ne leur être obligés de rien. Ainsi le traite ne marcha qu'avec une funeste lenteur ^ et au moment où il commençait à mûrir, survint Cromv?ell avec son armée , et tout fut renversé. A ce propos , je raconterai ce que sir Harbottle Grirastone me dit quelques semaines avant samort* Si le fait se passa dans le temps dont je parle ^ ou s'il faut le rapporter à l'année précédente ^ c'est ce que je ne saurais dire; je penche néanmoins pour la dernière supposition. Durant les querelles de la chambre des communes et de rarniée> il fut proposé ^^dans une assemblée d^officiers ^ de purger plus exactement l'armée y afin de savoir sur qut compter. Là -dessus^ Cromwell dit qu'il était assuré de l'armée ^ mais^ qu'il y avait un autre corps qui avait bien autrement besoin d'étrè purgé ^ nommant la chambre des
communes ; et il paoïsait que Tarmée pouvait seule s'acquitter de ce soin. Deux offiéiers , qui étaient pcésens> rapportèrent ces paroles à Grimstone^ qui les mena incontinent avec lui dans une salle de la chambre des communes y devant laquelle ils s'étaient engagés à soutenir leur rapport. On y poursuivait une discussion commencée; mais Grimstone l'écarta^ disant qu'il avait à exposer une affaire privilégiée de la plus haute impor-» tance , puisqu'il s'agissait de la liberté et de l'exil tence de la chambre. Il accusa d<^nc CromM^ell d^avoir le projet d'ôter à main armée toute indépendance à la chambre; Grimstone ' avait ses témoins tout prêts , et il pria qu'ils fussent exa<« minés/ Ils furent amenés à la barre , oh. ik soutinrent ce qu'ils lui avaient dit^ et firent un ample récit de tout ce qui s^était passé dans leurs assemblées. Après qu'ils i^e furent retirés , Cromr» well se jeta à^genoux^ et ^ dans une prière solenH nelle^ prit Dieu' à témoin de son innocence et d<^ son zèle pour la chambre des communes. U se soumettait aux décrets de la Providence ^ qui ju«« geaît à propos de l'éprouver par la calomnie et le mensonge > et il lui confiait sa causée Cette scène fut jouée avec une grande véhémence et beaucoup de larules. Après * cet étrange et auda*^ eieux préambule > le foulrbe prononça y pour se juatifier^ lui et le reste d^s o^sisr»^ à l'exceptioii d'un petit nombre qui semblaient disposés à^ re-»
tourner en Egypte ^ on si long discours , que la fatigne de la ckambre Ini'tint lieu de persuasion» Il produisit d ailleurs une telle impression sur son pacti 9 et ce qu'ayaient dit les témoins tat si peu cru 9 que Grimstone pensait qu'ils eussent éte^ eux et lui-même , envoyés à la Tour si on en avait fait la motion. Mais , aoit que les amis de Crom* well fussent plus modestes parce qu'ils se sentaient coupables ^ ou qu'ils fussent bien aises qu'il ne £àt plus parléile cette affaire^ ils la laissèrent tomber. Le parti tout-à-fait contraire n'était pas atset fort peur la relewr et là pousser. Cromvvell ne fut pas plutôt sorti de la chambre , que , résolu de ne plus se hasarder à y paraître , il rejoignit son armée , peur la ramener dans peu de jours ^ et chasser de la chambre un grand nombre des membres. Tel fut le dénouement de cette momerie théâtrale.
Je me sais beaucoup entretenu siir ce sujet avec un homme qui connaissait bien Cromwell ^t toutd cette classe de gens , et lui ai spuvent deamndé comment ils pouvaient excuser, à leurs propres yepx , toutes les prévarications et autres mauvaises manœuvres , dont ils étaient visiblemeoi coupables dans la conduite des affaires. Us croyaiJMit, m'a^t^il répondu , qu'il y avait de graades occasions ok certains h(»nmes étaient appelés à rendre des services si importans qu'ils étaient dispensés, pour y parvenir , de suivre les
règles .communes de la morale : tels furent les cas d'Ehud et Jaël , de Samson et de David ; et d'après cette idée ils s'imaginaient avoir le privilège de manquer aux préceptes les plus évidens de l'honnêteté universelle. On voit d'abord ou peut mener un tel principe, et <m> m ment il peut servir d^ prétexte au premier enthousiaste audacieux , pour fouler aux pieds toute justice et toute humanité. Ludlow » dans ses Mémoires y justifie cette première violence faite au parlement par Gromwell et son armée, autant qu'il condamne celles qui suivirent; et^bien qu'il semble poser en maxime que le pouvoir militaire doit toujours être soumis au pouvoir civil, il avoue cependant, sans manifester aucun regret, la part qu'il eut à l'introduction de la force dans le seia du parlement. A moins de tomber dans une coa<tradiction évidente , Ludlow pensait sans doute que l'armée pouvait user de violence envers le parlement, lorsqu'elle jugeait qu'il avait tort, mais jamais autrement ; ce qui revient à sup** poser dan$ l'armée une autorité supérieure, et droit d'inspection sur les actes du parlement. Rien nefait mieux sentir l'impossibilité deibnder.une république en Angleterre; car elle ne peut être établie que par la force militaire , et celle-ci voudra toujours tenir le parlement dans lit sujétion , et maintenir sa propre prépondé'» rançe..
Je laisserai aux historiens ordinaires tout ce qui a rapport au procès et à la mort du Roi, parée que je ne sais rien de particulier sur cette grande catastrophe , une des plus étonnantes qu'on rencontre dans l'histoire, Ireton en fut le principal auteur; car Gromwell était dans une sorte d'irrésolution. Ireton était, pour les principes et le caractère , un autre Cassius ; rien ne l'arrêtait de tout ce qui pouvait faire une république de l'Angleterre; et il trouva dans Cook et dans Sradshaw, deux jurisconsultes pleins de hardiesse ; des instrumens propres à son dessein. Fairfax était un esprit faible et sans suite, qui changeait de projet plusieurs fois dans un même jour* Les presbytériens et le corps de la cité étaient favorables au Roi , et passaient leuir temps en jeûnes et en prières pour la conservation de ses jours. Il n'y avait pas plus de huit mille hommes de troupes aux environs de Londres; m'àis ils avaient été choisis dans toute l'armée comme les plus déterminés dans leur fanatisme; on les tenait en prières , presque sans relâche , le jour et la nuit, sauf le temps où ils-étaient occupés de leurs devoirs militaires ; et ils avaient été ainsi amenés à uu tel degré de fureur qu'ils jetaient l'effroi dans tout le peuple. D'un autre côté , les partisan» du Roi étaient sans énei^ie ni prévoyance.; et, comme je l'ai ouï dire à plusieurs , ils ne se persuadèrent qu'on en voulait réellement 1 0 f
à sa TÎe f que lorsqu'il fut trop tard pour tenter de le sauTer. Ils se flattaient que ce n'était là qu'un Tain appareil destiné à épouvanter^ et à forcer le Roi de consentir à toutes les concessions qu'on voulait en arracher.
Ce pi^ince montra un calme et une fermeté réfléchie qui étonnèrent le peuple , et l'étonnèrent d'autant plus que ces qualités ne lui étaient pas naturelles; on les regarda comme un effet de l'abondance de secours célestes. L'évéque Juxon remplit auprès de lui les devoirs de son caractère en honnête homme y mais avec une froideur et une sécheresse qui certainement n'étaient pas susceptibles de donner un vol bien haut aux pensées du Roi : c'est donc de lui seul que ce malheureux prince tira les ressources qui lui firent souffrir avec une constance si noble , et sans apparence de désordre ni d'affectation , toutes les indignités auxquelles il fut en butte. Ainsi il mourut avec plus de grandeur qu'il n^avait vécu; et il montra , ce qu'on a déjà remarqué bien sou^ vent^ que la race des Stuart porte l'infortune mieux que la prospérité. Son règne > en temps de paix comme en temps de guerre , fut une série tontinueile de fautes; d'où l'on peut conclure qu'il ne jugeait pas sainement des choses. Il était disposé , plus qu'on ne peut dire^ à suivre ses caprices y et cependant il était d'une faiblesse extrême avec ceux qui avaient une fois obtenu sa
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côiifiance, principalement ateô la Reiiie. Il avait une opinion exage'rée de l'étendue de rautorité royale, et toute résistance lui paraissait rébellion. Il s^occupait trop des petites choses , et donnait plus de soin à la rédaction d'iine lettre qu'aux préparatifs d'une bataille* Il haïssait de bonne foi le papisme ; mais, trop enclin à user de tem- , péramenâ entre les protestans et les catholiques^ il perdit toute la confiance des uns sans gagner celle des autres. Le peu de secours qu'il donna au duc de Rohan, après l'avoir engagé datis la guerre de La Rochelle, (dt la hianière dont il l'abandonna tout-à-fait vers la fin, laissèrent de lui la plus mauvaise impression dans l'esprit de tous les protestfins du continent. Le comte de Lauderdale m*a dit qu'étant à Genève avec le duc de Rohan, il reçut de mon père une trèslongue lettre, oU plutôt un petit volume , renfermant une relation détaillée du commencement des troubles en Ecosse; il la traduisit pour le duc de Rohan , qui manifesta à cette occasion Findignation la plus véhémente de la façon dont là cour d'Angleterre en avait usé envers lui. En voici le récit, tel qu'il le fit lui-même.
Le duc de Buckingham eut une secrète conversation avec la reine de France , dont la Reine* mère prit et donna au Roi tant d'ombrage que le duc reçut l'ordre de quitter immédiatement la cour. A son retour en Angleterre, piqué de
l'affront qu'il avait reçu , il inspira à son souverain une telle aversion pour la cour de France y que la jeune Reine fut mal reçue à son arrivée , et que toute sa maison française fut renvoyée. Il lui dit aussi que les protestans de France y étaient à la fois si maltraités et si puissan& que, s'il voulait les protéger, ils exciteraient de nouvelles guerres dans le royaume ; et il lut présenta sous un aspect tellement séduisant la gloii^ quMl y aurait pour lui à ouvrir son règne par ce coup de maître , que le Roi , sans en peser les conséquences , fit partir un envoyé pour en traiter avec le duc de Rohan. De grands secours furent promis; et c'est sur de' telles assurances que la guerre fut résolue. Chacun sait le rôle que notre cour y a joué. Mais ce qu'il y eut de plus infâme fut que le cardinal de Richelieu obtint du rot de France qu'il ferait écrire par la Reine sa femme une lettre obligeante au duc de Buckiogham, pour l'assurer que^ s'il voulait abandonner et laisser prendre La Rochelle^ il aurait la permission de revenir près d'elle , et qu'on réglerait de concert avec lui tout ce qui regardait la religion sur le pied des édits. C'était là certes une étrange démarche; mais le cardinal de Richelieu avait un empire absolu sur les faibles volontés de son maître. Le résultat de cette intrigue fut la honteuse campagne de l'île de Rhé. Cependant le duc de Buckingham voyant, l'hiver d'après, qu'on se
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montrait aussi peu disposé que devant à le souffrir à la cour de France, et qu'il avait été amusé par un faux espoir, .avait résolu de renouer ses liaisons av^c les huguenots , lorsqu'il mourut assassiné par Felton.
On cite un autre trait de la conduite du Roi y arrivé pendant la portion paisible de son règne ; il m'a été confirmé par Halewyn de Dort , un des juges de la cour de Hollande, assurément un des hommes les plus sages et les plus remarquables que j'y aie connu. Il le tenait lui-même de son père que sa situation considérable à Dort avait appelé aux Etats , et auquel le secret fut communiqué. Lorsqù'Isabelle-Claire-Eugénie commença à ressentir les effets de la vieillesse, plusieurs membres de son conseil , appréhendant tous les maux qui les attendaient s'ils retombaient dans les mains des Espagnols^ formèrent le projet de se constituer en république libre, qui, à l'imitation de l'union des cantons suisses, florissante malgré la différence des religions , serait une confédération perpétuelle entre eux et les États des sept provinces. Us communiquèrent cette pensée à Henri Frédéric, prince d'Orange, et à quelques personnes des Etats , qui l'approu* vèrent, mais jugèrent nécessaire d'y engager le roi d'ADgleterre. Le prince d'Orange dit à l'ambassadeur britannique qu'il se présentait une affaire de grande importance à proposer au Fiot
mais que par sa nature , et par la qualité des personnages qui y étaient intéressés , elle ne pouvait être communiquée à moins que le Roi ne voulût bien promettre pour le présent le secret le plus absolu. Cest ce que fit le Roi ; après quoi le prince d'Orange lui envoya tout le plan. Le secret fut mal gardée soit que le Roi l'eut confié à des gens qui le divulguèrent , ou que le papier qui le contenait lui eût été dérobe ; tant y a que ce papier fut envoyé à Bruxelles. Un des ministres de l'archiduchesse perdit la tête, convaincu d'avoir trempé dans ce dessein , et d'autres , ayant pris l'alarme assez à temps, se réfugièrent en Hollande, Le prince d'Orange rompit ^ cette occasiop toutr commerce avec notre cour^ et il gémissait souvent de ce qu'un si grand dessein avait été si gauche-" ment perdu. U avait d'ailleurs très-mauvaise opinion de l'habileté du Roi pour diriger une entreprise de guerre; car^ lorsque la Reine vint en Hollande, amenant avec elle plusieurs généraux^ ce prince 9 après leur avoir parlé > dit^ comme je Tai ouï conter à Jacques lui-même > qu'il n'était plus surpris de voir les affaires d'Angleterre décliner, comme elles faisaj eut ^ depuis qu'il avait entretenu les gén^VauxduRoi,
Je ne m'engagerai pas plu$ avant danjsi \^ afiTaires militaires; car je me souviens d'qnavisdu maréchal deSchomberg, qi;i étaitde ne jamais seméler de raconter des faits d'armes. U disail que bien
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dlls écrivains ajBTectdient d'en parler avec^tous le» terœ^s de la guerre, et n'aboutissaient, a^ec leurs Qonabreuses méprises, qu'à se rendre si ridicules aux yeux des gens du métier, qui ne pouvaient manquer de regarder en mépris des relations prétendues exactes I mais toujours pleines de grossières bévues.
hsk mort du Roi montra , dans tout leur jour , les mauvais effets des conseils extrêmes. Ireton «spérait que tous ceux qui y auraient pris part deviendraient les ennemis irréconciliables de la monarchie, agiraient en hommes désespérés, et détruiraient tout ce qui pourrait venger un jour le sang royal versé. Mais il en fut tout autre-^ ment; on avait déjà eu plusieurs fois, quoique pour des faits nnyins importans , l'exemple de pareils mécomptes , et la faction dominante ft'eo était pas devenue plus sage. La mort dà comte de Straffbrd fit oublier toutes ses premières fautes; elle grandit son caractère, et jeta une réprobation qui dure encore sur tous les procès du même genre; s'il n'eût été atteint au con-*traire dans sa hante fortune que jpar un châtia ment moindre que la mort, il aurait inspiré peu de pitié, ou mémo on Tauratt cru justement puni. On peut en dire autant de la mort de Far* chevêque Laud-. G\>tait un homme instruit, sin^ cère et zélé, de mœurs régulières, d'habitudes modestes; mai» y en même temps, emporté et
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imprévoyant ; il employa toute son énergie à faire réussir des innoyations ou puériles ou funestes , telles que Tordre de placer la table de la communion du côté des murs de l'église qui regardent l'Orient, de l'honorer par des génuflexions, et de l'appeler du nom d'Autel ; telles encore que la suppression des privilèges des églises Wallonnes , la défense des lectures , l'encouragement donné à toutes sortes de jeux pour le jour du dimanche, et mille autres niaiseries sans conséquence , qui faisaient néanmoins l'objet de tout le zèle et de toute l'ardeur de ce temps. La sévérité qu'il déploya dans la chambre étoilée et dans la cour de haute commission, mais surtout la violence, et, il faiit le dire, l'iniquité inexcusable des poursuites contre l'évêque Williams, furent de si grandes taches , que l'horrible injustice qui l'a conduit à l'échafaud pouvait seule réhabiliter son caractère ; ce qui est réellement arrivé , au point de le faire passer pour un modèle et de donner à tous les caprices de son esprit une autorité immense, pour juger si un homme est de la véritable Eglise ou non. Son journal , quoiqu'il y eût de la bassesse à le publier, ne le représente pas moins comme:»» vil flatteur du duc'dé Buckingham ^ret comme un supei^^titieuz qui. croyait aux songes. Sa défense, qu'il écrivit avec tant de soin pendant qu'il était enfermé à la Tour 9 est une pitoyable compomtton. Son but
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ëtait d'en appeler au jugement du monde entier^ et cependant, dans plusieurs cas, il apporte^ pour toute excuse , qu'il n'a eu qu'une voix an milieu de plusieurs pour le vote de mesures contraires aux lois, soit dans le conseil, dans la chambre ëtoilëe, ou dans la cour de haute commission ; comme si , quoique la chose soit vraie , il n'est pas vrai aussi qu'un premier ministre, un favori^ entraîne tellement les avis lorsqu'il parle que ceux qui pourraient, à la rigueur, lutter contre , ne sont guères que des machines qu'il met en mouvement. Il vous dira une autre fois qu'un seul témoin lui fut opposé, comme si,' quelque forte que cette défense puisse être devant la loi , elle n'est pas misérable dans un appel à l'opinion publique; car, si une chose est démontrée vraie , qu'importe que la preuve soit ou complète ou défectueuse ? Ce qui, dans cette apologie, m'a donné les plus fortes préventions contre son auteur , c'est qu'après avoir vu les pernicieux effets de la violence de sels conseils, et après avoir été si long-temps enfermé avec tout le loisir dé réfléchir 'sur ce que l'étourdissement des passions -lui avait fait faire au comblç de la prospérité , il ne reconnaît nulle part , dans ce grand ouvrage, aucune de ses erreurs; il n'y mêle aucune réflexion sage ou chrétienne sur les malheurs qu'il s'était attirés, ou sur les fausses démarches qu'il avait lieu de se reprocher; en
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sorte que si ses ennemis ont relevé sa gloire par }eurs cruelles persécutions , ses amis Heylin et Wharton Tont compromise^Tun en écrivant l'histoire de sa vie , et l'autre en publiant son apologie.
Mais cette grande vérité ^ que les conseils san* guinaires retombent toujours sur leurs propres auteurs y ne parut jamais plus éclatante qu'à la mort de Charles l^ • Son maintien plein de dignité et de religion au pied de l'^chafaud fit ou* blier toutes ses premières erreurs y et lui attira line compassion universelle » qui se tourna né* çessairement en haine contre les auteurs de cette catastrophe, et fut la première et véritable cause de la mémorable révolution de 1660. L'intérêt qu'il inspirait fut encore beaucoup augmenté par la publication du livre intitulé, VEskoùp BoèOûMH ^ dont tout le monde le croyait le véritable aii-« teur, publié très-peu de temps après sa mort ; cet ouvrage fut enlevé avec une promptitude et une avidité que rien n'a égalé dans notre siècle. La jus* tesse et la noblesse des pensées jointes à la grande majesté du style, le firent regarder comme le livre le mieux écrit qui eût paru dans notre lan-» gue; et l'ardente piété des prières dont il est rempli suscita un cri universel d'indignatk>Q contre le meurtre d'un prince qui , dans, ses sert crêtes méditations devant Dieu , songeait si séft rieusement à ses. affaires. «Ke: fus élevé dans une
haute vénération pour ce liyre^ et je mç rappelle que, lorsque j'entendis nier quei le Roi en fût l'auteur , je demandai ce qui en était ^u comte de Lothian, qui avait très-bien connu Charles, et l'aimait peu. Il ne parut pas douter que ce ne f4t son ouvrage , et il assurait lui avoir entendu dire, en conversation, plusieurs phrases qui s'y trouvaient mot pour mot. Ainsi cou*» ûrmé dans ma première persuasion, je ne fus pas peu surpris, lorsqu'en 1675 le duc d'York, depuis Jacques II , vint encore l'ébranler. Cç prince m'honorait en ce temps d'une assez grande faveur, et souiTrait que je l'entretinsse librement même sur les matières de religion. Un jour donc que je lui citais un passage du livre de son père, il me dit que son père n'était paa le véritable auteur de ce livre , et que la lettre du prince de Galles n'était jamais parvenue entre ses mains. Il ajouta que le docteur Gauden l'avait écrite après la r^tauration ; ce docteur avait amené au roi Charles II et jau duc d'York , le duje. de Sommerset et le coitite de Southampton , qui affirmèrent qu'ils le connaissaient positîvem^Qtt pour l'auteur de VEtKc»y^ Bot^iXam* Le comte de Southampton , durant le traita de Nev^-rPort , lavait lui-niême porté et n^ontré au I\oi , qui le lut , et trouva que les choses y étaient considérées sous son point de vue. Cela valut un évêche à Qauden , me dit encore le duc d'York, quoi-
qu'il fdt traversé par Sheldon çt d'autres évêques qui lui reprochaient d^avoir signé le covenant. On a beaucoup disputé sur ce livre. Il y a des gens si zélés pour l'opinion qui l'attribue au roi Charles , qu'ils tiennent pour traître à l'Eglise quiconque ose en douter^ Cependant les preuves du contraire se sont tellement accumulées et sont si fortes, que je me vois forcé de laisser cette question aussi douteuse que je l'ai trouvée. XJae chose seulement est certaine , c'est que Gauden n'a jamais rien écrit qui fût de la même force, et qu'à juger de lui par les ouvrages que nous avons sous son nom , personne ne le croira capable d'écrire un livre aussi extraordinaire que Test celui dont il s'agit.
Après la mort de Charles I®^, les Écossais proclamèrent son fils , et envoyèrent sir George Winscam, qui avait épousé ma tante, pour traiter avec lui dans l'île de Jersey, où il était. Le nouveau Roi entra en négociation avec eux, et renvoya leur ambassadeur avec promesse de consentir à tout ce qu'ils lui proposeraient de raisonnable. Il assigna La Haye, où il devait aller dans peu de jours, pour le lieu des conférences. Ainsi les Ecossais y envoyèrent des plénipotentiaires , dont les principaux furent les comtes de Cassilis et dé Lothian. Le premier était père de ma première femme. C'était un homme d'une grande vertu , et qui ne manquait pas de boi^
sens. On pouvait seulement lui reprocher un peu de bizarrerie et trop d'obstination. Il était sincère jusqu'au point de ne jamais souffrir qu'on attachât à ses paroles un sens différent de celui qu'il leur donnait. Il suivit strictement ses instructions^ mais avec tant de candeur et de franchise que le roi Charles conserva de lui, jusqu'à la fin de ses jours, de bonnes impressions. L'homme de la cour , alors le plus chéri du Roi , était le duc £uckingham, esprit léger, tout préoccupé de plaisirs et de folies , et sans rival dans Tart de tourner les personnes ou les choses en ridicule. Il avait imbu l'esprit du jeune prince de trèsmauvais principes, tant eu religion qu'en morale, et lui avait donné une médiocre opinion du roi Charles I®"^ , dont la roideur était fréquemment le sujet de ses railleries. Ce fut lui qui persuada au Roi d'entrer en traité avec les Ecossais, quoiqu'il en fût puissamment détourné par presque tous les autres courtisans , qui le pressaient de rester fermement attaché à l'exemple et aux maximes de son père.
Pendant que le Roi était à La Haye, Guillaume , duc de Hamilton , et le comte de Lauderdale , qui avaient quitté l'Ecosse pour le suivre , entrèrent bien avant dans ses bonnes grâces et sa confiance. Le marquis de Montrose vint également le trouver , et répondit de le rétablir à force ouverte dans ses royaumes , s'il voulait
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suivre ses conseils; mais, lorsque le Roi pria le prince d'Orange d'examiner ses projets, il ne l'entretint que de ses brillantes qualités et dé son crédit parmi le peuple ; il allait jusqu'à dire que toute la nation se lèverait à son arrivée , ne fût-il accompagné qued'un page. Ce brillant aventurier ne demanda au Roi que le pouvoir d'agir en son nom, quelques secours d'argent, et une lettre adressée au roi deDanemarck, qui lui fournirait, à sa recommandation, un vaisseau pour s'embarquer, et les armes qu'il aurait de trop. Le Roi lui donna de plus la Jarretière. Il gagna d'abord les Orcades,et de là les montagnes d'Ecosse; mais aucutie de ses entreprises ne réussit. Finalement il fut trahi par tm homme qui avait toute sa confiance, Mackland d'As si n , et»conduit à Edimbourg. Il fut traîné dans les rues, couvert de tous les outrages dont la brutalité peut s'aviser, et , quelques jours après , fut pendu à un gibet très-haut. Sa tête et ses membres furent exposés en difTérens lieux du royaume. La furie et la férocité de ses ennemis ne furent égalées que par la magnanimité et la constance avec lesquelles il supporta leurs infâmes traitemens; un noble dédain fut tout .ce qui parut sur son tnâle visage. L'horreurde tous les honnêtes gens s'attacha à des hommes capables de traiter si cruellement dans son malheur un homme de ce caractère. Ces triomphes inhumains que les prédicateurs celé-
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brèrent partout en cette lugubre occasion les rendaient également odieux ^ et souleTèrent y en faveur de lord Montrose, Une pitié qu'^ n'aurait peut-étt^e pas obtenue sans eux.
Ces événemens arrivèrent pendant que les plé-- DÎpotentiaires écossais traitaient à La Haye avec le Roi* Le parti covenantaire d'Ecosse aurait désiré s'en prévaloir pour rompre les négociations^quoi* qu'il fût évident, par la date de la commission de Monlrose, qu'elle leur était antérieure ; mais il ne put réussir à faire rappeler les plénipoten-tiaires. D'un autre côté y les hommes qui entouraient le Roi ne purent pas non plus obtenir qu'il les renvoyât y sous prétexte de la cruauté avec laquelle avait été traité un homme qui agissait en son nom* Le traité fut promptement conclu t Le Roi n'était pas en position de disputer : il céda sur toutes les demandes qui lui furent faites.r U jura d'observer le co venant, et promit de ne souffrir auprès de lui que des personnes soumises à la même obligation. Cela fait, il mit à la voile pour l'Ecosse avec une petite flotte de vaisseaux hollandais que lui procura le prince d'Orange y et qui portaient toute la quantité d'armes et d'argent qu'il avait pu ramasser sur son crédit y le^» quel n'aurait pas été fort grand y à dire vrai y si le prince n'y avait uni le sien.
On avait souffert d'abord que le duc de HaihiU ton et le comte de Lauderdale accompagnassent
le Roi; mais à peine fat-il débarqué qu'une in^ jonction lui fut faite de les éloigner. Le Roi se plaignit de cette cruelle exigeance , mais le duc de Hamilton lui dit^ en le quittant, qu'il devait se préparer à des concessions plus dures; que y pour le présent , il ne pouvait lui rendre aucun service ; que le marquis d'Argyle était tout-puissant; qu'il lui conseillait donc de tout faire pour le gagner^ et de ne lui donner à ce sujet aucune jalousie. Ce trait m'a été rapporté par le Roi luimême y comme une marque du noble caractère du duc de Hamilton.
Le duc de Buckingham prit toutes les voies possibles pour gagner lord Ârgyle ^ et les ministres. Sa vie cependant était dissolue et scandaleuse au dernier point ; mais ces derniers , à leur grande honte, fermaient les yeux sur ces excès ^ parce qu'il conseillait à son maitre de se livrer entièrement à eux. Le Roi s'étudiait de son côté à se composer le maintien le plus grave qu'il pouvait. Il assistait à beaucoup de prières , et entendait un grand nombre de sermons , dont plusieurs étaient très-longs. Je me rappelle qu'un jour de jeune il y en eut six de prêches de suite. J'étais moi-même à ce service , et n'en sortis pas sans beaucoup de fatigue et d'ennui. Le Roi ne se permettait pas de se promener les dimanches; et si dans un de ces jours il y avait quelques divertissemens à la cour , tels qu'un bal ou de&
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jeni de cartels > il était sëvèrement rcprimandé pour l'avoir souffert. Ces contraintes lui furent imposées avec tant de rigueur et si peu de discrétion qu'elles ne contribuèrent pas peu à lui donner pour toutes les pratiques religieuses un dégoût qui ne se démentit plus« Tous ceux qui aTaient suivi la fortune de son père avaient défense de s'approcher de sa personne; et, parce que le peuple lui montrait quelque afie(ition , on empêchait aussi que la foule qui s'attroupait pour Je voir pdt arriver jusqu'à lui. Cependant Cromwell ne demeurait pas oisif. Voyant que les Ecossais aVaietot rappelé le Roi , et sachant bien qu'il devait s'attendre à les voir envahir l'Angleterre > il résolut de les prévenir, et marcha en Ecosse avéic ses troupes» Les Ecossais, de leur côté, levèrent une très«bonne armée. Le Roi eut la permission de la venir voir' une fois , mais il n'y demeura pas , tant on craignait, qu'il ne fit de trop grands progrès dans le coeur des sol^ dats. On l'en tint en effet constamment éloigné*
Cette armée était assurément une des plus belles que l'Ecosse eût jamais mises sûr pied; m ai A elle était mal commandée, attendu que tous ceux qui avsiient abandonné la cause presbytérienne , jOu qui passaient pour indifférons à l'un et à l'atttre parti, ce qu'on appelait une détestable oeutra^ lité, aVjaient été écartés du service. Les prédi-^ cateurs la croyaient une armée de saints etsem--
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blaîent né pas douter de ses snccès. Ils marchèrent droit à GromMrell qui, pressé par eux , se retira vers Dunbar ^ où étaient ses vaisseaux et ses pro- YÎsiôns. Les Ecossais le suivirent^ et se postèrent ^ur une colline, ou il n'y avait aucun moyen de * les attaquer, à un mille environ des troupes an^ glaises. Cromweli se trouvait jiès lors dans un grand embarras , et se regardait comme perdu. Il lui était impossible de marcher vers Ber^vick, car les chemins qui y conduisaient étaient trop (étroits, ou de regagner les contrées déjà parcourues sans ■se sépater de ses vaisseaux et affamer son armée. Le parti le moins désastreux semblait encore de tu^r lei chevaux , d-embarquer son armée , et de faire voile ters Newcastle ; ce qui , dans la dis^ position présente des Ci^rits eh Angleterre , aurait probablement perdu lui et tout son parti : On devait s'^àttendre à une insurrection générale en faveur dû Roi. Dans cette extrémité', et au lAomenl oii, dans trois jours au plus , les chevaux allaient manquer de fourrage > il assigna un jour pobr ehbrcfaer le Seigneur , suivant le- ^le fanatique âe:cett6 époque. Tout le reste de sa vie il aiflia beaucoup. à parler de ceffte circonstances il racontait que durant la prière > il sentit un t0i sotrla'gehient dé cœur, suivi <d^fii^ si forte cott^ iiancie)^ qti'ilcommanda i toqs^eux quif ent(m<^ Taiènt de Irepréndre ^courage y car Dieu les avait 4ji«vu<^fîs<«tisedéblairait.'pour eux; Après k prière;
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il se promena a^ec ^es oûiciers dans les jardins du comte de Roxburgh ^ situés en regard de. la colline ; et ayant aperçu^ à l'aide de lunettes d'approche y un grand mouvement dans le camp écossais, il s'écria : ce Le Seigneur les livre entre (( nos mains ; les voilà qui viennent. » Lesley avait le principal commandement de l'arniée écossaise; ma;i$ il prenait les ordres d'un comité des Etats. Les membres de ce comité , parmi lesquels était Wari&toon , fatigués d e la vie des camps , croyaient que Lesley ne se pressait pas assez de détruire ces s^taires , car c'est le nom qu'ils donnaient à l'armée de Crom^rell. Il eut donc beau leur représenter qu'yen gardant leur position ^ le suçcèaetait a&siiré^ tandis que> si on engageait l'actiop contre des soldats braves et désespérés , tout pouvait être perdu ; ils ne laissèrent pas de lui ordçnçier d'attaquer. Plusieurs ont cru que tout ceci fut concerté pour livrer notre armée à Cromwe^l p le^ uns imputant cette trahison à Lesley , les .autres ir .mon oncle. Je suis convaincu de la faussetéde cett^ accusation. Seulement Waristoun fut trop ardent;, et Lesley .trop.frpi^; celui-ci, en Wjtfef |Cç^da trpp fj^içile^ept au^ caprices du co« mf\ç y, f^i]()lesser4opt pn pçpt justement lui faire un'rpprp€jb,e. I^es Ëçqssais employèrent toute Içi ^it.à.^^cendre la <?çlline^ et 1^ i3aati|i CromwCtU les attaqi^ avaçt qu'ils fussent rangés.en bataille. JDqux ,régiii;ij^s .tinrent ferme , et se laissèrent
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presque entièrement tailler en pièces , sans rom« pre leurs rangs : le reste prit la fuite de la façon la plus honteuse. L'artillerie et le bagage tombèrent au pouvoir de l'ennemi ^ qui fit de plus plusieurs milliers de prisonniers. Après cette victoire Cromwell s'avança vers Edimbourg ^ oii il fut reçu sans opposition. Le château ^ susceptible d'une longue résistance > vint également à capitulation. Ainsi tout le midi de l'Ecosse fut mis sous la domination du vainqueur. Stirling était, du côté du Roi , la place d'avant-garde. Il se retii*a à Johnstoun. Il avait convoqué un parlement qui siégea d'abord à Stirling, puisa Johnstoun y et accorda une amnistie générale pour tout ce qui s'était passé, ou plutôt un acte d'approbation. On se contentait d'y déclarer traîtres tous ceux qui s^étaient joints à Cromwell; mais il s'agissait avant tout d'aviser au moyen de lever une nouvelle armée.
On proposa , tant au comité des Etats qu'à la commission du clergé, la question de savoir si, dans l'extrémité oîi l'on se trouvait, ceux qui avaient pris parti contre le covenant, ou n'avaient point apporté jusqu'ici assez d'ardeur à Tœuvre divine , pouvaient être , en considération d'uii repentir sincère , réintégrés dans la confiance publique et reçus à combattre pour la défense de leur patrie. La difficulté fut divisée et résolue par ces deux réponses , que les personnes dont il
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s'agissait devaient être admises à faire profession de leur rapentir, et qu'après de telles professions elles pourraient être reçues à servir et à défendre leur patrie.
Cette double décision occasionna une grande division dans TEglise. Ceux qui tenaient pour les deux résolutions furent appelés résolutiomtaires publics ( public resolutioners )• Mais d'autres membres du clergé protestèrent contre elles ^ et en conséquence ils furent appelés^ eux et leurs VLàhéreiks y proiestaires ( protestators )• D'un côté on disait que tout gouvernement pouvait appcr 1er à sa défense tous ceux qui étaient sous sa protection ^ principe qui paraissait fondé sur le droit de la nature et des gens; que si des esprits s'étaient trompés^ c'était une étrange cruauté que de leur fermer la porte au repentir : tant de rigueur était en contradiction avec la nature divine et l'esprit dé l'Evangile , et propre seulement à jeter dans le désespoir ceux qui avaient commis une première erreur. Il semblait raisonnable y après deui; ans d'interdiction publique y de les employer suivant leur naissance ^ soit dans le parlement y soit dans les autres offices héréditaires y soit d^ns l'armée ; toutes fonctions dont ils avaient été exclus par un acte passé en 1649 y qui les rangeait en différentes classes y et fut en conséquence nommé acte des classes.
hesi proJestaires objectaieut qu'on ne pouvait.
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sans se rendre coupable d'une sorte de trahison envers la bonne cause , lui donner pour défenseurs ses ennemis connus y que c'était leur donner les moyens de la trahir; et que les admettre à la pénitence publique était une profanation et une insulte à la Divinité. Il était visible qu'ik n'y consentaient qu'en dépit des crîs de leur conscience et dans le seul espoir de pénétrer dans lès rangs de l'armée ; et quelle bénédiction Dieu voudrait-il répandre sur une armée ainsi composée? Il faut avouer que ce dernier argument était renforcé ■par l'expérience, car ces préterfdues pénitences étaient devenues un grand sujet de scandale.
Lorsque les deux résolutions eurent passé au parlement, ainsi que la protestation à la suite , un grand nombre de fanatiques des cinq comtés de l'ouest , Cliddisdale , Roussew , Air , Galloway et Nithisdale se réunirent et formèrent une association séparée, dirigée tant contre l'armée des sectaires que contre cette nouvelle apostasie d'une partie du clergé. Ils dressèrent une remontrance contre toutes les transactions faites avec le Roi, dont le cœur, disaient-ils, n'était pas sincère , ainsi que le prouvait la commission qu'il avait donnée à Montrose. Ils y condamnaient également ceux qui lui avaient fait accepter le covenant , car ils savaient ou devaient savoir qu'il ne s'y était résigné qu'avec la volonté de l'anéantir , puisque toute sa conduite et tous
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ses entretiens familiers le désignaient clairement pour an secret ennemi de l'œuvre de Dieu. Et après l'énumëration hostile d'un grand nombre de prétendus griefs ^ ils attribuaient aux prévarications ^ dont ces griefs étaient les fruits impurs j la défaite de Dunbar : ils finissaient en demandant que le Roi fdt exclu de toute participation au gouvernement^ et que sa cause fût entièrement distinguée de la querelle de l'armée et des sectaires.
Cette insolente remontrance fut portée au comité des Etats à St.-Jonhstoun , et énergiquement attaquée par sir Thomas Nieholson^ pour lors avocat du Roi ou attorney-général^ quoiqu'il eût jusque-là fait preuve de zèle pour le parti qui Pavait rédigée ; mais il avait depuis peu épousé ma sœur ^ et mon père exerçait sur lui une grande influence. Il parvint à faire condamner la remontrance conime factieuse, scandaleuse et propre à semer la division \ mais de peur que le peuple ne se tînt offensé par une pa« reille sentence^ on prépara une déclaration que devait publier le Roi ppur le satisfaire. Le Roi y confessait 1$ péché qu'avait commis sou père en s'alliant à une famille idolâtre ; il reconnaissait que ce malheureux prince était coupable de lout le sang répandu durant les dernières guerres civiles ; il exprimait un profond sentiment de sa mauvaise éducation y des préventions criminelles
qu'il y avait puisées contre la cause de Dieu , et dont il ëprouTait maintenant une sainte horreur^ Il avouait que toute la première portion de sa vie avait été une révolte constante contre l'œuvre du Seigneur; il se repentait de la commission qu'il avait donnée à Montrose , et en général de tout ce qui avait pu déplaire : enfin il assurait , avec les protestations les plus solennelles ^ qu'il était sincère dans sa présente déclaration et y adhérerait jusqu'à là fin de ses jours ^ en Ecosse^ en Angleterre et en Irlande.
' Le Roi souffrit beaucoup au moment oii on la lui apporta. Il dit qu'il ne pourrait jamais regarder en face sa mère , s'il la signait. Mais si-» tôt qu'on Teût assuré que c'était un sacrifice indispensable au succès de ses affaires ^ il but le calice tout d'un trait, La déclaration fut donc publiée; mais elle ne produisit aucune bonne impression , car aucun parti ne la crut sincère* On pensa généralement que c'était une étrange obligation à lui imposer que celle de flétrir de la sorte la mémoire de son père.
Pendant que le Roi était ainsi en butte aux tracasseries plus ou moins impertinentes des divers partis qui divisaient l'Eglise^ les vieux cavaliers lui envoyèrent offrir de se rassembler autour de lui près de Dundee , s'il voulait se mettre entre leurs mains. Ennuyé de la triste vie qu'on la\ faisait mener ^ le Roi^ profitapt de rouverture^
se sauva la nuit y et se rendit à l'endroit indiqué» Mais cette tentative n'eut aucune suite y car il ne fut joint à Ciova ^ lieu du rendez^-vous y que par une poignée de monde. Les gens de St.-Jdhos* toun y alarmés de sa fuite ^ envoyèrent après lui le colonel Montgommery^ qui le joignit et le pressa de revenir avec beaucoup de rudesse : il fallut bien y consentir. Toutefois cet incident ne fut pas sans quelques bons résultats. Ceux qui gou-^ vernaient comprirent le danger d'en user trop rigoureusement avec le Roi^ et de le pousser ainsi à quelque résolution désespérée. Il fut donc depuis ce moment aussi bien traité que le permettait la situation misérable de ce royaume. De son côté y il sentit la nécessité de faire des avances au marquis d'Argyle^ et il lui fit en conséquence des offres considérables; il alla même jusqu'à parler d'épouser sa fille. Le marquis d'Ârgyle demeura froid et sur la réserve ; il voyait que le cœur du Roi conservait un secret éloignement pour lui : aussi regarda-t-il toutes ses propositions comme autant de pièges. Son fils^ le lord Lorn^ était capitaine des gardes^ et mettait plus de soin à plaire à son maître. Il introduisait auprès de lui 9 à toutes les heures y les personnes auxquelles il désirait parler^ et dans toutes les occasions il ne se montrait pas seulement fidèle^ mais sélét On soupçonne y il est vrai ^ que le père et
le fils aVaient concerté leur diffîrente fiiçon de secondaire. ^
' Le Roi fut coaronoé le i *'.. janvier. Il renouyela son serment au covenant; et dès lors tout le inonde fut adn^is à entourer sa personne, et à servir dans l'armée. Les deux armées passèrent l'hirer dans leurs quartiers, sans faire aucun mourement. Mais a(u printemps un corps de troupes anglaises passa le Frith et débarqua à Fife. Le Roi, de son côté, après avoir rassemble toutes les forces qu'il pouvait attendre, résolut de marcher en Angleterre. L'Ecosse n'était pas en état de supporter une autre campagne sur ses terres. C'était un parti désespéré ; mais il n'y en avait pas un second à prendre.
Je ne poursuivrai point le récit de la marché du Roi à Worcester, ni de la défaite totale de son armée le 5 septembre, jour auquel avait été perdue la bataille de Dunbar l'année d'auparavant. Tous ces faits , aussi bien que la manière dont s'échappa le Roi , sont tellement connus que je n'ai rien à ajouter aux relations qui en ont été données et redonnées. Cromwell, en prenant la résolution de suivre le roi en Angleterre, laissa Monk en Ecosse avec une armée suffisante pour réduire le reste de ce royaume. La ville de Dundee fît une résistance téméraire et irréfléchie ; emportée d'assaut après quelques
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jours de siège y beaucoup de sdng fut répandu et elle fut livrée au pillage. Toutes les autres places se rendirent sans coup férir» J'ai encore présente à la mémoire Tentrée de trois régi mens dans ' Aberdeen. Ils firent preuve d'un ordre et d'une discipline^ joints à des dehors de gravité et de religion^ qui étonnèrent tout le monde. Us étaient composés en général d'indéptodans et d'anabaptistes ; c'étaient presque tous des gens doués de l'esprit, et qui prêchaient lorsqu'ils se sentaient inspirés. Mais il ne leur arriva qu'une fois de troubler le Service public dans les églises. Us entrèrent et reprochèrent aux prédicateurs de les charger d'imputations fausses. J'étais présent. La' dispute s'échauffa; ils tirèrent même leurs épées , mais il n'y eut personne de frappé. Cromwell cependant destitua le gouverneur pour n'a- Toir pas puni ce désordre.
Lorsque les contrées de la plaine furent subjuguées, quelques gentilshommes des plus ardens se retirèrent dans les montagnes en i655. Le comte de Glencairn , homme grave et sévère , fit déclarer la tribu des Macdonald pour le Roi. Le lord Lorn vint se joindre à eux avec mille hommes environ ; mais la défiance qu'inspirait le père fit suspecter la fidélité du fils. Le marquis d'Argyle s^était retiré dans ses terres , lorsque le Roi marcha en Angleterre , et ne se soumit à Monk qu'en l'année x65a , où il reçut garnison. L'année sui-
Tante le lord Lorn surprit un vaisseau qui por-^ tait à cette garnison des provisions , qui aidèrent à faire subsister leur petite armée des montagnes^ d'ailleurs assez mal en ordre. Un assez grand nombre de gentilshommes vinrent la renforcer, et presque tous les bons chevaux du royaume furent voles pour lui être amenés. Elle composait en tout un corps de trois mille hommes , sur lesquels il y avait cinq cents chevaux. Elle endura de grandes fatigues^ car ces contrées n'étaient pas propres à entretenir des gens habitués à une vie douce et molle^ surtout après avoir été ruinées par le comte de Glencairn. Ce seigneur en effet prenait trop sur lui; c'est ainsi que sur un simple soupçon , il ordonna l'arrestation du lord Lorn , qui, informé de cette résolution , la prévint en prenant la fuite ; sans quoi on en serait venu aux* mains, au lieu de marcher à l'ennemi. Le comte de Belcarras, homme vertueux et habile, mais d'humeur assez morose, s'était aussi rendu auprès des montagnards. Le comte de Glencairn et lui différaient d'opinion. Le premier, s'imaginànt déjà être un second Montrose , voulait tomber sur les contrées de la plaine. Belcarras au contraire était d'avis de ne pas sortir de ces lieux inaccessibles; leur but, suivant son sentiment , ne devait tendre qu'à maintenir un noyau de fidèles serviteurs du Roi, et à conserver soigneusement leur petite force jusqu'au moment où ils verraient quel secoui^
cThommes et d'argent il pourrait leur envoyer d'au-delà des mers; que s'ils sortaient des mon*tagnes , qui leur serraient de place forte y ils ne pouvaient espérer de tenir contre une armée de Tetërans aussi bien disciplinée que celle de Monk; et qu^au premier échec ^ leurs bandes tumultueuses ne manqueraient^'pas de lâcher pied.
Entre autres royalistes , un certain sir Robert Murray , qui avait épousé une sœur de lord Belcarras, vint se ranger parmi eux. Il avait servi en France ^ oii il s'était si bien concilié les bonnes grâces du cardinal de Richelieu , qu'on peut dire que ce dernier n'eut jamais pour un étranger une considération plus grande. Il y avait été élevé au grade de colonel ^ et avait passé la mer pour faire des recrues, lorsque Charles P'^. était à Newcastle avec Tarmée écossaise. Le Roi prit pour lui une affection extraordinaire ; ce fut lui qui projeta l'invasion de Charles, comme je l'ai raconté dans les mémoires du duc de Hamilton. C'était l'homme le plus universellement aimé et estimé par les gens de tous les partis et de toutes les sortes que j'aie jamais connu. Il ava^t beaucoup de piété > et , au milieu des armées et des cours , il consacrait aux exercices qu'elle commande plusieurs heures de la journée.Iies basses mathématiques lui étaient familières > et il savait l'histoire naturelle mieux que personne de ma connaissance. Il avait un génie fort analogue à celui
de Fei^ac 9 si pe dernier eUit tel que Gassendi le dépeint. ^ fut laî qui dans la suite fut lé créa* teur de la société royale > son premier prési4eot> et y faut qu'il Tecut, le soutien et l'âme de cet illustre corps. Il était d'une égalité d'âme que rien ne pOiUyait troubler^ et dans la pratique 9 le seul stoïcien que j'aie vu. Il avait d'ailleurs adopté «m des priocipesles plus importans du portique; il soutenait la prédestination. Doué d'un amaur universel pour le genre humain^ il saisissait avec empressementtoutes les occasions de faire le bien^ et le faisait avec autant d'intelligence que de zèle. Il avait sur la plupart des hommes une grande, supériorité d'esprit «et d'intelligence ^ et avec tourtes c^ belles qualités ^ le don de réprimander 9 Les jeunes gens surtout ^ avec une douceur qui n'était égalée que par l'efficacité habituelle de la leçon; et tant.aotàfs ce rapport que pour l'afTectiidn.qu'il n'a cessé de me témoigner , j'ai toujours regardé quHl était 5 après mon père> la personne à qui je devais le plufi. Tels sont les motifs qui m'ont engagé à m'étendre sur soa ca** ractère^ et qui me foiit craindrp encore moins d'^en avoiri trop que d'ién avoir dit trop peu.; Sir Robert Mùrray ^ .grâce à tant de vertus et.de talons, eut bîaitôt .^cquis dans la petite armée des mtontagiies une: ièlle:prépondérance que ^ pour le détruire >et le perdre^ le jaloux coantc de Gièncairn eut recours à up étrange expédient. On
prodoigit contre lui une* prétendiie lettre trâuwe à Anyeps ^ et écrite par lui à Guillaunaîe Miirray , son frère« Ce Ouillame Murray ^ gentilkopime <ie la chambre ^ avait été dans son enfance appelé à la cour pour avoir le fouet , toutes les fois que €barl€Ss I^'^ le méritait^ et il était parti de- là pour s'élever auprès de ce prince & un trèâ--haut degré de confiance et de faveur ^ dont il usait aussi mal ^il les méritait peu. Il avait ^tretenu à Anvers vée femme de mauvaise vie qu^îl quitta ; et celle-ci 9 pour se venger ^ supposa <^tle lettre d'ailleurs assez mal inventée. Il y était question d^un marché fait entre sir Robert et Monk pour l'assassinat du Roi ^ assassinat que Guillaume devait exécuter ; et ce dernier était enga^ par son frère à ne point différer. Leeomie de Glencaîm > à qui celte lettre fistt apportée ^ après avoir fait subir k sir Robert un interrogatoiM très*^ sévère, le fit mettre en* prison , et il repandit le bruit 4ans Tarmée 'que c'était pour avoir qli dessein d'assassinep le Roi. Il espérjsiit , à ce qu'il parait, qa'il se trouverait, danâ tèîVQ multitude diiotttmes grossiers ) quelque tête pliîs- chaude ^i épargnerait, stir la fm. de ce bruit, -les lon-> ^eurs d'un procès rég^lièf#;'^ir Robert,' soutenu pËrr sa philosophie waiment chtjétien^e, supporta cfcft outrage, ^ans qu'uû nuftge vînt ailtéreir ia seréliit44e «on frt)tft; : - »
lie «oiftte Beloarras quitta H^ motfttfg«ie$ , e t se
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rendit auprès du Roi^ pour lui faire touipréndre >la uécéssitë d'enyoyer > pour commander l'armée ^ un simple militaire , qui serait plus obéi que pas un des grandis seigneurs d'Ecosse. Le Roi nomma Middieton qui était braye et bon officier. Il ayait ^«eryi en premier lieu pour le parlement; mais, ayant abandonné sa cause pour celle du Roi , il fut pris à la bataille de Worcester^ et ii|is à la Tour^ d'où il s'était sauyé. A son arriyée eu Ecosse^ il apaisa^ pour quelque teinpfr^ les anîmosités qui diyisaient les miontagnards , et fit ^ l'année suiyante , tout ce qu'il était possible d'at*tendre d'une caricature d'armée semi>lable àcelle qu'il ayait sous ses ordres.
Middieton enyoya Drummond à Paris pour Jinyiter Charles^ qui s'y était réfugié , à yenir Joindre, ses fidèles montagnards. Us ayaieut la ciertitude^ disait-il^ que l'Ecosse entière était disposée à se souleyer en fayeur de son Roi; et, ^uant à l'Angleterre ^ elle était déjà fatiguée de Son nouyeau gouyerneme^t^ â^ cause de la mésintelligence toujours croissante de l'armée et du par--^ lement. Les Anglais d'ailleurs étaient en guerre ayec les Etats de. Hollande ^ qui dès lors ne de*mandaient pas mieux que de seôourir le Roi , afin de diyiser , par cette diyerâion^ les forces de leurs ennemis. Drummon4 ni'a conté qu'à son ^r^ riyée à Paris ^ il fut appelé au petit consfeît qui se rassemblait auprès du Roi^ et qu'après qu'il
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ent expose le sujet de sa mission^ le chaDceîier Hyde lui demanda quelle serait parmi eux la position du Roi : (r Non pas aussi brillante qu'il conff viendrait , répondit-il ; mais on prendra tous c( les soins possibles afin qu'elle soit au-dessus u du nécessaire. »Drummond s'étonnait que le Roi n'eût pas relevé l'impertinente question de son chancelier ^ car il lui paraissait étrange ^ disaitil ^'que lorsqu'ils hasardaient leur vie pour le replacer sur le trône , on s'inquiétât s'il aurait toutes ses aises. Il fut renvoyé avec de bonnes paroles et quelques lettres agréables.
Vers la fin de l'année 1 654, Morgan pénétra dans les montagnes. Il y eut entre lui et Middleton une petite action qui mit fin à ce reste de guerre civile , au grand contentement de ceux qui la faisaient 5 las de se battre sans espérance de succès. Les habitans de la plaine y exposés à toutes sortes de brigandages qui se commettaient sous prétexte d^aller au secours des montagnes ,- ne furent pas moins universellement satisfaits de voir la dis-^ persion de ces bandes sans discipline.
Rien ne troublait plus l'ordre dans toute l'étendue de l'Ecosse. On mît dans quelques châteaux des montagnes des soldats en garnison ; mais leur discipline était si soigneusement maintenue , et ils observaient avec une telle exactitude les réglemens auxquels ils étaient soumis ^'' que jamais avant l'usurpatioix une tranquillité
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aussi complète n'avait régné dans les montagnes. Il y avait en Ecosse sept à huit mille hommes de troupes aux frais de l'Angleterre; elles étaient bien payées et sévèrement tenues. La solde deFar^ mée apportait tant d'argent dans le royaume que ^ tout le tem ps qu'elle y demeura , il ne cessa de pro&« pérer. Gromwell bâtit trois citadelles à Leith , à Air et à Inverness , outre plusieurs petits forts. La justice était bien administrée > et le vice était à la fois prévenu et châtié. En un mot nous considérons tous ces huit ans d'usurpation comme huit ans de paix profonde et de prospérité. C'est surtout parce qu'il existait une sorte d'union des trois royaumes dans un même parlement^ où l'Ecosse était représentée comme les deux autres. Le marquis d'Argyle fut un des députés qu'elle y envoya.
Je vais actuellement m'occuper des divisions et des haines que soulevèrent dans l'Eglise d'Ecosse les résolutions publiques , et la protestation qui les suivit. A ces sujets de dispute s^en joignirent encore d'autres. Une assemblée générale devait bientôt avoir lieu. Saint-Ândré était désigné pour le lieu de la réunion. En conséquence la commission du clergé écrivit une circulaire à tous le$^ presbytériens ^ où elle leur exposait les motifs des résolutions^ se plaignait de ceux qui avaient protesté contre , et manifestait ensuite le désir qu'aucun des protesUUres ne tàt choisi pour les représenter dans la prochaine
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assemblée. Ce n'était là qu'un simple avi$> autorise par un usage fréquent dans les années précé* dentés; mais maintenant cette démarche excita de grandes réclamations comme attentatoire à là liberté des élections ^ et capable de les annuler par avance ; les proteataire» protestèrent même contre la commission et ses actes , méconnaissant ainsi cette même autorité^ qu'ils avaient jusque^ là exallée à 1 égal du plus auguste tribunal de l'Eglise 9 où Jésus-Christ lui-même ^ prétendaientils ^ siégeait assis sur son trône. Suivit une longue dispute qui y dans un espace de quelques années ^ donna lieu à une grande quantité de livres. Les résolutionnai res disaient que c'en était fait du presbytérianisme , du moment où le petit nombre ne se soumettait pas à la majorité ; que c'était une idée épiscopale que de prétendre qu'il fal* lait peser plutôt que de compter les votes ; que l'égalité était Fessence de leur constitution. Tous les gens impartiaux étaient frappés de la justesse de ces raisonnemenSi Les jt^ro/e^to/r^* répliquaient que y puisque tous les protestans s'élevaient de concert contre la prétention de l'infaillibilité^ la majorité pouvait tomber dans des» erreurs auxquelles certainement la minorité n'était pas tenue de souscrire. Us se plaignaient ensuite qu'il y eût encore parmi eux beaucoup d'ecclésiastiques corrompus ^ qui montraient en toute occasion ce qu'ils sotthaitaient au fond
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du cœur y malgré leurs soins extérieurs pour paraître conformistes. - Il était bien vrai que ceux des épiscopaux qui avaient embrassé le coTenant et le presbytérianisme^ seulement pour conserver leurs bénéfices ^ poussaient les deux partis et envenimaient de leur mieux la ceotroverse ; et il paraissait évident que' le presbytérianisme y si Tautorité civile ne l'avait maintenu ^ allait se déchirer et se dissoudre lui^néme. Quant au fond de la question ^ il était clair que si les décisions du tribunal suprême ^ prises à la majorité y n'étaient pas sans appel, il devenait impossible de maintenir cette égalité si chère aux uns et aux autres. En point de doctrine sans doute le petit nombre ne devait pas se croire obligé de se soumettre au plus grand ; mais en matière de pure discipline, il n'y avait plus de gouvernement presbytérien possible sans cette condition. Gomme les esprits s^éçhaufiaient tous les jours davantage, et que les deux partis étaient sur le point de s'anatbématiser l'un l'autre , la république d'Angleterre jugea à propos d'envoyer en Ecosse des commissaires chargés d'y maintenir la paix. Sir Henri Yane était du nombre. Les résolu^ tionnaires étaient connus pour avoir été plus favorables à la cause royaliste que leurs adversaires; aussi étaient-ils regardés de moins bon œil par les commissaires. Parmi ceux-ci, quelques uns étaient d'avis qu'on travaillât à réunir
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les deux partis; mais V«ne s'y opposa de toutes ses forces. Pourquoi les commissaires essaieraieot-ils^ disait-il, de guérir des plaies que l'Angleterre avait pris soin d'ouvrir , et qui avaient tant contribué à affaiblir une nation xivale? Us ne pouvaient y calmer les esprits, sans les unir coQtre eux dans une hostilité commune. Son senliment était qu'il fallait laisser aux zélateurs d'£cossè la liberté de se quereller tant qu'ils voudraient; ce qui les mettrait infailliblement sous une plps grande dépendance de Kautorité civile , car ils seraient tôt ou tard forcés d'y recourir. On résoliit en conséquence de Ifeur-permettre de s'assembler, comme par le passé', distns leurs presbytères et dans leurs synodes , mails de supprinier leurs assemblées générales, qui offraient quelque apparence d'union et d'aiitorité* Ainsi abandonné à lui->même , l'esprit de discorde allait de progrès en progrès. Sitôt que quelque Église venait à vaquer, les deux partis s'efforçaient de faire élire un des leurs à la place du ministre défunt. Ces sortes de brigues donnaientiieu à de fréquens tumultes , dans lesquels on s'assommait souvent k coups de pierre , au scandale des personnes vraiment religieuses. Dans ces batailles lés protestaires se distinguaient par leur férocité : comme ils étaient les moins nombreux , ils compensaient ce désavantage par un surcroît de fureur. D'ailleurs ils s'étaient donné
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sur leurs adversaires une supërioritë réelle y en se soumettant plus promptement à la volonté de leurs nouveaux maîtres , qui avaient ordonné aax uns et aux autres de ne plus prier pour le Roi^ Cet acte de docilité leur avait coûté d autant moins qu'elle les déchargeait d'un fardeau ; mais les résolutionnairea firent une longue résistance ^ disant que prier pour le Roi était un devoir im«* posé par le covenant ^ et qu ils ne pouvaient dès lors s'en dispenser sous aucun prétexte. Là-dessas le conseil anglais rendit un édit en vertu duqu^ tout ministre qui continuerait à prier pour le Roi , serait privé du recours légal pour le re-» couvrement de se$ dîmes ou de sa paye y comme ils l'appelaient eux*mémes« Cet édit touchait la partie sensible. Cependant^ pour ne pas paraître céder purement et simplement à l'autorité civile, les ministres résolutiorinaires déclarèrent, chacun dfins son église^ que tous les devoirs n^étant pas obligatoires dans tous les temps , et vu la con^ joncture présente où le Roi était hors d'état de le« protéger y ils avaient résolu de discontinuer cette portion du devoir. Cette démarche lès exposa à d'amèrej^ censures. On ne l'attribuait qu'à la crainte de ne pouvoir plus user des voit&coaetives pour le recouvrement de leurs. revenus; et on leur repro* cha^it des considérations d'une nature aussi mon--^ daine. EUqs n'injluèrexit^ il est vrai^ que trop souvent suf li^ ooiiduite d'uB grand nombre d'ecclésiafir^
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tiques^ quoiqu'ils se gardassent d'en faire Faven*^ Les protestairea employaient tous les moyens imaginables pour augmenter leur crédit parmi le peuple. Us prêchaient souvent et long-temps, et affectaient de porter leur dévotion à un degré de sublimité inconnu jusqu'à eux. Le sujet perpétuel de leurs prédications était la triste apostasie et la corruption des assemblées ecclésiastiques, et souvent ils proposaient divers expédiens pour les régénérer. La vérité est qu'ils étaient plus actifs et mettaient plus de feu daas leurs écrits que les résolutionnaires. En rien ils n'étaient aussi singuliers qu'en ce qui concerne la commu'nion. Ils en discontinuèrent l'usage pour plusieurâ. années dans les lieux où ils pensaient que les magistrats , ou même les personnes les plus apparentes de la paroisse , étaient engagés dans ce qu'ils appelaient la défection , laquelle était comptée pour beaucoup plus coupable que la vie la plus scandaleuse. Dans les lieux au contraire où la majeure partie des fidèles était saine, ils donnaient la communion ;avec une solennité nou« ▼elle et inaccoutumée. Le mercredi qui la précédait était un jour déjeune et rempli par huit ou dix heures de prières et de sermons entremêlés ; ils avaient pour le samedi deux ou trois sermons préparatoires ; pour le dimanche nouveaux serinons, mais en si grand nombre , que la cérémonie durait pins de douze heures , en certains
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endroits; enfin le lundi, pour la clôture, trois ou quatre sermons d^actions de grâces.* Un grand nombre de ministres se rassemblaient de différens côtés , et les vrais amateurs faisaient sans peine quarante et cinquante milles pour assister à une communion célèbre. Les églises étaient trop petites et les voix des prédicateurs trop faibles pour la foule des auditeurs; en sorte qu'il y avait deux ou trois sermons prêches à la fois dans différens endroits. Les cérémonies se faisaient avec tout Vétalagi possible de piété et de zèle. Les zélateurs avaient toujours à raconter quelques conversions signalées qui s'étaient opérées dans ces solennités extraordinaires , tandis que d'autres ne parlaient que des désordres dont ces grands rassemblemens étaient l'occasion , et on les croyait davantage.
On peut à peine se faire une idée de l'effet que tout cet appareil religieux produisait sur le
peuple, à quel degré de science il était parvenu, et avec quelle facilité il pouvait prier ex tempore , ou parler sur les matières théologiques. On peut juger par là du crédit des protestaires. Les résolutionnaires essayaient de les imiter, maison trouvait qu'ils n'étaient ni si dégagés de la matière , ni si exercés à la prédication ; aussi leurs adversaires avaient la vogue- Dans les assemblées ecclésiastiques, ou les deux partis se trouvaient à peu près égaux en nombre, la lutte était constante. Enfin ils en vinrent à
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s^^ntr^- déposer , seloii que Tun'où Tautre s'y trouvait le plus fort; mais comme la possession d'une église ou d'un bëhéficè dépendait toujours en dernier ressort de la puissance temporelle , ils faisaient tous deux à Fenvi la cour au conseil privé que Cromwell avait établi en Ecosse^ et par lequel ils étaient renvoyés à Cromv^ell lui-même* lU envoyèrent donc des députés à Londres ; et les protestaires surtout y accoururent en grand nom- ^e- Leurs principes et leur humeur se rapprochaient davantage des principes et de l'humeur qui régnaient dans l'armée; c'est pourquoi ils furent regardés comme gens plus sûrs , sur lesquels le gouvernement^ qui se rappelait la cause des brouilleries , pouvait faire plus de fond que sur les riaolutionnaires , soupçonnés de s'êti'e moins détachés des intérêts royaux.
; Ceux-ci envoyèrent un certain Sharp , qui avait été long-temps en Angleterre , et qui avait dé l'ardeur et de l'activité. 11 possédait peu de science 9 et n'était que médiocre^ pi'édicateur ; mais^ à cause de ses relations avec les ministres presbytériens de Londres , que CromwfcUearessait beaucoup en raison de leur grand crédit dans la cité y il fut choisi par les résolutipnnaires » pour ménager leurs intérêts en Angleterre^ où il resta en effet plusieurs années occupé des soins de, sa mission. Ce choix fut une méprise fatale à tout le parti presbytérien ^ quoique Sharp fit
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parade d'un zèle plus qu'ordinaire. Dès \ps premiers temps' où Cromweil songeait à se faire roi , le docteur Wilkins lui disait souvent y ainsi qu'il me Va, conté lui-même ^ qu'aucun gouvernement ne pouvait être sûrement assis que sur la base d'une Église nationale ^ et qu'il regardait Tëpiscopat comme la seule constitution ecclésiastique qui put convenir à l'Angleterre. Wilkins ne doutait pas que Cromweil ne fût entré dans son plan ^ sitôt que le projet de lu royauté eût été exécuté. Plein de ces idées > il dit un jour à Sharp que leurs disputes perpétuelles montraient clairement que le presbytérianisme n'était pas capable de maintenir l'ordre et Tunité établi parmi eux , et que l'épiscopat leur était nécessaire pour les réunir; mais Sharp ne put supporter une pareille proposition et la rejeta avec horreur. Je croirais m'être trop long-temps arrêté sur ces discussions intestines de l'Eglise écossaise^ si je n'avais jugé profitable au lecteur de lui montrer à quel point , en matière . ecclésiastique , l'ordre et la paix sont incompatibles avec l'égalité y à moins que l'autorité civile ne fasse intervenir ses déci-* t&ions ; et si elle le fait ^ les zélateurs ardens de chaque secte se soulèveront de concert contre une telle prétention , qu'ilsl traiteront d'abominable érastianisme.
Je passe à quelques anecdotes touchant Crom^ yfélly que je n'ai point encore vues dans les
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livres» Je les ai apprises .en partie des comtes de Carlisle et d'Orrery^ dont Tun avait été capitaine de ses gardes ^ et l'autre président de son conseil en Ecosse. Mais mon principal auteur a été Stoupe^ Crrison d'origine , d'abord ministre de l'Église française de Savoie y et ensuite brigadier-général dans les armées françaises. C'était un homme d'intrigue 9 de nulle vertu ^ et qui n'avait que l'écorce du protestantisme. Il avait , pour le dé*partement des affaires étrangères, toute la confiance de Cromwell,- qui, dans ces sortes d'affaires, était souvent pris au dépourvu ; car , comme il ne savait, en fait de langues, que la sienne et un peu de latin qui lui était resté de son éducation ^ et qu'il parlait très*incorrectement et sans aucune facilité , il manquait des moyens nécessaires pour se tenir au courant de bien des choses.
Lorsque Cromwell essaya pour la première fois du gouvernement , il avait contre lui trois grands partis , le parti épiscopal , le parti presbytérien et le parti républicain. Le dernier était le plus acharné à sa ruine, parce qu'il voyait en lui l'homme qui avait perfidement expulsé la chambre des communes, et n'avait jamais songé qu'à sa propre fortune. Les militaires étaient seuls pour lui ; encore cet esprit de fanatisme qu'il avait pria tant de peine à souffler parmi eux , les ren-» dait-il peu traitables. Il fut obligé de casser et d'emprisonner plusieurs des principaux officiers >
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et il flattait le reste de son mieux. C'est sans doute comnie moyen d'effet sur eux qu'il conserva sa vieille habitude de discours longs et obscurs ^ de sermons et de prières. Quant au parti cavalier y il craignait d'y trouver à la fois des assassins et des conspirateurs proprement dits. Pour se prémunir contre les premiers , il prit un moyen très-efEcace ; il disait souvent en public que , dans les guerres civiles , les partis étaient contraints d'user de représailles les uns envers lès autres, que c'était le seul moyen de prévenir de plus grands malheurs ^ et de forcer ses ennemis à là bontie guerre ; que'^ quant à liii j les assassinats lui semblaient une chose si horrible qu'il n'empioirait jamais le premier ce honteux expédient, mais que 9 si quelque partisan du Roi tentait de l'assassiner et le manquait , il ferait dès ce moment une guerre d^assassinats , et détruirait toute la femille royale ; et il ajoutait qu'il avait des instrumens tout prêts qui n'attendaient que ses ordres. La terreur d'une telle menace le garda mieux que tous les soldats qui l'entouraient sans cesse. Le danger des conspirations était plus pressant. Mais 9 heureusement pour lui, Cromwell sut qu'un certain sir Richard WilHs était le gi*and confident du chancelier Hyde, qu'il en recevait fréquemment des lettres , et qu'en un mot tout le parti royaliste, le regardant comnie un homme plein de capacité et de prudence, n'en-
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treprenait riea sans le consulter. Le Protecteur trouva moyen de parler à cet homme : il lui dit qu'il n'avait dessein de faire aucun mal aux cavaliers^ ses amis; qu'il voulait au contraire les sauver d'une ruine certaine; qu'après quelques coups de vin ils étaient gens à se précipiter dans des complots aussi insensés^ue mal ourdis^ dont tout le résultat était la perte de ceux qui s'y étaient engagés; que lui, sir Richard Willis, étant toujours dans leurs secrets , il ne lui demandait autre chose que de l'avertir de toutes leurs menées, afin qu'il pût les rompre, sans que personne en fût victime ; que, s'il en faisait jamais enfermer quelques uns des plus étourdis , ce ne serait que pour peu de temps , et qtae leurs interrogatoires ne rouleraient que sur^ quelques discours en l'air, mais jandaissur les faits qui tendraient réellement à les compromettre. Cromwell offrit ensuite à Willis tout ce qu'il voudrait et le laissa maître du temps et du lieu où il désirerait recevoir ses appoiutemens. Celui-ci n'osa ni démander ni prendre plus de deux cents livres de pension. Cet arrangement ne fut connu que d'un seul tiers, le secrétaire Thurloe, qui savaitplus adroitement que personne ménager de secrètes intelligences.
Par ce moyen, Cromwell tenait tgut le parti royaliste comme dans un filet , ou il laissait les conspirateurs s'agiter à leur aise. De temps en
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temps ^ il- donnait ordre qu'on en arrêtât ijnelques uns , mais jamais rien ne parut au grand jour^ qui pût nuire à aucun d'eux. Après la mort du Protecteur. Willis continua d'infopmer Thurloe de tout ce qui se passait. Peu de temps «avant la restauration^ lorsque les cayaliers tramaient de toas côtes une insurrection générale , ils crurent le moment venu de la faire éclater dans le comte de Sussex ^ et ils prièrent le Roi de passer la mer et de s'y rendre. Charles devait débarquer près de Chichester. Willis ^ comme de coutume y était le principal agent de l'intrigue , y compris le débarquement ; aussi , sur ses révélations , toutes les mesures étaientelles prises par les républicains pour s'emparer de la personne du Roi ^ et il serait probablement tombé dans le piège, si Morland^ second secrétaire de Thurloe , homme plein de pénétration ^ n'eût découvert le secret de la correspondance de son maître et de Willis , et n'eût averti le Roi du danger qu'il courait. Cependant il n^était pas facile de persuader à ceux qui s'étaient si longtemps fiés à Willis^ et croyaient avoir tant de garans de sa fidélité^ que ce même homme était coupable d'une trahison si noire ; aussi l'avertissement de Morland fut-il considéré comme un stratagème imaginé pour déconcerter l'entreprise. Mais celui-ci^ jaloux de convaincre de la vérité de son rapport^ observa Tendroit oit
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Xharloe mettait certaines lettres, auxquelles il semblait mettre un prix tout particulier; et^ ayant pris dans ses mains la clef du cabinet oii elles étaient enfermées, sous prétexte de se servir d'un cachet suspendu à cette clef, il en prit l'empreinte sur de la çfire, et s'en fit faire une semblable, avec laquelle il ouvrit le cabinet, y prit les lettres, et fit passer au Roi les plus imM^^Q^^s. La main était connue; il n'y eut plus de doigte sur cette trahison soutenue avec tant d'adresse , mais pleine de noirceur. Le projet de soulèvement fut donc abandonné pour un temps. Comme sir George Booth s'était engagé à paraître en même temps dans le Chester à la tête d'un corps de troupes , on lui envoya deiix messagers pour lui faire savoir que l'insurrection royale projetée ne pouvait s'exécuter à l'époque convenue; mais tous deux, devenus l'objet de quel-« qoes soupçons dans des places fortes^ qu'ils n'avaient pu éviter , à cause du mystère dont ils s'enveloppaient dans un temps de trouble et de méfiance , y furent arrêtés si long-temps qu'ils furent hors d'état d'informer assez tôt sir George de ce qui se passait. Il entra donc en campagne , et fit son devoir en brave homme ; mais n'étant pas secondé, il fut bientôt accablé par Lambert* Ainsi Willis perdit le fruit de ses grands et longs services. Ce fut un des principaux ressorts de la politique de CromwelL
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Quant aux presbytériens ^ ils ayaient un tel effroi de la fureur des républicains qu'ils re-^ gardèrent comme une délivrance d'être tirés de leurs. mains. Un grand nombre de ces derniers^ commençaient à professer le déisme ^ et presque tous étaient d'ayis de détruire le clergé en masse, et de briser tout ce qui pouvait ressembler à l'unité d'une Eglise nationale. Us auraient voulu abattre les églises^ remettre les dîmes^ et lal||er la religion libre comme ils disaient , sa||^ l'encourager ni la contraindre. Gromwell promit aux presbytériens de maintenir un corps public de ministres avec des moyens d'existence convenables; et il leur associa^ dans une commission^ plusieurs indépendans , pour examiner conjointement tous ceux qui seraient susceptibles d^ètre admis à posséder des bénéfices. Cette commission nommait à tous ceux dont disposait autrefois la couronne, aux évêchés, et à toutes les places des églises cathédrales. Une faveur si signalée calma les craintes des presbytériens.
Cromwell s'étudia à diviser les républicains entre eux^ en opposant les fondateurs prétendus* de la cinquième monarchie et les enthousias-^ tes à ceux qui s'inquiétaient peu ou point de la religion , et n'agissaient qu'en vertu des prin-cipes de la liberté civile , tels qu'Algérnon Sid— ney, Henri Névil, Martin, Wildman et Har^ riugton. Les partisans de la cinquième monar-
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chie paraissaient réellement attendre chaque jour le moment où le Christ secnanifesterait. Us avaient à leur tête Jean Goodwin , qui, le premier , introduisit Tarminianisme parmi ces sectaires y car il était aussi pour une liberté sans restric-^ tion. Crom^vell haïssait cette doctrine , car son idée favorite était qu'une fois enfant de Dieu, on ne cesse jamais de l'être. Comme il avs^it mené une vie fort régulière avant les gueires civiles pendant plus de huit ans entiers, il se plaisait dans le souvenir de ce bon temps , et dans l'idée de l'inamissibilité de la grâce. En récompense Goodwin était, de tous les prédicateurs , celui dont la morale suivait de plus près la politique de Cromwell, car il justifia nonseulement l'exécution du Roi, mais il l'exalta comme l'action la plus glorieuse dont fussent capables des hommes. Au reste , il était parvenu à pénétrer si bien ses adhérens de l'espoir prochain du glorieux règne de mille ans, qu'on les aurait tous pris pour de vrais maniaques.
Ce ne fut pas chose facile pour Cromwell que de contenter les millénaires, lorsqu^il s'empara du pouvoir suprême , car il n^y avait plus qu'un pas entre lui et la royauté , que Go^win avait toujours représentée comme le grand Ante-Christ, usurpateur momentané du trône de Christ. Il leur disait , le visage tout en pleurs , ainsi que plusieurs d'entre eux me l'ont raconté, qu'il au-
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rait préféré au protectorat l'humble bâton de beqger y puisque rien n'était plus contraire à ses goAts modestes que l'appareil de la grandeur ; mais il voyait qu'il fallait avant tout ^ dans les circonstances présentes, empêcher la nation de tomber dans d'extrêmes désordres , et de devenir la proie de l'ennemi commun : c'est pourquoi il sç préparait à marcher entre les vivons et les morts y comme il parlait, durant quelque temps ^ jusqu'à ce que Dieu manifestât sa volonté et leur désignât le sol sur lequel ils devaient édifier son temple, et il les assurait qu'il se démettrait alors de la charge qui allait peser sur lui , avec ^ne joie égale à la douleur que lui causait la né-' cessite de se courber sous elle. Il traitait les gens de cette trempe sur le pied de leur ancienne égalité 9 allant fermer lui-même la porte , les faisant asseoir et couvrir devant lui, pour leur montrer combien peu de cas il faisait de là distance que l'étiquette le forçait à mettre entré lui et les autres. Ces sortes de discours finissaient communément par de longues prières. C'est ainsi qu'avec beaucoup de peine il venait à bout des repu-* blicains enthousiastes. Il appelait les autres républicains payens , et il avouait qu'il n'avait pas de même trouvé le secret d'agir sur eux. Il avait (^8 chapelains de toutes les sectes ; et , dans ses dernières années , il commençait à témoigner moins d'éloignement pour les membres de l'E-
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glise anglicane. Ils tenaient leurs assenublées dans différons endroits aux enrirans de Londres y saoïs être troubles ni inquiétés. Les papistes eùx*^ mêmes finirent par lui faire la cour. En un inot> grâce à sa dissimulation ^ il se fît dans toutes les classes et dans tous les partis un nombre de par* tisans qui paraîtra prodigieux , si l'on songe aux obstacles qu'il trouYa dans ses parlemens. Ce** pendant on crut généralement^ à sa mort y qu'il était à bout de ruses comme de forces physiques > quHl avait épuisé les unes et les autr^ , et que^ s'il eût vécu plus long^-temps ^ il n'eût plus été maître des éTénémens*
n y eut de grands débats pour savoir si l'on ferait un roi; Tous les jurisconsultes ^ entre au-^ très Glynn , Maynard ^ Fountainé et &iint-* Jolm en étaient tout-à-fait d'avis« Us disaient qu^on n'é^ tablirait jamais de nouveau gouvernement sans un roi qui passât les bills destinés à régler telle forme d'institutions qui conviendrait. On n'avaitfàit jus<« qu'alors que bâtir sur le sable : le royaume était encore menacé d'une nouvelle révolution; si elle arrivait y tout ce qu'on avait fait serait nul:^ comme contraire à une loi qui subsistait dans toute sa force^ puisqu'elle n'avait jamais été ré«^ voqttée^ c'est-à-dire y la royauté. Dans l'étaè où étaient les- choses^ quiconque avait trempé dans là guerre civile^ et avait contribué à' l'effusion du sang > du sang du roi Charles I^^. surtout ^
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pouvait étiHS cite en justice; car, en droite on ne pouvait être mis à couvert que par une loi à laquelle auraient concouru le Roi^ les lords et les communes. Il serait facile d'ailleurs de s'entendre pour ne se fier à ce nouveau roi qu'autant qu'on le jugerait à propos ^ et le forcer à résigner son autorité aussitôt qu'on voudrait j en sorte qu'il pût être un felo de se , et consentir y s'il le fallait , un acte qui abolirait à la fois lé nom et la chose. Et de même que personne n'était réellement en sûreté jusqu'à ce que l'on eût pris ce parti y de même toutes les concessions et tous les achats étaient frappés de nullité légale ; de même encore tous ceux qui avaient levé ou manié les deniers publics en étaient responsables. Ces raisonnemens étaient sans réplique , et les fanatiques pouvaient seuls en méconnaître l'évidence. Ils y voyaient , eux, défiance de Dieu, et confiance dans la chair, u La nation s'est levée, u disaient-ils, et ses fils ont fait, dans la stmplic< cité de leur âme, la guerre du Seigneur; ils fc l'ont appelé à leur secours ; il les a entendus , et ce s'est manifesté en leur faveur, et maintenant u ils cesseraient d'avoir confiance en lui? Us ont « renveirsé la monarchie avec le monarque , et ir maintenant ils iraient reconstruire ce qu'ils ce ont détruit ? Us ont fait vœu devant Dieu d'être « fidèles à la république , de ne souffrir ni roi , M ni royauté ; sous ce vœu , comme sous une
«c bannière , ils ont combattu et triomphé ; et « cependant on Veut leur faire prendre des sûrefr tës^ et pour cela les reconduire en Egypte? Il H faut regarder au contraire plutôt comme un u bonheur d'être toujours sous le glaive des lois ; ce car rien n'est plus propre à nous inspirer de là « prudence et de Fardeur. S'il est vrai que les c< rois eussent usurpé les droits du Seigneur ^ et « envahi les libertés de l'homme , pourquoi avoii^ « recours à des instrumens aussi odieux ? » Tels étaient les discours des fanatiques , et quant aux limites qu'on proposait de fixer au pouvoir royal^ ils les considéraient comme des compensations illusoires. « Ces hommes^ continuaient-ils ^ qui « trouvent dans les lois la nécessité d'avoir un (( roi y n'en auront pas plutôt un y quHls tiire- « ront du même magasin tout ce qui pourra en ce augmenter l'autorité et les privilèges. » Ils ne voulaient donc entendre à aucune proposition touchant le rétablissement de la monarchie y et rejetaient tout avec mépris. S'il nous faut absolument un roi^* disaient hautement plusieurs f en vertu de tout cet attirail de lois qu'on nous allègue, pourquoi donc ne pas nous en tenir à celui que ces mêmes lois nous donnaien^t plutôt iqu'à tout autre ? Voici ce que^ m'a conté le le comte d'Orrery : durant ces querelles , il aborda une fois Cromwell en lui disant qu'il s'était promené toute là journée dans l'intérieur de la
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Cité; celui-ci lui demanda quelles nouvelles il y avait apprises; il répondit que le bruit courait qu'il négociait ayec Charles pour lui rendre sa couronne et lui faire épouser sa fille. Lord Orrêry Toyànt que Cromwell n'était point révolté k cette idée ) reprit la parole et dit que pour lui , dans Fétat où étaient les choses , il ne voyait point de meilleur parti; qu'on pourrait obtenir du Roi toutes les conditions qu'on voudrait ; et que lui > Cromwell , pourrait retenir là même autorité qu'il avait acquise y et qu'il en jouirait seulenient avec moins de fatigue* Cremwell répliqua que le Roi ne pardonnerait jamais à ceux qui avaient mis son père à mort. Orrery lui fit observer que d'autres avaient partagé avec lui ce tort , et que lui seul aurait le mérite de l'avoir rétabli. « Oui y a reprit Cromwell^ inais il est si horriblement (t débauché qu'il nous perdrait tous : » après quoi il se mit froidement à parler d'autre chose. Orrery conclut de cette conversation que Cromwell avait souvent pensé à rappeler le Roi.
Jusqu'au moment où il refusa la royauté^ qui lui fut offerte par le parlement y il s'était tenu dans une telle réserre que personne ne savait quelle serait sa réponse. On croyait plus vraiseml)lâble quHl l'accepterait. Ce qui le décida pour le parti contraire^ fut un entretien qu'il eut un matîn^ er^ se promenant dans le parc St. -James y avec Fleetwood et Dèsborough ; l'un avait épousé sa fille^
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et l'autre &a sœur. Il eût avec eux de grandes ex*pUcations^ et elles fendaient toutes à l'accepta-* tiôo de la couronne : il disait que c'était tenter Dieu que d'exposer tant dé brares gens à la mort et à la misère ^ lorsqu'il y avait un moyen assuré de les protéger. Fleetwood et Desborough firent valoir les sermens qu'ils avaient tous prêtés. Le Protecteur répliqua que ces sermens étaient contre le pouvoir et la tyrannie des rois > mais non contre les trois lettres dont se compo-* sait le mot Roi. En un mot ils conclurent de son discours que son dessein n'était pas de refuser^ et ils se contentèrent alors de lui exposer tous les troubles qu'ils prévoyaient dans l'avenir* Quant à eux y comme ils ne voulaient point aider à relever l'idole qu'ils avaient renversée, en jurant de la tenir dans la poussière y et comme ils ne voulaient pas non plus prendre parti contre lui^ ils se retireraient et attendraient la suite des éyénemêns. Ils se préparaient donc à résigner leurs commissions 9 résolus qu'ils étaient à ne pas servir un roi ; majs Crom\vell les pria d'attendre au moins qu'il eût fait sa réponse. On pensa que > voyant deux personnes qui lui tenaient de si près disposées à l'abandonner y il en conclut que beauco>jp d'autres suivraient leur exemple, et regarda dès lors la couronne comme trop hasardeuse pour lui. En conséquence il la refusa y et garda seulement la qualité de Protecteur. Cependant >
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comme à la session prochaine le parlement aurait réitéré son offre ^ il l'aurait probablement acceptée^ sUl n'était mort ayant l'hiver qui suItU. Ce qui en serait arrivé est encore un problème- Quelques uns ont cru qu'avec la royauté auraient reparu l'ordre et une tranquillité durables , puisqu'elle aurait ramené les lois et la forme de l'ancien gouvernement. D'autres étaient d'un sentiment tout-à-fait opposé; ils s'imaginaient que l'armée irritée aurait quitté le service , ou se serait révoltée contre Cromw^ell> et peut-être même l'aurait massacré dans la première chaleur du tumulte. Je ne déciderai point quelle était la plus probable de ces deux opinions.
Quelques hommes du parti cavalier , ou plutôt certains de ses descendans > prirent part à ces débats touchant le rétablissement de la monarchie. En général ils se montrèrent républicains zélés f selon les instructions qu'ils avaient reçues de ceux qui conseillaient le Koi. Pour eux y en effet , la grande affaire était de s'opposer à toutes les demandes de Gromwell , pqur l'affaiblir ainsi au dedans y et le compromettre en dehors. Lorsque leurs anciens adversaires s'aperçurfnt avec surprise de cette grande métamorphose qui , de soutiens de la prérogative y en avait fait les patrons de la liberté, ils prétendirent qu'élevés à la cour^ et liés à sa cause par la reconnaissance , ils avaient été forcqs de la servir, mais que depuis
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qu'elle avâit été chassée et anéantie ^ ils avaient repris les principes naturels à l'homme ^ et de Tamour pour la liberté. Il n'en fallut pas davantage pour que les vieux républicains les protégeassent de leur crédit , en sorte qu'en grossissant la faction opposée à Cromwell ils travaillaient à leur sûreté. Mais ces mêmes hommes s'empressèrent de jeter le masque à la restauration , et revinrent à leurs anciens principes de dévouement à la prérogative et au pouvoir absolu ; ils ont dît pour leur excuse qu'ils avaient été pour la liberté, lorsqu'elle était un moyen de renverser l'usurpateur ; mais que , du moment où le gouvernement était retombé entre les mains de ses anciens et légitimes possesseurs, ils redevenaient soutiens aussi fermes des privilèges de la couronne , et ennemis de la liberté aussi décidés qu'ils avaient jamais pu l'être.
Pas^ns à la conduite de Cromwell re^tivement aux affaires étrangères. Il avait pour maxime de n'épargner ni peines ni frais pour se ménager partout de nombreuses intelligences. Il comprit quels bons espions pouvaient être les Juifs , dont le grand commerce repose sur la connaissance prompte de tout ce qui se passe; car il consiste, comme on sait ^ à prêter de l'argent à un gros ou à un moindre intérêt, à proportion du risque ou du gain que présentent les combinaisons de la politique. Il comprit aussi l'agiotage des actions
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d'emprunts, faits de cette manière; et, par ces deux motifs plutôt que par aucun respect pour les principes de toleVance^ il fit venir en Angleterre une compagnie de Juifs , et leur permit de bâtir une synagogue. Pendant tout le temps qu'il traitait avec eux , ils lui servirent d'espions fidèles et intelligens ^ principalement en Espagne et en Portugal. Un jour que le comte d'Orrfery se promenait avec lui dans une des galeries de Wkitehall^ il $6 présenta un homme presqu'ein haillons: Cromwell congédia aussitôt lord Orrery ^ et emmena dans son cabinet ce Juif ^ car c'en était un y qui lui apportait la nouvelle d'une grosse somme d'argent que les Espagnols faisaient passer en Flandre pour le paiement de leur armée , mais dans un vaisseau de guerre hollandais ^ et lui dit jusqu'à l'endroit du vaisseau où était caché l'ar^ gent. Le Protecteur dépêcha sur-le-champ un ex* prèi^à Smith ^ dans la suite sir Jermyn Smith ^ qui était dans les dunes , pour l'avertir que dans deux ou trois jours un navire hollandais passe- rait dans le canal ; et lui donner l'ordre d'en faire la visité et d'y saisir ce qu'il y trouverait d'argent d'Espagne , alors de contrebande y car nous étions en guerre avec cette nation. Ainsi lorsque le vaisseau passa à là hauteur des dunes , Smith envoya demander qu'on trouvât bon quHl le visitât. Le capitaine hollandais répondit que ses toaitres seuls avaient le droit de
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lè visiter, Smith se contenta de lui faire satoir qu'il avait devant les yeux un sablier , et que si Fe'quîpagè ne s'était soumis à la visite avant que le dernier grain n'eût coulé , il saurait bien Vy contraindre. Le capitaine vit que c'était vainement qu'il ferait résistance ^ et l'argent fut saisi: La première fois que lord Orrery revint au palais , Cromwell lui dit que Favis lui venait de cet homme tout couvert de haillons , qu'il avait si bien accueilli en sa présence quelques jourai auparavant. Jamais souverain ne fut si bien instruit de tout ce qui se passait hors de chez lui. Rien ne se faisait dans la petite cour du Roi qu'il ne le sût ; et néanmoins il n'eut jamais qu^un seul de ses espions découvert.
La plus grande difficulté de sa politique extérieure fat de choisir entre l'alliance de la France et celle de l'Espagne. Le prince de Condé y qui était alors dans les Pays-Bas avec beaucoup de protestans autour de lui ^ engagea la cour de Madrid â faire tous ses efforts pour mettre Cromv^ell dans ses intérêts. Son ambassadeur , don Alonzo de Cardenas ^ estimé une des meilleures têtes de l'Espagne , eut ordre de complimenter le Protecteur. Il fut autorisé à lui promettre de la part de ses maîtres^ s'il consentait à se joindre à eux ^ qu'ils n'entendraient à aucun traité que l'Angleterre n'eût recouvré Calais. Cette offre était trèsengageante poi^r Oromwell^ qui espérait se rendre
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très-agreable. à la nation anglaise ^ s'il parvenait à se remettre en possession d'ane place au pouvoir des Français depuis un siècle. Instruit de ce qui se traitait , Mazarin fît passer la mer de son côte à un émissaire pour négocier avec Cromwell, quoique d'abord sans caractère diplomatique , et lui promettre , afîn de renchérir sur l'Espagne^ du secours pour s'emparer de Dunkerque ^ qui était une place beaucoup plus importante. Le prince de Condé fît proposer de son côté à Cromwell de se faire protestant; et^ sUl voulait lui donner une flatte avec de bonnes troupes ^ d'o-> pérer une descente en Guienne. Il ne doutait pas qu'il lie fût secondé dans cette entreprise par les protestans , et il était assuré de jeter la France dans de tels embarras , qu'on en obtiendrait pour eux et pour l'Angleterre toutes les conditions qu'il plairait à Cromwell lui-même de dicter. Séduit par une telle perspective , le Protecteur envoya Stoupe faire une tournée dans toute la France pour s'entretenir avec les principaux protestans , examiner les ressources du parti y ses dispositions présentes , le degré d'oppression sous lequel il gémissait , et la confiance qu'il portait au prince de Condé. Stoupe , en quittant Paris , descendit la Loire y vint à Bordeaux ^ passa ensuite à Montauban , et traversa la partie méridionale de la France pour se rendre à Lyon. Ses instructions portaient qu'il ne parlerait qu'en simple voya-
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gear> et assurerait néanmoins les reformés du zèle et du soin de Gromwell , dont il ferait partout de magnifiques éloges. Les protestans étaient alors très^atisfaits de leur situation ; car Mazario^ uniquement occupé du soin d'enrichir sa famille , prenait soin de faire observer les édits ayec une exactitude inconnue jusqu^à lui. Stoupe revint pour rendre compte à Cromwell de Tabsence de mécontentement chez les protestans j et de leur peu de disposition à remuer. Us avaient d'ailleurs une très-mauvaise opinion du prince de Condé , dont l'impiété et l'immoralité les révoltaient , et qu'ils regardaient en outre comme un ambitieux , tout rempli de ses projets de grandeur ^ et toujours prêt à leur.sicï*ifier ses amis et la cause qu'il avait embrassée. C'en fut assez pour fixer Cromwell sur soia compte. Il apprit aussi que le cardinal avait autour de ce prince ses espions , qui l'avaient informé de jtous les messages qu'il y avait eu entre eux deux; c'est pourquoi il ne voulut plus avoir aucune correspondance avec lui , et dit à ce sujet à Stoupe , atultua estet.garrulue, et venditura suis cardinalL Voici ce qui le détermina pour l'alliance de la France de préférence à toute autre : au dedans les partis contraires aux siens devenaient tous les jours plus redoutables y et si Charles et son frère faisaient une descente en Angleterre y secourus par la France et une armée d'huguenots^ ce qui était très*
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probable du moment où il se joindrait à TEspa^e^ cette tentative pouvait lui être très-funeste avec tant d'ennemis intérieurs sur les bras et si peu d'amis à leur opposer. Cette considération ^ toute fondée sur son intérêt particulier ^ agit d'autant plus sur lui qu'il savait que les Sluart n'avaient rien à attendre de la cour d'Espagne ^ qui n'a^ vait pas de sujets protestans dont elle pût letiif prêter la force. Le roi Jacques me disait à cette occasion qu'une partie de ses préventions contre ia religion réformée provenait de ce que ^ tant son frère que lui y ils avaient trouvé dans tous les protestans qu'ils avaient rencontrés à Paris , dans différeutes compagnies^ des ennemis de leur famille et des admirateurs de Cromrw'ell ; il en conciliait qu'ils étaient tous rebelles dans leur cœur. Je répondis que les étrangers n'entraient d'ordinaire dans les querelles de leurs voisins que pour voir qui d'entre eux avait le pouvoir ou la Volonté de favoriser leurs intérêts; que les protestans de France n'avaient trouvé que froideur dans la cour d'Angleterre ^ jusqu'à Cromwell y qui leur avait témoigné un grand !&èle ^ et qui devait dès lors les avoir attachés à lui et à sa cause. Quand le traité entre la France et l'Angleteirre fut engagé y Cromvrell voulut qu'en en fît sortir le Roi et son frère. Mazarin y codh* sentit y car il jugea plus honorable pour le roi de France de paraître les renvoyer de sa propre
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et libre volonté , que de le faire plus tard en vertu d'une condition expresse exigée par Grom-welL Us furent l'un et l'autre accablés d'excuses^ on leur donna quelque argent , et ils quittèrent • la France avec la promesse d'être pourvus constamment des fonds nécessaires à^leur entretien ^ promesse qu'on ne songea jamais sérieusement à exécuter. Us se retirèrent à Cologne ^ car lés Espagqills n'avaient pas encore perdu toute espérance de gagner Cromwèll; mais lorsqu'elle se fut évanouie^ ils invitèrent Charles et le duc d'York à venir à Bruxelles , et leur assignèrent de gros revenus , il est vrai à leur manière ^ c'està-dire ;sans mesurer leurs engagemens à leurs ressources. Us jQxèrent en outre une sommé pour tout sujet des trois royaumes qui viendrait se mettre au seryice de nos deux princes , mais il ^y ^^^ guères que des Irlandais qui se présen*^ ^rent« On en fit quelques régimens/ Bien que cette circonstance ait dqnné dans la suite un grand crédit à cette nation dans notre cour , surtout pendant le règne du roi Jacques ^ on peut affirmer qu^elle le méritait assez peu.
Avant de quitter Paris , le roi Charles changea de religion^ mais on ignora par les soins de qui; on sait seulement que le cardinal de Retz était du secret y et que lord Aubigny y contribua beaU'^ coup. La chose fut tenue très-secrète. Le chancelier Uyde en eut cependant quelque soupçon^
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inais il ne se permit jamais de le croire entière-ment. Feu après la restauration ^ jie cardinal de Retz vint à Londres sous un habit déguise et eut une audience du Roi ; ce qui s'y passa n'est point connu. Voici le premier motif sérieux que j'ai eu de croire que Charles avait réellement abjuré le protestantisme : le marquis de Roussy ^ dont la famille était la plus considérable de tontes celles qui en France avaient constamment pei^lbréré dans la religion réformée^ était pressé Tivement de se réunir au catholicisme par le cardinal ^ sou parent et ami particulier* Celui-ci ^ entre autres raisons qu'il lui alléguait ^ insistait sur ce que la religion protestante allait être certainement ruinée, et sur ce qu'elle n'avait aucune protection à attendre de l'Angleterre 9 puisqu'il savait, à n'en pas douter, que le roi Charles et son frère étaient déjà réunis à l'Église romaine. Roussy dit ceci en grande confidence à son ministre , qui après sa mort m'en fit avertir. Sir ÂUen Broderick me l'a confirmé. Âmi intime du chancelier Hyde, et, de grand athée qu'il avait été, devenu, dans ses dernières années, un illustre pénitent , car ses talens éminens jetaient de l'éclat sur toutes ses opinions, il m'envoya à son lit de mort, comme il m'avait toujours honore de beaucoup de confiance, un écrit circonstancié du fait dont je parle, et qui, suivant ce qu'il en croyait, avait eu lieu à Fontainebleau avant le départ de Charles pour
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Çolog^iÇ. <^uant au roi Jacques ,. il 3€;mli^k q^'il se s'était, pas encore converti à cette époque; car il iqV raconté qu'étant dans un mqnastèr^ d^ Ti^ndre, uue religi^^e tui r^Qmnianda de prier Pieu tou3 les jou^s à^e le mettre da^s la home voie, ^'il n'y étaU pas, et il ajoutait que rîm* prei^aiau qm firent §ur lui ces paroles oe le quitta plil^ jusqu'au jour d« son changement,
j^evenpps à CromwdL Peadaut. qu îl dalihé-* r^t mv U parti ^u*il a^ait à prendre. Gage, qui avait été prêtre, revint dea Indes occidcn.^ taies; H piréseiila sous de si vives couleurs la iÇiit>les$e dq$ Espagnols dans ces contrées et 4é& rieb^ss(S»s imn9ienaes qu'ils* y possédaient, que le Prot^pleur fi^ laissa persuader qu'il y aurait autant de^ facilité que de gloire à s'emparer de leurs vastes po^essions du Nouveau Monde. Il comptait déjà avoir à sa disposition un trésor inépuisable, qui le metti?ait eii état de consolider son gouvernemçuat, m^ avoir iiiesoin de recourir au parleyi^nt pour es tirer des subsides^ li'Espagne n'avilit jamais .voiilu consentir à la paix avec« l'Angleterre entre les tropiques ; ainsi Cpdm;weJi pouvait y porter la guerre, avant qu'elle eut été! déclarée en Europe. Il équipa donc une flptie ei: la fournit de forces suffisantes, à ce qu'il ciroyaii,. po^r s'emparei? d'Hispaniola et de Cuba. Gage l'avaiit assuré que , si cette première expédition réussissait > ta conquête élu reste des. eolouies esr< I . II
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pagnôles n'était pas douteuse. Sfoupe, appelé pour quelque autre affaire dans le cabinet du Protecteur, le trouva un jour profondément occupé à exa*minerune carte et à mesurer des distances. Stou{)e s'aperçut que cette carte était celte de la baie du Mexique 9 et remarqua qui l'avait gravée. Le lendemain il fut chez; le graveur pour acheter la carte. Le graveurnia qu'il l'eut imprimée. Stoupe soutint qu'il l'avait vue. «Âlors^ reprit l'ouvrier, ce 4oit être dans les mains du Protecteur , car lui !^ul en a quelques exemplaires , e\ il m'a bien récommandé de n'en laisser sortir aiicune^e che£ raêi sans son ordre. » Stoupe comprit aussitôt qu'il y avait sur jeu quelque projet pour le Nouveau-' Monde. Lorsque fut venue l'époque du départ de la flotte > tout le monde s'interrogeait avec sig^*" prise &ur sa destination. Les uns s'imaginaient qu'il s'agissait d'enlever Lorefte au Saint-Siège, qui se hâta en conséquence de l'entourer de fortifications ; d'autres pariaient de Rome même , d'optant plus que les prédicateurs de CromweH •répétaient sans cesse que> s'il Vêtait retenu par des divisions domestiques, 41 irait saccager Babylone ; d'autres enfin prétendaient qu'il s'agissait de Cadix, quoiqu'on n'eût pas encore rompu avec Ir'Espagne. Les Français ne pouvaient pas davan^ tage pénétrer ce mystère. Cromwell n'avait pas encore conclu son alliance avec eux , et il ne jugea pas à propos de les tenir au courant du but de
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son expédition. II dit simplement qu'il destinait cette flotte à garder les mers ^ et à rendre à l'Angleterre son ancienne prépondérance maritime. Il échappa à Stoupe de dire devant plusieurs personnes qu'il croyait que cet armement regardait les Indes occidentales. L'ambassadeur d'Espagne^ à qui ce mot fut rapporté ^ se procura un sècriet entretien avec Stoupe, pour lui demander sur quel fondement il avait exprimé cette opinion, et il Iiii promit dix mille livres s'il avait là-dessus quelque lumière* à lui donner. Stoupe m'a avoué qu'il fut fort tenté de prendre Var^nt, car enfin 11 ne commettait aucune ini9 délité, en découvrant sur quoi s'appuyaient ses conjectures, puisque rien ne lui avait été confié; mais il attendait plus encore de Cromwell, et il résolut par cette raison de garder le secret. Il se contenta donc dé répondre que, dans une grande diversité de conjecturés > la sienne lui avait paru plus probable que toute autre. Mais l'ambassadeiïrnfen tint aucun cojnpte,«et. ne jugea pas mênae à propos de la co^mmuniquer a don iJuan Ç qui étidt alors â Bruxelles.* \
Stoupe en écrivit à un homme de la suite du prince de Gondé, qui, au premier mot qu'on lui en dit, fut persuadé que c'était là en éfi^t lé secret de l'expédition , et fut trouver dès le lendemain don Juan pour, lui- en &ire part ; mais celui-ci cormptait tellement sûr» l'ambassadeur,
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^ite cet aVis ne fit aacupe impression sur iui« Et en effet tous les ageos q<u41 employait savaietot qu'il D'aimatt pas À être tpouUé fMur des nonireikis fikcheasè^ cnk embarrassaiites. Le roi Cliarles ra» contait à ce sujet uae plaisante anecdote. Uo kénune tfue don Juan envoijiiait dans une^conr «î 'Allemagne ^ vint demander am Roi ses dernières volontés ; le Roi le pria S6mlemè»t de le tenir an courant des nou^elles^ n Les TonleS'P'Yon» Traies y « eu &asses? » reprit l'Espagnol ; et comme il vit le Roi isurpris de la <faestion > il ajeute que' s'il lui écrivait des nouyetles Traies, le Roi déviait ies |[arder pour Itii ^cardon Juan ne Toulait; que dés nouvelles qui lui fussent agréables > n'importe d'ailleurs qu'elles se trouTàssent vrajes ou fausses. Du moment où les ministres d'Espagne iëoaioi^ gnaieut le désir d'être servis de cette manièi^, on ne doit plus s'étonner du déclin de ses affaiires* Là destination de la flotte était eneore un mjsière lorsquie, quelques mois après son départ , vp^naL-près qui en arrivait p^ri'Irlande reimtft un'eiettre à Cromvirellett présence de iStoufte^ L'exprès stTatt la physionomie d'un 'Jiomm« qui iappontMl de mauraises nouveUes. Aussitôt que Cromvirell eut lu la lettre 9 il renvoya Stoupe, qui fiit trouver immédiatement le cotnte de Leîcester ^ adora lord Lisle ^ et lui raconta' ce qm'il nenak 4e voir* Lord lisle f qui était umdes oèE»eil|eirs du IM>teotear ^ se rendit à Whltehall ', «t>^ èt^otk refonr^ ii
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Stoiip« de la éescwie de le âfoUe & ilf$paf0t#ki>, et dmâëensfre qui f arait àttiviè. Il était tard , et le cerafrier 4e tUmdre panait le soir. Strâpe put donc écrite cette tiottVeile à son co^respondatiC, quelques . jcmvg àTaiit que TambasBadeur d'Ës*pagflè eu eût contiaissanoe^ Dod Juan tomba des mite eiïapprëtiaoi la tentative sur Hispanîôla, et perdit dès ce moment la boiàne opinion qu'il avait de don Cardenas^ tandis qu'au contraire Stoupe monta bien hant dans sonesprit; et rambassacleur reçM mdre de le mettre dans leurs intérêts > à quelque prix que ce fût. L'ambassadeut* envoya chercher Stoupe^ et le pria , prësentement qu'on Toyait bien quHl avait devint juste i de lui dire q[ueUes étaient ses données; et sitôt qiie eetui*-ci les eut exposées , l'ambassadeur avoua qu'il avait eu raison d'interpréter ce qu'il avait vu comme 11 l'avait interprété. Dans la suite il se servit beàtico«ip de Stoupe , mais lui-^méme il n^ répara jamais le tort qu'il s'était fait. Ces détails mé->rifent d'être' minutieusement rapportés, puis«^ qu'ilâ^ font voir qu'il ne £siut souvent qu^une lé^ gène négligence pour éventer ies plus grands dessei nSé La cour de .France fut Idrt étonnée de sotifcôté de la hardiesse de l'entreprise, et charmée de son ittàuvais succès. Le cardinal Mâs^in disait qne> ^'ii l'avait soupçonnée 5 il aurait fait la paix avec rïîspagne, n'importe à quelles cbndfitîortS'^-^ ]^utôt que de se prêter h un projet qui^ s'il etU^
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réussi^ aurait apporté à l'Angleterre, avec de. si vastes domaines , tous les trésors de l'Amérique. La flotte cependant s'empara de la Jamaïque; mais c'était là une conquête d'un médiocre intérêt f pour faire oublier les malheur» de l'expédition principale. La guerre éclata ensuite; elle fut signalée, il est vrai, par la prise et l'occupation dé Dunkerque; mais le commerce ^i soufirit pluis qu'il n'avait souffert dans aucune des guerres précédentes, et il n'en fallait pas davantage pour indisposer contre le Protecteur les habitans de la cité de Londres.
Cromwell put , dans deux occasions signalées, montrer à quel point il était jaloux de protéger les protestans étrangers. Le duc de Savoie alluma une nouvelle persécution contre les Vaudois. Cromwell s'adressa au cardinal Mazaria pour l'engagera y mettre un terme, car il, savait bien, lui mandait -il, que la France avait la baute^main làur le duc de Savoie, et pouvait, nielle voulait, réprimer ses enlportemens. Mar zi^rin objecta que la demande n'était pas raisonnable; il promettait, bien d'interposer ses bons efficés , mais il ne pouvait ptre tenu de répondre du succès. Cromwell ne se paya point de cette défaite , et le cardinal força le duc de Savoie.de inettré un frein à son injuste fureur. Le PrpT lecteur ne s'en tint pas encore là ; il leva une grosse SQ m me d'argent pour les Vaudois,et.leur
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envoya Morland , charge de prendre en main leurs intérêts et de les dédommager de leurs pertes. A une autre époque > il y eut à Nîmes un tumulte y dans lequel les HugSenots commirent quelque désordre. Craignant d'en être séyèrement punis 9 ils eurent recours eh toute diligence à Cromwell, qui, dans. le délai d'une heure , fit repartir leur envoyé avec une lettre très-nette pour son ambassadeur à Paris , dans laquel^le il lui enjoignait ou d'obtenir leur pardon , ou de quitter la France immédiatement. Mazarin 36 plaignit de la hauteur de cette façon d'agir; mais la nécessité des affaires le contraignit de céder. De tels traits de fermeté relevèrent, dans les pays étrangers , le caractère de Cromwell y et firent respecter son ùom.
Son ambassadeur en France était alors Lockhart y Ecossais y qui avait épousé sa nièce , et étai^t en grande faveur auprès de lui^ mais non pas au-delà de son mérite. C'était à la fois un sage et galant homme, calme et vertueux , et portant fort loin le désintéressement de l'amitié. Il fut gouverneur de Dunkerque , et ambassadeur enméme temps. Il m'a dit que, lorsque dans la s^ite il fut renvoyé en France comme ambassadeur du roi Charles > il s'en fallait de beaucoup qu'il y jouit de la considération qui l'entourait du, temps de Cromwell.
Stoupe m'a quelquefois entretenu d'un grand
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dessin ^ p£ir lequel Cromwell comptait signaler te cdminettceByent de ^a royauté , s^il avait )3ri$ jaVAeis ie titre de rôi. Il miéditail d'établir un côtiseil thatgé de s'occuper des moyens d'^tendW la religfou protestante » en oppôsititHi at^ )a congrégation de Rome de propagànda fide. Il de^ vait étt^ cûmposé cle «ept oonâeilièrà et de quatre secrétaires pour les différentes protinces. lia France y la Suisse et le Valais formaient la pre-^ mièré de ôes provîntes. Le Palatinat et les aïk* très pays tâlvinisie^> la Seconde} l' Allemagne, les Contrées d*i Nord et la Turquie, lit troisième; les Indes orientales et occidentales , la quatrième. Les secrétaires devaient toucher cinq cents livres d'à ppointemeut,entretettîr partout des^ correspondances , être au courant de la situation de la religion dans le monde entier , et se mettre ainsi à même de protéger et de seconder tous les bons desseîàs qui tendraient à sa gloire. La pre* mière province eût été confiée à là vigilance de Stôupe. Le cohseil aurait* eu à sa disposition un fonds de dix mille livres par an pour les bé+ soins ordinaires , et on lui eût fourni dés som* mes plus considérables si des Cas extraordinaires l'avaient exigé. Le collège de Chelsea, tie<ilbfiîl!î«ment presque en ruine, destiné en pTéhrter Kêti à êti« un collège d'écrivaÎQS de côtitro verses, devait être réparé pour l'usage du tonseil. J'iii dTtt ne devoir pas laisser dans l'oubli un tel projet
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Il ^hiit aéi^ureMeût gt*âtid et noble; mais à qti«l poitit il ëlait susceptible d'çxéculioû , c'est ce que je laisse à décider h chdcûUw
J*aî recueilli de la bôucke de Stompe Utt autre trait remarquable de Crtmiwelh Stoiipc avait désire que tous ceux qui ^htéuraie^t le prittce de Condé lui mandassent des nouvelles en échaâge de exiles ^u'il leur ^cirivàît^ Il fut dotitî informé Une fois, par un d'eux, qu'un Irlandais Vêlait embarqué dernièreifient avec dessein d'àssàssinrer le Protéctieur , et qu'il devait loger dans KingStréet à Westminster. Stoupe se rendit à Whîtehall pour y porter cette nouvelle. Comme €romwell était au Conseil , il lui envoya une noie pour ItA faire savoir *qu'il avait à lui communiquer tttfe affaire très-importante. Cromwell , possédé tout entier par Taffaîrequi se traitait alors devant Itii , et s'imaginant d'ailleurs qu'il s'agis^ sait de quelque combinaison de politîqtie chrétienne , se contenta d'envoyer Thurloe , pour savoir ce que c'était. Stbupe fiit ftché de ce Con-tre-temps , mais il ne put se défendre ée montrer la lettre au secrétaire. Celui-ci traita l'avis de bagatelle. Il dit qu'on en recevait tous les jours de pareils, qui ne 'tendraient qu'à faire croire au monde que le Protecteur avait à craindre pour sa vie ; et qu'en y prêtant une attention trop scrupuleuse , il se donnait un air de crainte qui convtfnait mal à un aussi grand homme.
Sloupeluî fit observer que King-Street serait bientôt visitée. « Mais j si nous ne trouvons personne ^ reprit Thurloe y on se rira de nous. » U ordonna néanmoins à Stoupe d'écrire à Bruxelles, et de promettre une récompense à quiconque donnerait des indications plus précises. Stoupe fut fort ajf&igé lorsqu'il vit qu'un avis^ qu'il croyait devoir seul faire sa forttine, étsrtt compté pour si peu de chose. Il écrivit de nouveau à firuxelles ^ mais il n'obtint que la confirmation de ce qu'on lui avait mandé en premier lieu.Thurloe ne jugea pas à propos dé faire aucupe recherche; il ne prit même pas la peine d'informer Cromwell du rapport qui lui avait été fait. Stoupe^ désolé^ s'en ouvrit à 4ord Lisle; et, quelques semaines après , il arriva que le projet de Sjndercomb, qui méditait d'assassiner Cromwell, près de Brentford, sur le chemin de Hamptoncourt , fut découvert. Dans l'interrogatoire , il parut que c'était le même homme qui avait été désigné dans les lettres de Bruxelles. Lord Lisle fit donc remarquer à *Cromwell que ç^était là l'assassin dont Stoupe avait eu connaissance. Cromwell en témoigna beaucoup de surprise j et , sur-le-çhamp , il envoya chercher Stoupe, et, dans^une grande colère, lui reprocha son ingratitude de lui avoir caché que sa vie était en péril. Stoupe lui montra , pour sa justification , les lettres qu'il avait reçues , le
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fit ressouveDir de la note qu'il lui avait fait passer y laquelle avait suivi immédiatement la première lettre y et de Tardre qu'il avait donne à Thtirloe d'examiner l'affaire. Cromwell * encore plus surpris 9 fit appeler Thurloe ^ à qui Stoupe soutint le tout en face/ Le secrétaire ne nia rien y mais 4it seulement qu'il lui venait tousies jours de tous côtés des avis de même nature > et qu'il ne s'en était jamais trouvé aucun qui fût fondé. Cromwell lui répliqua aigrement que son devoir, était de l'avertir , "et de le laisser juge de l'importance de ce dont il s'agissait. Thurloe désira entretenir Cromwell en particulier. Stoupe fut donc congédié 5 et sortit ne doutant pas que le secrétaire allait être disgracié. Mais^ ainsi^ii'il l'apprit plus tard de lord Lisle , Thurloe avait cité à Cromwell tant de preuves de sa fidélité et de sa vigilance pour la conservation de sa personne ^ avait reconnu si humblement sa faute présente 9 qui provenait d'ailleurs du soin qu'il avait tant de son honneur que de son repos j que le Protecteur fut entièrement désarmé. Le fait est que Thurloe possédait un si grand nombre de secrets de son maître, qu'il fallait, ou ne le point disgracier , ou s'en défaire, et c'est à quoi il ne paraît pas que Cromwell voulût se résoudre. Thurloe , non content de s'être tiré de ce mauvais pas, pour mieux effacer encore l'impression que pouvait avoir laissée son défaut d'attention, s'at-
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tacha de si près'à tdutes les démarches de Stoape, qu'il n'eut pas de peine à le rendre suspect ^ et à lui eoleyer toute la con&nce de CromwelK C'est «insi que Stoupe éprouva qu'il y a du daàger à sauver la Vie d'un prince (c'est le titre qu'il donnait au Protecteur ) , lOrsqu'en le faisant on blesse son ministre ; car le ministre saura pres«^ que toujours se rendre indispensable au prince^ même en compromettant sa sûreté.
Voilà tout ce qui m'est parvenu de digne d'être rapporté touchant Cromwell / dont si peu d'écrivains ont parlé avec modération. Soit qu^ils l'aient loué , soit qu'ils l'aient critiqué , ils oot en gé-néral tellement dépassé les bornes de la vérité 9 q^e J'ai cru qu'un résumé impartial de ce tfùt j'ai appris sur son compte par des voies sûres ne saurait être désagréable. Il ne put jamais se diO-' faire de la rudesse de son éducation et de son fau-* meur. Il parla toujours avec diffusionet mauvaise grâce. L'enthousiasme et la dissimulation étaient si mêlés dans la plupart de ses actions, qu'il était difficile de d^ider lequel l'emportait ches lui du fanatique ou de rhypk>crite. C'est qu'il était effectivement l'un et l'autre à un haut degré, comme je l'ai ouï dire à Wilkius et à Tillolson. lie premier avait épousé sa sœur , et le second sa nièce. C'était un véritable enthousiaste 5 mais avec ce principe dont nous avons parlé plus haut> en vertu duquel il a pu uaturellement se per^
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mettre le mensonge et la cruauté, savoir que les lois morales n^étaieiit obligatoires que ^ap$ les occasions ordinaires; mais que>daus les cas extraordinaires y elles cessaient de l'être* Lorsque ses desseins ne le jetaient pas daiys les voies du crime 9 11 se montrait ami de la justice et de la vertu 9 du savoir même y quoique fort décria à cette époque.
Il s'efforçait de découvrir lesgens babilaset honnêtes pour les employer. Il avait , par exemple ^ entendu -dire que mon père était, en Ecosse^ fort renommé poursa piété et sa droiture; et^ quoiqu'il le connût pour royaliste , il ne laissa pas. de l'enr voyer prier d'accepter une place de juge d^ps $011 propre pays^ lui demandant seulement de ne point agir contre son gouvernement^ mats sajins ej:i« ger d'ailleurs ni promesse écrite 9 ni serment. M^fi père s'en défendit d'une manière prisante. Comme le porteur du message s'étendait sur les loii^nges de Cromwell y mon père l'interrompit par l'his* toire d'un pèlerin cathcj.tqike p q^iî entrai dftns UAe église où un certain St. Kilnoiaclot é^ît <n grande vénération; on engagea le pèlerin k 1q fvrier; ce^ lai-ci répcMQdit qu'il ne le comiaissait pas > tcar il a'âàit pas dans son bréviaire : mais quand on lui eut expliqué quel grand saint c'était^ il lui fit cette oraison : O sanate Kilnuicloti ^ tu nabis hactenue es mcognitus^ âoç êoktm à t^ rogo > ,ut ai bona tua ntobis non provint 9 sallajn rriala ne
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noceant. Mon père continua en disant qu'il ne demandait d'autre faveur à Crom^well que de le laisser mener une vie privée 5 sans l'obliger à des sermens ou des engagemen s d'aucun genre. Le Protecteur la ^i accorda^ et mon père vécut tou-> jours dans un grand repos; en yoici un exemple remarquable. Nous demeurions alors à Aberdeen^ où mon père voyait fréquemment le major-général Overton^ grand républicain , qui y fût assez longtemps en garnison. Il arriva même qu'ils avaient passé deux heures ensemble^ la veille du jour où l'ordre vint de retirer à Overton son brevet , et de l'arrêter. Aussi Ho^vard , ensuite comte de Carlisle y envoyé pour faire des perquisitions svur les complots qui avaient amené cet acte de rigueur, entendit-il parler de l'intimité de mon père avec Overton; mais quand il eut appris quel komme c'était y il n'y regarda pas plus avant ; car ^ disait-il y Cromwell était mécontent toutes les fois qu'un homme de bien était inquiété pour quelque raison que ce pût être.
Cette douceur avait beaucoup rapproché de lui les esprits j et la manière dont il soutint l'honr*heur de la nation chez les étrangers flatta la va-f nité naturelle à tous les Anglais. Il apporta tant de soin et de fermeté à bien remplir ce. premier dévoir d'un souverain que^ bien qu'il ne filt pas une tête couronnée , ses ambassadeurs furent traités en tous lieux avec autant d'égards qu'en
Opt jamais obtenu ceux de «nos rois. Il avait coutume de dire que la majesté de la couronne était un reflet de la majesté de la nation , dont le Roi n'était que le représentant suprême , et qu'eu conséquence^ la nation étant toujours la même^ il prétendait que ses agens diplomatiques reçussent les mêmes honneurs et les mêmes déférences. Le trait suivant d'orgueil national lui plaisait beaucoup. Blake se trouvait avec la flotte anglaise à Malaga ^ avant que la guerre avec l'Espagne fût commencée ; quelques uns de ses matelots descendirent à terre , et rencontrèrent le Saint-Sacrement qu'on portait en procession ; non -seulement ils ne lui témoignèrent aucun respect'^ mais ils se moquèrent de ceux qui le faisaient; un des prêtres excita le peuple à venger cette indignité; le peuple alors se jeta sur lèsomatelots ^ et ils furent très-mal menés. Ceuxci f de retour au vaisseau > se plaignirent des mauvais traitemens qu'ils avaient essuyés. Blake envoya un trompette au vice-roi pour demander qu'on lui livrât le prêtre qui avait soulevé le peuple contre les matelots. Le vice-roi répondit qu'il n'avait aucune autorité sur les prêtres; et qu'il ne pouvait livrer le coupable. Blake lui fît dire alors qu'il ne voulait pas s'enquérir qui avait le droit de lui amener le prêtre, hiais qu'il mettrait le feu à la ville , si le prêtre n'était pas à sa di^osition dans trois heures. Les habitans ,
hors ()¥tat de résister ^ lui envoyèrent donc le prêtre > qui s'excqsa sur l'insorente conduite des matelots. Blake }ui répondit que , sHl s'en était plaint i lui , il les aurait punis sevèremept » parce qu'il n% souffrirait jamais que son monde insultât la religion établie dans le;; pays par o3 il passait ; mais il troifvait fort mauvais que d^^ Espagnols se fussent chargés j, h son instigation , de faire eeU^ justice eui^^emes ;. car U voulait que le monde entier sût qu'un Anglais ne pouvait être puni que par un Anglais comme lui. Il ne laissa pas ^ après cette bonne l^çon , de traiter le prêtre avec civilité et de le renvoyer, content de l'avoir eu à. sa discrétiop. •
Cromwell fut charmé d*^ cet acte de fermeté ,, et lut au conseil la lettre oii on lui en rendait q^pte avec une grande satisfaction. Il dit à cette occasion qu'il espérait rendre le nom ang|^b aussi glorieux et aussi formidable quyç l'avait jamais été le nom romain. Les Etat^ de Hollande le craignaieut tellement, qu'ils prireut toutes les précautious possibles pour ne pas lui donner d'ombrage et lorsque le roi Charles, ou son frère, venaient voir leur soeur, la princesse royale/ après un jour ou deux de séjour auprès jd'elle, les Etats leur envoyaient une députation pour les faire ressouvenir que Cromwell avait o^îgé de la république hollandaise de »e poipt leur donner i^etraite. h^ roi Chsarles, lorsqu'^ tQj2
il cherchait des prétextes pour faire la guerre aux Etats^ insista surtout sur ce qu'ils souffraient plu-* sieurs de ses sujets rebelles dans leurs provinces. Bore! 9 alors leur ambassadeur à Londres, répondit que c'était une maxime ancienne et constante par-» mi eux de recevoir indifféremment tous les étranr gers^ sans s'informer des raisons qui les attiraient dans leur pays , à moins qu'ils n'eussent trempé dans des conspirations contre les princes. Le Roi rappela alors la façon dont les États en avaient usé envers son frère et lui. Ha^ Sire^ répliqua Borel 3 avec une grande naïveté, c^ était autre chose ; Cromwell était itn grand homme y il se faisait craindre par terce et par mer. Le compliment était dur. Le Roi dit simplement : Je me ferai craindre aussi à mon tour; mais il ne tint pas parole*
L'alliance favorite de Cromwell était la Suède« Il vivait avec Charles Gustave dans un grand concert de projets et d'entreprises. Algernon Sidney qui était aussi peu disposé à bien parler des rois qu'à en penser avec bienveillance , m'a fait l'éloge de Gustave auquel il reconnaissait de justes notions de liberté publique* Il en disait autant de la reine Christine. iVIais elle était bien changée quaûd je la vis à Rome, car je l'entendis se plain* dre de nous comme d^une nation factieuse, qui ne savait pas se soumettre aux volontés de ses princes légitimes. Toute l'Italie tremblait au nom de Crom'well, et, tant qu'il vécut, elle parut I. la
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tnpfée d'une terreur panique; sa flotte, nettoyait la Méditerranée 9 et les Turcs n'osaient lai déplaire : aussi lui livrèrent^ils Hyde > qui avait conservé à Conslantinople le caractère d'ambassa* deur du Roi ,■ et qui , ramené eu Angl^erre, y fut exécuté pour cette trahison ouyerte* La cx>ndam* nation à mort^ pour cause de meurtre» du frère de l'ambassadeur du roi de Portugal f parut ua acte de justice trop sévère; car ^ quoiqu'à la r^eur le droit des gens ne sousiraye que la personne mênoie dea ambassadeurs à l'autorité des soaTeraius chez lesquels ils résident , la coutume a étendu cette faveur à tous ceux qu'ils reconnaissent pour être de leur suite. Crom^rell ne montra jamais plus de jiUgement ^ et ne se cpncilia jamais dayaatage l'approbation p^blique , qu'en apportant l'attention la plus scrupuleuse à mettre dans tous les emplois , et spécialement dans les cour» de jus-tice n des hommes dignes et capables.
Telle fut la vie de Cromwell qui finit le 3 septembre ^ jour qui avait été heureux pour lui. lia maladie qui l'emporta était si légère que sa mort surprit tout le monde. Il avait deux fils et quatre filles. Ses fils n'a vaie'nt point ta fermeté paternelle, naais ils étaient honnêtes gen&j^ Richard, l'aîné des deux , quoique déclaré Protecteur en conséqueii^çe du choix, de. CromweU lui-même, choix .^^^ réalité du^eLueftiimoins bien des gens doutèrent j n'avait ni l'habitude ni la
capacité des afiaires. Il était innocent de tons les crimes deson^pèi'e; aussi n'y avàit^il aucune prévention contre sa persouoiÇy et tant les royalistes que les presbytériens , tous s'imaginèrent être favorisés par lui^ qu^qu'il se donnât pour îoclépendant. Mais tout le parti républicain se récria contre son élévation au Protectorat, comme une insigne usurpation, attendu que tout ce que sou père avait obtenu du parlement lui était personnel , et s'éteignait avec lui. Cependant la cité de Londres, aussi-bien que la presque totalité des cojQitéset des villes de TAngleterre, lai envoyèrent des adresses à la fois de condoléance et de féli^ citation. Tant il est vrai que ces marques pom^ peuses de respect signifient peu de chose. *
Tiliotsôn m'a dit qu'une semaine après la mort de Cromweil , s'étant trouvé par hasard à Whitehall, eft apprenant que la maison du Pro« tecteur célébrait un jeûne ce jour-là , il voulut y assister par curiosité , et entra dans la chambre pii ii se tenait. D'un coté d'xine table éteient placés Richard et le reste de la famille de Cromweil , et de l'autre étaient rangés isix prédicateurs; Thomas Goodwiu , Oweh, Garyl et Sterry étaient du nombre. Tillolson entendit de leur bouche une série d'impertinenoes bien capables de dégoûter pour toujours nn homme des enthousiastes et de leurs inspirations. Peu s'en £iilait qu'on ne reprochât à Dieu d'avoir si mal
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reconnu les services de Cromwell^ ei qu'on ne lui déclarât la guerre pour Ti^voir enlevé sitôt. Goodwin, qui dans une prière avait assuré , deux ou trois minutes avant que Cromwell n'expirât^ que Cromwell i^ mourrait point, eut l'impudence de dire à Dieu : Tu noua trompes y et nous avons été trompés. Sterry, en priant pour Richard y se servit de ces expressions indécentes, pour ne pas dire blasphématoires : Rends^-le la splendeur de la gloire du j^ère^ et V expresse inu^e de sa personne* Richard , par les conseils de tous ces extravagsins , fit à son père de pompeuses ob« fièques , qui accrurent tellement se$ dettes que personne ne voulut plus lui faire crédit. Lorsque le^arlement s'assembla , son parti s'efFdrça de l'y faire reconnaître Protecteur; mais il parut que cette entreprise était au-dessus de ses forces. Fleetwood ^ qui avait épousé la veuve d'Ireton , forma un conseil d'officiers, où il fut résolu de déposer Richard qui n'avait ni génie , ni amis , ni trésor , ni armée pour se soutenir. Le malheureux Richard demanda seulement qu'on se chargeât de payer les dettes qu'il avait contractées : ce qui fut promis ,'mais non exécuté. Il se démit du suprême pouvoir sans le moindre effort pour le retenir, et il descendit à la condition d'homme privé.. Comme il n^ayait fait de mal à personne,, personne ne chercha à lui en faire. Rare et surprenant exemple de l'instabilité des
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grandeurs humaines, et de la sécurité de l'innocence f Son frère avait été nommé par Cromwell lieutenant dlrlande^ et il était moins médiocre que Richard ; mais y cependant , après que son fr^re eut cédé par sa mort le haut du pavé , il ne sut pas s'en emparer. Une ^s filles de Cromwell fut mariée à Claypole , et mourut peu avant son p^re. Une autre épousa le «omte de Falcombridge , femme sage et distinguée , qui eiU été plus capable qu^ucun de ses frères de disputer leur héritage de gloire. et de pouvoir , suivant un dicton populaire qui courait sur elle et sur eux ^ que y des enfans de Cromwell > ceux qui portaient des culottes méritaient des jupons , Biaisa que ^ si ceux qui avaient des jupons avaient eu des culottes , ils auraient mieux défendu leur parti. La troisième des filles de Cromwell fut mariée , d'abord au comte de Warwick , héritier de sa famille « et ensuite à un certain Russel. J'ai connu lady Falcombridge et sa sœur, et toutes deux pour des personnes pleines de mérite.
Lorsque Richard eut disparu de la scène , lai république fut rétablie; et le grand parlement , que Cromwell avait cassé, se rassembla de nouveau. Mais de nouvelles disputes s'élevèrent entre lui et l'armée, et l'armée, en le dissolvant une seconde fois, faillit jeter le royaume dans des convulsions plus affreuses que jamais. Les enthou-
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siastes re4o«iblèrent de fureur; ils ne parlaient de rieo moins que de détrafre toutes les lois et toitô les registres ^ qui y disaient-ils ^ étaient roa** Trage d'une succession de tyrans et de papistes. Us auraient ensuite tout réduit à leur terriUe niveau y» et établi le gouvernement spirituel des saints. Il y avait tant d'extravagance dans ces idées -que Nevil et Harrington, avec quelques autres y formèrent une réunion à Westminster pour concerter un plan ^^ gouvernement qui, en assurant la liberté , ne bouleversât pas la nation de fond en comble. Voici les principaux points convenus dans cette assemblée : Un parlement élu au scrutin y dans lequel chaque subdivision de la nation serait représentée proportionnellement à la quantité de taxes payées par elle au trésor public; un conseil de vingt-quatre mem« bres choisis par le parlement , également au scru-tin y dont huit devaient être remplacés tous les ans> et ne sejçaient rééligibles qu'après un intervalle de trois ; le gouvernement de la natiop confié au conseil; l'obligation pour le conseil de Bendre tous les ans compte au parlement de son administration. Celte réunion devint un sujet de division et de risée. On se demandait de quel droit une poignée d'individus prenaient sur eux le soin de réformer le gouvernement ; et plusieurs concluaient 5 de ce désordre ^ qti'il fallait rap^ peler le Roi^ si l'on voulait que toutes choses^
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affaires et idées ^ reprissent leur cours naturel. Cependant le général Lambert devint Tidole de rarniée. Lorsqu'il fit Twlence au parlement, Monk fet iriv^ment sollicite tle se déclarer pour le parleaient contre Lambert^ c'est-à-dire pour le Rot aovs ie nom du parlement > ainsi que chacun Ten^ tendait bien. Monk cependant couTrît ses secrètes intenticms d'une telle réserve qu'il ne cessa de se «lëclarer de la manière la plus solennelle pour une république, contre un seul homme pour souverain, et en particulier contre le Roi. Personne ne pouvait donc supposer que c'était pour le Roi qu'il travaillait. Quelques personnes ont cru même que Monk songeait à s'emparer du pouvoir pour lui-même s'il y avait trouvé jour; d'autres ont pensé qu'il n'avait aucun dessein arrêté, et qu'il s'en était remis aux événemens du parti qu'il prendrait, U est certain cependant que la nation écossaise attenda.it de lui le rétablissement du Roi. U fit avancer la plus grande partie de son armée vei^ les frontières, où Lambert vint au devant de lui avec sept mille chevaux. Les troupes de Monk étaient plus con-^ sidérables, mais elles consistaient surtout en infanterie, et 9 craignant par cette raison de (risquer l'action ^ il envoya Clarges au lord fairfax pour lui demander son secours et ses avis. Celuir ci Le fit assurer, par le docteur Faîrfax, qui fut ensuite secrétftire de rarchevêque Je CantorbeVy >
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qu'au preiQJier janvier le comté d'York serait soulevé en leur faveur; il le fit prier en même temps de serrer de près Lambert , pour Fempêcher d'envoyer un détachement dans cette pro-. ^nee. Le i*'. janvier lord Fairfax parut en effet à la tête d'environ cent gentilshommes et de leurs serviteurs. Mais son crédit s'était maintenu si grand dans l'armée que, dès la nuit suivante, la brigade Irlandaise, qui était composée de douze cents chevaux, et formait l'arrière^arde de Lambert, vint le joindre. Cette désertion affaiblit tellement l'armée de Lambert, qu'il fut contraint de battre en retraite et de reprendre le chemin de Londres. 11 fut suivi par M onk , qui , en passant par le comté d'York , y vit Fairfax et lai offrit le commandement en chef. Lord Fairfax le refusa; mais il pressa M onk de se déclarer pour un parlement libre; celui-ci se laissa si peu pénétrer dans cette explication , que Fairfax re sut quel jugement porter sur lui. Cependant la précipitatioa. de la retraite ayant encore contribué à débander l'armée du général Lambert , il fat fait lui-même prisonnier , et envoyé à la Tour.' Il s'en échappa peu de temps après, et^assembla quelques troupes dans le comté de Northampton ; mais elles furent bientôt dispersées , parce qulngoldsby, quoiqu'un des juges du Roi, souleva contre lui le comté de Buckingham. Il l'eut bientôt fait prisonnier une seconde fois^sans trouver
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presque de résistance , tant il restait peu de forces autour de lui , et il le conduisit h Northampton ; c'est là que Lambert égaya son ancien camarade par une réflexion plaisante sur ses infortunes. Le peuple se pressait en foule , et témoignait 9 par ses cris > sa satisfaction du succès d'Ingoldsby. Lambert en prit occasion pour lui rappeler ce que leur avait dit Gromwell à Vuh et à l'autre / assez près de là , en l'année i65o , un jour qu'aved un corps d'officiers ils suivaient l'armée qui mar-^ chaît en Ecosse. Le peuple remplissait l'air éga«« lemeat de ses acclamations et des vœux qu'il fai-^ sai( pour leur succès. Lambert, touché de ce spectacle, dit à Gromwell qu'il était conteiît de voir à quel point la nation était de leur côté, a Ne « vous y fiez pas, répondit CromvireU, car ces i< mftnes gens pousseraient des^eris de joie aussi c< bruyans si on nous menait pendre vous et moi. » Lambert ajouta qu'il se tenait déjà pour pendu , et qu'il cominençait à croire que Gromwell était prophète.
Après la disj^ersion de l'armée de Lambert, Monk, devenu l'espoir de l'Angleterre^ entière , s'avança vers le midi. Gependant tout 1^ monde cabalait à Londres , royalistes , presbytériens et républicains. HoUis m'a dit que les presbytériens avaient engagé le parti royaliste à demeurer tran-* quille, et à les laisser agir; car en se montrant il exciterait des méfiances , et nuirait à ce qu'ils
désiraient ëgalament les uns et les antres* Lui et Ashley Cooper , Grimstone et Annesley y se réanissaient souvent avec Manchester y R'oberts et le reste des chefs du parti presbjrtérien. De leur coté y les ministres de Londres ne perdaient pas leur temps dans la Cité; en sorte que, lorsque Monk arriva y on le sollicita de toutes parts de se déclarer. Il voulut d'abord se contenter de rappeler le parlement que Lambert avait expulsé; mais il en fut empêché par le mécontentement unanime qui se manifesta dans toute la nation. Monk et le parlement entrèrent en méfiance l'un de l'autre, même au milieu des plus belles paroles qu'ils pussent échanger y et des plus grandes démonstrations de confiance réciproque. Je ne pousserai pas plus loin ce^ récit, parce que les faits sont asses connus.'
Le Roi s^était rendu, en automne i650, au congrès des Pyrénées, où le cardinal Mazarin et don Louis de Haro négociaient la paiï. Il s^ap-* pliqua à plaire à l'un et à l'autre , pour voir s'il ne pourrait pas faire tourner la conclusion de la paix au profit de ses intérêts. Ce fut alors une chose connue qu'il allait quelquefois à la messe pour se rendre plus agréable aux deux cours. Il est vrai qu'il y assistait clandestinement , et que depuis il a nié y avoir jamais paru. Cependant Mazarin parlait toujours à Lockhart sur le ton de leur ancienne confiance. Ce dernier avait été
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MToyé pour avoir Toeil au traité, qnoîque fAnglcterrc fùLt alors en* proie- à un dësordi'e tel qu'il n'y avait guèreà^ que le mérite personnel Ae ses agens qui pût leur valoir quelque considération. Mais les affaires s'y précipitaient tellement vers une tévofution , que le Roi repartit pour Irf Flandre en toute hâte , d'où il se rendit à Bréda. Lockhart avait en main l'occasion de faire une grande fortune, s'il avait voulu donner l'exemple, et* ouvrir au Roi les portes de Dunkerque. Incontinent après la paiï de« Pyrénées, il était venu à Londres* pour s'aboucher avec Monk et pénétrer ses desseins. Mais celui-ci , fidèle à la dissimulation dont il s'était enveloppé, a* lui répondit qtte par de nouvelles protestations de fidélité à la république et de haine à la famille royale. Lockhart repartit donc, persuadé que les affaires ne changeraient point de face ;*et lorsque son vieil ami Middleton lui écrjvit pour lai conseiller de faire ses propres conditions , en offrant au Roi les clefs de là ville de Dunkerque , il répondit que la république lui en avait confié le gonverinement, et qu'il ne trahirait pas sa confiance*
La chambre des communes ordonna à Monk de briser les portes de là cité dé Londres , dans l'espoir que cet acte de violence l'y rendrait si odieux qu'il serait forcé dès lors de lier inséparablement ses intérêts à la cause parlementaire.
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Monk obéit; et il «^aperçut bientôt diiinéconteotement qu'il avait soulevé contre lui. Indigné contre ceux qui l'avaient chargé d'une commission aussi fâcheuse 9 il envoya , dès le soir même et durant toute la nuit^ assurer les ministres et les autres citoyens influens qu'il ne serait pas long- temps à réparer sa faute si om voulait la lai pardonner* La métamorphose fut soudaine; car la Cité l'envoya prier le jour suivant à un repas qu'elle donnait ;à GûildhalK Là, il se déclara pour les membres du parlement que l'armée avait expulsés en 1647 ^^ 1648^ et .qui étaient connus sous le nom àe membres exclus. Quelqu'un ayant appelé par hasard les députés qui siégieaient à Westminster un croupion de parlement^ ce fiit, en un instant y la manie de tout;^ la ville de rôtir des croupions de toutes sortes d'animaux; et ainsi se«manifesta l'opinion de la Cité. Cependant la chambre était sans soutien ; l'insulte et le mépris accompagnaient sa chute. Elle fut forcée de rou" vrirsesrangs aux membre exclus* Tout ce qu'elle put faire fut de donner des ordfes pour la convocation d'un nouveau parlement au i*'. mai; et elle prononça elle-même sa dissolution.
Une partie de. l'armée murmurait epcôre. On prit soin de la disperser dans de vastes quartiers.^ et d'empêcher qu'un trop grand nombre de ceux qui tenaient toujours pour la vieille cause fuss^t rapprochés les uns des autres. Il y avait ainsi un
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tel mélange des bien et des malintentionnée ^ que , si les uns tentaient une insurrection ^ les autres étaient à même de l'étouffer sur-le-champ. On changea les officiers mécontens ^ auxquels il n'eût pas été prudent de laisser le commandement de gens imbus des mêmes principes qu'eux. Delà naquit une sorte de méfiance entre les soldats et les officiers. On eut la précaution ^ par- dessus toute chose ^ de ne tenir autour de la Cité que le nombre de troupes indispensables ; et on choisit les mieux affectionnées. Tout cela se fit avec autant de diligence que d'adresse; et c^est grâce à la sagesse d'une telle conduite que la révolution royale fut accomplie ssrns tujnulte ni effusion de sang; bonheur que personne n'aurait osé espérer. Monk eneut la gloire et le prix, quoique j'aie ouï dire que sa part y fut peu considérable. L'amiral Mon-' tague étak aloi^ commandant en chef des forces navales , et nouvellement de retour du Sund y où lui et Ruyter, selon les instructions qu'ils avaient reçues de leurs maîtneâ ^ avaient ménagé^ entre les deux rois du Nord , un traité de paix que la mort empêcha celui de Suède de voir terminé. . Montagne fut bientôt gagné au parti du Roi ; et il se comporta avec une prudence et une habileté telles que la révolution, opérée sp.r la Hotte par degrés et sans bruit, y trouva aussi peu d'opposition que dans l'àrméoLes républicains couraient çà et là comme des fous, pour soulever leurs
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partisans; mais leur temps était passe. Us étaient tous comme gens éperdus ou endormisé Us n'eurent ni l'adresse I ni le courage de faire aucune résistance. Les élections leur furent partout con* . traires* Us virent dès lors que leur cause était entièrement perdue , et une sorte de vertige s'em* para de leurs esprits. Chacun ne pensait plus qu'à se sauver et à se mettre en sûreté, lis pouvaient reconnaître maintenant combien le succès est un argument faux et trompeur, le succès dont ils s'étaient servi si souvent pour prouver la justice de leur cause y et dont ils avaient triomphé avec tant d'orgueil'. Car enfin ce^ succès de champs de bataille , qui faisaient la b^ase de leurs argu- .mens 9 dépendaient beaucoup de la conduite et de la bravoure des armées , auxquelles la volonté de l'homme a une large part ; mais voici un fait bien autrement remarquable, voici une nation qui se montra longtemps la cruelle et irrécou-* ciliable ennemie de la famille royale, et qui maintenant se retourne comme un seul homme et rappelle son roi<.
Durant le cours de la guerre civile , l'Angleterre avait été assez heureuse pour qu'aucun étranger ne inît le pied chez elle* L'Espagne était aux abois; un ministre sans grandeur gouvernait la France , et ces deux nations ne cessaient d'être en guerre. Mais une ppix allait se conclure eatce elles; et il est probable, si l'on en croit du moins
les lettres de Masarin y qu'après la paix elles auraient joint leui^ forces pour rétablir le Roi. L'Angleterre dès lors tombait entièrement en leur pouToir. Revenue d'elle-même à son bon sens y elle reprenait naturellement son ancienne place en Europe ; tandis qu'au contraire, si les étrangers s'étaient empa^rés une fois de quelque place importante , ils auraient beaucoup contribué à la révolution y et n'auraient pas manqué de faire grassement leur part à nos dépens. L'enthousiasme avait perdu son énergie* Comme il devait . surtout sa force k la vivacité naturelle du sang et des esprits> il est naturel qu'il se fût affaibli dans des hommes que le désordre et la coi^sternation empêchaient de se livrer àces emportemetis des sens 9 à l'aide desquels ils avaient coutume de s'exalter eux et les autres. Cependant le chancelier Hyde ne perdait point son temps« U fît passer la mer au docteur M orley , qui entretint beaucoup les presbytériens de modération en général ^ mais ne voulut entrer dans aucun détail ; seulement il prit soin de leur faire connaître qu il était calviniste. U savait bien qu'ils étaient mieux disposés pour ceux des anglicans qui professaient cette doctrine. Hyde écrivit au nom du Roi à tous les personnages influens, et engagea le Roi à adresser lui-même à plusieurs d'entre eux des lettres très-obligeantes. Plusieurs personnes , qui avaient des reproches à se faire ^ envoyèrent des
présens considérables^ avec mille promesses d'ex* piation des fautes passées et dezèle pour PaTenir. Ils furent tous accueillis. Leur argent aussi fut accepté avec joie; car le Roi en ayait grand be* soin ^ dans un moment où ses affaires étaient dans une crise si importante y çt oti il employait tant d'instrumens. Toutes les menées du Roi pour son rétablissement furent conduites par le chancelier; et Ton peut presque dire que lui seul y eut une part considérable. Il tenait un registre de toutes les promesses du Roi y et des siennes propres ; et ce ne fut pas sa faute ^ dans la suite ^ si elles ne furent pas accomplies. Il ne cessa ^ dui^ant toutce temps 9 de donner au Roi de bons et sages avis; mais il prenait trop avec lui l'air ou d'un gouverneur ou d'un légiste.
Il est inutile de reproduire ce qui se passa dans le nouveau parlement^ ou convention ^ comme il fut appelé depuis ^ parce qu il avait été convoqué sans writa du Roi« Il offrait une telle una^ nimité de sentimens et d'avis , qu'il n'y eut de débats que sur un seul points à la vérité fort important. Hale^ le fameux grand juge^ fit la motion de nommer un comité pour examiner les propositions offertes et les concessions faites par le dernier roi durant la guerre^ en. particulier lars du traité de Newport 9 et en extraire ks propositions qu'il conviendrait d'envoyer au Roi* Cet avis fut appuyé ^ mais je ne me rappelle pas
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par qui. Oq avait prévu qu'une telle motion serait mise en ayant; aussi avait-on instruit Monk de la réponse qu'il fallait y faire, de quelque part qu'elle vint. Il dit donc à La chambre qu'un calme aussi parfait qu'inespéré fegnait, il est vrai, sur toute la surface de» l'Angleterre; mais qu'il y avait encore des incendiaires qui épiaient le tnoment de la livrer de nouveau aux flammes ; il recevait , sur eux et leurs projets, des informations eh si grand nombre qu'il' n'était pas à propos qu'elles fussent divulguées ; il ne pouvait répondre de la paix ni dans la nation , ni dans l'armée , si aucun délai retardait le retour du Roi. Qu'était-il besoin de lui envoyer des propositions? Ne serait-on pas à temps de les préparer, et de les lui faire quand il serait une fois en Angleterre? Que pouvait-on craindre? Il venait sans avoir ni trésors pour corrompre , ni armée pour effrayer. En conséquence il fit la motion de faire partir immédiatement des commis* saires pour aller chercher le Roi; et il ajouta qu'il rendait responsable de tout le sang et des maux qui suivraient infailliblement, ceux qui, par leur entêtement et leurs demandes intempes-* tives, tendraient à différer le retour de la nation sous une autorité régulière et stable.
Ce fut là le grand service que Monk fut à portée de rendre au Roi , et par le poste qu'il occupait , et par le crédit qu'il s'était acquis ; car d'ailleurs^^ I. i3
quant à la restauration elle-même, le courant qui Fa menait était si rapide que c^ général n'eut qu'à s'y laisser aller sans «sistance pour gagner la renommée glorieuse et les grandes récompenses dont il fut comblé* S'il était mort bientôt après, il eût pu emporter*une juste admiration , parce, qu'il serait mort moins connu , et n'aurait été vu que sous un jour avantageux ; mais il vécut asses long-temps pour montrer, par le peu de génie, je dirai presque par la bêtise dont il iit preuve pendant toute la dernière partie de sa vie , à quel point les apparences peuvent facilement dicter aux hommes de faux jugemens* On peut imputer à la confiance qui fit recevoir le Roi sans conditions toutes les fautes de son règne. Le comte de Southampton , lorsqu'il eut vu le train que prenaient les affaires sous le nouveau gouvernement , dit un jour, dans un transport de colère, au chancelier Hyde, que c'était à lui que l'Angleterre était redevable des craiùtes et des tristes pressentimens qu^elle éprouvait; car si, dans toutes ses lettres, il ne les avait pas ensorcelés en leur parlant dé la personne du Roi , on aurait eu soin de le mettre hors d'état de nuire à lui-même ou à la nation; mais on s'était fié à lui sans réserve , et dès lors tous les malheurs devenaient probables. Hyde répondit qu'il s¥tait flatté que le Roi avait un jugement si droit et un si bon naturel que , lorsque l'âge des plaisirs serait passé, et que l'oisi'
DE MON TEMPS. igS
tetéde son exil> qui lui faisait chercher partout des distractions à son ennui , aurait été surmontée par la nécessité de s^adonner aux affaires , il ne donnerait plus à ses sujets aucun motif de crainte ou de mécontentement.
Je dois rappeler à mon Jecteur que je laisse tous les faits communs à raconter aux histoires ordinaires. Si quelquefois je me rencontre avec elles, c'est en partie pour ne pas rompre le ûl de la narration , en partie parce que j'ignore qu'on y trouve ce que je raconte y ou du moins parce que je veux insister sur des développemens et de certains détails. Je passe; maintenant^ d^une scène de désordre et de folie y à une scène plus augusle et plus splendide.
riN DU LIVR9 PREMIER