‹ Histoire de mon temps (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Des douze premières années du règne de Char^ les II , depuis Vannée 1660 jusqu^en Vannée

Jb divise le règne de Charles en deux livres; ce n'est pas tant parce qu^ayant duré vingt-quatre ans^ il semble assez naturel^ du moment où on le divise^ de le diviser en deux périodes égalas de douze ans chacune ; j'ai une raison beaucoup meilleure pour en agir ainsi. Durant les douze premières années de ce règne ^ en position de bien voir et d'étudier avec exactitude les affaires d'Ecosse^ je n'ai pu prendre des affaires d'Angleterre qu'une connaissance générale et telle qu'on peut la recueillir^ quand on est éloigné; durant les douze dernières au contraire^ j'ai vécu proche de la scène ^ souvent même j'ai pris une part assez importante à ce qui s^y passait^ de sorte que je puis en parler avec plus de certitude et de détail à la fois. Je m'étendrai donc dans ce livre plus particulièrement sur les affaires d'Ecosse. J^y suis porté d'ailleurs^ et par l'affection naturelle qu^inspire à chacun son pays natal y et par Tespoir de laisser aux hommes de mon caractère et

de ma profession quelques instractk>QS utiles , en leur exposant la conduite des évêques d'Ecosse ; car^ comme j'ai observé avec une attention plus «qu'ordinaire les fautes qui furent commises , tant lors du premier établi^mênt de Tëpiscopat^ que durant tout le cours de son e]|^isteBce jusqu'à sa destruction , je suis en ^tat de rendre compte de tout ce qui y a rapport avec exactitude et étendue.

Aussitôt que la restauration eut été résolue^ quantité d'Anglais passèrent la mer pour aller faire leur cour à leur nouveau maître. Sharp , Fagent des résolutionnaires d'Ecosse ^ était du nombre. Il portait avec lui une lettre du comte, àa Glencairnà Hyde, fait bientôt après comte de Clarendôn^ dans laquelle il était recommandé comme le seul homme capable de faire revivre Tépiscopat en Ecosse. A ce titre il fut incontinent admisà uiie grande conBance. Cependant^ comme il avait observé très-soigneusement le succès des protestations de Monk^ tant contre le Roi qu'en faveur d'une république, il fut si épris du modèle qu'il résolût de se régler d'après lui^ sans se laisser atteindre par de frivoles scrupules de délicatesse ou de conscience. En conséquence il n'épargna ^ soit de vive voix^ soit par lettres ^des^ quelles lettres j^ai pii moi-même vérifier l'authenticité ^ ni protestations solennelles^ niappek à Dieu de la sincérité de son zèle pour le presby-^

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t^ianisme ; et tant en chaire cfue dans d*aatred occasions^ il joignait à ces sennens de terribles imprécations contre lui^-méme , s'il venaità pré- Tariquer . Il parTiût ainsi à demenrer l'agent dès presbytériens^ et il (Égi^ntinaa k les entretenir eitactement des progrès de sa négociation pouf ravancement de leurs intérêts , tandis qu'en réa-* Hté il n'était occupé sous main qu'à les détruire. La fourbe et les artifices de Sharp apparurent d'autant plus clairement que, jusqu'au temps où il jeta le masque , un an plus tard > il répétait sans hésiter ses protestations à toute personne qui Tenait à se méfier de lui; et jamais le public* ne put s'habituer & concevoir une opinion tolérable du caractère d'un homme qui avait à tel point affiché la dissimulation et la perfidie^ que tout le monde en avait sous la main des preuves ir-réfragables.

A la restauration du Roi un esprit ^'extravagance^ une joie immodérée s'emparèrent de la nation ^ et en firent disparaître toute vertu et toute piété. Ce n'était que divertisse mens et ivro- ' gnerie; les trois royaumes en furent inondés ; et partout suivit le naufrage des bonnes mœurs. Sous prétexte de boire à la santé du Roi ^ on se permettait tous les désordres et les derniers excès de la débauche. Les dehors religieux dont s'étaietit parés tant les hypocrities que les enthousiastes^ qui, pour avoir plus de droiture dMntentions, n'en

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sont pas mokis funestes , (Ibanaîei^t beau champ et belle prise aux profanes eocitempteurs de la Traie piété'. Ceux qui avaient été mêlés tiens la première révolution, crpyaieitt ne pouvoir mieux écarter les reprl^ckesetles défidoces qui pesaient sur eux, qu'en se laissant aller au courant, en se moquant comme les autres de tout ce qui s'appelle religion , en racontant ou en composant toutes les anecdotes faites pour convaincre eax«t leur parti d'impiété et de ridicule.

Le Roi avait trente ans > et Ton avait «u droit d'attendre qu'avec les emportemens de la première jeunesse , était passée cKez lui la fureur pour le plaisir* Il avait Un très - bon jugemetrt. U était au courant de la sîtuajtion des affaires tant au dedans qu'au dehors. Il avait une clouceiiir de caractère qui charmait tous cettx qui l'appix)ehaîent, jusqu'à ce qu'ils eusisént éprouvé combien peu il fallait compter sur la prévenance de ses regards , ^sur ses bonnes paroles et ses belles promesses ; toutes chosesdont il était prodigue , mais sans autre intention que de se délivrer des impcMrtuBS et des solliciteurs opiuiâtres. Il n'avait, ce me semble^ aucun sentiment d« religion. Soit qti'il assistât aux prières ou qu'il reçût les sacremens, un^ indifférence affectée prour vait aux assistans que c^était là qpoins une profession de sa foi qu'un acte de condescendance. Aussi n'était- il rien moins qu'un hypocrite^, à

moins que sa présente aux saints exercices ne fù% à elle seule une sorte d'hypocrisie ^ comme c'en était une sans doute. Mais , du moins prenait-il soin de ne pas l'agrayer par le moindre semblant de religion. Il me dit à moi-même un jour qu'il n'était point athée ^ mais qu'il ne pouvait penser que Dieu Youlùt rendre un homme misérable^ seulement pour prendre un léger plaisir hors de la bonne Voie. Il dissimula constamment son papisme. Cependant, lorsqu'il parlait sans contrainte 9 il ne pouvait s'empêcher de se prononcer contre la liberté que s'arrogeait tout •le monde , depuis la réformation , d'examiner les matières de rjeligion ; car, de l'examen des matiè^ res religieuses, on passe 4 celui desr matières politiques. Il disait souvent que, partout où le principe de l'infaillibilité était admis , et où la foi du peuple était implicite, le gouvernement lui semblait une chose moins périlleuse et plus aisée ; ce que je lui contestai beaucoup un jour. Il était d'humeur affable et facile , et il aimait que ceux qui l'entouraient fussent également à leur aise avec lui. Le grand secret pour se maintenir dans ses . bonnes grâces était de n'avoir jamais l'air de la gêne , et de lui en épargner , pour lui-même , jusqu'à l'apparence. Ses observations sur le gauvernement de France l'avaient amené à ce sentiment qu'un roi dont la puissance était limitée, et dont les ministres étaient responsables

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ijevant un parlement, n'était roi que de nom. Tout incapable qu'il avait toujours été d'application et d'études sérieuses y il ayait néanmoins une assez grande étendue de connaissances. Il entendait la mécanique et la physique ; il était bon chimiste^ et s'était occupé avec succès de diverses préparations du mercure y entre autres des moyens de fixer ce métal. La navigation lui était familière^ mais surtout il possédait Tarchitecture navale à un tel degré de perfection , qu'il en savait là-dessus trop pour un roi. Son intel*ligence était vive et sa mémoire bonne. Il pariait éternellement. Il contait avec grâce; mais les mêmes anecdotes revenaient trop souvent. Il avait une très-mauvaise opinion tant des homr mes que des femmes ; il croyait volontiers qu'il n'y avait dans le monde ni sincérité , ni chasteté désintéressée y et que la bizarrerie et la vanité étaient les seuls mobiles de ces vertus chez le petit nombre qui s'en piquait. Il ne se disait jamais que personne put le servir par dévouement pour sa personne , et c'est ainsi que y quitte envers le genre humain , il aimait aussi peu les autres qu'il croyait en être aimé. Son aversion pour les affaires était extrême , et il consentait difficilement à leur prêter quelque attention ; mais y quand la nécessité l'y obligeait et qu'il s'était une fois décidée il demeurait au travail

aussi long-temps que ses ministres pouvaient lui en fournir. Les tristes conséquences de son règne et la ruine de ses intérêts doivent être attribuées à l'emportement avec lequel il se livra j sitôt après son retour , \ la troupe insensée des plaisirs. Une descendante des Villîers, mariée d'abord à un papiste^ nommé Palmer^ qui porta bientôt le titre de comte de Castlemaine , nommée elle-même duchesse de Cléveland , après s'être séparée de son mari, fut sa première maîtresse et celle à laquelle il resta le plus long-temps attaché. Il en eut cinq enfans. C'était une femme éminente par sa beauté > mais d'une avidité insatiable et un monstre de vices, à la fois sotte et im-* périeuse, très-gênante pour le Roi, et toujours occupée d'intrigues avec d'autres hommes , tout en feignant d'être jalouse de lui. La passion qu'il avait pour elle et les caprices qu'elle lui imposait le jetaient dans un tel trouble , que souvent il en était hors de lui-même et incapable d'aucune application aux affaires , au milieu de temps critiques où il en eût fallu beaucoup; et^ comme aloi^ le comte de Clarendon avait toute sa Confiance , il abandonnait à ce ministre tous les soins de son gouvernement, et recevait ses avis comme autant d'oracles.

Le Gonvte de Clarendon avait été destiné au

barreau , et s'aiotioncait pour devoir briller dans

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cette prôfessioû, loi*sqw la guerre civile éclata. It se distingua tellement dans la chambre des communes qu'il devint un des membres les plus considérables , et jouît d'un grand crédit à la cour tout le temps qu'elle fut à Oxford/Il denieura attaché au-delà des mers à la fortune du Roi jusqu'à la restauration , et fut ensuite son principal favori , de plus son premier^ ou plutôt son seul ministre; rang élevé dans lequel il apporta des formes trop magistrales. Il était sans cesse occupé à presser le Roi de s'appliquer à ses affaires , mais c'était en vain. Il fut bon chancelier, seulement trop sévère peutêtre , mais plein d'impartialité dans l'administration de la justice. Il parut toujours assez peu versé dans les affaires étrangères, et cependant il s'en mêla beaucoup. H avait trop de légèreté dans l'esprit, et ne gardait pas toujours sufiisamment lé décorum de son poste. Il était haut , et enclin à repousser avec trop de mépris ceux qui s'adressaient 'à lui. Il avait tant de respect p(mr le Roi que , lorsque des emplois avaient été distribués , même autrement qu'il ne l'avait conseillé y il tenait cependant à justifier le choix du monarque , et il rabaissait les autres prétendanis avec de grandes démonstrations de dédain : ce qui lui attira beaucoup d'ennemis. 11 était infatigable aux affaires , quoicfue la goutte l'empêchât souvent d'aller à la cour. Durant le temps de

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sa faveur y lorsqu'il était ainsi retenu chez lui ; le Roi s'y rendait assidûment.

L'homme qui^ après Clarendon y arait le plus de part aux bonnes grâces du Roi j était le duc d'Ormottd ^ seigneur en tout £Eiit pour vivre à la cour y d'un port noble et gracieux y d'un esprit vif y d'humeur badine y libéral dans ses dépenses y bienséant même dans ses vices y qu'il ne cessa de couvrir de quelques dehors religieux. Il avait mené en Irlande plusieurs grandes affaires avec plus de fidélité que dje succès. Il avait conclu avec les Irlandais un traité qui fut rompu .par le plus grand nombre d'entre eux. Quelques uns seulement lui demeurèrent attachés. Ce qu'il y a de curieux y c'est que la masse de la nation irlandaise ne laissait pas de prétendre que, bien qu'elle eût violé les premières conventions y le duc d'Ormond y ou plutôt le Roi au nom duquel ît avait agi avec eux y était tenu d'exécuter fidèle^ ment les articles du traité. Le peu de succès de ses entreprises y lors du siège de Dublin y fit douter aussi de ses talens militaires. Toutefois l'assiduité de ses hommages y sa complaisance pour son maître y et les grandes souffrances qu'il avait essuyées à son service ^ relevèrent à la dignité de lord grand-maitre de la maison du Roi {Steward ofihe house hold) ,etde lord-lieutenant dlrlande. Use montra fermement attaché à la religioû protestante^ et assez aux lois de son pays pour donner

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toujoursde bons conseils; maisquai^lon ensuivait de mauvais, il savait ne pas se plaindre trop haut. Le comte de Southampton venait en troisième^ 11 était homme d'une grande vertu et de grands talens. Son esprit était aussi pénétrant que judicieux. Il avait constamment bien mérité du Roi, et par un attachement inviolable à«sa cause durant la guerre civile y et par les secours d'argent qu'il lui avait fait passer durant son exil /car il avait une imniense fortune , et seulement trois filles pour la recueillir après lui. Il fut fait lordtrésorier; mais il se fatigua bientôt de cette charge y et parce qu'il était sujet à la pierre, qui le tourmentait presque continuellement , et parce que les principes de liberté, auxquels il était toujours resté fidèle , Tempêchaientde goûter les mesures violentes de la cour. Quand il eut connu le caractère du Roi et sa manière de faire , ou plutôt de gâter les affaires, inquiet de l'avenir, il se tint à l'écart plus que le poste élevé qu'il occupait à la cour ne semblait le. lui permettre. Le Roi le craignait, et voyait bien qu'en l'éloignant il ne ferait qu accroître sa popularité : aussi préféra-t-il se résigner à sa mauvaise humeur et à ses perpétuelles contradictions. U se déchargeait entièrement du soin de Urtrésorerîe sur sir Philippe War- Mrick, honnête, mais pauvre homme, qui ne laissait pas d'avoir des prétentions à l'esprit et à la capacité politique, bien qu'il en n^nquât autant qu'il

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était peu fait pour écrire l'histoire. Sir Philippe était d'ailleurs au couraat des affaires qu'il avait à traiter , et de plus d'une probité à toute épreuve^ témoin la très-médiocre fortune qu'il laissa ^ après ayoir eu sept a'os entiers le maniement de la trésorerie* Âvaot la restauration , le lord-tréso-« rier n'avait q^ue de modiques appointemens et un supplément pour frais de table; mais il distri* buait ou plutôt vendait tous, les emplois subalternes^ et il faisait de grands profits sur les domaines de la couronne. Depuis , le domaine ayant disparu > et le comte de Southampton dédaignant de vendre les emplois , on régla que le Rot les aurait désormais à sa disposition , et que le lordtrésorier aurait huit mille livres par an. Tant que Southampton occupa cette charge, les choses demeurèrent sur ce pied; mais depuis lors le lord-trésorier se trouve avoir non-iseulement les huit mille liv., mais encore la hautcrmain dans la distribution des offices de finances subalternes.

L'homme eu qui le comte de Southampton avait le plus de confiance était sir Antoine Ashley Cooper 5 qui avait épousé sa nièce , et qui devint par la suit0 un personnage assez considérable pour être élevé h la dignité de comte de Shaftsburyi A.cause de cette grande renommée à laquelle il parvint, et aussi parce que je Tai moimême connu très-particulièrem^it durant plusieurs années, je jcn'étendrai un peu sur sou

caractère > qui d'ailleurs était un composé fort extraordioaire. Il commença de bonne heure à jouer un grand rôle dans le monde. Il n'avait pas encore .vingt ans , qu'il était entré dans la chambre des communes , où il était du parti du Roi. Il fit même des efforts pour epgager les comtés de Wilts et deDorset à se déclarer pour lui, mais il n'y put réussir. Le prince Maurice, en violant les artîcl€|3 d'une convention faite avec une ville, qui, à l'instigation d'Ashley Cooper, lui avait ouvert ses portes, fournit à ce dernier un prétexte honorabl^ pour abandonner la cause royale et embrasser le parti du parlement. Doué de l'admirable faculté de s'exprimer, avec éclat dans une assemblée populaire ,. il savait, dsins ses argumentations , mêler très-agréablemwt le plaisant au gravje. Il avait un talent particulier pour inspirer une confiance entière en la supé-^ riorité de son jugement, et il soumettait d'ordinaire tant d'esprits à ses opinions , que je n'ai jamais connu son rival dans l'art de gouverner les partis et de s'établir leur chef. Quant à la religion , c'est tout au pl^s s'il était déiste. Il portait néanmoins à l'excès la faiblesse dci l'astrologie judiciaire; et il m'assura un jourtju'un docteur holiandaislui avait merveilleusement prédit, d'après le cours des étoiles, toutes les diverses pha&çs de sa vie. Mais, s'il me dit vrai, les chances qu'il avait encore à parcourir ne se réalisèi;ent pas^

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car il devait, prétendait-il y parvenir à un degré de grandeur plus haut que celui auquel il était parvenu au moment où il m'entretenait. Il s'imaginait qu'après la mort nos âmes allaient habiter les planètes. Il avait une connaissance générale de toutes les sciences y mais sans en avoir approfondi aucune : aussi triomphait-il dans une conversation légère et décousue , et se montraitil raisonneur pitoyable , quand il était circons-^ crit dans une question. Fécond en objections ^ il s'entendait mieux à détruire qu'^à édifier. Il avait un amour-propre si extrajagant et si expansif qu'il en devenait choquant. A l'en croire , Cromwell lui avait offert de le faire roi. Il l'avait à la vérité beaucoup aidé à tenir en bride les enthousiastes de cette époque. Il fut. un de ceux qui pressèrent le plus le Protecteur d'accepter la royauté y dans la certitude y assurait-il depuis , que la royauté serait sa ruine. La connaissance parfaite de l'Angleterre et de tous les gens importans qu'elle renfiçrmait faisait sa principale force, comme homme d'Etat. Il connaissait et la portée de leurs esprits et le secret de leurs carac^ tères; il savait les prendre et les manier avec tant d'adresse que, bien que l'inconstance avec laquelle il avait si souvent changé de parti an* nonçât assez combien peu il fallait faire de food sur lui, il ne perdit jamais la confiance du parti jniéconteQt. Vérité, justice n'étaient^ pour Ashiey

Cooper , que des mots vides de sens. Il coinptait iui-méine sans honte le noin^bre de fois qu'il avait change de c^use et d'amis, et ne s'esti'^ mait qu'en raison de l'à-propos #t dé la grâce qu'il avait su y mettrez L'aveu de sa versatilité célèbre et de ses perfidies ne. Febibarra^sait nul<^ lement. Tant d'impudence, dpnt il allait j-usqu'à tirer vanité , liii fit souvent beaucoup de tort. I^a réputation était à la fin tombée si bas qu'il n'aurait pu se soutenir plus long-temps , s'il ne fdt mort à propos pour sa famille, ou pour la cause à laquelle il était lié ; car il n'eût pu sauver l'une d'une ruine infaillible qu'en trahis^ sant* Tsiutre.

Annesley .qui , ^près avoir passé par plusieurs grands emplois, fut fait comte d^Ânglesey, était un autre personnage à peti près de la même espèce^ mais seulement d'un savoir plus étendu et plus profond, principalement comme légiste. Il pouvait parler indéfiniment sur toutes sortes de sujets > mais il parlait sans agrément , et il ignorait sùre-^ ment qu'il était très-peu propre à la raillerie , Car il r^ployait sans cesse. Il possédait à fond le mécanisme de notre gouvernement > et a va il bien étudié les origines de notre constitution. Une grande application lui était facile. C'était iin homme d'un maintien austère > mais qu'aucun scrupule n'atteignait, et qui ne rougissait de rieué Personne , ni aucun parti > ne lui portait ni I. <4

afiectioD , ni confiance. Sans s'inquiéter des bien* séances publiques^ il faisait argent de tcmt, et de lui-même si souyent , qu'il tomba au plus bas prix et n'en eut plus pour personne*

Hollis était un homme d^un grand courage et d'un aussi grand orgueil. Fendant plusieurs années ilfut regardé comme le chef du parti presbytérien. D'une fidélité inébranlable à sa cause ^ il n'en changea jamais durant tout le cours de sa yie. Il se trouva , durant la gaerre , en opposition personnelle avec Cromwell. Ils avaient l'un pour l'autre une égale aversion. Celle de Hollis f entraînait trop loin 5 car il ne voulait reconnaître à Cromwell ni prudence ni bravoure , et il lui appliquait souvent cette observation de Sàlomon : Que la victoire n* appartenait pas au fort ^ ni la faveur de la fortune à V homme de jugement, mais que le temps et le hasard appartenaient à tout le monde. Il était versé dans la connaissance des archives et des usages anciens et nouveaux du pstrlement. Il raisonnait avec justesse ^ mais sansêtre maître de lui-mêmie et sans pouvoir supporter la contradiction^ Il portait l'âme opiniâtre d'un an*cieo Romain; Ami fidèle^ mais dur^ ennemi irréconciliable, mais généreux, tel était Hollis. Sa religion était sincère et pro£3nde. Sa vie privée fut pure et salta tache. Sofi jugement pétait droit y quand la -passion ne le fiiussait pas. La part qu'il eut à^la restauration lui valut la pairie.

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Le comte de Manchester fut crée lord' grand-chambellan. Cëtait un homme doux et obligeant par caractère ^ d'un esprit assez étroit^ mais plein de vertu et de générosité y et aimé universelle- |

ment. Lé lord Roberts fut nommé lord du sceau privé 9 puis lord-lieutenant d'Irlande^ et enfin lord président du conseil. Il était d'un caractère morose et cynique; juste dans son administration , mais vicieux sous les dehors de la vertu ; supérieur en savoir à toutes les personnes de son rang, mais intraitable^ dur et obstiné y orgueil* leiix et jaloux.

Des sept personnages dont j'ai tracé le caractère y les cinq derniers avaient plus que tous les autres travaillé à préparer la restauration dans le pays. Ils y jouissaient d'un grand crédit^ principalement dans le parti presbytérien y crédit qu'ils devaient à beaucoup d'adresse. Aussi eurent-ils tout l'honneur de cette grande révolution. Leurs services furent récompensés par des postés brillans, que leur procura le comte de Clarendon. Celui-ci perdit par là le cœur de la plupart des cavaliers, qui ne pouvaient voir sans dépit de telles gens au comble des dignités et du crédit. #

 son arrivée , le Roi donna en outre à M onk et à Montague des marques toutes particulières de sa considération. Us eurent l'un et l'autre la Jarretière. Le premier fut fait due d'Albetnarle^

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et l'autre comte de Sandwich. Tous deux eurent de plus de riches apanages. Monk était d'une grande avidité aussi bien que sa femme , créature basse et méprisable. Us demandaient ^ pour le Tendre ensuite j tout ce qui était à leur portée, exploitant ainsi de concert un tetnps où rien ne leur était refusé ; mais l'importance factice du nouveau duc d'Âlbemarle s'évanouit bientôt y et avec elle disparurent aussi les plus grands profits. Les droits véritables de son mérite personnel n^eussent pas été fort coûteux. I^ Roi néanmoins, en considération des services éminens qu'il lui avait rendus en apparence, jugea convenable de le traiter toujours avec une distinction particulière, même après qu'il l'eut pénétré et eut conçu pour lui /le mépris dont il était digne. Le .duc d'Albemarle prit soin de faire la fortune de son parent Greenville, créé comte deBath et maître de la garde-robe, petit génie d'ailleurs, dont l'unique préoccupation était d'amasser et de dépenser^ Ce Greenville avait trouvé le secret de dévorer les produits de son avidité, de si inauvaise grâce et avec si peu d'intelligence qu'il se passa du temps avant que ceux qui l'avaient vu attirer à lui tant d'argent et en consommer si peu visiblement j voulussent se persuader qu'il n'avait rien laissé à son fils , bien que ce fût là , à ce qu'il parait ^ le motif qui porta celui-ci à se brûler la cervelle assez peu de jours après la mort de sou père

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pour qu'ils pusâent être enterres ensemble. Monk poussa encore deux autres personnes. L'une ëtait Clarges, son beau-frère, honnête homme ^ mais hautain , qui joua dans la suite un rôle considérable dans le parlement , où il figm^a honorableipent paripi les membres de l'opposition , se faisant remarquer par ses réclamations contre la dilâfpidatioQ des deniers publics. L'économie de Cromwell lui revenait sans cesse à la bouche; et il insistapit toujours pour qu'on en revînt dans les dé|)çnses militaires , à la modestie ^ à la parcimonie de son gouvernement. Bien des gens ont pensé qu'il allait trop loip; mais cette exagération même ne le, rendait que plus populaire. L'autre créature du%)^néralétaft Morrice, qui avait cour tribué plus que personne à le faire déclarer pour le Roi Y Cette circonstance le fit nommer sécré-r taire d'Etat. Il avait du savoir , mais encore plus de pédanterie et d'affectation. Toutes ses idées sur les affaires étrangères étaient fausses : et quant à la manière dont le duc d'Albemarle les entendait lui-même, on peut en juger par l'anecdote suivante. Un jour que le ^oi lui témoignait du mécoutentement de Morrice , résolu néanmoins à ne point le renvoyer par considération pour lui , il répondit qu'il ne connaissaijt aucune qualité nécessaire à un secrétaire dTtatqui manquât à. Morrice , car il. parlait le français et excellait dans récriture par abréviations.

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Nicholas était le second secrétaire d'Etat* Il avait été employé. par le roi Charles I"* dui^nt la guerre civile ^ et l'avait servi fidèlement; mais^ non plus que Morrice^ il n'avait aucune connaissance tles affaires étrangères. C'était Oun homme vertueux^ auquel il fut impossible d^se plier au caractère du Roi, ni de s'en faire goûter. Aussi, peu après la restauration, Bennet, ensuite comte d'Arlington , fut porté à la placé de second secrétaire d'Etat par le crédit du parti' papiste. Pour celui-ci , il sut si bien se concilier les bonnes grâces du monarque, qu'il fut bientôt en état de se mettre à la tête d'une intrigue de cour contre le comte de Clarendon. Assez habile ou assez heureux pour avoir saisi l'iiumeur de *son maître , il était l'homme de spn temps qui' s'entendait le mieux à le manier. L'orgueil était son défaut. Son esprit avait de la solidité j. mais manquait de promptitude et d'éclat. Il passait pour papiste. Il avait commencé par l'êy'e'en effet, et, quand il mourut , il était de nouveau rentré dans le sein du catholicisme. Cependant durant tout le cours de son ministère , il sembla avoir pour maxime que le Roi ne devait montrer aucune faveur au papisme, sous peine de ruiner ses affaires, s'il tenait jamais une conduite contraire. Aussi les papistes devinrent-ils ses ennemis mortels, et lui prodiguèrent^ils les noms d'apostat et de traître à la cause. Sa vanité était sans bornes, et, pourla

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satisfaire , il Tivait à très-grands frais y sans s'in* quiéter du paiement des dettes qu'il contractait. BeoDet avait pour ami en première ligne Charles Berkley^ nommé comte de Falmouth, qui ^ sans aucun mérite apparent, si ce n'est la complai-* sance de servir les amours du Roi^ devint \e plus absolu des favoris de Charles ; et , chose particulière à lui seul , le fut aussi du duc d'York. Berkley. brillait dans ses dépenses. Quelques personnes ont pensé que , s'il avait pu échapper à la licence effrénée du temps ou il vivait , et mener une vie plus réglée 9 il aurait inspiré au Roi de grands et nobles desseins. Je me serais rangé plus volontiers de ce sentiment^ si je ne l'avais tenu du duc d'York , qui avait un esprit si faux qu'on était toujours en droit de se méfier de son juge-^ ment tant sur les hommes que sur les choses. Le gouvernement des maîtresses était confié à Bennet et à Berkley. Autour d'eux venaient se rallier tous les ennemis du comte de Ciarendon , dont les principaux étaient le duc de Buckingham et le comte de Bristol.

Le premier se faisait remarquer par la noble élégance denses manières. Il était doué d'une grande vivacité d'esprit et d'un talent particulier pour la raillerie^ talent qu'il étendait à tout ^ et qu'il l'elevait par des figures hardies et des descriptions naturelles. Il n'avait point d'instruction. La chimie seulement eut de l'attrait pour lui; et

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durant plusieurs années il se crut au moment ée trouver la pierre philosophale , sans autre ré* sultat^ il est vrai, que celui qui attend tous ceux qui y comme lui^ ont été amenés à consacrer de fortes sommes à cette recherche chimérique. Il n'avait aucuns principes^ ni de religion^ ni de vertu > ni d'amitié. Le plaisir ^ des folies , des di* vertissemens pleins d'extravagance ^ voilà ce qui lui tenait seul au cœur. Il n'y avait aucun fond à Ëiire sur lui , car il ne pouvait en faire sur lui-même. Il n'avait ni fermeté , ni conduite y également incapable et de garder un secret , et de se mêler d'aucune affaire sans la gâter. U ne savait ni fixer ses pensées ^ ni gouverner sa for«tune y la plus considérable qui fût en Angleterre. Il avait été élevé avec le Roi , et conserva pendant plusieurs années un grand ascendant sur lui; mais à force d'en parler à tout le monde avec le dernier mépris, il s'attira à la fin ^ et sans re^ tour^ une complète disgrâce. C'est ainsi qu'il parvint à énerver son corps et son esprit , à ruiner à la fois sa fortune et sa réputation : exemple frappant de la folie du vice , on le vit terminer son existence dans le mépris et la pauvreté > dans les maladies et l'abrutissement , et aussi mécon-^ naissable par la perte de ses facultés que par celle de son rang; on évitait sa rencontre avec> autant d'empressement qu'on en avait mis autrefois s( lui faire s^ cour. Au retour de ses voyages

en 164^9 il trouva le Roi nouYell^ent arrive à Paris f où ce prince avait ëtë envoyé par son père^ au moment où les affaires commençaient à decliner; et<^ le voyant assez disposé h redfevoir de corruptrices impressions 5 il travailla à le pervertir et h lui passer tous les vices et toutes les impiétés du siècle dont il s'était imbu lui-» même : en quoi il ne réussit que trop , secondé comme il l'était dans ce mauvais dessein pal:* le lord Percy, Pour couronner l'oeuvre, Hobbes fat donné à Charles, sous prétexte de lui enseigner les. mathématiques; mais il lui développa en même temps ses doctrines , tant sur la religion que sur là politique. Charles se pénétra si profondément des unes et des autres qu'il ne s'en débarrassa jamais depuis. C'est donc au duc de Buekingham qu'il faut attribuer les mauvais principes et les mœurs dissolues du Roi.

Le comte de Bristol avait du courage et du savoir ^ de l'audac^ dans le caractère, et de la vivacité dans l'esprit , mais point de jugement ni de solidité. Dans les intérêts de la Reine , durant que la cour était à Oxford, il s'y était efforcé de rendre un traité ou tout autre accommodement impossible , dans l'opinion que rien n'attachet*ait au Roi les soldats de son armée, comme la confiance qu'il leur témoignerait, et l'espoir de partager un jour les fortunes confisquées; tandis qu'au contraire rien n'était capable de les refroi**

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dir et de les abattre comme tout ce qui tendrait à une réconciliation queloonque. Il n'eut pas plu«tôt passe la mer , qu'il se fit papiste , mais à sa manière, il est vrai , car il établissait une grande différence entre l'Église et la cour de Rome. Il passait pour un excellent orateur, quoique dans le fait trop verbeux et trop fleuri. Choisi par le parti papiste pour être son chef , il était ennemi yiolent du comte de Clarendon,

J'en ai assez dit y ce semble , pour donner une idée suffisante de la cour et du ministère lors de la restauration; je vais faire connaître actuellement les principaux personnages" de l'Ecosse , et les différens partis qui s'y étaient formés.

Le comte de Lauderdale, ensuite duc de cenom, avait été pendant plusieurs années covenantaire zélé; mais, en 16479 il embrassa les intérêts du Roi « Il fut fait prisonnier à la bataille de Worcester, et détenu en conséquence à la Tour de Londres durant plusieurs années, pu^^ dans le châteati de Portland , puis dans d'autres prisons encore ; enfin , il ne fut remia en liberté que par ceux qui rappelèrent le Roi. Il passa de suite en Hollande. Puisqu'il èst»vrai que le duc de Lauderdale s'est maintenu fort long-temps, et à la grande surprise de tout le monde , à un degré éminent de faveur et de crédit, on a droit d'attendre que je re^ trace son earactère avec quelque étendue, moi surtout qui l'ai connu très*particulièrement» Son

extërieur ëtait des moins avantageux; il était fort gros, et avait dès cheveux rouges, qui tombaient en desordre sur ses épaules; sa langue était trop épaisse pour sa bouche , ce qui était cause qu'il crachait sur tous ceux à qui il parlait; tontes ses nianières étaient grossières et bruyantes , et on ne saurait moins susceptibles , en un mot, de réussir à la cour. Il était d'ailleurs fort instruit , non-seulement dans le latin , qu'il savait à fond , mais aussi en grec et en hébreu. Il avait lu beaucoup de* livres de théologie , et presque tous les historiens anciens et modernes ; ce qui lui fournissait de vastes matériaux. Il avait en outre une mémoire extraordinaire , et an langage abondant , quoique dénué de grâce. Voici comment me le désignait un jour lé duc de Buckingham : un homme d'un génie essentiellement gauche. Il était hautain au-delà de toute expression ; ce qui ne l'empêchait pas néanmoins d'être aussi rampant avec ceux devant qui il fallait plier, qu'impérieux avec tous les autres. Violent et emporté , ses accès de colère dégénéraient souvent en vrais accès de folie , dnrant lesquels il perdait toute possession de lui» même. Prenait-il une fois ufie chose de travers? vainement on se serait efforcé de là redresser ; plutôt que d'avouer sa méprise y il Sje serait mis à jurer qu'il ne changerait jamais de sentiment ; il fallait alors le laisser seul ; d'ordinaire

aao HISTOIRR

U oubliait ce qu'il avait dit , et revenait a Iq!-» même. C'était Fàmi le plus froid , et rennemi le plus ardent que j'aie jamais connu. Je ne Taique trop éprouTe par moi-même. Il parut d'abord miépriser les richesses ; mais s'ëtant abandonne ensuite au luxe et à la sensualité , il ne mit plus de bornes à sa dépense et rien ne lui coûtait pour la soutenir. Pendant sa prison y lès sentimens religieux avaient fait une assez profonde impression sur son esprit; mais 5 depuis, ils s'étaient si bien effacés qu'à peine en avait-il conservé quelques légers vestiges. Sa grande expérience des affairesssa promptitude à adopter tout ce qu'il croyait devoir plaire au Roi, et la facilité audacieuse avec laquelle il se prétait aux conseils les plus désespérés , lui gagnèrent tellement lecœur de ce prince que ni plaintes, ni intrigues ne purent ébranler son crédit, jusqu'au moment oii le déclin de ses forces et de son intelligence le força à se dessaisir lui-même de sa puissance. Tous ses principes étaient contraires au papisme et au pouvoir arbitpaire; et cependant, entraîné par ses' passions, dominé par son intérêt, il fraya le chemin au premier de 'ces deux fléaux, et il avait presque consolidé le second. Tandis qu'en général la tyrannie ne marche que progressivement , douce et légère d^abord pour ne pas inspirer trop d'effroi en se montrant à découvert , lui, par l'emportement de son humeur

et (a -violence de ses procédés y porta tout d'un coup à son comble la dureté de son ministère , qui ressembla davantage à une inquisition cruelle et oppressive qu'à une administration juste et régulière. Avec tout cela , néanmoins ^ il était foncièrement presbytérien , et conserva jusqu'à la mort sa première aversion pour Charles I^^. et son parti.

Le comte de Crawford avait été pendant dix ans compagnon de prison de lord Lauderdale^ et ce lui fut un titre suffisant pour être maintenu dans son poste de lord-trésorier, qu'il occupait avant la restauration. C'était un homme sincère , mais faible , indiscret , passionné. Il demeura toujours zélé presbytérien. Le comte , eosuite duc de Rothes, avait épousé sa fille, et comme lui se recommandait par une longue détention. Il apportait, dans la conduite des aifaires , une grande facilité , avec une adresse douce et insinuante. Son intelligence était prDmpte et son jugement plein de netteté. Il Bianquait des avantages d'une bonne éducation , de lettres par conséquent , et il n'y avait point suppléé par des voyages à l'étranger. Tout chez lui était la pure nature. Mais c^tte nature était dépravée; car elle semblait inaccessible à tout sentiment de vertu ou de reUgion , -d'honneur ou de générosité. Il s'abandonnait ,^ sans contrainte ni décence,, à tous les plaisirs Eu via

et des femmes. Sa conduite était soumise à une maxime dont il ne se départait jamais j celle de tout faire et de ne rien refuser dans l'intérêt du maintien de sa grandeur ^ ou de là satisfaction de ses passions. Effroyablement constitué pour l'ivrognerie , il pouvait boire encore après avoir vu tomber ses amis dans la mort' de l'ivresse; il pouvait triompher de deux ou trois assauts successifs de buveurs 9 et sa raison n'en était que légèrement altérée. Une heure ou deux de sommeil, lui suffisait pour effacer les traces Aes plus grands excès, et le laisser dans une parfaite possession de lui-même, capable, en un mot, de vaquer sans embarras à ses affaires , et sans qu'une chaleur inaccoutumée de tempérament ou d'esprit décelât de récentes débauches. Ce genre monstrueux de supériorité eut de funestes résultats, comme cela était inévitable,vcar, vers la fin de sa vie, après avoir tué tous ses amis, il contracta une telle faiblesse d'estomac qu'il souffrait des coliques affreuses , à moins d'être plein de vin, et dans la fermentation actuelle de liqueurs fortes; de façon qu'il était continuellement ou malade ou ivre.

Le com^fs de Tweedale était encore un des amis de lord Lauderdale. Il fut de bonne heure engagé dans les affaires , et ne les quitta que fort avancé en âge. Il entendait bien les intérêts de l'Ecosse, et avait un grand fonds de connais-

DE MON TEMPS. m5

sanees^ gue rehaussait encore nn caractère doux et obligeant. Sa Tie était irréprochable *ou plutôt exemplaire sous tous les rapports. Il avait des idées peu arrêtées sur lé gouvernement tant civil qu'ecclésiastique ; car il paraissait être d'avis que y n'importe la forme qui vînt à prédominer, il fallait l'adopter et s'y soumettre. Il avait été membre du parlement*(ïe Cromwell, et atait prêté serment de haine à la famille royale^ serment qui, dans la suite, devait lui être bien à charge. Ce furent les contestations au sujet de la tutelle de la duchesse de Morrmouth , et de sa sœur aînée , à laquelle il prétendai4: par sa femme ^ qui était leur tante du côté paternel, à l'exclusion de la mère de la ducliesse, sœur du comte de Rothes; ce furent elles, dis-je, qui le portèrent à cet acte de condescendance pour le Protecteur , dont sa réputation eut à souffrir. Le comte de Tweedale était d'ailleurs un des grands seigneurs écossais les plus habiles et les plus honorables.. 11 péchait seulement par trop de prudence et de timidité.

Un fils du marquis de Douglas , fait comte de Selkirk, avait éjpousé l'héritière de la fainille deHamilton, laquelle* était elle-même duchesse de Hamilton , en vertu de lettres-patentes accordées à son père ; et, en Ecosse, lorsque l'héritière d'ui) titre «épouse un homme d'un rang inférieur au &ien. , c'est la coutume de permettre au mari ,

si toutefois elle le désire ^ de porter durant sa vie les. titres de sa femme. C'est ainsi que le comte de Selkirk de.vlnt duc de Hamilton. Il passa d'abord pour un hpmme doux et paisible y occupa seulement de libérer sa nouvelle famille des dettes énormes sous le poids desquelles elle était sur le point d'être abimée , et il conserva ce renom jusqu'au moment où il l'eût relevée en effet. Ce premier but une fois atteint ^ il devint un personnage plus considérable. Le duc de Hamilton manquait absolument de politesse. Il éïAt grossier et chagrin 5 mais franc et sincère. D'un caractère turbulent ^ il était également impropre à se soumettre et à gouverner , mutin. hors du pouvoir , et impérieux quand il l'avait. Il écrivait bien , mais parlait mal ; car ^. dans le calme de la réflexion , le jugement l'emportait ehe^lui sur l'imagination. Il s'était r^ndu très -savant dans la connaissance des lois, de l'histoire , et des familles d'Ecosse , et il semblait toujours prendre en considération la justice ^t le bien de son pays. Mais un esprit naturellenient étroit et întéressé> dont «il né 3e défît jamais , l^ retint captif dans une petite sphère, et l'empêcha de concevoir m d'entreprendre de grandes choses'. '

Bruce , ensuite comte de Kincardin ', dont la brillante fortune date de cette époque , doit être rattaché à la même nuancé d'opinion que les précédens* Il avait épousé en Hollande une fille

de M. Somelsdyck, et cette alliance lui fit connaître, au-delà des mers, nos princes exile's , qu'il aida ge'ne'reusement- dans leurs besoins. C'était rhomme le pliîs sage et le plus honnête que posse'dât l'Ecosse, propre en outre à toutes les affaires, excepte' aux siennes propres, qu'il eut le tort de négliger et de ruiner presque entièrement par amour du bien public. Sa fortune , il est Trai, comme elle consistait en salines et en mines de charbon, exigeait des soins particuliers; nrais il aurait pu, ce semble , la mieux gouverner qu'un autre , à cause de l'étude approfondie qu'il avait £iite des mathématiques, et entre autres de la mécanique. Ses pensées venaient lentement, et l'expression lui arrivait plus lentement encore; mais tout ce qu'il disait ou faisait portait l'empreinte d'un jugement profond. Un noble zèle Tanimait pour la justice, et l'amitié même aurait tenté vainement de l'en détourner. Il avait des principes

solides de religion et de probité qui , en toute circonstance , se manifestaient avec éclat. Il était ami fidèle et ennemi sans fiel. Peut-être suisje porté à exagérer la noblesse de son caractère , car c'est le premier homme qui se soit attaché à moi par les liens de l'amitié. Nous avons vécu soixante-dix ans dans une union si parfaite que , durant tout ce temps, c'est-à-dire jusqu'à sa mort , il n'y eut ni réserve ni malentendu entre nous. C'est de lui. que j'ai appris tout le secret I. i5

des affaires, dont rien ne lui fut jamais caché. Il ayait pour le Roi une affection étonnante ; et il refusait toujours de me croire quand je Tayertissais du sort qui l'attendait, s'il ne mettait pas dans tous ses rapports ayec lui une basse complaisance. U finit par reconnaître la justesse de mes ayertissemens ; et l'amour qu'il portait au Roi fut cause que sa disgrâce fit sur lui une impression plus profonde qu'il ne conyenait à un philosophe et à un bon chrétien tel que lui.

Je passe maintenant à une classe d'hommes différens , dont les comtes de Middleton et de Glencairn étaient les chefs. Ceux-ci étaient suiyis par le troupeau du parti des yieux cayaliers qui, le yerre à la main , tranchaient des fiers-à-bras, et ne parlaient que de leur brayoure , quoiqu'ils ne l'eussent que discrètement déployée sur le champ de bataille et aux jours de l'action. Mais maintenant il n'y en ayait pas un qui ne se yantât d'ayoir tué de sa^main des milliers d'hommes, pas un qui nç fût un homme accompli , et qui n'affectât des prétentions auxquelles les richesses et les reyenus de l'Ecosse eussent à peine suffi. De tous les amis de lord Middleton , sir Archibald Primerose était le plus adroit. Personne n'ayait un plus long et plus grand usage des affaires que lui. Lorsqu'il fut dépouillé de ses emplois, ils ayaient, entre lui et son père , successiyement seryi la couronne un siècle entier moins un an.

Son esprit souple et délie n'était jamais à bout d'expédiens , et les palliatifs ne lui manquaient jamais. Il possédait mieux qu'homme du monde Fart de parler à chacun selon ses idées ; et il parvenait ainsi à s'emparer des secrets d'autrui^ sans découvrir les siens 9 car les paroles ne lui coûtaient rien. Il disait à ceux avec qui il parlait ce qu'il fallait précisément leur dire ^ pour leur persuader qu'il était de leur avis ; et il le faisait avec un air si facile et si ouvert ^ qu'il paraissait parler de cœur. Il penchait toujours pour les conseils les plus doux , et il aimait à proce'der par la lenteur. Il avait pour principe qu'un homme en place n'a point de plus importante affaire que de travailler à l'élévation de sa fâ« mille et de ses parens , qui sont ses amis naturels; car il avait trop vu le monde pour compter sur les amis qu'on y trouve ^ et aussi ne s'inquiétait pas de s^ en faire. Il conseilla constamment au comté de Middleton de ne point se presser lorsqu'il ne s'agirait que des affaires du Roi ^ mais de se hâter de faire les siennes propres avant que ce prince se fàt aperçu qu'il n'avait plus besoin de ses services. Le comte de Middleton avait un autre ami qu'il considérait plus que Primerose ^ quoiquMl se servît plus utilement de ce dernier 9 pour diriger un parlement. C'était sir John Fletcher qui, après la mort de Nicbolson, fut fait avocat du Roi , ou attorney-général. Fiet-

cher était généreux par caractère. Il n'estimait les richesses qu'autant qu'elles lui étaient nécessaires pour soutenir une grande dépense. Il était audacieux et brusque , ennemi de toutes les yoies modérées ^ et à peine capable de parler avec retenue et patience à ceux d'un parti contraire. Aussi était-il redouté comme Tinquisiteur-général par tous ceux qui avaient été en faute pendant les derniers troubles, bien différent de Primerose qui recevait débonnairement de l'argent de tous côtés, et se rendait l'intercesseur de quiconque se recommandait à lui d'une façon si pressante.

La première chose à régler relativement aux affaires d'Ecosse , fut le traitement qu'on ferait subira ceux qui avaient marqué dans les derniers troubles; car ils étaient tous à la merci du Roi. Dans la lettre que le Roi écrivit à Bréda au parlement anglais , il avait promis une amnistie générale pour tout le passé , n'en exceptant que les hommes qui avaient trempé dans la mort de son père. Cette promesse, le comte de Clarendon n^oublia rien pour persuader au Roi de la tenir avec la plus religieuse exactitude. Manquer de parole dans un point si important eût été infailliblement la destruction de toute confiance pour Tavenir ; d'ailleurs une excessive fidélité à de tels engagemens était une maxime fondamentale de gouvernement ^ et il fallait s'y soumettre sans les

éluder, ni les exagérer. Mais il n'y avait point de promesse faite pour PÉcosse, En conséquence tous les cavaliers , qui ne respiraient que vengeance, espéraient partager enU'e eux les biens de leurs antagonistes. Cependant, d^m autre côté , le comte de Lauderdale représentait au Roi que la nation écossaise s'était déclarée pour son père en 1648, avec plus d'éclat que de bonheur, il est vrai; qu'elle Favaît reçu lui-même au milieu d'elle ; qu'elle avait perdu deux armées à son service; que cette conduite lui avait valu neuf années d'oppression; qu'enfin elle avait excité et secouru Monk dans tout ce qu'il avait si heureusement entrepris; et qu'elle se croirait par conséquent en droit de se plaindre^ si elle avait moins de part à sa clémence que l'Angleterre. D'ailleurs le Roi, pendant qu'il était en Ecosse , avait passé daÉif^ le parlement de Stirling un véritable acte d'amnistie très-étendu, quoique dans les termes et sous le titre d'acte d'approbation. Les registres de ce parlement, il est vrai, s'étaient perdus dans le désordre qui suivit la réduction du royaume; mais la mémoire de cet acte était si fraîche que , si le monarque n'y avait pas égard ^ il ne manquerait pas d'en résulter une très-mauvaise impression contre son gouvernement. Il était bien vrai aussi qu'on avait passé dans ce même parlement de Stirling un autre acte très-sévère contre tous ceux qui traiteraient

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ayec Cromwell^ ou se soumettraient à lui , oa reconnaîtraient enfin son gouvernement d'une manière quelconque; mais^ disait Lauderdale , il y a une grande différence à faire entre ceux qui j durant la guerre même , ont déserte le service et passé à l'ennemi , sur lesquels il sera à propos de faire quelques exemples , et le reste du royaume , qui s'est vu réduit par le sort des armes à accepter une capitulation. Né serait-il pas bien sévère d'infliger des punitions rigoureuses, pour avoir plié devant des forces supérieures 9 lorsque toute résistance était impossible? Ces remontrances paraissaient raisonnables , et le comte de Clarendon s'y rendit. Mais une telle conduite excita les plaintes du comte de Middleton et de ses amis ; ils demandaient au moins que le marquis d^Argyle, qu'ils accusaient d'avoir accédé à la mort de Charles P'. i^insi que quelques autres de ceux qui avaient signé la remontrance faite au Roi durant son séjour en Ecosse 9 fussent mis en jugement. L'habileté du marquis d'Argyle les effrayait y et ses grands biens éveillaient leur cupidité. Son fils, le lord Lorn , avait paru à la cour et y avait été bien reçu; car il était demeuré si fermement attaché aux intérêts du Roi 9 qu'il s'était toujours conservé pur de toute intelligence avec les usurpateurs ; aussi à chaque nouvelle alarme s'assurait- on de lui. Pendant une de ses prisons il éprouva un terrible

DE MOIf TEMPS. 2S1

accident : un boulet de canon ^ que lançaient des soldats pour exercer leur force, d'un bond le frappant à la tête , lui fit au crâne une telle fracture , quMl fallut le tre'paner, et que l'opération et la cure furent regardées comme des plus brillantes de la chirurgie du temps. Tant de diversité dans les sentimens amena une rupture ouverte entre lui et son père , qui le déshérita de toute la portion disponible de sa fortune. A la restauration , le marquis d'Argyle se retira dans ses montagnes pour avoir le temps de délibérer avec ses amis. Ceux-ci furent partagés d'opinion sur ce qu'il avait à faire. Il écrivit au Roi par son fils, demandant la pernfission dû venir lui rendre son hommage. Le Roi fît une réponse favorable en apparence, mais qui ne l'engageait à rien. J'ai oublié les termes propres; je sais seulement qu'ils renfermaient une équivoque , subterfuge bien indigne d'un monarque. Le lord Lorn m'a dit qu'il les écrivit textuellement à son père, sans lui donner de conseils. Le marquis d'Ârgyle se mit donc en marche sans plus d'information et avec tant de secret qu'il était dans Whitehall avant que ses ennemis eussent rien su de son voyage. Il envoya son fils au Roi pour demander upe audience ; mais, au lieu d'être admis , il fut mis à la Tour. Des ordres partirent en même temps pour enfernier trois des auteurs principaux de la remontrance. Waristoun était

:î52 histoire

du nombre ; mais 9 averti de ce qui le menaçait avant Tarrivée du courrier porteur des ordres, il s'échappa ^ et, passant la mer, il se retira à Hambourg. Maigre' les avances réitérées du Protecteur , Waristoun s'était tenu à l'écart durant sept ans entiers , et ce ne fut que la dernière année du règne de Cromwell qu'il consentit à entrer dans ses conseils^ et à prendre place en qualité de pair dans Vautre chambré , comme on l'appelait. Il fit partie ensuite du conseil d'État , après que Richard eut été déposé; et plus tard il siégea dans une autre cour établie par Lambert et l'armée , et appelée le Comité de sûreté. De cette sorte on ne manquait pas de charges à lui opposer. S^vinton, un des lords de Cromwell , fut aussi envoyé prisonnier en Ecosse. On avait résolu de faire ce petit nombre d'exemples pour effrayer le parlement qui allait être convoqué > sitôt que les sujets de discussion seraient préparés. On résolut encore de rétablir l'autorité du Roi sur le pied où elle était avant les troubles^ et de lever des forces suffisantes pour assurer à l'avenir la tranquillité du royaume.

11 était plus difficile de résoudre ce qu'on ferait des citadelles que Cromwell avait fait bâtir^ et des garnisons anglaises qui y étaient entretenues. Plusieurs soutenaient qu'il était nécessaire de tenir le royaume d'Ecosse dans cet état de sujétion , jusqu'à l'époque au moins où tout y

serait rentré dans Tordre , et où il ne donnerait plus aucun sujet de crainte. C'était Favis du comte de Clarendon. Mais le comte de Lauderdale» représenta au Roi que Cromwell nWait conquis TEcosse que. parce qu'elle était demeurée fidèle à son prince légitime; il pouvait juger luimême de ce que pourrait penser une nation qui , après avoir tant et si long-temps souffert pour sa cause , serait tenue par lui dans le même esclavage où elle était sous l'usurpateur. Une telle ingratitude n'était-elle pas capable de la détacher de sa personne? Le comte de Lauderdale ajoutait que le temps viendrait peut-être pour Sa Majesté de souhaiter d'avoir des garnisons écossaises en Angleterre; que la nation se tiendrait offensée dans son honneur , si on prenait avec elle des précautions si humiliantes , qu'elle irait peut-être jusqu'à se joindre aux garnisons dans le^^as où il se formerait en Angleterre un parti contre Sa Majesté , et qu'enfin , sans la réduire ainsi à la condition de pays esclave, il y avait moyen d'en agir avec l'Ecosse de manière à s'assurer de ses affections. Le comte de Middleton et son parti n'osèrent pas se prononcer pour les garnisons dans la crainte de se charger de toute leur impopularité. Il fut donc convenu que les citadelles seraient évacuées et démolies aussitôt qu'on se serait procuré en Angleterre l'argent suffisant pour payer et licencier

les troupes. Le comte de Lauderdale eut en Ecosse tout l'honneur de cette naesure , qui Vy rendit très-agrëable au peuple.

L'Eglise et la question de savoir si les evaques seraient rëtabliS ou non^ furent ensuite l'objet des délibérations du cabinet de Londres. Le comte de Lauderdale , dans les premiers entretiens qu'il eut avec le Roi , témoigna un ferme attachement pour le presbytérianisme : il m'a assuré que le Roi lui dit un jour de l'abandonner, attendu que ce n'était pas une religion pour des gens de qualité. Comme il était réellement presbytérien , mais que, en même temps, il était décidé à gagner la confiance du Roi , il s'étudia à trouver un tour adroit pour persuader au Roi de maintenir le presbytérianisme en Ecosse. Il lui dit que Jacques I^^. et Charles son père avaient ruiné leurs affaires en voulant établir l'épiscopat dans ce royaume : qu'ils n'étaient parvenus qu'à \^ mécontenter , et à se priver par là des plus grands secours dans leurs traverses; qu'il ferait bien mieux de les gouverner selon son inclination, et de s^en faire ainsi un soutien à toute épreuve : qu^au lieu de s efforcer d'introduire Tuniformité entre les deux royaumes , il devait conserver entre eux la non-uniformité , et augmenter plutôt que diminuer la haine réciproque qu'ils se portaient ; et que dès lors les Écossais seraient prêts à le servir, et à passer en Angleterre à son appel, s'il venait

par la suite à entrer en démêlé avec son parlement : tout était , il est vrai, tranquille pour le moment ; mais ce n'était là que la lune de miel , et cette tranquillité pouvait être troublée : or rien n'était à même de tenir les mutins de l'Angleterre plus en crainte que de voir l'Ecosse inébranlable dans son devoir et dans son amour pour son Roi ; tandis que rien au contraire n'était propre à leur donner du courage, comme de savoir l'Ecosse chancelante dans sa foi : pour agir en Angleterre , Charles n'avait rien à espérer des Irlandais, peuple méprisable, et qui d'ailleurs avait la mer à passer ; tandis qu'il trouverait en Ecosse des secours à la fois plus efficaces et plus prompts : il devait donc prendre pour maximes inviolables d'une part , de ne jamais donner à l'Ecosse aucun sujet de trouble et de mécontentement ; de l'autre , de maintenir et d'accroître l'antipathie naturelle des deux royaumes : et à ces conditions il n'y aurait pas un seul homme en Ecosse , capable de porter les armes , sur lequel il ne pût compter , comme sur un soldat enrôlé , et qui ne fût charmé en tout temps d'échanger une mauvaise paye contre une meilleure. Tel est le plan que le comte de Lauderdale exposa au Roi. Je ne puis, dire si c'était di&simulation afin de cacher son zèle pour le presbytérianisme, ou dessein d'exciter ce prince à établir en Angleterre un gouvernement arbitraire.

Pour ajouter à Fautorité de son avis ^ il écrivît une longue lettre avec dé Tencre blanche à une des filles du comte de Carliste , lady Margaret Kennedy, en grand cre'dit auprès de tout le parti presbytérien, qui la considérait comme une femme pleine de sagesse et de vertu , et pour lequel elle avait de son côté le zèle le plus illimité.

Je l'épousai dans la suite, et après sa mort je trouvai cette lettre dans ses papiers. Le comte de Lauderdale y exprimait un grand dévouement au presbytérianisme : il disait que le Roi , indifférent par lui-même à la question, prêtait Toreille cependant avec complaisance à ceux qui le sollicitaient de rétablir Tépiscopat. Rien, ajoutait-il, ne peut contribuer plus efficacement à prévenir cette calamité , que d'envoyer sans éclat à la cour ' des gens de bon sens , qui feront comprendre au Roi toute Faversion des Écossais pour Tépîscopat , et l'assureront que , s'il consent à ne pas les gêner là-dessus, il peut compter absolument sur eux pour tout le reste , et en particulier pour le cas où il aurait besoin de leurs services dans ses autres possessions. Il finissait en priant lady Kennedy de ne confier le contenu de sa lettre qu'à un très-petit nombre de ministres , et de prendre garde . surtout qu'elle ne vînt à la connaissance de Sharp, qui lui était alors suspect. Ce détour eut tout l'effet que le comte de Lauderdale en attendait. Charles ne se méfia plus de son

zèle pour le presbytérianisme ; et il commença de voir en lui l'homme capable de gouverner l'Ecosse , et de le servir dans les entreprises Içs plus hasardeuses. De là tout son cre'dit sur l'esprit du Roi. Sur ces entrefaites Sharp, voyant le refroidissement du monarque pour l'épiscopat, jugea utile d'endormir les presbytériens , de leur ôter toute idée de danger paur leur gouvernement ecclésiastique , et d'engager les résolution^ noires à condamner les protestaires leurs antagonistes; de sorte que ceux-ci, qui étaient les ennemis les plus intraitables de l'épiscopat, fussent censurés par leur propre parti , et que les autres , devenus par cette condamnation odieux aux plus ardens zélateurs du presbytérianisme , fussent plus facilement disposés à se soumettreaux innovations projetées , ou moins capables de les traverser. Pressé cependant, par ceux dont il était l'agent, de tirer du Roi, d'une manière ou d'autre, une confirmation de leur gouvernement , pour mettre fin aux l)ruits qui couraient sur le dessein de l'abolir , Sharp obtint, par le moyen du comte de Lauderdale , que le Roi écrirait une lettre au presbytère d'Edimbourg pour être communiquée à tous les autres presbytères de l'Ecosse , dans laquelle lettre il confirmait tout ce qui s'était fait dans les assemblées générales de Saint-André et de Dundee , qui s'étaient tenues pendant son séjour en Ecosse, et qui avaient approuvé les publi-

ques résolutions ', ordonnant en même temps de procéder à la censure de tous ceux qui avaient proteste contre lesdites resolutions , et refusaient de s'y soumettre. Le Roi y confirmait également le système presbytérien tel qu'il était établi par les lois. Cette lettre fut signée et envoyée à Tinsu de M iddleton et de son parti. Il n'en fut pas plutôt informé^ qu'il conclut que Sharp avait trahi leur commun dessein , et il Tenvoya chercher pour le lui reprocher : Sharp répondit , pour se justifier^ qu'il fallait bien faire quelque chose afin de tranquilliser les presbytériens qui commençaient à prendre l'alarme ; que , sans cela peutêtre^ ils trouveraient moyen, par leurs sollicitations réitérées et pressantes, défaire quelque impression sur l'esprit du Roi ; tandis que tout était calme maintenant, sans que le Roi néanmoins eût pris aucun engagement réel ; car en confirmant le système presbytérien, tel qu'il était établi par les lois , le Roi ne s'était engagé que pour aussi long- temps que ces lois qui l'établissaient ne seraient pas annulées : à l'aide de cette réserve il demeurait donc parfaitement libre. Cette explication adoucit un peu le déplaisir du comte de Middleton. Primerose m'a assuré toutefois qu'il avait souvent entendu le comte de Middleton lui-même parler avec le dernier mépris de cette supercherie. Ce lui semblait en effet une conduite bien indigne de la majesté d'un roi,

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que de leurrer ainsi son peuple à l'aide de misérable équivoque. Non content sans doute de tromper ses commettans y Sharp avait voulu rendre le Roi jcomplice de sa fourberie. C'était une démarche^ il est vrai , aussi peu honorable pour le Roi qui s'y prêtait que pour l'ecclésiastique qui l'avait inventée. La lettre du Roi fut reçue avec des transports de joie. Certains d'être désormais en sûreté, les presbytérienscommencèrent à procéder rigoureusementcontrelesj9ro^^5/a/r^«. Ilsy étaient poussés par quelques ambitieux qui espéraient se faire un mérite de la chaleur qu'ils montreraient dans cette circonstance. Sans l'impatience trop impétueuse de Sharp, qui ne désirait rien tant que de se voir archevêque de Saint -André, ou avait un moyen sur et facile de préparer le rétablissement de répiscopat. Il suffisait en effet de convoquer une assemblée générale, et d*y lâcher ]k bride aux animosités des deux partis qui divisaient les presbytériens; leur lutte aurait prouvé l'impossibilité d'un gouvernement de l'Église régulier et paisible, avec l'égalité complète des ministres, et partant la nécessité d'un ordre supérieur pour conserver entre eux la paix et l'unité.

Le Roi forma le ministère d'Ecosse de la manière qui suit. Le comte de M iddleton fut désigné comme commissaire du Roi pour la tenue du parlement, et comme général des troupes qu'on de-

Mo ' HISTOIRE

vaît laver. Le comte de Gleacairn fut nommé

chancelier j le comte de Lauderdale^ secrétaire d'Etî^t ; le. comte de Rothes, président du conseil. Le comte de Crawford fut continué dans sa charge de lord trésorier. Primerose fut clerc du registre y ce qui équivaut à la place de maître des rôles en Angleterre. Tous les autres eniplois ressortaient de ceux-ci. Les comtes de Middleton et de Lauderdale étaient les deux chefs des factions opposées, la faction royaliste et la faction presbytérienne. Le premier avait Tijistfuction secrète de sonder les dispositions de la nation sur l'article de Pépiscopat , et d'aviser aux moyens de l'établir. Cette instruction ne fut point communiquée au comte de Lauderdale y comme il me l'a assuré lui-même; c'est surtout au comte de Clarendon qu'il faut l'attribuer, car le Roi ne parut pas y attacher un grand intérêt. Sur ces entrefaites , Charles donna ordre à Primerose de faire transporter en Ecosse tous les registres publics de ce royaume , dontCromwell s'était emparé , pour les mettre en dépôt dans la Tour de Londres, comme un gage de soumission, à l'instar de ce qu'avait fait, dit-on, Edouard P^., lorsque, pour la première fois, il subjugua la nation écossaise. Primerose les avait fait mettre déjà dans cinquante tonneaux, et le vaisseau qui en devait être chargé était prêt, lorsqu'on fit entendre au comte de Clarendon que l'original du covenant signé de la

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main du Roi > et quelques autres déclarations qui portaient également son seing , étaient parifti ces papiers. Craignant donc qu'on né fît ^ dans un temps ou dans un autre ^ mauvais usage de ces pièces , il ne voulut consentir qu'on embarquât le tout, qu'après qu'on Teût soigneusement visité, et il refusa même de se contenter de la promesse que lui donna Primerose de faire procéder à la visite, et de lui renvoyer ce qui l'inquiétait. Il ordonna dohqqu'on fouillât dans cet amas de papiers avec un grand soin , mais on n'y trouva aucun de ceux qui étaient l'objet de la recherche. Cependant tant de temps fut perdu que l'été se passa ; et quand le vaisseau partit , la mauvaise saison était suryenue. Il en résulta que , surpris par un violent vent d'est, il fut submergé près de Berwick» Ainsi furent perdus tous nos papiers publics, vrais fondemens de l'histoire. Nous n'en avons plus qu'un petit nombre de fragmens épars dans les mains de quelques particuliers, seul «liment laissé à de savantes recherches, tant a été compléta cette époque.le naufrage de nos monumens authentiques. Cette circonstance accrut encore le mécontentement que la nation avait déjà gonçu des projets de la cour.

Le point principal d'oii tout le reste dépendait étaitla manière dont seraient conduites les affaires d'Ecosse. Le comte de Clarendon fut d'avis d'établir, pour les traiter, un conseil qui s'assemble- I. i6

rait régulièrement à Wbiiehall y et où seraient adn^B tous les membi^s du conseil privé d'Ecosse, qui se trouveraient sur les lieux; mais en outré , de même que deux lords éco^aais étaient appelés à faire parties du conseil anglais, de même sii. Anglais devaient entrer dans le conseil d'Ecosse. Le résultat d'une pareille institution eût été de mettre le gouvernement des affaires d'Ecosse à là disposition des six Anglais , toujours présents , et plus à portée d'ailleurs d'avoir un grand crédit sur le ftoi , pendant que les deux conseillers écossais demeuraient privés de toute influence réelle $ur les affaires d'Angleterre. Ce projet, s'il avait réussi, aurait probablement épargné à l'Ecosse bien des injustices et biei^ des violences, par la facilité qu'il lui aurait donné de porter ses griefs aux pieds du trône. Les réclamations eussent été écoutées , et on n'aurait point résolu les questions sans' les avoir mûrement examinées. Des Anglais n'auraient jamais voulu ni osé ouvrir la porte à des oppressions criantes, ou à des procédures illégales; car, bien qu'un parlement anglais n'eût jamais étendu son inspection çur les décisions sorties du conseil d'Ecosse 9 ses membres cependant auraient eu trop de soin de leur réputation et de leur crédit national, pour prêter la main à toutes les entreprises tyrannîques qui désolèrent ce royaume dans la suite. Aussi tout le monde applaudissait à ce projet , et en regardait l'exécution

comme ce <{ui p<)uvait arri-ver de plus heureux à TÉcosse; mais le comte de Lauderdale s'y opposa de toutes ses j6)rces- Il dit au Roi que ce'k détruirait d'avance le plan qu'il lui avait exposé, et qui demandail à être conduit, non-seulement avec le plus grand secret, mais à être confié encore à des gens qui ne fussent pas dans des frayeurs perpétuelles du parlement d'Angleterre , et pussent être à l'abri de ses poursuites. Il dit aux Ecossais que leur pays ne serait plus qu'une province de rAjïgleterre , à la merci de conseillers anglais, qui ne connaîtraient ni les lois ni les intérêts de l'Ecosse , et qui ^.cependant vaudraient décider en arbitres souverains de tout ce qui la concernerait. Toutes ses richesses seratenf de plus employées à les enrichir et à les corrompre, eux qui, sans intérêt propre dans lès affaires du* royaume, seraient plus portés que d'autres à n'obéir dans ^\xv politique qu'à des considérations privées. Il dit aux presbytériens que le nouveau projet, s!il était mis à exécution, de pouvait manquer d'amener non-seulement l'épiscopat, mais encore toutes les autres parties du système anglais; car des gens saaas p^ens ni patri«moine en Ecosse n'auraient infailliblement, pour ligne de .conduite , que ce qui serait en vogue en Angleterre , et ne s'inquiéteraient nullement du gpût particulier des Ecossais. Ces considérations fijieiît en général une grande impression sur ces

derniers. Le Roi lui-même montrait peu. de goût pour le nouveau plan. Maïs le comte* de Clarendon lui représenta que les abusjsecrets et les malversations publiques qui s'étaient introduits dans le gouvernement de l'Ecosse , avaient été la première cause du désordre des affaires de son père5 désordre qui ne serait jamais arrivé si les affaires de ce royaume avaient été administrées avec plus de prudence et d'équité ; que si l'Ecosse venait à retomber dans de nouveaux troubles , il fallait pouvoir compter 5ur Pappui de l'Angleterre pour les terminer ^ ce qu'il était impossible d'attendre 5 à moins que les Anglais n'eussent une grande part dans la conduite de ses affaires. Le Roi se rendit à ses motifs , et le conseil subsista pendant deux ou trois ans ^ après quoi il fut dissous par le cocnte de Lauderdale , lorsque plus tard rien ne mit plus de bornes à son pouvoir. Le comte de Lauderds^ ne fut pas long-temps à s'apercevoir que les manières sèches du comte de Clarendpn déplaisaient au Roi. Il le vit^d'un autre côté haï de la maîtresse de ce prince^ et il prévit qu'avec le temps celle-ci l'emporterait ^ur le chancelier. La maîtresse fiit l'objet de ses assiduités; mais comme saconverr sation était trop grossière d'une part^ et que de l'autre il n'avait pas assez d^argent pour se faire bien venir par des présens , il ne put parvenir à ,^tre admis dans la cabale qui se tenait chez ,ellei

Il avait senti que dans un conseil où des hommes de poids^ et qui avaient beaucoup à perdre en Angleterre^ jouiraient de la principa]% autorité', il n'oserait mettre en avant les propositions sur lesquelles il comptait pour s'emparer de la confiance du Roi , et gouverner ensuite l'Ecosse au gré de son orgueil et des autres passions dont il était dominé* Il se donna alors beaucoup de peine pour me persuader y comme à bien d^au^ très y du grand service qu'il avait fendu à la patrie , en la délivrant de cette forme de gouvernement. Dans la suite noifê n'avons eu que trop d'occasions de nous convaincre combien la suppression en avait été funeste^ et entrait dans les mauvais desseins de son auteur.

J'ai cru devoir m'étendre ainsi sur les commencemens du règne de Charles II , parce quMIs sont en général peu connus.^ et parce que tout ce que j'en ai raconté , je le tiens des principaux personnages des deux partis. Aidé et guidé par là y le lecteur n'en saisira que mieux le fil des événemens qui vont suivre. Au mois d'août , le comte de Glencairn fut envoyé en Ecosse , avec ordre de convoquer le comité des Elats. C'était un usage dHnstitution assez récente. Le parlement^ en se séparant^ désignait un certain nombre de ses membres , pris dans chaque État y qui devaient siéger et agir en son nom^ comme conseil permanent^ jusqu'à la prochaine

seasîoD , dont ils étaient chargés de préparer les matières 5 et dass laquelle ils rendaient compte de feurs travaux. Lorsque le parlement de Stirling fut ajourné , un cotnité fut nommé en présence du Roi. Tous ceux qui avaient été choisis ^ pour en fiiire partie , et qui se trouvaient encore vi vans , reçurent sommation oe s'assembler et de veiller à la tranquillité de la nation, jusqu'à la réunion du parlement, qui n'eut Heu qu'au mois d'ff'janvier. Le même jotlr où s'ouvrit le comité, dix ou douze ministres protestaires s'assemblèrent également à Edimbourg^ et se mij:eot à examiner uo écrit très-violent préparé par un certain Guthery , un des ministres les plus emportés du parti. Dans cet écrit , après un froid compliment au Roi sur son rétablissement, ils lui rappelaient le covenant qu'il avait juré si solennellement au milieu d'eux. Ils gémissaient de ce qu'au lieu de remplir les saintes obligations qu'il imposait, ainsi qu'il en avait fait le serment , il avait souffert dans sa chapelle la liturgie et l'ordre des évêques. Ils finissaient par le menacer des plus terribles jugemens de Dieu , s'il n'observait religieusement le covenant, qu'ils appelaient le serment du Seigneur. Le comte de Glencairn , ayant connaissance de ce conciliabule , envoya des archers s'emparer et des ministres et de la remontrance. La remontrance fut déclarée scandaleuse et se-

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ditiease , at ses auteurs furfeot ;miâ,,€a prk«Qn , et mepaoés de9 cbatimeos . la$ plua sévères. Us furent néai>H]oins r^làthës quelque teiiip3 après, à Texception de Gathêry, qui avait ^cité les autres. Ce Guthery, ministre à Stirling^ pendant le séjour du Roi dans cette ville, s'était mis à l'attaquer en chaire de la façon la plus outrageante. Son audace devint si intolérable qu'eufin il fut sommé de comparaître devant Ife Roi , pour rendre compté de quelques passages de ses sermouâi; mais il refusa d'obéir, et déclina la juridiction du Roi et de son conseil, disant qu'ils n'étaient point juges compétens en matière de doctrine, à l'égard de laquelle il ne relevait, que des assises du clergé. Il protesta donc contre le prince , qui le troublait ainsi dans l'exercice de son ministère. Cet affront personnel avait irrité le Roi contre Guthery, plus que contre aucun autre de ses confrères. Ce fut un motif plus que suffisant de le choisir pour frapper en sa personne un exemple capable d'effrayer tous les mutins de son parti. Il était homme de courage, et subit sa peine avec, une grande fermeté.' Cependant cette mesure de rigueur jeta le parti dans une telle consternation qu'elle eut tout l'effet.qu'on en attendait^ Les chaînes ne furent plus ce qu'elles avaient été du|*ant plusieurs auttées , au grand scandale de la religion , c'està-dire des lieux privilégiés, d'où les prédicateui:s

donnaient carrière à leur malignité et à lenrs éternelles accusations. On y parla avec plus de décence ^ et il y régna un silence presque général sur les af&ires d'Etat. Quelques insinuations enveloppées et mystérieuses s'y faisaient encore entendre néanmoins ^ et on y déplorait l'arche de Dieu chancelante^ et sa gloire éclipsée. Un grand nombre de ministres délinquans furent cités y à la réquisition du Roi^ devant le comité des États» et obligés à donner caution de se représentera l'ouverture du parlement^ pour répondre aux imputations dont ils seraient chargés. On crut en général que le but d'une telle inesure était de les intimider ^ et de les amener ainsi à seconder les entreprises qui '^e préparaient. En eflFet, ils cédèrent pour la plupart , et ils se mirent en outre à Tabri de toute vexation ultérieure par des présens ^ que chacun faisait selon sa fortune. Primerose et Fletcher furent les principaux agens de ce genre de transactions person-; nelles.

A la fin.de l'année , le comte de Middleton se rendit en Ecosse avec une grande magnificence. Sa manière de vivre était la plus splendide que la nation edt jamais vue, mais en même temps aussi la plus scandaleuse , car les vices de toute ^ sorte étaient les passe-temps publics de tous les gens desa suite. L'ivrognerie était le plus notoire de tous* Souvent des nuits entières étaient pas-

sees à boire; et^ à la yue des désordres ^ fruit inéyitable et journalier de ces scènes de débauches y le peuple , qui n'avait jamais rien vu de semblable , ne put s'empêcher de voir d'un œil mécontent tout ce qui venait de gens si corrompus et si* vicieux. Il en résulta que^ dans |^resque tous les esprits^ s'accrut encore le préjugé contre l'épiscopat 5 car quiconque n'était pas à même d'examiner la nature des chose» 5 devait mal augarer des changemens en matière de religion 5 introduits par de tels apôtres. Il y avait d'ailleurs dans l'administration précédente une apparence de gravité et de piété qui rendait encore plus odieux le libertinage de celle-ci.

Le comte de Middleton fit le premier jour de janvier l'ouverture d'un parlement par un discours , où , après avoir exposé leis bienfaits de la restauration , fait de la personne du Roi un pompeux éloge ^ et vanté avec complaisance l'affection que ce prince portait à son ancien royaume , il attendait de la reconnaissance des Ecossais un retour proportionné de zèle pour le service du monarque, une rétractation solennelle de tous leurs empiétemens sur l'autorité royale, un juste affermissement de la prérogative , enfin l'octroi volontaire de subsides capables de mettre le gouvernement en état de lever des forces nécessaires a la sûreté de la paix publique , et de préserver le royaume du retour de calamités pareilles à

^5o HISTOIRE

celles quHi avait souffertes si loog-temps. En réponse à la lettre du Roi , le parlement i^ota une adresse pleine de soumission et de gratitudcr La première opération proposée fut ensuite de nommer les lords des articles. Pour en bien faire comprfpdre l'importance , il est bon detlonncr ici une idée de la constitution du royaume d'Ecosse. Le parlement était anciennement la cour du Roi où tous les tenanciers qui relevaient de lui étaient obligés de comparaître. Il n'était point divisé en plusieurs chambres , mais on le regardait comme composé de trois États ou Ordres^ Le premier était celui de TEglisç ou du clergé, représenté par les évêques, les abbés à mître et les prieurs. Le second était celui des barons et des membres tant de la haute que de la petite noblesse ( nobilitj ou gentry ) , qui tenaient leurs baronies du Roi. Le troisième était celui des bourgs qui possédaient aussi , quoiqu'en commun y des terres dépendantes du Roi à titre de baronies. De cette sorte, le parlement n'était à vrai dire que l'assemblée des barons du royaume. Les moins considérables, las de la corvée d'y assister , en. furent dispensés sous le roi Jacques I*^ , dont lerègâe correspond à celui de Henri IV en Angleterre , et autorisés en même temps à envoyer des députés (proxies) pour les représenter dans le parlement, sans en limiter le nombre. Ils négligèrent nëanznoins d'user de ce

DEMONtEMPS. iSï

dfisit. C^ état fie choses dura jusqu'au temps de Ikcques VI, où Jlr pouvoir de la noblesse dans le ^ parlement, au^Tènté déjà parla révolution qui avait fait passer la plus grande partie des biens . de nÉglîse entre les mains de seigneurs* laïques , et réduit ainsi à un très-petit nombre le corp| des évêques titulaires , s'accrut encore par l'ex-clusion dies abbés titrés; et de même qu'elle tenait les bourgs dan« l'oppression , elle put aussi tenir sous sa dépendance le monarque lui-même. Dès lors lesi>arons inférieurs voulurent rentrer eniApossession de leur droit de séance, qu'ils avaient négligé dcl^uis près de deux cents ans. Un acte du'parlement leur permit d'envoyer deux députés par comté. Quelques eomtés trop petits ne durent eh envoyer qu'un seul. Un plus juste équilibre se rétablit par ce moyen dans la constitution. Les barons inférieurs choisissent leurs députés aux assises de leurs comtés respectifs , après la Saint-Michel , pour siéger de droit dans tOHt parlement qui pourra être convoqué dans le courant dei'année. Après avoir élu celui qui doit les reprédlsater, ils lui remettent sa commission signée de tous. Le shérifF n'a aucune part d'examen et.dl^surveillance sur ces élections. En cas de contestatien> entre deux ou plusieurs candidats, c'est le parlement qui examine les commissions , voit celle qui porte le plus grand nombre de signatures, «t juge du droit de chacun de ceux de

a5a HISTOIRE

qui elles émanent. Les bourgs ne choisissent leurs députés que lorsque la conyocation du parlement est déclarée , et ceux-ci sont choisis par les hommes du corps commercial ou^ comme on l'appelle^ du conseil de Tille. Les trois Etats ^ ou Ordres y piègent dans une seule chambre et votent ensemble. Anciennement le parlement ne se rassemblait en totalité que deux jours dans tout le courant de la session, le premier et le dernier. Dans le premier , il nommait ceux de ses membres qui devaient être employés aux articles, en ayant soin d'en prendre huit dans chaque Etat ou Ordres le Roi leur adjoignait huit officiers d'État. Ces commissaires étaient chargés, sous le nom de lords des articles, de recevoir tous les sujets de griefs^ ou autres articles qui étaient apportés devant eux, et d'en extraire les bills qu'ils jugeaient- convenables. On voit que le pouvoir des lords des articles était immense , car rien n'était soumis aux décisions du parlement que par leur intermédiaire et dans la forme qui leur plaisait. C'était, ' prétendait-on , afin de ne point trop prolonger les sessions. Non content de cette limitation de l'indépendance parlementaire , te couronne voulut encore la resserrer davantage. l noblesse choisit huit évêqijes , et les évêques choisirent huit membres de la noblessequi , se joignant aux huit évêques , élurent les huit barons , ou représentans des comtés , et les huit députés des

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bourgs. La nomination des lords des articles échut défait^ par cette combinaison^ à la couronne; et c'est ainsi qu'elle engloutit peu -à peu toutes les libertés parlementaires.

Durant les derniers troubles on maintint la distinction des trois États ou Ordres ^ y compris les barons inférieurs^ qui composèrent un Êtat^ ou ordre séparé; seqlement chacun s'assemblait à part et nommait son comité particulier de lords des articles. Mais toujours cependant toutes les affaires étaienfporfées et débattues devant le parlement entier^ dont les résolutions seules avaient force de loi. La première proposition qui fut faite dans le parlement de 1661 , qui nous occupe présentement^ fut de remettre en vigueur l'ancienne

méthode de nommer les lords des articles. Le

comte de Tweedale la combattit^ mais il ne fut secondé que par une seule personne. La proposition passa ^sans trouver d'autre obstacle. Pour la faire adopter plus facilement , on crut devoir promettre seulement qu'il y aurait à l'avenir de fréquentes sessions y et que les actes du parlement ne seraient plus préparés et emportés avec la précipitation en usage jadis.

Le parlement accorda au Roi une augmentation de fi^enu annuel pour sa vie, de 40,000 liv. sterling, à lever par une excise sur la bière. Cette somhie était destinée à entretenir deux compa* gnies de cavalerie , et un régiment de gardes à

pied. Il ordonna que les'm^mbres du marquis deMontrose fussent recueillis et enterrés avec une grande pompe. Vint ensuite le toiir des actes passés durant la révoluticm pdiH* lii&iter la pré* rogative : ils furent tous cassés ^ et la couronne vît étendre ses privilèges de la façon la plus ex* traordinaira. Primerose était charge de (iresser les nouveaux actes. Il ra'a souvent c<Âifessé depuis qu^il pensait avoir été cmnme enâ6rcelé dans le temps qu'il les avait rédigés. En effets sans examiner tous les mauvais usajg^ auxquels ils pçurraien^ être appliqués dans la suite<> il les avait fait précéder de préambules pleins de la plus extravagante rhétorique et des plus stères réflexions sur les derniers événeméns , et il y avait en outre accumulé les phrases les plus em* pha tiques et les clauses les plus folles qu'il- pût trouver. Dans lacté qui assurait au Roi le droit de lever et commander les inilices , le pouvoir d'armer et de recruter lui étaif confié avec une étendue si excessive ^ par exemple, qu'il aurait infailliblement ruiné le royaume de fond en comble, sans l'opposition de Gilmofe^ jurisconsulte éminent , homme d'une grande inté^ité, et qui d'ailleurs jouissait d'un grand crédit , pa^ce qu'il n'avait jamais cessé de servir la cause du ^biili H fît observer que dans les teitnes ou était cdhçu cet acte, il était loisible atilloide forcer *hacun de ses sujets à le serVir à ses j)ropres frais ^

ou à payer tout ce qu'on lui demaaderait pour r^xempter du service, L'oppositiofl , de Gilmore fut cause du moins que Tacte ne passa qu'avec cet amendement qu^i)^ royaume ne serait oblige d'entretenir les troii|p|;jf levées par le Ilf4 9 qu'au^ tant que le paiftei^ent ou l'assemblée générale des Etats y aurait consenti. Ce fut au reste la seule précaution qui fut prise; car les lords des articles proposèrent tous les autres actes ainsi que Primerose les avai t rédigés ; et le parlement^ après en avoir entendu une lecture faite à la hâte^ allait incontinent aux voix^ et les approuvait toujours par acclamation.

Un de ces actes désola les presbytériens. Dans celui où était reconnue au Roi la faculté exclusive de contracter des alliances de paij^ et de guerre ^ toute ligue faite avec une nation étrangère sans son aveu fut mise au nombre des crimes de haute trahison ; et en conséquence la fameuse ligue faite avec l'Angleterre en i643,. et le coveqant lui-même furent condamnés et annuUéspour l'avenir. Le covenant était Fidole des presbytériens; aussi sa destruction fut-elle pour eux un coup terrible. Sharp contint le mécontentement de tous ceux sur lesquels il avait de l'empire. Il leur dit que le seul moyen de sauver leur gouvernement était d'en séparer tout ce qui touchait à l'autorité royale , et d'en supporter paisiblement l'abolition.,, afin de se décharger de l'aCcu-

sation répétée de haine à la monarchie y ou de penchant aux principes de rébellion. Mais de pareilles considérations ne purent rien sur quelques zélateurs plus ardehs. Un ministre nommé Macquair^ homme plein deisaTbir^ mais* violent et emporté, protesta publiquement^ans son église de Glasgow contre Pacte qui détruisait le covenant y comme contraire au serment de Dieu y et par là^nul de fait. D'après les nouvelles, lots ^ protester contre un acte du parlement y c^éf ait se ■ rendre coupable de haute trahison. Middietpn résolut de faire sur Macquair un exemple susceptible d'épouvanter ses pareils. Mais celui-ci était aussi inébranlable qu'audacieux et sévère, et il se refusa à toute soumission. On se contenta néanmoins dé le condamner au bannissement perpétuel. Il fut donc^ avec quelques autres qui eurent peu dé temps après le même sort , s'établir à Rotterdam y où ils se constituèrent en presbytère, écrivirent quantité de livres séditieux, et entretinrent :une correspondance suivie avec toutes les parties de l'Ecosse : ce qui leur était facile à cause des relations perpétuelles de Rotterdam avec le commerce écossais, dont cette ville est le siège principal. C'est ainsi qu'ils ne cessèrent de faire au gouvernement un tort beaucoup plus efficace que s'ils n'étaient jamais sortis de leur patrie.

Les lords des articles se lassèrent bientôt de

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préparer autant d'actes d'annulation ou de rëvi^ sion qu'il y en avait eu de passes dans (ys der-^ nières années. Pour comble d'embarras^ ils ne savaient comment aborder ceux qui avaient été approuvés par le dernier roi , en 1641 , ou par le roi actuel > pendant son séjour en Ecosse. Ils voyaient que, sfils tentaient de révoquer ceux qui servaient de base au gouvernement presbytérien, ils rencontreraient une forte opposition et s'attireraient les adresses et les remontraoces du grand nombre de ceux qui , dans tout le royaume ^ te* naient pour cette forme de gouvernement ecclésiastique. Or, Middleton et Sharp n'avaient rien tant à cœur que de prévenir cette manifestation du vœu public , qui aurait ébranlé dans l'esprit du Roi la persuasion où ils l'avaient amené ^ qme le penchant général de la natiou était actuelle-^ ment contre le presbytérianisme et en faveur des évêques. Primerose alors se prit à dire, mais autant par raillerie qu'en vertu d'aucune intention sérieuse, comme il me l'a assuré lui-même ^ que l'expédient le meilleur et le plus court serait d^^ passer un acte général rescisoire> comme on l'appelait > qui annuUerait tous les parlemens tenus depuis l'année i635, c'est-à-dire durantlerut le cours des guerres civiles, comme vicieux*et défectueux dans leur conçtitution, Mais ce n'était pas chose aisée que de trouver et de mettre en lumière le point de la défectuosité. Le seul prétexte plau- I. 17

sible que fournit la lettre de la loi ^ c'était que du mo|pent où l'ordre ecclésiastique n'avait pas été représenté dans ces parlemens, ils ne représentaient pas eux-mêmes pleinement le rojraume^ et dès lors n'étaient pas de vrais parlemens. Mais ce prétexte n'était pas de nature à être allégué dans le parlement actuel y qui n'avait pas non plus d'évéques dans son sein ^ et qui cessait luimême d'être un parlement^ si l'absence d'évéques emportait nullité. On ^i était donc réduit à in* férer cette nullité de la ^ipposition qu'il y avait eu contrainte et violence. Mais cette assertion était rude à soutenir ^ puisqu^enfin il éta^t de no^ toriété que ni le dernier roi j ni son successeur n'avaient obéi à aucune ferce majeure dans les actes qu'ils avaient passés ^ et qu'au contraire venus tous deux en Ecosse de leur propre mouve* ment y ils ks avaient passés de même. AUait^on jusqu'à prétendre que le mauvais état de leurs a$- £iiires était une sorte de contrainte^ de force majeure? les pernicieuses conséquences de ces so^ phismes étaient manifestes; car enfin dès lors les monarqties ne seraient liés par aucun traité y ne seraient circonscrits légitimement par aucune toi resifcictive de leur pouvoir ^ tout trailé et toute loi étant toujours chez eux l'effet de la nécessité de leurs affaires. La vérité est qu'aussi long- temps que Idur personne est libre ^ cette nécessité n'est pas force y n'est pas violence. Par

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ces motifs 9 qui furent débattus xlans une rëuitioA particulière 9 la proposition de Primerose ^ toute attrayante cpi^elle était ^ fut abandonnée > comme incapable d'être passablement colorée et défendue. D'ailleurs le comte de Middleton n'ayait p&int d'instruction qui l'autorisât à une pareille tebtatiye. Cependant un ou deuji jours après ^ à la suite de quelque débauche qui avait échauffé les têtes ^ il fut résolu qu'elle serait risquée; Primerose était malade alors; On lui dépêche à l'instant un message pour le prier de préparer lé bill dont il aVait lui-même conçu la prenkière idée. Il y trayailla ; mais , quand il l'eut écrit ^ il trouva s<m projet si peu motivé dans le fond 5 si extraivagant dans la forme^ qu'il se persuada qu'en le considérant de plus près on y renoncerait* Mais il en fut tout autrement; Lé lendemain on trans-^ crivit son ébauche , sans y changer lin mot , et elle fut portée s^ comité des articles , puis de là au parleniént ^ où^ à la vérité, le bill eut à lutter contre une forte opposition. Le comte de Craw* ford et le duc de Hamilton l'attaquèrent avec, une grande puissance de raisonnement. Le parlement de l'année 1641 ^ disaient-ils^ fut légaiement convoqué ; le dernier roi y parut en personne a^yeù sa s^ite accoutumée, et sans aucun sÂgoe de vio^ lence; si les actes passés à cette époque nécessitaient une révision > il fallait y procéder i inaîs l'annullàtion d'un parlement était un pré^

26o HISTOIRE

cëdent terrible^ qui détruisait la sécurité que ^doit offrir tout gouyernement. Un alitre pouvait Tenir qui casserait le parlement présent ^ ayec autant de droit qu'il en avait lui-même aujourd'hui pour casser Ids anciens ; ainsi rien ne serait entrepris sans chanceler d'avance ^ et toute garantie de durée et de stabilité disparaîtrait des mesures du gouvernement et de l'administration. Le parlement de 1648 n'avait agi que d'après les instructions signées de la propre main du Roi : c'est tout ce qu'il pouvait faire , puisque ce prince était alors prisonnier ; et non-seulem>ent il se déclara hautement |>our lui , mais leva nixê armée pour sa défense. Le comte de Middleton qui y contre sa coutume ^ conduisait lui-méose les débats, répondit à ces argumens que, bien qu'en l'année 1641 il n'y eût aucune marque visible de la violence faite au Roi^ tout le monde savait cependant qu'il était soùs le poi^^ d'une violence réelle y en raison et de la rébellion qui avait récemment mis le royaume en feu , et de celle qui menjiçait d'éclater en Angleterre ; car entre cea deux dangers il était forcé de ménager l'Ecosse et de sousorire à tous ses caprices ; et qu'ainsi le mauvais état de ses affaires était dans la réalité équivalent à une violence exercé.e sur sa personne. Il avouait cependant que l'illégitimité de ces fantômes de parlement n'était pa& si manifeste que reconnaître leur autorité eût été un crime ;

DE MON TEMPS. 2i6i

et en conséquence on avait sQngé à mettre à Tabri de tonte poursuite, par une clause expresse d'amnistie f tous ceux qui avaient agi sous c%tte autorité. Il convenait également que les dispositions du parlement de 1648 avaient été bonnes; néanmoins il s'était déclaré pour le Roi à de telles conditions , if s'était conduit avec tant d'hypocrisie dans la vue'^de gagner le parti du clergé , qu'il était juste de condamner ses acteâ, bien que les intentions de plusieurs de seii membres fbssent honorables et loyales. «Après y êtreen-^ <i très comme des poltrons 9 quoi de surprenant^ c< ajoutaît-il ^ si nQus nous y sommes comportés i< en niais? » Ce dernier trait fut très-mal reçu de tous les parlementaires de i64i- Le bill fut mis aux voix et emporté à une très -grande majorité. Le comte de Middleton le signa immédiatement^ sans attendre d'instruction du Roi. L'excusé qu'il donna fut que puisque le Roi avait , dans sa lettre aux presbytériens , confirmé leur gouvernement tel qu'il était établi par les lois y il n'y aVait d'autre moyen de sortir de cet embarras que d'annuller les lois elles-mêmes.

C'était assurément l'acte le plus extravagant qui eût jamais été conçu. On l'aurait cru sorti moins d'un parlement que d'une taverne , et il ressemblait à une boutade de gens ivres ^ plutôt qu'à r<œuvre des législateurs d'une nation. U détruisait toute sécurité pour l'avenir , et il intro-r

dnisait le précédent le plus pemicieux. Le comte de Lauderdale ne manqua pas d'en aggraver encore auprès du Roi l'absurdité et les funestes conséquences. Il lui prouva que le comte à% Middleton n'entendait pas les principes les plus simples de gouvernement , puisquHl avait donnë^^ sans y être autorisé y l'assentimentMu Roi à une loi qui devait à jamais ébranler la sécurité que la loi doit donner. Aucun gouvernement n'est si solidement établi qu'il soit à l'abri de toute révolution ^«-et si désormais aucun désordre venait à se manifester^ le nouveau bill ôtait tout espoir v d'accommodement et de soumission. Le comte de Clarendon regardait comme une maxime inviolable de ne jamais porter atteinte aux actes d'ampistie X Lauderdale s'efforça donc de le préve-. nir contra Sfiddletpn^ qui avait annullé les parlemens dans lesquels avaient été passés les actes d'amnistie accordés par le Roi et son prédécesseur. Ainsi commentée y la conduite du comte de 'Middleton souleva de grandes rumeurs à la (our. informé de ce qui s'y passait^ il se plaignit au parlement de ce que ses meilleurs services étaient représentés au Roi comme des taches, faites à son honneur , et comme des démarches préjudiciables à ses intérêts ; il désirait en conséquence que l'assemblée lui députât un petit nombre de ses membres les plus éminens pour lui rendre un compte fidèle de sa conduite., LesL

comles de Glcacaim et de Rothes furent choisi» et dëpatës. Ce dernier avait pris des engagemens secrets avec les deux partis , résolu d'appuyer l'avis peur lequel le Roi aurait le plus de penchant. Le dessein du comte de Middleton était d'accuser le comte de Lauderdale de présenter sous des couleurs mensongères la conduite du parlement i et de calomnier les bons sujets du Roi : crime prévu dans les lois écossaises sous la dénomination de leasing mating, fabrication de mensonges , et emportant la peine de mort , que ce soit le roi qu'on trompe sur son peuple^ ou le peuple sur son roi.

Sharp se rendit à Londres avec les envoyés du, parlement pour presser la cour de rétablir l'é* piscopat^ et de profiter ainsi de la consternation générale oh, étaient ses plus ardens ennemis , depuis qu'il n'y avait plus d'acte d^amnistie qui protégeât leur vie passée^ car la plupart avaient participé aux; troubles^ et^ dans l'état d'incertitude et d'alarme oh ils devaient étre^ ils verraient «ans doute attaquer et renverser le presbytérianisme^ sans risquer aucune résistance. Sharp avait témoigné une grande douleur à ses anciens confrères lorsque l'acte rescisoire eut passé* Cependant il parut bientôt reprendre courage , çt il persuada aux ministres du parti presbytérien, que cet acte serait un bonheur pour eux tous^ puisque actuellement la<. confirmation de leur

a64 HISTOIRE

gouvernement serait séparée de la cause dû la rë^ bellion , et que d'ailleurs elle émanerait d'un parlement qui siégeait et opinait en pleine liberté. Il ne se rendait donc à la cour qu'^afin d'obtenir du Roi les instructions nécessaires pour établir le presbytérianisme sur des bases nouvelles > et à l'abri de toute contestation. Les pauvres gens étaient si abattus par la mauvaise situation de leurs affaires qu'ils se confièrent à lui y ou du moins en firent le semblant^ car il estvraidedire qu'ils avaient perdu le courage comme le bon sens. Durant le cours de la session on choisit les ec-* clésiastiques les plus ambitieux pour prêcher devant le parlement. Ils ne s'expliquaient pas ouvertement; mais ils insinuaient tous la nécessité^ pour maintenir l'ordre dans l'église, d'une autorité plus grande que celle qui existait, il y en eut un ou deux qui furent plus explicites. Aussitôt le presbytère d'Edimbourg vint trouver le comte de Middleton , et se plaignit de cette hardiesse y comme d'une insulte aux lois du royaume et à la lettre du Roi. Il les renvoya aVec de bonnes paroles , mais ne donna aucune suite à leurs plaintes. Les synodes résolurent en divers lieux de réclamer, par des adresses envoyées tantauRoi qu'|iu parlement , un acte qui établît leur gouvernement. Sharp mettait tant de profondeur dans sa dissimulation qu'il fut admis dans une réunion où devait être préparée une de ces adresses>

DE MON TEMPS. a65

pour élre ensuite, présentée au synode de Fîfe, dont l'assemblée devait avoir lieu la semaine d'aprè^. On fut d'accord sur le^ principaux- chefs. Honey man ^ plus tard évéque des Orcades , avait rédigé le projet d^adresse avec tant de véhémence que Wood,, professeur de théologie , m'a dit#voir passé, lui et quelques autres, presque tôule la nuit qui précéda le synode à la rédiger de nouveau daiiis un sens plus modéré; Cependant Sharp informa le comte de M iddleton des projets du synpde de Fife. Le comte de Rothesfut envoyé pour surveiller cequi s'y ferait. Celui-ci, aussitôt que les n^inistres Tinrent à entamer le sujet en question, prononça la dissolution du synode au nom du Roi , et commanda à ceux qui 1^ composaient de se retirer dansleurs habitations respectives, sous peine, s'ils s'y refusaient, d'être traités comme coupables de haute trahison. Tel était le soin qu'on prenait pour étouffer toute démarche publique faite en faveur du presbytérianisme. Ses ennemis ne ten^ taient rien au contraire qui ne fût accueilli et encouragé avec un grand empressement. Le synpde d'Âberdeen fut néanmoins le seul qui présenta une adresse favorable à l'épiscopat. On y gémissait, dans un long préambule, sur les désordres et les fureurs des temps qui venaient de s'écouler , et on en rapportait plusieurs circonstances; on fiuissaU par demander que, puisque l'autorité légale en vertu de Isyquelle agissaient les cours ec-

i266 HISTOIRB

clësiastiques^ était annulée > il plût au Roi et à son parlement de rétablir le gouyemement da clergé 9 d'une naanfère conforme aux Ecritures et aux canons de la primitiye Eglise. Le parti presbytérien ne se méprit pas sur la base de ces insintUtioDS et sur l'interprétation qui serait donnée à ces paroles; j'entendis toutefois un des assistans^ car j'étais présent à ce synode , soutenir que personne ne pouvait C€myenablement les désapprouver y puisque ce serait donner à entendre que le pFesbytériani$i|ie n'était pas conforme à ces canons- Cette session vit passer un autre acte qui fiit un nouveau sujet de douleur pour les presbytériens. On érigea le 29 mai en jour de fèle^ pour rappeler que ce jour avait été Fheurenz terme d'une rébellion de vingt-trois ans^ dont les phases diverses furent retracées par Primerose avec toutes les pompeuses exagérations que put lui fournir son éloquence. Le clergé sentait qu'en observant un tel acte, précédé surtout d'un tel préambule , il condamnait comme rebelle et hypocrite toute sa conduite passée. Il sentait qu'en y souscrivant il perdait tout son crédit , et mettait lui -^ même la main au renversement de l'édifice qui lui avait coûté tant d'années de travail et de fatigue. Cependant le mouvement du temps lai était si contraire qu'il n'osa présenter sa ré*^ sîstance sous son véritable motif. U se retrancha

flerriàre les ^btilites de la controverse y il arga«meota sur les^ours de fêle > et dit quHl ne dépendait d'çtucune autorité temporelle de sanctifier on jour. Mais il eut recours en même temps à un expédient l>ien misérable ^ pour ne pas encourir les peines de désobéissance aux lois : les dîners ministres airrêtèrent dans leurs presbytères qu'on epn^acrerait c^ même yingt-neuvième jour de paî à des actions de grâces pour le rétablissement du Roi; en sorte que^ sans prendre connaissance de l'acte du parlement j ils l'obseryaient en vertu de leur propre arrêté^ {Is se mirent par là^ il est vrai y à l'abri de toute persécution y car enfin ]a loi était exécutée y pais ils encouJrurent le mépris généra*

Les comtes àà Gtencairn et de Rothes ne furent pas plutôj; arrivés à la cour y que le Roi parut satisfait de leurs explications sur la conduite du parlement. Le comte de Lauderdale i^ voulut pas néanmoins confesser qu'il l'eût calomnié. Les deux envoyés avaient ordre de se conduire y dans l'accusation qu'ilsétaient chargés d'intenter contre lui y suivant les avis du comte de Clarendon^ Mais eelui-ci leur dit qu'attaquer un ministre ^ tant qu'il possédait encore la faveur du monarque ^ était une entreprise déraisonnable qui ne serait approuvée de personne; que c'était un de ces coupsu de parti difficiles et toujours très-mal vus à \\ ço|i]^ y que pouvait tout au plus risquer quelqu^^

fois une chambre des communes ^Angleterre ; mais qu'une telle attaque dirige. <^ntre le comte de Laaderdale par le parlement d'Écosse^^aU lieu de l'ébranler^ne ferait que l'affermir dansr le cœur du Roi. Ils devaient se contenter en conséquence défaire voir à ce prince combien son serrice était bien placé dans leurs mains y et avec quelle injustice ils avaient été calomniés muprès^le lui; et c'est ainsi que par degrés ils parviendraient à leurs fins^et détacheraient le Roi du comte de Landerdale , comme d'un homme inutilet Le projet d'accusation fiit donc abandonné.. Le comte àê Rothes assura Laii^derdale que c'était lui aui avait détourné l'orage. Je tiens cependant de Primerose que les choses se passèrent ainsi que- je les ai ra-, contées. La réconciliation se fit^ du moins en apparence. •

Tel est le résumé exact des travaux législatifs de cette première session du parlement d'Ecosse. Ce-; tait d'ailleurs une vraie cohue^ et il n'en résulta^ comme on a pu voir , qu'une série d'extravagatices. Et pouvait-on s'attepdre à plus d'ordre et de raison y lorsque ceux qui étaient à la tSte des affaires étaient ivres presque continuellement? Je vais passer, actuellement aux procès c^iiaels qui furent intentés dans cette même session.

Le premier, et le principal, fut celui ilu marquis d'Argyle. Il fut^ à la réquisition du Roi, poursuivi pour un grand noinbre de ffiits, qui

furent réduits à trois chefs d^accusation. Au preraier se rattachait sa conduite publique dans les guerres clvites, dont plusieurs griefs furent par- .ttcularisëd 9 ' tel^ que ceux d'avoir contribué à fcîre remettre le roi Charles I*' entre les mains des Anglais à Newcastle; de, s'être opposé à rengagement ou ligue de 1648 ^ et de $'être mis à la tête du ftôulêyement des comtés de l'ouest contre le. comité des Êt^s; et attendu que^ dans ces diverses circonstances et 'beaucoup d'autres semblables y il 'devait être considéré comme ayant joué }e rôle principal , il était just# de faire sur lui Iç plus grand ^exemple ^ afin que la leçon fût plils profitable. Le. second chef comprenait un grand nonifere de meurtres et autres atrocités, commis par ses; officiers durant' fa guerre , sur des gens du parti du Roi, principalement sur cçux qui avaient servi sous le marquis de Montrose , dont beaucoup avaient été massacrés de sang-froid. Le troisième chef enfin reposait sur différentes particularités de sa jonction avec Cromwell t?t les autre* usurpateurs , contre ceux qui tenaient f^our le Roi dans les montagnes ; sur la. place <}u*il avait occupée dans le parlement de Cromwell , sur l'àçsistance qu'il avait formée ititè dernier poar le faire proclamer Protecteur, et sur un grand nombre d'autres faits qui prou- Vilent vne adhésion complète et illimitée à son gouvernement. Le parlement nomma un qonseil

à Pacciisë^ qui n'eut qu'à s^ftHciter de ses soins et de son zèle«

La substance de sa défense fut qûé bientl'au^ très avaient pris parti dans les dernières guerres sous les mêmes enseignes que lui ^ et qu'il ayait toujours agi sons l'autoritë du parlénlent et suivant ses instructions y toutes les fois qu'il avait été employé dans quelque expédition tnilitaire , ou dans quelque négociation*! Pàrlait-on d'ailleurs de tout ce qui s'était passé avant l'année 1 641 ? Le feu roi l'avait enseveli cette même année dans un «cte d'oubli , et le roi actuel enrayait accordé im pareil en i65i« Il ne se croyait donc pas obligé de répondre à toute imputation antérieure i ces deux époqties. En ce qui concerne lé second chef , il était à Londres lorsque les excès inhumains dont on parle furent commis , et rien ne démontrait qu'il les eût excités par des ordres. Tout le monde savait que les Macdonald s'étaient laissés emporter à un grand nombre d'horreurs. Il présumait bien que ses soldats ^ quand ils avaient été les plus forts 9 SVaîent pris de cruelles représailles ; mais il faUkH en accuser la chaleur du temps et l'animosité nàtv^elle d'un peuple dont on avait ravagé le pays> et qu'avait exaspéré tout le sang répandu. Une partie é» faits particuliers imputés i ses troupes était mensongère à sa connaissance^ et l'autre bkn exagérée; mais, qu'ils fussent trais ou 'faux, il né

DE MON TEMPS. ^p

pMivait être responsable que de ce qu'il ayait fait lai*même^ ou proToqtie par ses ordres. Quant au troisième chef ^ saroit* son adhësioti à Tusuiv patipu , il avait résisté tant que la nation entière n'avait pas été conquise ^ et c'était une opinion généralement reçue, tant des théologiens que des jurisconsultes > qu'on peut légitimement se soumettre à une usurpation lorsqu'on est forcé par une nécessité inévitable. C'était le crime épidémique de la nation. Sa position personnelle était telle qu'on avait demandé plus qu'une simple soumission. Ce qu'il avait fait, il l'avait fait pour ne pas se perdre, lui et sa famille, mais non dans le dessein de traverser le Roi ; et , en effet , aucune de ses démarches ne lui avait porté préjudice. Telle fut, en résumé, la défense, du marquis d'Argyle, défense qu'il développa dans un long discours, et avec tant 4c grâce et de ta-^ lent que, si sa famille souffrait de la persecutioq qu'elle es'suyait dans un chef aussi illus^ tre , son caractère personnel ne parttt qu'avec plus d'éclat. Cherchant, dans une de ses baran-^ gués apologiques, à se justifier de l'hommage qu'il avait rendu à Crorawell : w Pourraiâ-je, dit-' H il^ demander un meilleur garant de l'innocence H de ma conduite , que l'exemple d'un homme n aussi cpnsommé dans la connaissance des lois (c que l'avocat de Sa Majesté , qui n'a pas craint <c de prendre les mêmes engagemens que mol

u avec rosurpatioD ? » Celuirci fat si Yivemcut atteint qu'il s'emporta jusqu'à l'appeler un impudent vilain y personnalité réyoltant^ et barbare , dont néanmoins il ne fut pas censure. LordArgyie repondit gravement que y dans son affliction , il avait appris à supporter les rep^aoches, et que, si le parlement ne voyait point de moti& à sa condamnation, il se mettrait peu en peine des outrages de l'avocat du Roi. Celui-ci, cependant, dans un ar* ticle additionel et comme par supplément, l'ac* cusa d'avoir contribué à la mort du Roi ; toutes les preuves apportées à Tappui d'une charge aussi odieuse, reposaient sur une présomption que voici : Gromwell , au mois de septembre 164^^ était venu en Ecosse avec son armée, avait eu à cette époque, avec Argyle, des conférences longues et réitérées, et, immédiatement après son retour à Londres , le traité avec le Roi avait été rompu , et ce prince avait été mis en jugement. De là, l'avocat du Roi inférait 'qu'il était présumable que Cromv\rell et Argyle avaient concerté cette grande affaire entre eux.

Fendant que ce procès, le plus solennel qu'eût jamais vu FÉcosse, se poursuivait à Edimbourg, le lord Lorn ne cessait de solliciter à Londres en faveur de son père. Il obtint enfin que le Roi écrirait une lettre au comtjB de Middleton, pour le charger d'ordonner à son avocat de ne prendre ses preuves dans aucun acte de la

vie de Faccusé antérieure à rafanistie qu'il avait promulguée en i65ï. Cette même lettçe renfermait l'injonction^ sitôt que l'instruction et les débats seraient terminés , d'enyoyer et de mettre toute la procédure sous les yeux du Roi ^ ayant que le parlement prononçât la sentence. Le comte de Middleton exécuta la première partie des ordres qu^il avait reçus , et l'accusation ne remonta plus au-delà des derniers temps. Mais la seconde partie de ces mêmes ordres lui parut impliquer une* telle méfiance de la justice du parlement^ qu'il n'avait pas cru, répondit-il au Roi ^ devoir la faire connaître avant d'en avoir d'autres et de plus formels, qu'il désirait bien ardemment ne pas voir arriver; car rien ne serait plus capable de décourager ce parlement si loyal et si soumis. Suivant sa demande , l'or^ ^ dre fut révoqué.

Le procès fut interrompu pendant quelque temps, et lord Argyle profita de cet intervalle pour songer aux moyens de s'échapper du châ-* teau où il était enfermé. Il garda le lit pendant quelques jours ; sa femme, qui était à peu près de sa taille, vint le voir en chaise; il prit ses habits, et, déjà dans la chaise, il «tait sur le point de sortir , lorsque, dans la crainte d'être découvert et de hâter son exécution , le cœur lui manqua , et il abandonna tout projet d'évasion.

Le comte de Middleton avait résolu de faire I. 18

tous ses efforts pour faire peser sur Argyle la mort du Roi. Il comptait par là le faire moarir avec pluis d'infamie , et perdre irrérocablement sa famille ; car qui oserait intercéder pour le fils d'un homme juge coupable d'un tel crime? il espérait alors pouvoir se faire accorder les biens immenses du condamné. Des recherches furent faites dans tous les ancien» arrêts criminels pour trouver des hommes qui , à une époque quelconque , eussent été condamnés sur des présomptions. Le comte de Middleton se décida à traiter lui-même la question , dans Tespérance de l'emporter par son autorité pei^ sonnelle et d'imposer silence à toutes les objections. Il palrla avec plus de force que de convenance : trop impétueuse et trop partiale^ son argumentation fit plus d'honneur à ses talens qu'à âon équité ou à son caractère. Mais Gilmore, quoique nommé nouvellement président de la session 9 qui est la suprême cour de justice ^ eut horreur de contribuer à établir le précédent d'une condamnation à mort prononcée sur de vagues présomptions : condamnation qu'il eût regardée comme moins excusable encore que celle du comte de Strafford , qui excitait une si juste indignation. Il entreprit donc de réfuter Middleton. Dans une discussion qui dura plusieurs heures, ils se répliquèrent treize ou quatorze fois. L'avantage demeura si visiblement à

DE MON TEMPS. :ij5

Gilmore que y bien que ^SfmpTQsite du parlement contre Argyle allât jus(f|||à^}e prévenir en faveur de tout ce qui tendait ï'Wircir Faccusé, celui-ci, lorsqu'on recueillit les voix, fut déchargé, à une grande majorité, de toute compli-^ cité dans la mort de Charles h^. Il en exprima une joie* excessive, et, après ce premier témoignage rendu à son innocence , il parut ne plus se soucier de ce qui pouvait désormais lui arriver. Il ne s'agissait plus maintenant que d'incriminer son adhésion ai^[ usurpateurs. Le débat s'annonçait pour devoir durer long-temps. Le comte deLowden, parent et amî particulier d' Argyle, autrefois chancelier, et qui passait à juste titre pour rhbmûie le plus éloquent de son temps, car il possédait une inépuisable richesse de pense'es et de langage , avait préparé un long et savant discours sur ce troisième chef. Il avait recueilli un grand nombre de décisions de théologiens et de jurisconsultes ; il avait ramassé dans l'histoire , et principalement dans l'histoire d'Ecosse y une copieuse moisson de faits , le tout tendant à prouver que la soumission à un usurpateur triomphant n'avait jamais été réputée crime ; mais qu'au contraire, dans toutes nos révolutions intestines, les hommes qui avaient le mieux mérité de la couronne étaient ceux qui avaient su conserver leur crédit, en se soumettant de bonne grâce au parti vainqueur, et ainsi s'étaient mis

à même de la rétablir , après la plus vip^isnte secousse ^ dans ses droits et s^ splepdei^f . L'issfi^ du procès deyenait incertaine ^ lorsque l^pqk qui y par une bassesse inexcusable ^ ay^it ^ si^r pj^ entrefaites y clierché et trouvé dans s^^ correspondance d'anciennes lettres d'Ârgylfs, empreintes du :^èle le moins équivoque po^ir le $upeps de }a cause révolutionnaire, fit passer ces }<sttres pn Ecosse, ^près qu'elles eurent été lues en p^ein parlement^ il devint impossible de soutenir que Tadhésiof) de Taccusé avait été feinte ou forcée Ç^pepc^ant ]\fopk fut uniyersfsUement blân^é poip* avoir ^insj trahi l'ancienne intiipité qui existait entre çi^x. Le comte de Middleton fut blâipé également y et avec nop moins de justice , pour avoir Tiolé les formes . en ordonnant la lecture de ces nouvelles pièces y qu'il avait reçues par un exprès y après que les débats avaient été entamés , et que le parlement ayait prononcé la clôture de la preuve. Quoi qu'il en soit , cette lectiire réduisit au silence tous les amis d'Àrgyle durant le reste du procès : ils jugèrent même à propos de . se retirer, et il fut condamné comme «coupable de haute trahison. Le marquis de Montrose refusa de voter : il confessait ayôir trop de ressentiment contre l'accusé pour être son juge. Il i ayait d'abord été résolu que le condamné serait pendu ^ comme j'ayait été le marquis de Moiitrpse^'mais la majorité décida qu'il serait 4éca-

DE MON f EMPS. 277

pîté, et que sa tête serait exposée au même lieu où avait éié înîse celle de Slontrose. Argylè reçût son arrêt avec recueillement, et se disposa à mourir avec un cduràgè qu'on n'àttehdaîi pas de lui.

La veille aè sa mof t , il écrivit au Roi pour jùstiner ses intentions et tout ce qu'il avait fait pour le succès du côvenant. ï)àns ceiie leitrè, en outré, il protestait de son innocence quant à la mort du feu roi ; il témoignait une grande résignation à la sentence qui le condamnait; il souhaitait à Sa Majesté un règne long et heureux; il confiait enlîn à sa clémence le sort de sa famille et dé ses énfans , et la priait de né pas faire rejaillir sur eux là faute de leur père. Le 27 mai, jour marqué pour l'exécution , il marcha au supplice avec lé recueillement le plus grave , mais en même temps avec la plus inébranlable fermeté. tJn nombre assez considérable de grands seigneurs, ses proches ou ses amis , et quelques ministres l'accompagnaient. Il parla pendant une demiheure avec tous les signes de la sérénité. Cunningham , son médecin, m'a dit qu'il lui avait tâté le pouïs dans ce moment, et qu*il l'avait tiJ-ouvé dans son état ordinaire , calme et fort. Il se défendit encore , dans les termes les plus solennels , d'avoir été, en aucune façon, confident ou complice de la mort du Roi ; il pardonna à ses ennemis ; il déclara se soumettre à sa sentence , comme

à la YoloDtë diyioe; il s'étendit sur la justification du'Covenant, qu'il appela la cause et Fouyrage de Dieu; il exprima de vives craintes pour les tristes ëyénemens qui se préparaient; et il exhorta tous ses compatriotes à rester inviolablement attachés au covenant ^ et à mourir plutôt que de trahir leur conscience. Il fit un noble et touchant adieu à tous ses amis ; et, après avoir prié quelques momens en particulier ^ il eut la tête tranchée.

La mort d'Argyle fut plus belle que ne s'y attendaient ceux qui connaissaient bien sa vie. C'est ce qui donna lieu à l'anecdote suivante, qui m'a été racontée par le comte de Crawford lui-même. Ce comte y qui avait été de tout temps l'ennemi d'Argyle , sortit de la ville le jour de son exécution. A son retour , la première fois que le comte M iddleton le rencqntra , ce seigneur lui demanda s'il ne croyait pas que l'âme d'Argyle fût en enfer. Crawford répondit que non; et, voyant son interlocuteur tout surpris, il ajouta qu'il avait toujours connu Argyle pour un grand poltron, très-timide surtout à l'endroit de la mort, et que, puisqu'on assurait qu'il était mort avec une héroïque fermeté, ce ne pouvait être qu'en vertu d'un secours particulier d'en haut ; car certainement une pareille fin ne lui était pas naturelle.

Quelques jours après , fut également exécuté le ministre Guthery. On lui reprochait d'avoir

DE MOW TEMPS. ^79

eu part à la remontrance^ lorsque le Roi était en Ecosse^ et d'avoir fait imprimer un livre sous le titre de Causes de la colère de Dieu contre la nation^ dans lequel il qualifiait d'apostasie insigne la condescendance qu'on avait eue de traiter avec le monarque , de lui présenter le covenant , et de l'admettre à l'exercice de l'autorité souveraine. Mais l'audace avec laquelle il avait nié que le Roi fût compétent pour juger ses sermons^ la protestation qu'il avait faite contre son intervention , enfin l'écrit séditieux qu'il s'était efforcé récemment de faire avouer à d'autres , furent les points dans lesquels se circonscrivit plus particulièrement l'accusation juridique. C'était un homme résolu et opiniâtre. Aussi, lorsque son conseil lui offrit les moyens de défense légale y il les rejeta , et se chargea lui-même de son apologie. Il confessa et justifia tout ce qu'il avait fait comme conforme aux principes et aux usages du clergé^ qui avait soutenu, de tout temps^ que les points de doctrine développés dans les sermons ne tombaient point sous la connaissance des cours temporelles avant que l'Eglise n'eût préalablement prononcé ; ce 4||nt il apporta une foule de preuves très-ennuyeuses. Il ajouta qu'en protestant contre l'intervention du monarque, son intention n'avait pas été d'insulter sa personne , mais qu'il n'avait songé qu'à sMpargoer les frais et dommages. Le comte de Middle-

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ton avait un motif particulier de haine contre Guthery, qui Tavait excommunié pendant les derniers troubles ; de sorte que l'ardeur avec laquelle il pressa sa condamnation fut généralemeent mal interprétée. Tout ce que Faccusé dit pour sa défense était aussi peu propre à le faire acquitter, que capable de compromettre le corps entier des presbytériens; car enfin il aTait démontré, jusqu'à Févîdence, qu'il avait agi selon leurs principes. Ces principes parurent d'autant plus odieux qu'ils renfermaient quelques unes des plus détestables maximes de l'Eglise romaine; celle entre autres qui faisait de la chaire un lieu privilégié, du haut daquel un homme peut impunément souffler la révolte et la trahison, pourvu qu'il se trouve un tribunal ecclésiastique qui consente à le blanchir. On se prévalut donc beaucoup de cette circonstance , pour montrer à quel point l'esprit qui avait animé jusqu'alors le presbytérianisme se rapprochait du papisme. Résohi d'ailleurs qu'on était de faire un grand et public exemple sur un prédicateur, on choisit Guthery. Ce fanatique déconcerta toutes les mesures de ceux qui eussent désiré le sauveur, bien loin de les seconder par quelque démarche de soumission. Quoique l'acharnement du comte de Middleton contrée lui fût pour tout le monde un objet de dégoût , le comte de Tweedale fut le seul qui se prononçât contre sa mise à mort. Il dit que le

I)anmsS€ftoënt avaiit été jrts^u'al6r& le châtiment le pltià fort infligé atitx prédicafeùt'ô pour Ièui!'s opinions; il connaissait d^ailleursGuthèry pour Uii hàtame ardent en fait d'attaques et de protoCatîons pfersûnnelles^ et il désirait que de telles consîdétâtioni^ n'eussent pas une trop grande pai*t tkns la condamnât ioù qui allait peser sut lui. Gnthery fut néanmoins condamné à la péth« Capitale. Je Pâti Tû exécuter. Ce fut moins de la résolutioni qu'il montra qtfun parfait méptis de lai mott. Il parla une heure , de dessus Féchellé , avec un' sang-froid qui annonçait plutôt un prédicateur qui débite un sermon , que rhomme qui pi^oûonce ses dernières paroles. Il justifia toute sa conduite^ et exhorta le peupte à demeurer fidèle au covenant, qtfil eïalta dans les termes les plus pompeux. Avec lui fut pendtt aussi tm céi^tain' Gouan , qui atait déseWé Taï-mée pendant que le Roi était en Ecosse , et passé dans celle de Gromwell. C'était un homme inconnu, et qui itVcquit quelqiie importance que par la nature de sa condamnation, venue si long- temps après le délit qui la motivait.

Ri«n ne fit plus éclater Finiquité odieuse de la cqur que son indulgence pour M accloud d'Assîn , qui avait trahi le marquis de Montrose, et avait été enfermé pour cette perfidie. Cet homme avait feit de sa prison un repaire de débauche et d'impiété. lî ne cessa d'y donner des fêtes et des

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divertissemens qui lui firent tant d'amis que; malgré sa bassesse et ses crimes , il fut pleinement acquitté.

Le procès de Waristoun fut bientôt terminé j TU son absence» On prouva qu'il avait présenté la remontrance ; qu'il avait reconnu l'autorité de Cromwell ; qu'il avait siégé dans son parlement «n qualité de pair; qu'il avait cherché à consolider le protectorat^ et qu'il avait été aussi un des membres du comité de sûreté : en conséquence il fut condamné à mort. Swinton^ qui avait été également condamné par le parlement de Stirling pour avoir embrassé le parti de Cromwell ^ fut cité ^ afin d'être entendu sur ce qu'il pourrait dire pour que la sentence portée contre lui ne fiit pas exécutée. Depuis il s'était fait quaker. Il convint de toutes ses erreurs passées avec une simplicité qui toucha le parlement y et du mauvais esprit qui l'avait précipité dans tous les écarts dont on l'accusait ^ avec tant d'onction et de candeur qu'on l'eût dit détaché de la terre et indifférent à tout ce qu'on ferait de lui ; en sorte que y sans avoir demandé ni grâce ni délais il attendrit tellement ses juges ^ qu'ils le recommandèrent au Roi ^ comme un des hommes les plus dignes de sa clémence. Le comte de M iddleton condescendit facilement à leur pitié 9 en haine du comte de Liauderdale ^ qui avait déjà obtenu les dépouilles de Swintw* Celui-ci

aurait eu deux bons points de droit à plaider : l'uB, que les registres qui renfermaient les pièces de son procès étaient perdus avec tout ce qui s'était fait à Stirling ; l'autre, que le parlement étant annulé par l'acte rescisoire, tout ce qu'il avait fait était comme non avenu. Mais il ne fît valoir ni Tun ni l'autre; car, supposé même que les nullités du premier procès eussent été admises, sa conduite postérieure fournissait d'amples matériaux pour un second procès de la même nature que le premier. Il avait été en effet l'homme de rEcosse à qui Cromwell avait marqué le plus de confiance , et qu'il avait le plus employé. Ce n'est donc qu'après la concession de l'acte d'amnistie qu'il put se regarder comme à l'abri de tout danger.

La session du parlement avait atteint son terme sans qu'une seule voix se fût élevée pour demander un acte d'amnistie» Voici le secret de ce silence étrange. L'établissement de l'épiscopat était résolu^ et comme ceux dont on attendait le plus de résistance étaient ceux en même temps dont la conduite politique offrait le plus de prise , il parut habile de les tenir dans l'appréhension , jusqu'à ce que les changemens projetés fussent accomplis. Cependant le comte de Middleton reprit le chemin de Londres , et reparut à la cour , l'ecomniandé par de nouveaux services , dont son orgueil lui grossissait encore le mérite. Il aspi-

rait à la cbarge de lord-trésorier; et^ dans cette vtie , il dît au Roi que, si son projet était d'établir l'épiscopat 6n Ecosse , il fallait éloigner de Taidmfnisti*a{i6ti le comte de Crawford, presltytérietr connu ; qu'il n^y àVaît ^ué ropinîôù où Fon serait du zèle de Sa Majesté pour cette fbtme de goitvernenient qui pût la faire sortit victorieuse àes nombreuses oppositions qu'elle rencontrerait : or , il né serait pas possible de convaincre la nation de la réalité dé ce zèle, tarit qu'elle verrait en de telles ïnains la baguette blanche. H fit plus eâCore; à la première séance du coriséil écossais après son arrivée , il rendit un compte détaillé dé la conduite du parlement , et il exalta ]f)ompeusement le zèle et la loyauté qu'avaient témoignés la plupart de ses membres, tandis que quelques autres , à qui le Roi avait non-seulement fait grâce, mais qu'il avait encore honorés du plus haut degré de sa confiance , avaient été , lé plus souvent, pleins de tiédeur pour son service, ou même quelquefois lui avaient été manifestement opposés. Le comte de Lauderdale était malade ce j our-ïà . Le comte de Crawford prit donc sur lui de relever cette dernière réflexion , d'autant plus qu'il la crut, avec raison, dirigée cohtre luimême, pour s'être opposé à l'acte rescisoire. Il dit que , quant à lui , il avait observé une telle ùiiariimité dans le dévouement au service du Roi, qu'il ne connaissait personne qui eût manifesté

DE MON TEIdPS. 385

uo au trie sei>tifnept; pi qu'^i) cppséqvience H demandait q^^ le cgmtp 4e IVIiddle^op s'expliquât plus cl^irefu^Qt ^ p\, pommât lfs$ perspnn^s. Cfsluici sien pi^pusa , sous prétiexte qu il pe voulait ^cciiser personnej^ disant que seulement il s'était cru .pbligë ^ ne pfis laisser ignorer au Jloi )a luar i^ière dppt il ayait été servi. Son adyersaire le prisçsa '4^ noi|yeau de spécifier uue imputiitioa aussi giénérale. « Nul dofj^te ^ dirait le comte de « Crawford> qu'iep particulier il nUnforme le (( Roi du pom des coupables; mais^ puisqu'il en « a déjà tant dit en public^ il doit» en honpeur^ (( pp riep déguiser. » Le comte de Middleton ne put se d^jSsndre de quelque confusion » car il ne s'attendait pas à être poussé si myement. Four se tirer d'epabarras» il se jeta sur l'opposition que \p comte de Tweedale ayait formée à la condamnation de Guthery» et sur les indécentes réflexions qu'il s'était permises à ce propos» comme si ce ministre* séditieux et fanatique avait été la yictime des ressentimens personnels du Roi ; et .^iusi» pai;un revirement plein de malice^ Middleton transportait au Roi une leçon amère , que le comte de Tweedale lui avait faite à lui-même» et mf^s que personne s'y fût mépris dans le parlement. Le comte de Crav^ford se contenta de répondre que le comte de Middleton aurait dû arrêter l'orateur au moment même où il se laissait aller à de coupables insinuations» et nul doute que

le parlement n'eût vengé la dignité royale offensée; mais, ajouta-t-il, on a toujours regardé comme contraire à la liberté de la parole dans un par^ lement, de faire uncrinfe aux gens d'ezpres^ons échappées dans le cours d'une discussion , lorsqu'elles n'ont pas été reprises et censurées aussitôt que prononcées. Middleton allégua, pour son excuse, que le temps de la censure s'était écoulé avant qu'il en eût senti toute la portée , et il demanda pardon de cette omission. Le comte de Crawford , satisfait d'avoir détourné l'orage qui le menaçait personnellement, garda le silence sur ce qu'il y avait à dire en faveur de Tweedale; et ainsi, personne ne prenant fait et cause pour ce dernier , un ordre partit incontinent pour le faire arrêter, et pour l'examiner tant sur ses paroles mêmes , lors de l'affaire de Guthery , que sur le sens qu'il y avait attaché. Ce n'était pas le moment de se montrer chatouilleux sur sies privilèges, et de se prévaloir de la liberté des discussions.; aussi Tweedale n'en fit-il rien. Il envoya seulement un compte exact de ses paroles, et avec une explication telle que le Roi fut satisfait, et, qu'après un emprisonnement de quelques semaines , il fut remis en liberté. Cependant le comte de Middleton souleva contre lui tous les gens de bien par une telle accusation, à la fois contraire à^ la liberté des débats et destructive de l'indépendance parlementaire. Elle attira d'au-

tant plus de blâme sur son auteur que > peu après la conclusion de l'afiaire. de Guthery/^il avait ^ sur Tinvitation de Tweedale , paru chez lui dans une grande fête. Il sembla que c'était violer les lois de l'hospitalité que d^avoir dans son cœur un aussi mauvais dessein contre un homme ^ et de venir ainsi receVoir dans sa maison toutes les avances d'un bon accueil. Tout ce que M iddleton [fut dire pour* son excuse fut qu'il ne songeait pas à nuire au comte de Tweedale 9 mais que le lord-trésorier l'avait pressé si vivement de s'expliquer sur une plainte qu'il avait faîte eh général ^ qu'il n'avait pu s'empêcher de nommer quelqu'un y et que nul autre ne s'était présenté à son esprit.

Il eut un autre démêlé d'une plus grande im- ' portance avec le comte de Grawford. Il s'occupait de la levée des gardes dont les frais de solde et d'équipement devaient être pris sur la nouvelle excise accordée en parlement. Il demanda donc que cette excise fût perçue par des collecteurs qu'il nommerait en sa qualité de général^ afin de ne point dépendre du trésor pour la paye des troupes qui seraient sous son commandement. Le comte de Grawford s'opposa à cette innovation k très-juste titre, puisque tous les revenus accordés au monarque devaient , en vertu des lois , entrer dans lé trésor. L'Ecosse ^ disait-il ^ n^est pas en état d'avoir deux trésoriers ; et^ quant

a89 HISTOIRE

i la nécessité prétendae de teoir toujours prCte ^ assurée U paye de l'armée y qui deyiepdrait au* trement un fardeau pour le royaume j le Roi était le maître > et tous ses ordres; quels qu'ils fussent > du moment ou il jugerait convenable de les envoyer au trésor^ seraient ponctuellement exécutés. Il ajouta que jamais général n'avait élevé une préteution pareille > à moins qu'il n'as^ piràt à l'indépendance 9 et se^flattât ainsi de par* venir à se rendre maitre de l'armée. Le fait est que le comte de M iddleton savait que le produit de l'excise dépasserait les sommes nécessaires au paiement des troupes y et il comptait que> si une fois la perception était dans ses mains ^ il obtiendrait facilement au bout de l'année la concession du surplus. Quoi qu'il en soit ^ il échoua et fut réputé battu par le lord-rtrésorier. On le blâma généralement à la cour ^ pour avoir com-* promis son crédit en l'employant dans une ten-* tative aussi contraire aux usages et à la raison* On agita ensuite dans le conseil ce qu'on ferait des biens de lord Argyle. Le Roi inclinait à les rendre au lord Lorn ^ malgré toutes les peines qui furent prises pour lui pei*suader que le zèle pour son service j dont ce seigneur n'avait cessé de donner des témoignages » n'était qu'un artifice concerté entre lui et son père » pour mettre sa famille à l'abri de tout événement. Cet usage des pères et de leurs fils y disait-on y d'embras^

DE MOrf TEMPS. 28g

ser à dessein des partis difTérens ^ avait été de tout temps assez commun en Ecdssê. Le marquis d'Ârgyle^ d'ailleurs^ avait pris> ajoutait-on, des Toies fort extraordinaires pour agrandir sa famille et lui créer une sorte de souveraineté dans les montagnes. Le marquis de Huntley , par exemple , avait épousé sa sœur ^ et , durant leur amitié , Argyle s'était porté sa caution pour quelques dettes. Voyant ensuite que son beaufrère négligeait ses affaires > que de plus il avait embrassé le parti du Roi , et que , par ce doublé motif > sa ruine était certaine y alors , sous prétexte de se mettre lui-même en sûreté ^ il acheta, en Qualité de premier créancier, les biens de Huntley, qui lui furent, selon l'opinion générale^ livrés à un très-bas prix. Les amis de la famille des Huntley pressèrent instaniment lé Roi d'accorder à son héritier la confiscation de la partie des biens d^ Argyle qui leur avait autrefois appartenu^ Le jeune marquis de Huntley , maintenant duc dejGprdon^ l'obtint en effet; Il n'était alors qu'un enfant ^ et on ne prenait aucun soin pour l'élever dans là religion protestante. Le marquis de Montrose et tous les autres dont les fortunes avaient été ruinées par le parti dont Argyle était le principal chef, attendaient également des dédom* magemens sur ses biens, qui étaient , il est vrai , très-considérables , mais cependant hors d'état de suffire k toutes ces demandes. On pensa aussi li 19

«sses généralemetit que le comte de Hfiddflètoà s'en 'promettait la plus grosse portion : en sorte qu'il concourut avec le lordLorn, quoique dans des rues bien différentes y à écarter là nuée de prétentions qui s'étaient élevées.

Mais y de toutes les questions relatires à l'Ecosse y aucune n'était plus importante que celle du rétablissement ou de l'irrévocable abandon dé l'épiscopat. Le comte de Middleton assurait le Roi que la plus grande et la plus honnête partie de la nation &îsait des vœux pour lui. Un synode ne l'avait-il pas demandé en termes assez intelligibles? Et quant aux autres, s'ils n'avaient pas manifesté le même désir , c'est qu'aprK le rôle qu'ils avaient joué dans lés guerres civiles, ils avaient été retenus par un sentiment de décence et de honte. Sharp affirmait , de son côté 9 que les seuls protestaires, faction perverse et dé^ criée, verraient l'épiscopat avec déplaisir, et que parmi les résolutionnaires , il ne s'en trouverait pas vingt qui s'y opposassent. iTou^ ceux qui désiraient le changement s'accordaient & dire qu'il fallait y procéder sans délai , dans la première chaleur de la joie qu'avait causée la restauration , et avant surtout que le bill d'amnistie eût été promulgué.

Le comte de Lauderdale et tous %s amis , de leur côté , soutenaient que la prévention nationale contre l'épiscopat était encore très-forte;

DE ftbil TfeMlPS. ^C)i

que iceai 'c|ùi semblaient si zélës pour son i^étà- Missenient b^étaient animés c^U'e par )è désir et Fespoir deè bonnes grâces îlixAôiV mais^'e ceux qui lui étaient contraires selPàient trouvés at*dens et ôpihiâtres dans léùt opposition* qtie le Roi ehfiki ^perdrait en l'établissait Faffection des Éèossaîs ^ et que la nécessité de le soutenir deviendrait une des tâches les ^lus pénibles et le.<i plu^ (>erilleilses du gouvernement. *Ges considérations qui 9 màlhabilepient présentées, auraient pu dé-* couvrir dans leur auteur un dévouement prononcé àti presibytérianisme ; te comte de Làuderdàlet sut les ^àiVe tot#ner au profit de son crédit sm* Te Roi. Il lui persuada en effet qu'elles étaient dîétéil^j^ar le seul désir de le voir assuté de PÉdHIre , 'a6n ^ue Wà grandeur et soà autorité ne trouvassent t>ltis d'obsYâcle; dàùis quelque projet qu'il s'engageât dans la suite.

lié Roi , cependant i ne goûtait que froidement les conseils dé Mîddlelbn et de Sharp. Il 'se rappelait fort bien , dî^it-îl , Tàversion t^u'il avlït lùl-ii^êtôie orbsertee dans là masse du (peu*pie écossais j>otir tout ce qui ressem^ble à une suprématie dans l'Eglise. Mais ils répondaient à cela que l'insolence du parti- pre^sbytérien pendant qu'à gouvernait y et le^ dix ans d'usurpation qui avaient suivi, avaient tellement changé la tendftncb des eisprîts^ qu'ils ne ressehiblaieot p^ânt à ce 'qu'ils étaient durant le séjour dé Sa

:ig2 HISTOIRE

Majesté en Ecosse. Le roi haïssait naturellement le presbytérianisme; d'ailleurs ^ ayant assemblé à cette époque un nouveau parlement qui épousa chaudement les intérêts de l'Eglise anglicane , et commençait à se plaindre de ce qu'on avait fait évacuer les villes d'Ecosse par les garnisons de l'armée anglaise ^ il se laissa entraîner^ quoique avec une répugnance visible» au changement du gouvernement de l'Eglise de ce royaunaie. Cette répugnance , qu'il fut aisé de reconnaître y fut attribuée au dégoût qu'il avait pour toutes les matières religieuses , et à la crainte de plonger son gouvernement dans de nouneaux embarras. Mais le point de vue où l'avait placé le comte de Luuderdale était le vrai motif de sa froideur. Le comte de Clarendon montrait une grande ar^ deur pour l'épiscopat^ aussi-bien que le duc d'Ormond. Celui-ci prétendait qu'il serait bien difficile , tant que le presbytérianisme subsisterait en Ecosse y de préserver l'épiscopat en Ir^ lande 9 parce que les comtés du Nord , les plus peuplés et les plus riches ^ originaires d'Ecosse > se modèleraient toujours volontiers sur ce royaume.

Au milieu de la diversité de sentiméns que nous venons de signaler » là question fut posée dans un conseil écossais tenu à Whitehall. Le comte de Crawford fut le seul qui se déclara contre le rétablissement des évêqués* Le comte de Lau^

DE MON TEMPS. ^gS

iterdale^ le duc de Hamilton et sir Robert M urray furent d'avis seulement de différer la tentative , jusqu'à ce que le Roi se fût mieux assuré qu'elle serait "bien accueillie par lu nation. En résultat de la délibération ^ tous les autres conseillers ayant opifié avec chaleur pour les changemens ^ une lettre fut écrite au conseil privé d'Ecosse , pour l'informer de l'intention où était le Roide rétablir l'épiscopat et lui demander son avis. Le comte de Glencairn donna ordre de lire la lettre au conseil, après avoir eu le soin de s'assurer que les personnes qu'il savait devoir en approuver chaudement le contenu seraient toutes présentes , afin que par là ceux qui auraient été tentés d'ouvrir un avis contraire fussent intimidés par le nombre et la vivacité de leurs adversaires ^ et gardassent le silence. Personne en effet ne parla contre ^ si ce n'est le comte de Kincardin. Il proposa de cher-' cher et de prendre les meilleurs moyens pour connaître le vœu réel de la nation^ et d'en informer le Roi, hvant d'appuyer par leur avis un projet capable, sinon de mettre en désordre , du moins d'embarrasser toute la marche des affaires. Quelques reparties amères furent échangées à ce propos entre le comte de Glencairn et lui ; et c'est à cette légère contestation que se borna toute l'opposition du conseil privé. On répondit donc à la lettre du Roi , en l'encourageant à persévérer dans sa résolution et en l'assurant que les changemens

qij^'^l pë4it4it seraient rfeçus par la presc^ue totalité de TEcosse ayqc une Tiyè satisfaction.

Cette réponse; fit cesser tQi:^te$ l^es- Msitatioiis. |1 ne s'agissait pli^s qt^e 4'avber aux ipo^yensi et au choix des hommes qu^oq çmploierait. Sheld,oa^ et en général to^s les eTequ^es de l'Ânglete^ 9 avaient çn ayersion quiconque B,y9^\X àdhérç au coyçnant« Ils se mireqt donc à la Recherche de to^us les débris du cler^ç épiscopaL^ chassé d'Ecosse au conimeaçement des troublçs^ poit^ y. prendre Les nouY^eaux dignitaires. De ^ofis^ les anciens éyéques un seul avait sury^çcu, çt c'était Sidse^fe^ ancien évêque de Gallp*w«)y. U était venu a lipndres^ daus Uespoir d'etrq çleyé à La primatie d'Ecpsse. Mais i\ s.'étai| fait tort rçcemoient pai* quelques irrégularités. A l'apparition de l'acte d'uniformité en Angleterre, en yertu duquel Qo ne pouvait prçtendre à la .possession 4'aucun bénéfice , si l'on n'avai^ préalablement r^çu l'ordi*nation épiscopale, ^idserfç d^yenuiiiqinâi exclusif et refroidi par l'expérience des suites f\\nest^ de SB, violence passée , se mit; , ayec qqe^l^ques autres membres du clergé écossa.is, à o^rdo.i^aç^^ se|qn le pouvoir inçonteste^ble qu'il eff ayai^^ tous ceux qui se présentaient à lui 9 sans exigea* ni sermeps n^i signatures. Comme il ^tai| très-pauvrç y qujelques personnes crurent que ce relâchement provenait de renvie de multiplier les modigucLS profits que rapportait Ifqctroi dç lettres d'ordfi^a-

DE MON T£MPS. ^9^

tion y et de se créer ainsi un moyen de subsigtance* Il en résuljtait que lui et ses confrères inspiraient {)eu de confiance et presque du dégoût aux éyéques anglais. D'autre part cependant ceul^ci répu^ gnaient excessivement à tirer des évêques du corps des presbytériens y dans la pensée que de tels évêques manqueraient à la fois de considéra- ^ion et de zèlie. De teU|es idées s'accordaient mal avec lies vues ambitieuses de Sharp ^ et il s'efforça 4u moins d'^pêcher qu'eUes ne pénétrassent dans Fespri^ du çom^e d£ Ciarendon. Il lui fit entendre que ces anciens épiscopaux étaient depuis trop long-tenaps abs'ens de FJ^cosse pour n'avoir pas de fausses notions sur la génération présente; qu'ai-* gris par le souvenir de leurs souffrances > ils ne ^rderaient pas à pousser les choses à de fâcheuses extrémités ;^ et que si t parmi I^es évêques, il y en avait une partie qui , fiers de la rigidité constante e( janiais démentie de leurs principes, regar* dassent de mauvais œil ceux qui se seraient laissés entraîner par Le tprrent^ il n'y aurait plu9 ni union ni harmonie dans leur conduite; l;andis qu'au contraire des gens unis par les. niémeç principes de modération seraient plus uniformes dans leurs opérations. Le comte de Clarendpn se laissa persuader d'autant plus facilement, qu'il vit la froideur que le Roi apportait à cet^ affaire; il résolut de la conduire avec tous les teniperameiis possibles, et ne doutant pas que Sharp ne fût

l'homme qui saurait le mieux allier un zèle ardent pour le but à une grande modération dans les moyens , il engagea les é^êques d'Angleterre à s'en remettre entièrement à lui de la direction de l'entreprise. Arrive au terme de ses longs efforts 9 Sharp jeta le masque et ayoua hautement qa'it allait être archevêque de Saint-André. Il crut cependant encore devoir dire à des personnes qui me l'ont repété , que , s'il s'était laissé imposer cette dignité^ c'était seulement lorsqu'il avait vu le Roi irrévocablement décidé à changer le gouvernement de l'Église écossaise 9 et prêt à n'élever à l'épiscopat que des esprits violêns et emportés qui auraient bouleversé le pays; il avait voulu intervenir dans la lutte comme modérateur y et mettre du moins à Tabri de l'orage une foule de gens de bien^ qui sans lui en auraient été les victimes. C'est ainsi qu'il semblait se complaire dans l'artifice et la dissimulation ^ et qu'alors même qu'il se préparait à devenir persécuteur, il ne parlait encore que de charité et de modération. Sidserfe écarté eut l'évêché des Orcades, un des plus riches de l'Ecosse cependant , mais qui de tout temps avait été considéré comme une sinécure. Il cessa de vivre un peu plus d'un an après sa nomination. Il serait mort plus estimé s'il était mort un an plus tôt. Sharp eut ordre de trouver des sujets propres à remplir les autres sièges. Qn s'en reposa uniquement sur li^i de gç

DE MON tEMPS. 397

soin, et le choix fut généralement détestable: Deux hommes furent appelés en Angleterre pour y être consacrés , Fairfôul , destiné à l'éveché de Glasgow, et Hamilton , frère du lord Beïhaven, à celui de Galloway* Le premier était un plaisant et facétieux personnage, insinuant et rusé, plus savant en médecine qu'en théologie. Il s'en fallait peu que sa vie ne fût scandaleuse , et il n'était éminent en rien qui concernât ses fonctions* II avait non-seulement prêté serment au covenant, mais il avait persuadé à d'autres de suivre son exemple; et lorsqu'on lui objectait qu'il avait agi contre sa conscience , il répondait qu'il y avait de très-bons remèdes qui ne se mâchaient point mais s'avalaient , et que , puisqu'il était évident qu'on ne pouvait vivre en Ecosse sans prêter ce serment, il avait bien fallu l'avaler, sans examen, comme une pilule. Quelle qu'en soit la cause , bientôt après sa consécration ses facultés baissèrent à tel point qu'en peu de mois, après avoir passé toute sa vie pour un des plus fips matois dé l'Ecosse, il tomba presque en imbécillité. On peut aisément présumer quels commentaires firent les presbytériens sur cette subite métamorphose. Sharp m'en a parlé, en la déplorant comme un des grands malheurs qui eussent ?fflîgé le parti épiscopal. Il me dît qu'il n'y avait pas un mois que Fairfôul était à Londres , que son Çsprit avait commencé visiblement à décliner,

S98 BISTOIEE

HAmilton.était ofitureUei^ieni boppêtç^iniis faillie. Il ayaH toujours pa.ssé pour.episco|^l/. Cependant ilayajt4fios le t^emps.apcjédë i^i^coyeiiaDt» et^ pour sç mettre h l'aVri de tp^t.^oupçqn ^ il. %yait même ij^y^Qté une i&Ç9Q. partiçulièrç de f ^naoigncjt; son zèle^ ILexcopiqi^uniait^ en.dçnnajD^ilies sacr^ine^^ tous ceiw C[ui^lui étaient infidèles ^ çt pour ce)a> eiyxpiiuqtant une forme d/s Ifançien Tes^a^€|nt) il sççouaitUvU pap^des^ rpbe^ ^n disant: « Ain^ije « i;^ette.de l'Egl^sç e,^ delà commi^pMjn d^s sftints « ^j;s lcp5 ^e^iteurs hypooifite^s, ^ covenant. »

A cç^ trpis eVêc[^ç; onen, aj9u^^ ^^ quatrième, qui, se. trpv»vait aloi;§ k Ïi0i»d^.^s, à §pn rp^ourdes l][a.in^^ où il. avait, étjé po.^r sa ^anté^ et ^ur lequel j.e m'étendrai (^vantagç. ^ était, fils du docteur Leigbton qui, du temps de rarchevêque Laudi avait^ publié le plaidoyer ds iSKo/z çqntpe les prélats, ppur lequel il fut condamné par la chambre é^Uée à ayqir les oreilles coupées et Ije nez fendu. Ce, doct^eur Leigbton était un espri^ yiolen^ et dj'i^nç opiniâtreté indoi^ptable. Il envoya en ElçoQse^ pour y être élevé, son fils aîné Robert, qvii djè3 3a jelj^lç^se acquit; le r^nom de saint. Ro^ bert était né avec un esprit prompt e^ ^çiiç, bea\icpijp de pénétration , et i;pe vivacité charmante ^^ pçQs^es et d'expre$sion$. Il écrivait en latio ayep ^pe purpté et ^ne aisance qui n'cm^ j^o^f!^^ été 4g^léc^ par personne. Il possédait aiissi ^ Sjonà le grec et l'hébreu , et il avait parcouru

DB MON TÇMPS. ^99

tout lç| cercle des; cpqj^j^ii^^^ançe^ tJ^çc^lQgiqijes , mais ep s'arrétant plu3 partîcalièrement swrL'er tudç des Écritures; et^ ce qui vaUit ç»içi;^x encore , il avait le sei?i,^imeat le plufr noble ?t ie,)^lù^ ç.leyé des ctoses d iy ine^ giie j'aie jamais. rjEîncppr trév U négligeai^t ej^çessiçyç^eot s^ per^oçiiçî, cft R'y ^oi^gç^it (j^e pour la tf^o^Xi&er p^^à^^ hnh\tflide^ de tçmpe'ç^oçç telles qu^e. s^ vie ^Çtiè^e jç^'4taît qu'un Ipog jeûpe. l\ méprisait çg^leçiçpt, |pç

riphe^es et la ïéput^^iQn. Il ?epiMi ^^«IT §^ l^i la, ^^oiudre, ^dee pojçsijblje., et d^'sirçi:, quç^ les jaiitJCes l'cîstiqias^Cî^^t aussi ba^ qu'il ç'e§lv»aVi ^uimçmp^ Il supportait toute sçrjtç ^ç mai|ya[îs tfaîtejpçiens. et de r/^roçhe^ , çu t^iOfl^me qu^ y prÇfif^M plaisir. Il ai v^^t si bi|çu dfl^mptg 1^ yipl^eççç Ç^turelie de §on çfiractère quç , pendant vi.i^g^ aps de riptimitë la p\us eqtitre avec liji , ^% ijf^algvp, ijiue gr£t^de yariét^ d'accid^ns et de secousses ^ je n'ai jamais observe eu lui^ sauf dans ^^ç seule occasion , le plus léger sjgpe d'emporteiuçpt- Il s'était impose ^ut de serieps;; et de g^avit^ quç je ne l'ai jamais vu ririe , e,^ i\ ne. souriait qi^e ^rçsrarement. Il avait un.^ hç^bifudj^ ^i çpqstfipte 4e U réflexion , que j,e ne me rappelle pfi§ lui ayoîf eutepdp p^onQjD(;er un mot inutile. T^ous ses discpui:$ tendaient visiblement à s'exciter it dçs pensées» sérieuses et à y amener ceux ayec qui il s'e^ptretei^ail. On l'aurait dit ^s^us un^ méditçitiop perpétuelle ; et^ quoique toute sa vie ait été

Sop HISTOIRE

remplie par des austërités et des occupations ascétiques y il n^avait rien de cette sécheresse de ca-* ractère qui généralement en est le résultat. Fer* sonne n'a jamais été ni plus éloigné de toute superstition^ ni moins enclin à censurer les autres et a leur imposer sa manière d'être et de penser. Il ne leur recommandait même pas de le suivre. Il disait que les caractères étaient très-divers ^ et que chacup devait veiller sur le sien pour en tirer le meilleur parti possible. Lorsqu'il parlait religion, ce qui était l'objet habituel de sa conversation y c'était avec une telle élévation qu'en l'écoutant je me suis rappelé souvent les paroles suivantes pour m'en faire l'application : Ne sentions-nous pas nos cœurs brûler au dedans de nous , tandis qu^il nous parlait ? Ses pensées étaient vives , souvent même étranges et surprenantes^ mais néanmoins justes et naïves. Sa vaste mémoire renfermait le trésor inestimable des plus belles et des plus sages maximes tant des auteurs païens que des auteurs chrétiens y et il en faisait une application toujours heureuse. Il avait été élevé dans l'aversion la plus prononcée de toutes les formes du système anglican. D'Ecosse son père , l'envoya voyager. Il paasa* quelques années en France, et il parlait la langue de ce pays comme s'il y était né. Il revînt ensuite s'établir en Hollande, et y reçut l'ordiiîation presbytériennct M^is il ne'tarda pas à se dépouiller des préjugés.

DÉ MON TEMPS. 3oi

de son éduqàiion« Ses sermons étaient suUimes à la fois par la pensée et j^r l'expression. La grâce et la granité de sa prononciation étaient telles qu'on ne pouvait l'entendre sans une profonde émo^ tion : je déclare pour ma part que cela ne m'est jamais arrivé. C'était une manière si différente des autres ^ et ^ il faut le dire ^ de tout ce qu^on peut raisonnablement espérer d'atteindre de perfection y que tout prédicateur ne pouvait sortir de ses sermons sans un grand dédain pour lui-même* C'est ainsi qu'il m'humiliait profondément^ et qu'après l'avoir entendu je ne pouvais de quelque temps supporter l'idée de mes compositions y et l'idée surtout d'être forcé de remonter en chaire* Son style péchait peut-être par trop d'élégance ; mais il avait toutefois tant de majesté et de charme 9 et il laissait une si profonde impression^ que^ par exemple , je n'ai pas oublié encore les sermons que je' lui ai entendu prêcher il y a trente ans. .Et cependant il semblait se considérer comme un prédicateur si ordinaire que y pendant qu'il avait une cure y il était toujours prêt à em^^ ployer , d'autres orateurs , et que , lorsqu'il fut évêque , il préférait ne prêcher que devant un auditoire peu nombreux^ et ne voulait jamais qu'on, avertît du jour. Il avait à I9 vérité peu d'étendue dans la voix y et il eût difficilement été entendu par un grand nombre d'assistans. Il vit et jugea bientôt le^ extravagances des presbyte-^

5o2 HISTOIRE

riens. Leur côtenattl le reirolta , pâirticuiièrelÀent l'iotolë'rttnde;aY€é laquelle its l'iiapôsaiènt, elpiers^cntaïefDt ceàx qai ne jpeoritôient poilit comme eu^. n trôùra leurs idëeè atisâli petites que leur htiMeur ëfàit aigre> et il les CtUt iticiapables d'en recevoir de plus grande^. Ait^si se fàtigùa^t-îl biehtôt'de leur4oc1ëte\ A peihe paraisi(àit-il jamais dàris leurs à^sëmblëeii. H viVàït dans la pltid l^i'aàde retraite et ne s'occt^lt que deë sotnis de sa pârôlssê de "Ne^bottfe*^ ^rès d'EdimbMrrg. Cependant toute dadissidiefniôe avec les presbytériads se réduirait alors à 'prêcher ti'ne régularité de vie que la nàfure , selon eiii , ne pouvait comporter ; Mà% ^ôh exemple di^^^^à toùj^ôàts ^ doctrine. Dans l'knhée 1648 , il ise déclara potiï* Rengagement ehfaVeù'r d^illoi; HHàh te Icdifite 'de Lothian , c^'ui ViVàit dàhk &)à pk^î^se et avait (pOiir lui une bàùté Tésliriiie , obtint d«s Cônfre-engagistes de ne pfas l'iÉiquiéreï*. ti leur avait néanmioinjs dôûiié beaucoup de prise; ciar qoelqties uns de ses piàrbisisiens , qui avaient figuré dans rengagement^^ àyaàt ^éçft l^ord^é de feire pricifessidnde leïïr ré^ntir^ il leur dit qu'aprèà tlÀe èJfpéditld^ militaire pendant laquelle %ls avai^fùt éÛrèmeiit Négligé léUrs devôtrs enVel's Dfett , «

' ^^éïaiènt recÉ^us coupables d'injusiticés et de rîb^ léiicêîs', dHvrôîgnerie iet autres désordres , Il ^éd^ êkhortait à sVn repentir sérietiàêmënt^ isTafiâ pWfùdrë i^krti dans des querelles pôlitlqUi^sv^ ^^^^

DE MON TBMPS. 3oS

examiner les Ibudemecrii dé là gùétre* Il forma des liaisons àVet ^lusteûrs ^ëf>isco|>àUk^ eàtre atifres avec mon fèté^ et se s^aVàdeplus iibplàft des piWbytériens. Il finî^ p^V leà abandonner toùt-à-fait'^ et quitta ba ][>aroisse^ ne pouvant se résoudre ptiîs lohg-temp^ à faire ce qu'on exigeait de lui. €epef]dant il avait tant de répugnance pour toute altercation qu'il aima mieut se retirer àpietit bnlit qtie dé s'englsiger dans des (Astrutes et des 'rédrifiiinàtiT>ns '; mats bientôt U réputation de sainteté sùr-hûmaiûe dont, il jouis-^ sait porta la ville d'Edinibourg à lui èifrir là direction de son collège , devenue vacante ^Yir ces entrefaites. 11 racfc^pta pàYce qu'elle réiôigna'it du tourbillon des affaires de 1*^Êglise. Il occupa ce poste pendant dix aiis y en jy fdfisant le plus grand bien , car les disdoùrs q^'il teb^ait à âes élèves dS toute capacité et de toiit ràbg %e gick^ vaient dans leur esprit ^ et ^ dans plusieurs d'enté eux '^ontproduit les meilleurs effets. Ules p^échtiit souvent ; et is'il arrivait , ce qui n'était 'pàë ràrt *, qu'on Vint du dehors pour entendre ^és MrùxùùÉfy il les prononçait en I^tih avec une pureté et une énergie qui charmaient fous céuk qui Tèntetidaient/C'est ainsi que Léighton Védttt eb BcôsKe pliïs de vingt àiis dans ta plus hàUte ï^pùtâttôn qùépérsôntië ait jamais atteinte dàlis te toysîtim. Léighton avait lin frèrie bien côbhU 'à latrdUr^ sir Elisha 9 qui lui ressemblait âùtaut "par la

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figure et p«r la viTacité de son esprit qu'il ea d^ërait sur tous les antres points ; car y tout eo aimaat beaucoup à s'enfoncer en couTersation dans les sublimités de la religion ^ c'était un homme très-immoral ^ débauche ^ faux et ambitieux. Il était papiste 9 mais papiste, il est Trai, à sa manière. Le fait est qu'il avait changé de religion pour faire son chemin à la cour. Aussi était-il devenu secrétaire du duc d'York^ et Tami intime de lord Aubigny y frère du duc de Richmond, qui avait aussi changé de religion , s^éuit fait prêtre et aurait été probablement cardinal ^ is'il eût vécu plus long-tempâ. Ce lord Aubigny observait les bienséances y et il avait. plus de savoir et de bon sens que n'en ont en général dans l'église romaine les personnes de sa qualité qui prennent les ordres. C'était néanmoins un homme plein de vices ; et ce fut par là pem-Stre qn'il plut à Charles , qui l'aimait et le considérait à un très-haut degré. Personne du moins n'était plus avant dans la confiance de ce prince y et n'avait plus de crédit sur lui } car il était dans le secret de sa religion et avait été informé plus que personne de tous les projets qu'il méditait pour le rétablissement du catholicisme en Angleterre. Sir Ëlisha lui amena et lui fit connaître son frère. Leighton ne se refusait jamais au plaisir d'entrer en relation avec des gens marquans dans les difiërentes religions.

DB MON TEAII^S 5o5

Pendant les vacances de son colline ^Xeighton faisait des courses y et venait souvent à Londres 9 cil il avait connu tons les personnages ëmi^ nens de la cour de Cromwdl> et des différens partis qui se partageaient la cité. Mais il m'a dit qu'il n'avait jamais rien vu thez eux qui fÙt capable de plaire. C'était des gens inquiets et brouillons ^ dont la conversation et les sermons 9 quand ils en faisaient , étaient secs et insipides y pleins d'idées creuses et d'enfiure. Il passa plusieurs fois en Flandre pour être à même d'étudier l'Église sous tous ses aspects. U y trouva quelque! sectateurs de Jansénius y qui lui parurent des gens d'une trempe extraordinaire ^ et tout préoccupés du projet de ramener le christianisme à la pureté et à la simplicité des premiers âges , révolution qui faisait aussi l'objet de tous ses dé-* sirs. Il pensait que lamaniçdes controverses avait produit les plus grands maux , et qu'on avait exagéré leur importance.

Son frère ^ sirËlisha^ qui n'avait pas une autre pensée que celle de s'élever^ Vimagina qu'il gagnerait lui-même de l'importance à la cour , si Leighton était une fois évêque. En conséquence il en fit concevoir une telle opinion au lord Âubigny que celui-ci fit entendre au Roi qu'un, homme de cette piété et de cette élévation d'esprit pourrait utilement servir à leur grand dessein. On n'oublia pas qu'il n'était point marié.

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Qo prut que ses vertus BiooasUqoes ^ jokites à une gjr^fV^ (àemjuje d'esprit çt à beaucoup d'autres qf^HÏ'^ié&^Ji^r^iwX pn «vojreo de préparer iudirecte^D^t la patîqn «^ catholicisme ^ si même il p'ci^trail: dans Ipurs TUies ^ cair 9on frère n'avait pas craint dédire qiji'il y avait en Im les germes d'uQ i^fttho^ique. Le Roi le nomma doac de soa propre mouvementjr ce qui donna lieu à ceux qui commençaient à ^voir des doutes sur l'orthodoxe du Roi lui-même ^ ^*eu élever sur celle de LeigbtoQ, Il av^it autant de répugnance que po^ible pour sa promotion; mais il fut vaincu p^f* hèfi sollicitations de sir £lisha, qui avait un grand .asqendant st^r lui> c^r il lui cachait ses vice^ AVf^ un gra^d soin , et faisait devant lui de graiildçs de^pnst rat ions de piété. Sir Dlisha» comme je l'ai déjà dit^ n'était guères catholique que de non) et d'apparence : w voici pour e^^empie upç anecdote. qui fît assez de bruit dans soo temps. Quelques membres de l'église anglicane aimaient à ezaltçr l'excellence d« sacrement de la CQmm^nipf» j.u$qu'à a$rmer la prései^ce réelle, et ils ^ cpptentaieiit .de blâmer dans l'église romaine la prétention de l'expliquer^ ou du moins delà définir : Iç Christ est jyésent^ disaient-ils, mais cçpcevoir en quoi et comment est de toute imppsf jJbUi^. Ce jargw était devenu si à la mode que H J(Wi et toute la cour l'adoptèi^nL Un jour donc que le Roi , à l'occasion, dii^quelques rail-

DE MON TEMPS. Soy

lerids sur la transsubstantiation , demanda à sir Elisha s'il y croyait > celu-i-ci répondit qu'il n'en Savait rien , mais qu'il était bien sûr au moins qne l'église anglicane y croyait. <« Comment I dit le Roi eh exprimant une grande surprise. -^ Ne eroyê«vous pas 5 reprit sir Elisha , que le Christ estprésentdela manière la plus inconcevabJe?-^*-Je Taccorde 5 dit encore le Roi. — Eh bien , poursuivit notre plaisant catholique, c'est là précisément la Iranssubstantiation ; car n'est-ce pas la chose'la plus inconcevable qui ait jamais- été inventée?» Lorsqu'une fois on eut obtenu de ijeightan qu'il accepterait iinévêché , il choisit Dumblane, diocèse au&si petit que peu riche. Mais le doyenné de lall^apelle du Roi fut annexé à ce siège. Les odj^es étaient donnés pour la rebâtir, et le vénlràbl^ prélat consentit à en prendre le gouvernement pour y établir la liturgie^r Le clergé anglais fut très-centent de' ses rapports ^vec lui) le trouvant à la*fois plus instruit et«|plus ^prè^'de partager son sentiment sur la plupart des points d'uniformité que le reste du clergé écos^ .sais, dèibt il ne pouvait d'ailleurs feire grand cas ; et quoique, Sheldon ne goûtât gftères Ison exacte îfégularité dans lacftielle W n'avait nulte envie de Vimiter , il sentait cependant qA'un tel homme était très^propre it vaincre les préjugés de l'Ecosse contre l'épiscopatv s'il était chargé de l'y introduire. Sharp déconcerté ne savait s'il devait

5o8 HISTOIRE

approuver ou blâmer la nomination de Leighton.' Il ne s'accommodait ni de ses idées y ni de sa vie austère. Il sentait <]u'ils ne suivraient pas les mêmes erremens ^ et il craignait d'en être obscurci , car il prévoyait qu'il serait bien appuyé, particulièrement par le comte de Lauderdale, qui commençait à le porter aux nues. Sharp fit donc tous ses efforts pour le dégoûter ; mais vainement, car Leighton n'avait aucune considé* ration pour lui. Je porte à sa mémoire une vénération telle quejie n'en vouai jamais une pareille à personne ; je compte parmi les plus grandes bénédictions de ma vie la faveur de l'avoir connu de bonne heure , c'est-à-dire après l'époque dont je p^rle , et je sais qu'au grand jour je "Iftndrai à Dieu un compte tout particulier des fruit&Iftne j'ai tirés de l'iniimité de cet homme de bien j des longs entretiens que j'ai pu avoir avec lui pendant l'espace de vingt-trois ans y et que sa mort seule a injterrompus. Cependant je ne me dissimule pas que le récit de sa promotion , tel que je viens de îe faire , peut laisser une tache sur sa vie; mais je vae serais cru coupable de le déguiser, résolu que je sais de parler de toutes personnes et de touies choses avec la dernière franchise. Je le tiens de lui-mênie d'ailleurs et de son frère. Mais de quelques flatteuses espérances qu'il ait plu aux papistes de se repaître à son sujet , dans un, temps où, ne Sciohant rien de leurs projets

pour rétablir le catholicrsme , il parlait de quelques unes de ses croyances avec la liberté d'un homme d^abstraction et d'idées spéculatives , il est certain du moins qu'il changea de langage lorsqu'il vint à voir qu'on songeait réellement à nous replonger dans l'esclavage de Rome. Il se prononça af ors ouvertemeçt contre le catholicisme pris dans son ensemble , et je lui trouvai même plus d'ardeur à le combattre que je ne l'aurais présumé d'après son dégoût naturel pour les questions de controverse qui , en général , intéressaient assez peu son esprit cototemplatif. Il ne se fut pas plutôt aperçu que nous courions le danger de retomber sous le papisme , qu'il se fit un devoir, dans ses conversations, de parler, avec une toute autre sévérité que de coutume , de cette religion qui ^ comme il disait souvent , avait beaucoup de cette sagesse toute terrestre , sensuelle et diabolique, mais qui était dépourvue de cette sagesse d'en haut, pure et pacifique. Il pensait , il est vrai, que les abominations de l'église romaine étaient si évidentes et si odieuses qu'elle aurait succombé sous le fardeau de ses propres iniquités , si elle n'avait été soutenue par les difFérens ordres religieux qu'elle renfermait dans son sein , qui présentaient un beau spectacle de mortification et de mépris du monde , et qui , malgré les abus dont ils abondaient , maintenaient en honneur la piété et la dévotion. Il pensait ausst

3lô HISTOIRE

que la grande et fataW erreur de la réfprmatioii était de n'avoir pas conservé un plus grand nom** bre de ces communautés religieuses,. affranchies des entraves des vœux 9 et purgées des autres mélanges funestes qui les déshonoraient. Qu'en arriva-t^il? C'est que les églises protestantes ne possédèrent ni bons établissemens d'éducation, ni retraites pour les hommes portés à une vie slus*» tère et contemplative. Si je me suis arrêté longtemps sur le caractère de Leighion , c'est qu'il m'a paru assez singulier pour en être di^e. D'ailleurs jç .me trouve si heureux de l'avoir connu f comme j'ai fait , que j'ai cru de mon de^ voir dp le faire connaître à mes lecteurs; ce qui^ j'espère , ne leur sera pas inutile*

Quand le temps fut venu de consacrer les nonvieaux évêques , ceux d'Angleterre trouvant que Sharp et Leighton n'avaient pas rtçu la prêtrise et le diaçotiat par ordination épiscopale > s'obstinèrent à ce qu'ils fussent préalablement réordonnés diacres et prêtres. Les devtx autres l'avaient été par les anciens évêques avant la guerre civile. Sharp fut très- mécontent dll^ette difficulté, ^ il leur rappela ce qui. était arrivé, lorsque le roi Jacques avait établi l'épiscopat. L'éyêque Andrews proposa la réordination daos^ un cas tout pareil ; mais le roi Jacques fut d'un avis contraire, pensant que ce serait, pour ain&i dire , déclarer hors de TÉglise chrétienne tous

DE MON TMtfPS. 5fi

ceux qui n^aTaient pas d'evèques^ Les dî^ssensiofisr ciiriiesy et les dispales qui en avaient été e>n le principe ou la suite^ aTaient encore rendu chaque secte plus intraitable sur ses doctrines ^ et les. p&ints de controTerse étaient soutenus ayec plus d'acharnement et d'inflexibilité que par le passé. En capséqnence les éréques anglais dirent que ' le dernier acte d'uniforiaoïitéaTait tra-nebé la quèsn tion plus netteinent qu'etle ne l'aTait jamais éké ; et qise d'aprè» cet^ acte , ils ne pouvaient légale^* ment conffecrer que ceux qui avaient été préala-* blement ordonnés diacres et évèqnes. Ih établirent aussi cette différence^ entre le temps présent et celui du roi Jacques , que l'Église écossaisio était alors dans un état imparfait , n'ayant jamais eu: d'éiéqnes depuis la réformàtioa; que: dans cette situation ^ réstiltat d'upe nécessité réeUe ^ il avait été i^isonnablè d'adopter le précédent de son ordination, toute d^eetueuse qu'elle était; mais qu'elle s'élail mise depuis en état de schisn»e; qu'elle s'était révoltée contre les évêques^ et les avait chassés loin d'elle ; et qu'ainsi les ordres donnés pendant un soulèvement ausai criminel contre la constitution de l'Église prfmritive étaient dans un cas particulier* En un mot , ils tinrent ferme^ et s'obstinèrent a ne pas dispenser les deux candidats de l'ordination épîseapale. Sharp eut plus de peine à céder qu'on n'aurait dû attendre d'un homme qui avait dé^à fait tant de sacrifices

Si2 HISTOIRE

à 800 ambition. Leighton se montra beaucoup moins difficile. Il ne croyait pas que les ordres conférés par d'autres que des ëvêques fussent nuls et illégitimes. Il crojrait que les points de discipline n'étaient pas fifés par des lois si positiyes qu*elles fussent inaltérables > mais seulement par les usages apostoliques , qui , selon lui ^ autorisaient l'épiscopat comme la meilleure forme de gouvernement ecclésiastique. Cependant il ùe le jugeait pas nécessaire à l'existence d'une église. Il pensait quecbaque église pouvait régler comme elle l'entendait la forme de Tordination de ses ministres ^ et réordonner ceux qui sortaient de quelque autre église. Et^ suivant lui^ la réordination d'un prêtre déjà ordonné dans une église différente y n'était autre chose que son entfée dans les ordres conformément aux règles de l'église qui lui ouvrait son sein , et n'entraînait en aucune façon ' l'annulation des ordres qu'il avait primitivement reçus. Leighton et Sharp furent donc premièrement ordonnés diacres et prêtres en particulier 9 et puis ils furent tous quatre consacrés publiquement dans l'abbaye de Westminster. Leighton m'd dit qu'il avait été douloureusement frappé de la joie mondaine et des festins qui marquèrent cette journée , qui n'eut rien de la -piété et du sérieux qui auraient dû présider au prélude d'une aussi grave entreprise que celle de changer le gouvernçment d'une église. Le jour de

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lacérëiûonie passe ^ Leîghton fît quelques tentatives pour engager Sharp dans leà deux projets qu'il avait le plus à cœur: L'un était de tout essayer y de tout faire pour parvenir à ramener les presbytériens à Tëpiscopat : il offrstit le plan de Tarchevêque d'Usher , comme pouvant servir de base à leurs efforts. L'autre était de chercher k inspirer à leurs nouveaux diocésains un sentiment religieux à la fois plus juste et plus élevé; de leur faire abandonner cette funeste manie de prières improvisées , source principale des désordres de l'Église presbytérienne ; et de les préparer ainsi à des habitudes de culte plus sensées et plus régulières^ ce qui était plus important qu^une forme de gouvernement. Mais ce vertueux prélat ne fut pas peu surpris de voir que Sharp n'avait point de plan arrêté^ et ne paraissait même pas disposé à en suivre aucun , du moins à en faire part. Sharp comptait seulement qu'ils seraient installés à la prochaine session du parlement, et qu'ils pourraient alors prendre juridiquement possession de leur évêché ; que chacun d'eux alors ferait de son mieux pour établir son autorité dans toute l'étendue de sa juridiction ; et que ce point principal une fois gagné, ils pourraient ensuite aborder d'autres pensées^ selon qu'on le trouverait expédient; mais il ne se souciait pas de combiner d'avance aucun plan. Leighton s'adressait-il à Fairfoul? celui-ci avait toujours

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prête quelque plaisante anecdote pour le dÎTertir, et il éditait ainsi tonte conyersatîon sérieuse ^ dont, à la vérité ^ il n'était guère capable. Cest ainsi que Leigfaton perdit proniptement et l'espérance et le courage* Il m'a dit sourent que dans fout U cours de cette affaire il avait paru des signes si visibles du courroux de la Providence, que lôalgré la préférence qu'il accordait dans son cœur à l'épiscopat^ il n'avait pas laissé de croire néan^ moins que J)ieu était contré eux, et qu'ils n'étaieût point Içs instrumens de son choix pour élever rédifice de son Eglise : en conséquence c'était, selon )ui , lutter pour ainsi dire contre Dieu , que de s'opiniâtrer au rétablissement de cette forme de coite extérieur. Celui qui en dirigeait les fils présidait avec tant de dissimulation, les autres évêques ses confrères étaient si pitoyables et si personnels , et le comte de Middleton ainsi qne les autres- laïques qui eurent avec lui ta plus grande part dans l'entreprise , étaient si ouvertement voués à l'impiété et au vice , que la religion en effet souffrait d'iavoir de tels interprètes et de se nianifester par des apôtres aussi indi' gnes d'elle.

Tout ce qui suivit ne répondit que trop à un aussi triste début. A la nouvelle de la consécration des évêques, les presbytériens d-Écosse , qui jouissaient encore de la faculté de se rassembler, commencèrent à se déclarer ouverten>ent contre

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rëpiscopâty et à préparer des protestations ou autres actes et déclarations, poAr le combattre et s'y soustraire. Il fut question même de chercher dans de nouveaux engagemèns et de nouvelles ligue$ la force de lui résister. Sharp^pil^posa alors de' défendre 5 par une proclamation aux ministres, de se réunir f^ soit en presbytère, soit en toute autre assemblée ecclésiastic|ue, jusqu'à ce que les évêques, que veqait de nommer le iloi , eussent réglé dans quelles formiil ils se réuniraient à Ta venir. La proclamation parut > et on y obtempéra généralemaM. Seulement les ministres, pour paraiti^ du dreins ne rien. faire que de leur propre ' autorité , se réunirent éucofe une fois , et insérei^nt dans leurs registres une protestation contre la proclamation, qu'ils quali-fiaient d'eaipiétemjÉbt sur les libertés de l'Eglise , et ^ laquelle ils ne déclaraient obéir que temporairement et pour le bien de la paix4^ Cette mesure que Sharp avait provoquée sans, consulter personne, eut des conséquences funestes; Lorsque le roi Jacques avait autrefois introduit le prélatisme en Ecosse, il avait laissé tes assemblées inférieures du clergé continuer leurs séances ; et les évéques, une fois installés, étaient venus y siéger eux - niêmes. Quelques unes avaient , il est "vrai , proteslé contre l'entrée des évêques; mais , néanmoins, elles n'avaient pas disconti^ nué de se réunir , et l'Eglise cotiservait ainsi une

5i6 HISTOIRE

apparence d'unité ; car tons ses membres siégeaient ensemble dans les mêmes assemblées ^ quoique avec des principes differens. Les vieiix presbytériens disaient qu'ils n'ayaient pas cessé de siéger dans i^n^assembtée établie par les lois de l'Eglise et de l'État ; et que *tout en regardant les évêques qui siégeaient au milieu' d'eux ^ et s'y étaient arrogé le droit d'opiner, comme des usurpateurs, ils ne croyaient pas que cette usurpation entraînât la nullité de l'assemblée. Maintenant au contraire, en imposant silence aux assemblées du clergé , on* mettait les presbytériens dans .une position toute différente; car si elles avaient continué de se rà|uiir , et que les évéques seulement eussent pris place au milieu d'elles , elles se seraient contentées de dire qu'elles étaient sous le poids d'une osurpation triomphante , à laquelle il n'y avait pas de remède ; et , quelques protestations qu'elles eussent faites^ quelque opposition qu'elles eussent apportée au pouvoir des évéques > toutes ces résistances, circonscrites dans leur enceinte , n'auraient pas éclaté au dehors, et l'Ecosse n'eût pas été jetée dans les convulsions qui la déchirèrent en tout sens. Toutes ces résistances auraient insensiblement disparu avec ceux qui les fomentaient ; et moyennant le soin très-légitime de porter aux places vacantes des hommes honnêtes et bien affectionnés^ -la nation serait revenue elle-

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même lie toutes ses préventions contre Tépiscopat. Mais les assemblées i^ive fois anéanties , comme elles le furent par . la proclamation ^ et rétablies ensuite par une sorte de connivence , sans la participation d'aucune autorité légale , et seulement en qualité de conseils et d'officialités de leur évêque , pour lui donner conseil et agir en son nom ; de telles assemblées , dis-je., ne pouvaient en aucune manière convenir aux presbytériens. Ils ne pouvaient y paraître à moins de renoncera tous leurs principes et de devenir cordialement épiscopaux , métamorphose trop grande pour pouvoir être si prompte. Cest ainsi que Sharp , en les précipitant , gâta les affaires. Il afl^tait de tenir dans ses seules mains les rênes de l'Eglise. Le comte de Lauderdale n'était pas fâché de lui voir commettre tant de fautes; car plus les choses seraient mal eonduites , plus ses avis seraient trouvés justes. Quant au comte de Middleton et à son parti , ils ne songeaient à rien , plongés comme ils l'étaient dans un état presque habituel d'ivresse ^ circonstance qui les discrédita beaucoup auprès du Roi. Car, bien que lui-même 9 dans un menant de folie et avec un petit nombre de convives dont la société lui plaisait , se laissât aller ^elquefois à boire avec excès , cependant la chose était rare ^ et il avait très-mauvaise opinion de tous ceux

qui avaient contracté l'hobitade et le goàt de l'ivrognerie. «^^

Les nouveaux evéques se rendirent en Ecosse bientôt après la consécration y tous dans la même yoiture. Leigbtôn m'a dit qu'il crojait qa ils avaient été bien fatigués de lui , car il l'était beaucoup d'eux^llais les voyant dans le dessein de se faire recevoir à Edimbourg avec pompe, il s'en sépara h Morpeth, et arriva dans cette ville quelques jours avant eux. Il haïssait la vanité et' tous les plaisirs. Il ne voulut jamais d'abord que ses amis lui donnassent le titre de Mcoseigneur, et ce fut pour lui un chagrin véritable lorsque sens confrères le forcèrent à le prendre. J'ai toa* jours crut qu'il avait montré trop de roideur dans cette circonstance. Elle blessa ses confrères^ le fit accuser de singularité et d'affectaticm , et fournit, à ceux qui étaient pré venus contre lui, de spécieux prétextes pour le représenter comn>e un homme à idées étranges et gothiques. Le lord-chancelier, à la tête de la noblesse et du conseil privé, allu, ainsi que les magistrats de la vil le ^ ii la rencoDtre des nouveaux évéques , et les ramena comme en- tribmpheifil étais un des spectateurs ^ et quoi*que foncièrement épiscopal , je ne laissai pas de trouver qu'il y avait ^ dans la pompe de cette en^ ' ivée , quelque chose q«i ne s'accordait pas avec ies fonctions épiscopales. Bientôt après six autres

DE MON TEMPS. SiQ

fiir^nl; coasacriéfi > mais s^ns reordination préa-* ]able. Le siège cr£dim||^ourg d^eura quelque temps sans être occupe'. Sharp espérait venir à bout d'engager Douglas à l'accepter ^ mais celuici ne voulut point y entendre. A son/léfaut, le comte de Middleton fit nommer , en dëpit de Sharp» un certain Wishart^ ancien chapelain du marquis de IVIontrose, qui^ fait prisonnier^ avait été si cruellement traité dans les prisons d'Edimbourg > qu'il parut juste de choisir pour le théâtre de son élévation ce même lieu ou il avait tant souffert.

La session du parlement s'ouvrit au moisd'avril 1662. Dans la première communication qui lui fut faite par le comt^de Middleton, on lui dit que» l'acte resci&oire ayant annulé tous les par* lemens postérieurs à celui ^e lôSS, les anciennes lois en faveur de l'épiscopat s'étaient retfbuvées en vigueur, et que le Roi avait en conséquence rétabli les évêques et leurs fonctions , dont TÉglise avait déjà reçu tant de iustve, et pour lesquels Charles V, son bienheureux père , avait ^souffert le martyj:' : et quoiqjie les évêques eussent le droit de venir e^ de prendre leur place dans le parlement, ce serait cependant leur témoigner une juste révérence que de les envoyer inviter, par des députés pris dan^ chaque ordre, à pa-^ raitre et à s'asseoir au milieu d'eux. La proposition fut agréée ; et les évêques , sur l'invitation

qui lear en fut faite , Tinrent prendre place dans le parlement. Leighton^eul ne s'y rendit point; et dans la suite il ne venait an parlement que lorsqu'on y délibérait sur quelque matière qui copcernât la religion ou l'Eglise.

Le premier acte qui fut rendu dans cette sessioa fut celui qui rétablissait l'épiscopat , et remettait entre les mains des évêques tout le gouvernement de l'Eglise. Il était de la composition de Sharp, ainsi que Primerose me l'a assuré. L^oavernement et la juridiction de l'Eglise dans les differens diocèses furent déclarés par cet acte résider dans les évêques ^ assistés et conseillés par un certain nombre de ministres dont ils auraient reconnu la loyauté et ]a pcsudence. De plus quiconque possédait un bénéfice était tenu de recon* naître la légitimité e.t le pouvoir du gouverne* ment de l'Eglise , tel que la loi Rétablissait actuellement. C'était'évidemment établir l'épiscopat sur des bases toutes différentes de celles qu'il avait eues en Ecosse à toute autre époque ; car les presbytères avaient précédemment retenu une telle part dans l'adjùiinistratiou , que les évêques n'avaient jamais prétendu qu'au droit d'être leurs présidons perpétuels, et de pouvoir empéc];ier par un simple refus l'effet de leurs délibérations. Mais maintenant on disait que tout le ppuvoir résidait dans l'évéque , qui était tenu seulement d'avoir auprès de lui en qualité de

DE Mon tèSips. 3r>t

cohseillers etd'assistàns^ le nombre de ministres qu'il jugerait à propos. Or, c'était enlever tout pouvoir au corps du clergé^ les assemblées ecclésiastiques h'étaient pltts que les conseils de Févéque; et encore organisés et choisis par lui ^ ces codsi&ils h^étaient*ils qfae des réunions de pure forme sans aucune autorité réelle ni positive ^ taudis que l'évécfue était tout et pouvait tout. On remarqua également que^ parmi les qualités des ministres qui devaient Servir à l'ëvêque d'aides et de conseillers , la loyauté et la prudence seules étaient nommées , tandis qu'oh avait oublié la piété et le savoir, premières* qualités cependant qu'on doit exiger dans Un clerc ; Quant & l'obligation de reconnaître le gouvernement^ tel que la loi l'établissait > et de s'y soumettre, on disait qu'il était déjà bien dur de s^ soiiinettre à u%e autorité telle que celle dont allaient jouir les évéques; mais qu'exiger encbre qu'on la reconnut, c'était demander Une sorte d'approbation antérieure , ou du moins un acqhiescemenf postérieur, qui simplifiaient quelque chose de plus qu'une simple obéissance ^ c'était constituer en un mot uiie véritable tyrannie des consciences. Les presbytériens ne faisaient point seuls ces objections ; elles venaient aus^i des épiscopaux eux-mémesquienEcbsse n'avaient jamais demandé pour les évéques que la présidencié, avec quelque autorité dafis l'ordination , et lé droit de veto en

matière de juridiction- Us pensaient d'aiUeai» qu^ le pouvoir des ëvéques doit être limité ptr le corps du clergé 9 et qsie lii loi m doit pointiev laisser U faculté d'sigtr avec autant d'empire , saqs le cçusentemeut de la majorité y ^e le présent apte leur en ftccordait. La plajflk d'entre eux r^fusèrdlt également de souscrire c^e foi^ mule 4^ reeonnaitre ^ de se aoumeitre y et les évêques les plus prudeos ne l'imposèi^at pas à leur clergé' Toute la teneur de Tacte essaya b^uoaup de critiques^ mais on pensa surtout quç c'était un acte defolie inexcusable ^ lorsqu'an gouvernem^t était introduit ainsi dans un pays qui lui était ai •contraire , de commencer par une telle exagéra tioiii 4^ ses 'prérogatives. Tous les évêques , Sharp excepté ^ se défendirent d'avoir eu aucune part à la rédaction de cet acte , qui fat repduavec un^ précipitation et HHe légèreté bien pw en harmonie ayec son importance ; et auciw évêque> pas même Sharp ^ n'o^ jamais ^aser de son autorité avec toute la lalitudei que l'acte l^P avait laissfée. Cependaiiit tous les non-eonfdlHnistes l'avaient sans cesse à la bouche ^ pour excuser leur résistance i et ils disaient qu'il donnait aux evêqi^s; une. at^torité beaucouf^^us grande <^ue celle qu'ils voudraient prendre pour eux-mêmes ^ c'est-^-dire powr la corporation daJ'i^Use^

Bientôf ^près 1^ p^^w^uIgEitio») 46 eot 4M;te| quelques prédicateurs prôsby térieiis "forait cités

DE îdOM ÏEMfS. 525

clewint le parlement^ pour avoir attaqué ji'^MS** copat dans leurs sermons. Mais cette poursuite n'ieat point de suite ', parce qu'il se trouva qxm leurs paroles avaient été gàiérales^ e^ susceptibles de dîfierentes iHAerprétations. I^e parlemeiiit dé^ cida seulement 9 pour s'assurer de leur fidélité ^ qu'ils prêteraient le seirment d^àllegeânce et àt suprémaiie. Ce serinent avait été preserit dans^ parlement précédent, où il n'avait trouvé d'autre coritiradîcteur que le comte de Cassilis. Celui^i avait démahd'é qu'une explication fât faite de ee qu'^^n eoteûdait par suprématie. Les termes, se*ioa lui i^taîent aptibigus et inconipréliensibjLes ; et lorsque le gouvernement avait prescrit ce serment en Angleterre , une explication franclie eu avait été dénuée dans un àea articles de la constit^tioi^ de l^âjl^se anglicane , et il en pérnl une secoAde plus ex|dicite encore ^laiis un discours 4e l'aroly^vieqùe4J^kêr, publié par lès ordres du roi Jacques. Le p^ément refusa de se rendre au désir du comté de Cassilisy satisfait peut<<é^de voir des scrupuless'élever sur la prestatSondK sontef'raent, dans l'espoir â#tro#iirer l^casion d'ii\jiiiger de sévères çhâtinieps à ceuif qui s'y refuseraient, comme gen§' qui remiseraient d^ jurer allégeance 3Ê^ Roi. Irrité de ce refils ,. le comte de Casstlis ae rett'ra du parlement, et se démit de tous ses emplois, car e^était un homme de la plus inflexible fermeté. Aucuns dirent alors qu'il n'y

avait pas lieu à explication y puisque y tout ambigus qu'étaient en* eux-mêmes les termes > le serment ayant été transporté d'Angleterre ^ devait natttrelle^ment être entendu dans le même sras que dans ce royaume.Mais d'un autre côté on aurait dû avoir égard à toutes les réclamations d'hommes qui âe montraient difficiles sur une chose aussi (^licate que l'est un serment. Le comte de Cassilis avait offert de le prêter ^ à condition* qu'il lui serait permis d'y joindre son explication ; malfe le comté de Middleton ^ après lui avoir laissé dire tout ce qui lui plut^ ne voulut jamais consentir à ce qu'il mit rien par écrite Les.piinistrâ||^ quand on leur présenta la formule du serment^ offrirent de le prêter ; mais aux mêmes conditions que^ord . Cassilis , et ils proposèrent leur explication dans une pétition ausi lords des articles^ Là-dessus on délibéra pour savoir si^Pon présenterait au par^ lement un acte explicatoire du set*ment.'Gefatia première fois que Leigliton parut dans le *parlement, et il «appuya avec chaleur la présentation de l'actse. Il flit jjue la nation se plaignait avec raisondle la multîtuée de ArmAis dont on Tavait accablée; que les termes dé cplur-ci étaieiit certainement susceptibles d'une mauvAse interprétation ; qu'en Angleterre on avait «bien voulue déterminer le sens , par condescendance peur les papistes; qu'il pensait que c'était un devoir d'avoir las mêmes égards pour des protestans , d'autant

DE MON TEMPS. SaS

plus que tes scrupules étaient fondés^ et qu'il s'agissait d'un serment dont le contenu ne saurait jamais être ren^u trop clair. Le refus d'un éelair-r cissement , ajoutait-il , pourrait faire croire au dessein de tendre des pièges au peuple , et à l'en-^ Tie de cteer des crinciinels pour un mot. Sharp , inécontent de ce discours ; surtout dans la bouche d'un de ses confrères, lui répondit avec amertume. A l'entendre , il était au dessous de la dignité d'un gouvernement de multiplier ses décisions pour calmer les frivoles scrupules d'esprits faibles et capricieux ; d'ailleucs les presby.tériens n'avaientils pas mauvaise grâce , eux qui avaient imposé leur cavenant sans explication et avaient forcé toute l'Ecosse d'y adhérer , à attendre maintenant des faveurs extraordinaires ? Leighton répliqua qu'il fallsiit donc au contraire accorder l'exjjjiication demandée , afin que tout le monde pût fai^e ' la différence de la. douceur du gouvernement épiscopal et des rigueurs des presbytériens; qu'ils auraient ^mauvaise grâce.auss?, ceux qui avaient eu à se plaindre de ces rigueurs , à les exercer eux-mêmes; ou bien alors serait-il vrai df dire que la folie fait constamment le tour .du monde , sans qu'il soit donné à personne de ne pas en être atteint un jour ou l'autre? Ces obstrvations dé* plurent au comte de Middleton et à tout son parti , comme elles avaient déplu à Sharp , car ils cpi^nptaient sur l'ambiguité de la formule du serment^

pour élever des scrupules dans l'esprit des pre&bytérieois. Lorsque quelqu'un d'entre eux serait ettë eu justice et qu'il serait cru coupable^ malgté le défaut de preuves suffisantes pour le convaincre» ils espërarent , en lun prescrivant le serment en témoignage de sa fidélité ^ pouvoir lui mlliger sur son refus les punitions <|u'ils jugeraient ^ propos^ en sorte que la pétition cfes ministres fut rejetée» et qu'ils furent tenus ^ prêter le serment , tel qu'il était dans la toi et sans y ajouter aucune explication. Us refàsèrent de le prêter, et ils furent en conséquence condamnés au bannissement perpétuel» comme ayant décliné l'allégeadce due ail Roi. Ce fut Mn moyen de multiplier cette peine autabt qu'on lé voulut , car tout le parti presbyjtérien prit la résolution de tout souffrir plutôt que de prêter le serment de suprématie 9a*n$ explication. C'est ainsi qu'oubliant tontes ^les plaintes qu'ils avaient élevées contre l'abos des Sel*mens imposés» les épiseopaux commirent la même injustice (lès qu'ils en eurent le pouvoir* Mais, quelque .injuste que soit chez des^aïques cet abus de pouvoir» il était certainement beaucoup plus -inexcusable te^fsque c'était des ecclésiastiques qui s'y livraient; et le serment €e suprématie qui était maintenant une arme contre les presby téï4ens , devait bientôt être roccastoû et l'instrument d'une persécution beaucoup plus pesante encore, qui affligeraitles évêques destines

DE MON $fiMt>S. 327

à rëclàid^r mît etplication ^ comme les pi^esby-

térreûi» là rédl^matêhi MûiùtehàMy èi, comme

evA i à là rétleatùet tA vain.

Le paneinent ntt se êontèbta pas d'exiger le s^riÂigtor piif et simple. Il ei*aignit que ptlisqu'il VCviait lEn^igifiairement d ADgleterre^ otijie voulût i^fétet de là que les termes devaient èil être eoteiidtis dans le sens publie et admis daùs ce royaume^ et par uti article des cailoiis et {)ar un aùte du parlement. C'est pourquoi il emprutlta du modèle atiglais Uh secodd sermeftt desticié à l'abjttration du covenaut^ d«^la ligue et du ceténant national à 1^ fois. Chi ne Te^igea , il est yi'ai , que des magistrats , ou de quiconque cK^cupait iplelque emploi public. Â l'aide de ce tiouveaii serment, tous les presbyte'riens furent étclus des charges^ attendu que leurs ministres en 4^<^^iii^i^^ Taceeptation à peu près à l'égal d'une apostasie du vrai Dieu , et d'une renonciatiùtk liûl:*melle au coyenânt- baptismal .

Après l'établissement de l'ëpiscopat et de^ deus sermèns dont nous venons de parler, la principale affaire de cette session du* parlement fut l'acte d'amnistie. Le comte de Middleton atait obtenu du Roi une instruction qui le laissait libre dcf consentir en son ïtoqi a la ptinitioh dés principaux coupables par dés amendes où toute autre peine qui ne fût pas la mort. |1 esfiît*ait par là s'enrichir, lui et son parti,. ayant calculé que

5a8 HISTOIRE

tous ceux qui auraieot des reproches à. se faire y . et seraient riches et considérables^ préféreraient lui faire de bons présens , que de se Toir. cou^ damnés. 9 comnie coupables^ 4 payer de grosses «imendes. Cette instruction avait été débattue dans un conseil tenu à Whitehall. Les comtes de Lauderdale et de Crawford s'étaient prononcés contre. Ils disaient que le Roi avait accordé en Angleterre une amnistie entière^ dont les seuls régicides avaient été exceptés; que dès lors il semblait dur et injuste de ue pas Taccofider avec la même plénitude à l'Ecosse^ qui avait rendu, des services si éminjens au Roi depuis l'année. 164s 9 et avait tant souffert pour sa cause. Le comte de M iddleton avait répliqué que dans sa demande il n'avait en. vue que le parti fidèle de l'Ecosse, qui s'était ruiné par son attachement pour son prince ; que les revenus de la couronne étaient trop modiques et trop surcharges pour servir à les dédommager de l^urs pertes y et que si le Roi voulait s^acquitter envers eu^^, il n'avait d'autre moyen que d'ébrécher la fortune de leurs ennemis pour peine de leur rébellion. Middletoj^ proposa ensuite quelques adoucissemens illusoires, comme par exemple de régler que per* sonne ne pourrait être, poursuivi. pour offenses antérieures à lôSo, et qu'on ne pourrait jamais être condamné à une amende qui excédât une^ année de ^on revenu. Ces adoucissemens fur^n^

DE MON TEMPS. Sag

approuvés. Il fut donc chargé d'une instruction qui l'autorisait k passer un acte d'amnistie , et à condamner à des amend^^ avec les restrictions que nous venons d'antibncer. . 4(^

Il y avait alors un certain sir Georges Mackenzie^ depuis lord Tarbot et comte deCromarty^ jejutne -homme de beaucoup de talent et d'esprit ^ mais plein d'ambition ^ et qui avait l'art de se concilier tous les partis. Il est devenu depuis un des personnages les plus considérables de l'Ecosse, et voilà cinquante ans qu'il y occupe un des prejBdiers rangs. Il avait à cette époque des* idées de Tcrtu iet de religion , mais ce n'était que des idées : du moins en a»t-on peu senti l'empreinte dans sa conduite. Le comte de Middleton en fît son principal favori. Primerose étajl devenu riche et circonspect. Sa maxime d'ailleurs, avait toujours été de faire sa coilitau partf le plus faible, lorsqu'il prévoyait que le cours des évéoemens pourrait un jour le rendre le plus fort , pour s'y assurer des amis , et il commençait à s'apercevoir que le comte de Middleton allait trop vite pour durer long-temps. Il l'avait souvent averti de n'avancer qu'à pas lents et mesurés dans le rétablissement des évéques. Selon son plan , ce n^était pas trop de sept années pour consommer une telle- entreprise. Mais Tardeur du comte de Middletpn et la tioleAce de Sharp ne pouvaient s'aqcommoder que de la plus imprévoyante préi

?3o OISTOIRE

€ÎpitaH4iié Après sa propre disgrâce y Hiddlctoii a dit ^durent à ^Primerose que sds avis avaient toujours été sages e^dèles; mais* qu'il croyait trouisir. dans les princes fttus de reconnaissance des services rendus ^ et plus d'envie de les récompenser qu'il n'en avait trouvé en effet. -

Lorsque rétablissement de l'épiscopat fiilt^miné , il fut cpiestion , ainsi que je l'ai déjà dit^ de prépai^r l'acte d'amnistie. Quelques insensés parlèrent tout bas de demander au Roi ^ outre le pouvoir d'infliger des amendes , une instructtda qui les autorisât à déclarer un c^^tain nombre de personnes incapables d'exercer aucun tm|d[oi public* Cette démarche ne fut jamais 'proposée M public; mais le comte de Middletou ^ sous pré* texte qu'elle itei avait été suggérée eti parliemiier 'par tout ce que le parlement avait de plus considérable et Sk plus dévoué ^ Fadopta oliverletttetA. Il envoya dcmcailHoi^ parle lordTarbat^ deut différens projets d'acte d'amnistie ^ l'iul contenant une exception ^de quelques personnes qui devaient être condamnées â des amendes, et Tautre renferjnant en même temps une claase pour interdire à quelques autres toute préténtifMf à frit emploi public. Lord Tarbol avait ordre de les présenter tous deux, au Roi. \â pretliler était minuté auiyant le$ instriMÀieès dfOttnféêB par le Roi lai<^ni)ème; le secopd élâîi cetHié fédrgé d'après le vœu du parlement , <;t si

DE MOM TEMPS. 5Si

le Roi jugeait à propos de Tapprouver > il était prié de doti0er ses instiructions eti conséquence. Le comte de Lauderdale ne Adoutait aucuii des^ dein, coDtre lui-^mêine daM cette demaïKle^ de Mrté qu'il tie fit aucune objection* L'instruction fat donc donnée pour âutorisei^le j;omte de Mid*' dietoja à passer un acte d'amnistie avec la clause ^tie semblàité souhaiter *Ie parlementa Tarbôt étajit alors dans une trèg^iaute estime k la cour. On l'y réputait un des hommes les plus extraor*' dinaires quie l'Ecosse eût jamol^produitsi II y fut reçu d'autant mieux d'ailleurs qu'il passait géiiéràlement pour êtré'^estiné pai- le comte de Middletdn à supplanter le comte de Lauderdale , alors tellement haï /que rien ne pouvait le Sau-* ver 5 sauf la nianîère dont on s'y prit pouf le perdre. Lord Tarbot repartit pour l'Ecosse avec les nol^elies iDStrti||j|ons« Il fut suivi du duc de Richmond et du comte de Newburgh ^ dent les extravagances inconcevables- jetèrent «ur l'administration du comte de Middleton tant 4 odieux et de mépris que ^ lors même que sa conduite personnel K n'eût puis forcé le Roi à mettre fin à son ministère ^ il eût 4té impossible à ce prince de le garder *plus longtemps avec quelque honneur. Le IcArd Lorn fut im exemple de l'horrible sé^ véritédu parle/nent. On avait intercepté une de ses ilitres au lord Duffu^^ dans laquelle il se plaignait un peu trop clairement ^ quoique avec

raison y des pratiques de ses ennemis > qui s'eSbr-' çaient de le mettre mal dans l'esprit du Boi par des impostures*. Il stf félicitait ensuite de les a¥oir découvertes et d'en i^voir triomphe en mettant dans ses intérêts la personne sur laquelle ik comptaient l^l»s. C'était le comte de Clarendon qui^ suir les sollicitations du comte de Berkshire j avait réselu de ne plus s'op|^ser à ce que le lord Lorn rentrât dan^son bien. Ce servîpe da comte de Berkshire devait être payé par looo 1. sterl. La lettre ;fi|| portée au parlement, et elle y donna lieu à une accusation de leasing mahing (fabrication de mensongia)f sous prétexte qai^ prétendre 9 ainsi que faisàièlord Lorn ^ avoir découvwt les impostures dont ses ennemis se servaient pour lui nuire auprès du R<ff, c'était semer la dissension entre le Roi et ses sujets , et leur porter préjudice dans son o||jinîon. Le parAsmmt pria donc le Roi de lui envoyer l'accusé pour lui faire ton procès/ Le Roi jugea la lettre indiscrètetpent écrite, mais il ne put y rien voir qui fût criminel. Cependant , par condescendance pour les désirs d'un parlement aussî^élé^ lord Lorn fut envoyé sur sa parole ; mais le Roi écrivit positivement au comte de Middleton de ne procéder à l'exécution d'aucune sentence qui. fût portée contre lui. A son^arrivée ^ lord Lorn fut rais en prison , et on le poursuivit pour lemi9g 7;iai/>2^ (fabrication de mensonges). 11 n'entre-^

prit aucune défense légale ,«Àais dans un long discours il exposa toutes les provocations auxquelliiB il avait ^té en butte ; il parla du grand nombre de libelles qui avaient ëtë imprimés contre lui y dont plusieurs avaimit ëtë mis eritre les mains du Roi pour le repr^ntev comme indigne de sa grâce et de ses faveurs ; et après tant d'injustices fallait-il être surpris qu'il e*ùt mis quelque aigreur dans sa lettre? Mais il protestn qu'il n'avait eu l'intention de nuire à personne^ et qu'uniquement occupe de se mettre à l'abri de la malice et des calomnies des autres^ il n'avait jamais songe à calomnier qui que ce fût. Il finit en se soumettant ^ l'ëquitë du parlement y et en se reconimandant à la clémence du souverain. Il fut condamné à perdre la tête comme coupable de &brication de mensonges ^ et le parlement laissa au comte de Middleton à marquer le jour de l'exécution.

jRîen n'égale les cris d'indignation qui s'élevè* reut contre cet arrêt , si ce n'est ceux qu'essuya vingt ans après un second arrêt rendu contre le mêmcf lord Lorn , qui eut des suAtes^plitsi graves et une conclusion plus tragique. Ce^eigneur était né certainement pour être, dans ce siècle, l'exemple le plus frappant de la teneur ou plutôt de la dérision de la justice. Tout ce qui fut allégué alors pour excuser les auteurs de cette iniquité , ce fut la certitude ou ils étaient que sa vie ne courait

354 HISTOIRB

aucun risque. Mats il ne tenait qu'au Rot dé lu lui faire perdre. Cette certitude u^était doue qu'illusoire et ne saurait justAer ceu ^i ont rendu une sentence aussi Tite# et'outjaissé der^ rière eux le précédent d'un jugement purlei^ea^ taire en vertu duquel une simple. lettre de noo.^ -velles peut devenir un crimu capital. Mais là- ne s'arrètu pas encore la démenas qui se manifesta dans tout le /:ours de cette affaire. On passa uui acte contre quiconque intercéderait auprès du souverain pour>éhabiliter les enfiernsde ceux qui auraient été condamnés par le parlement. C'était restreindre d'une manière ioouie la fiici^té de s'adresser au Roi pour implorer sa clamence»* Cependant le comte de Middleton approuva oet acte sans y avoir été autorisé par aucune instrue-ftion spéciale. U n'y avait point de peine exprimé^ car c'était une maxime des partisans de la préru»gative y que la fixation d'une peine eût été une li*mitation de l'autorité royale , et queile seul, effet juridique d'un acte portant une défense était de déclarer criminels d'une manière générale tous ceux qui y contufrenaient. C'est ainsi que dans ce cas le choix de h. peine £at laissé k l'arbitraire, du. juge^ avec cettç seule restriction , qu'elle ne&'é^ tendrait pas jusqu'à la coAdamnation à mort.

On établit ensuite un comité pour Timpositiou des amendes dont il a été question plus iuiut. U. s'en acquitta sans aucun égard pour les règles

DE MON TEMPS. 5îJ5

prescrites par le souverain kii*»mâpjSk il ^e^lÀés

ocNoipofiitions secrètes av^ les pins , coupables.

On ne &isait auenne distinction ni des fautes ^

ni des fortunes. On n^exigenit point de preuTes; on

ne prenait même pas des informations f niais h

me^ire qu'un individu était defêré ^ on IvA assi*

^ait uiie amende telle quelle > et tout se faisait

se€»*èlenieiit. Lorsque la liste des noms et des

an»endes fat lue dans le parlenient , des #xeq>-

tions^âirent demandées ei?* £iyei|r ^e plusieurs

personnes y partieulièremetit en âiveur de quel-*-

ques unes qui étaient m bas âge cm absentes pei^

danir le temps des guerres civiles ; maîsA toutes

les représentations de ce genre on se Gonténti|it

de répondre qu'il viendrait up temps où chacun

pourrait &ire wl^ndre sa défensie ; et que le bat

de la cour^ par ces aiDendes^^tâit seulemefl| dé

n'mdmettre au bénéfice de: l'amnistie que ceux qui

les auraient payées ; quicpkque voudrait se fier

à son innocence et renoncer au pardon^ était

maître dès lors ^e s'exempter de^'ameiMe i dan^

laquelle il ne fallait voir encore un coup que lé

préalable nécessaire pour être dkmpris danb l'acte

de grAee et d'amnistié. Tout le travail du co<-

mité lot donc ratifié par le parlemebt y et avec

une précipitation incompatible avec tout examen

sévieuz. ^

Des amenfdes on passa à la dédaration d'incapacité, et pe«t*-etre> dans cette nouvelle voie

d'tnjustiéé, %t-on entraîné pins loin qu'on ne l'avait prpjetë d'aboAl. Lord Tarbot m*a néanmoins assuré qu'il n'avait jamais compté en faire moins que ce qui fut fait. On commença par ifisiftuer à tout le monde que le Roi était las du comte de Lauderdale , mais qu'il ne pouvait s'en défaire avec bienséance y à moinà que le parlement ne lui en fournît un honnête prétexte. Cepent^ant quelques membres du parlement appréhendaient que ce prince ne trouvât mauvais qu'ils attaquassent ainsi un de ses ministres; alors pour calmer leurs scrupules , lord Tarbot proposa deux expédiens. L'un était que personne ne serait nommé y mais que chaque membre dû parlement déposerait dkns un scrutin les douze noms qui lui conviendraient; que le dépouilleoient en serait ftiit ensuite par un comité secret composé de trois personnes de chaque or->> dre; et qlte ce comile^ sans en faire son rapport au parlement^ insérerait les douze noms dési-^ gnés pailla mafoirité dans un acte Ôl incapacité i lequel serait un^acte séparé de l'acte d^amnistie y dont il ne devait être d'abordT'qu'une clause. Cette forme de vote, empruntée à Fostràcisme d'Athènes > semblait en effet préférable pour un ac?e d'oubli > destiné pour ainsi dire à arracher de la mémoire to/ftt ce qui s'était passé. Elle prévenait les animosités qui auraient pu naître de l'acte d'oubli lui-même^ puisque personne ne

DE MON TEMPS. SSy

devait saToir contre qui chi^cun avait yaté* L^autre expédient était d'^xprix^er dans une clause que Vacte n'aurait de forcQ^ et que les douse noms ne seraient publiés qu'autant que le Roi y con$entirai|^ On espérait adoucir aon ressentim&»X par d'aussi graixds égards ^ au eas qu'il désapprouvât la mesure. De secrets émissaires furent détaohés pour circonvenir chaque membre du parlement 9 et lui insinuer de porter sur sa liste les trois noms des comtes de Lauderdale > de Cravirford et de air Robert Murray. Ces me* nées furent conduites avec tant d'adres^ , qu'ils furent en effet tous trois > et à une grande majorité^ mis au nombre des douze personnes frappées A^incapacité* Le comte de Middleton ap* prouva l'acte , sans avoir reçu l'ordre de le pas-ser dans sa nouvelle forme* L'affaire fut conduite si secrètement qu'à peine commença*t-e]le à transpirer la veille du jour où elle devait être décidée. On pensait que le succès de la tentative dépendait surtout du mystèrosdont elle serait en-, veloppée, afin qu^elle pût être soumise à «l'agré- «lent du Roi avant quil eût été prévenu conti^e par le comte de L#uderdale et son parti. C'est pourquoi le courrier de Londres fut visité avec le plus grand soin , et toutes les mesures furent prises pour que personne ne se rendît en .poste à la cour. D'ailleurs une telle terreur domi^. nait les esprits que tout courage avait disparu..

Lord Lorn seul osa dépêcher un de ses gens sar un cheval à lui , auquel il enjoignit de prendre des chemins dé tournés , jusqu'à ce qu'il eût gagné le comté d'York , car on s'était assuré de tons les relais jusqu'à Durham. C'est ainsi que le comte de Lauderdale fut informé de ce qui se tramait^ trois jours ayant l'arriyée du duc de Richmond et de lord Tarbot. Il alla siM>-le-champ en rendre compte au Roi , qui voulut à peine le croire. Mais lorsque ce prince se fut assuré lui^ -même par les lettres de la vérité du fait y il assura le comte de Lauderdale qu'il le soutiendrait^ 6t ne donnerait jamais la main à une entreprise d'un si pernicieux exemple. Il ajouta qu'il n'attendait rien moins du départ du duc de Richmond pour l'Ecosse , et de la vie d'ivrogne qu'il y menait. Cette observation déplut au comte de Lauderdale^ parce qu'il la regarda comme ud commencement d'apolbgie du comte de Middleton. De chez le Roi^ et par ses ordres, il se rendit auprès du comte de Clarendon , et lui conta ce qu'il venait d'apprendre. La surprise de celui-ci fut extrême. 11 répondit d'abord à Lauderdale qu'il avait sûrement quelque ami caché qui s'était emparé de la confiance de ses ennemis d'Ecosse f et les avait embarqués dans ce projet pour les perdre. Puis , prenant un ton plus sérieux , il dit qu'il ne doutait point que le Roi, pour l'amour de son ministre attaqué , ne s'opposât à

DE MON TEMPS. SSg

iltie entreprise aussi folle; qu'il le ferait d'atlle|^r|j)our garder quelqu'un à son serrice ; et que pour lui y si une fois la porte était ouverte à de tels abus y il s'enfairait de toutes les terres de la dépendance royale aussi y^e que sa goutte lui permettrait.

Deux jours après cette conversation ^ le duc de Riefamond et le lord Tarbot arrivèretit à la cour. Us apportaient^ outre l^acte d! incapacité clos et scellé^ une lettre du parlement^ qui renfernuiit un pompeux, éloge des services du comte de M iddieton , et une seconde lettre signée de dix évêques^ remplie de son zèle pour FEglîse et de ses attentions pour eux tous. Ils y exaltaient surtout y à l'égal de l'œuvre la plus méritoire^ le dessein où il était dç visiter les comtés les plus récalcitrans , pour travailler lui-même à les soumettre à l'Eglise épiscopalie. Il avait eu soin en même temps d'envoyer en Irlande le comte de Newburgh , pour engager le du€ d'Ormond à rendre compte au Roi des heureuses influences que son administration avait pour ce royaume , et à le prier de ne point décourager ^ encore moins de changea un aussi fidèle ministre. Le Roi reçut le duc de Richmond et lord Tarbot avec une extrême froideur. Lorsqu'ils lui remirent l'acte d^incapacitéj il leur déclara qu'il nç l'ouvrirait seulement pas, ajoutant qu'ils s'étaient conduits comme des fous ou plutôt comme

des gen$ dont l'ivresse perpétuelle Iroublait le jugement Lord Tatbot répondit qu'il n'y aTj|it encore rien de fait, que le sort de l'acte était dans sesiliaiosi qu'il était le maitre de lui donner la Ttt ou la mort* Il s'étendit ensuite sur le zèle ardent du comte de Middleton pour son service y et sur le dévouement et la loyauté du parlement ^ qui n'avait 9 dans cette circonstance ^ consulté que l'intérêt du Roi et l'honneur de sa pereonueé L'jiQlîle d^incapacité I à l'entendre y n'avait d'autre but que mettre des gens, qui avaient déjà po»variqué » hors d'état de prévariquer encore; et cependant cette bonne intention , ils l'àvai^it soumise au bon plaisir de Sa Majesté. Le Roi écouta cette harangue avec patii&uce , et il coor gédia les deux envoyés sans plus de reproches ûi de réflexions. Us se flattèrent de l'avoir apaise. Cependant le comte de Lauderdale ùe négligea rien pour faire retomber tout l'odieux de la tenr tativ^ sur le comte de Middleton et lord Tarbot^ qui 5 disait-il ^ avaient fait croire au Roi que le paiement désirait être autorisé par lui à décla* rer incapables certajns individus y tandis que le parlement n'avait jamais manifesté uu pareil désir; et qui^ après que le Roi, trompé parce premier mensonge > avait accordé l'auto.risatioa demanr dée , avaient fait croire encore au parlement que le Roi à son tour souhaitait que cette incapacité tombât sur Certaines personnes qu'ils désignaient.

DE MON TEMPS. 34i

Us avaient ainsi > par uBiÇ 4pnble Inrposture 9 abusé et ie Roi et le parlement. A Yenit^ les di-r goités étaient décernées au scrutin ; mais las châtimens n'avaient jamais été distribués de^ jcette sorte depuis Tostracisnie d'Athènes, invention factieuse d'une république jalouse , et qui n'eût jamais dû être reproduite squs une mo* narchle. Encore les Athéniens eurent'^ils honte d^ cette CQutume^lorsqu' Aristide» le plus juste d'entrée SiQji^ en devint la victime , et ils Fabolirent peu après.

Le comte deClarendon n'entreprit point de défendre la conduite du parlement , qu'il trouvait inje;(çusab|e 9 rnfti^ il ne retipa pas ^n appui à Middleton. Celui-ci avait travailla ayçc autant d'ardeur que de 3U0çès à la re'yjplution qui s'opé-r rait dans l'flgli^e d'Ecosi^e^ et cette révplutÎQP^ quoioue heui^eusement pomm^ncée , risquait enwre cependfint d'>échouer , si les )jois destinées à la consommer étaient eiiéc^tees avec moins dç viguçnr^ si les presbytérien^ , abattus par la fermetéde Tadministration açtç^Ue, avaient letemps 4e reprendre courage y si surtouif: ils voyaient le comte die Lauderdale , * qui passait pour être desleurs au fond du cœur ^ parvenu à supplanter ^n rival. Par ces motifs 1^ comte de Cl^rendon supplia le Roi de pardonner au ceinte de IVf iddleton une faute effacée par tant de service^. Il lui écrir vit en muême temps pour l'exhorter à persévérei*

dans ses efTorf s pottr établir TEglise épiscopafe ; et à faire enToyer à la cour par les ëvêques d'amples relations de ce qu^il avait déjà fait. Le Roi cependant lui donna ordre de venir lui rendre compte de l'état des affaires en Ecosse; mais le ministre prétexta la nécessité absolue de sa présence pour veiller de près à Texécution de quelques lois nouvellement faites, et il ne parut pas à la cour. Il espérait, en gagnant du temps, venir à bout d'affaiblir, ou même d'éteindre toutà-fait le mécontentement de son maître.

Un acte du dernier parlement avait rétabli les droits de patronage, dont ie clergé presbyte* rien n'avait pu obtenir l'annulation qu'en 1649^ époque où le parlement était entièrement à sa dévotion. La nomination du ministre fut alors confiée slux sessions ecclésiastiques et slxul anciens; en sorte que depuis cette époque tous ceux qui avaient été nommés à une cure ou à un bénéfice quelconque l'avaient été sans présentation. Une clause de cet acte déclarait intrus tous les possesseurs de bénéfices alors existans , sans toutefois qu'ils pussent être inquiétés sur le passé , dont l'amnistie leur était assurée parla même clause. Us étaient tenus seulement de se pourvoir avant la Saint-Michel de la présentation de leurs patrons ^ obligés à la vérité de la leur accorder sur leur simple demande, et de se faire instituer parleur évêque.S'ilsne remplissaient ces deux formalités,

leurs églises étaient réputées vacantes à la Saint- MicheL Tout ce qu'il y avait déjeunes gens et de têtes ardentes parmi les presbytériens prit feu à la publication de cet acte; et^ après avoir tenu qtmntité d'assemblées 9 ils résolurent de ne pas y obtempérer. Ils considéraient qu'en recevant l'institution d'un évêque , ils reconnaissaient pleinement son autorité, ce qu'ils ne pouvaient faire saos- renoncer à tous leurs principes. Un petit nombre cependant , (|ui avaient plus à cœur là conservation de leurs bénéfices^s'arrangèrentpour ne voir dans le nouvel acte qu'une loi temporelle sur la possession légale de leurs dimes et de leurs autres revenus , mais qui n'attaquait nulliment leurs croyances spirituelles ; ils crureat donc pouvoir s'y soumettre, dans les lieux surtout où les évéques étaient assez^ modérés ppur n'exiger d'eux aucune signature, et la plupart avaient cette coniescendance. Mais la résolution adoptée et suivie par.la masse des presbytériens n'en fut pas moins do n'obéir à aucun des actes portés dans cette session du parlement , se contentant d^atfendre et d'observer le tour que prendraient les affaires. Le comte de Middleton naturellement entier, disposition accrue encore par les déboires qu'il avait reçus à la cour, résolut de faire exécuter la loi dans toute sa rigueur. Plongé sans cesse avec ses amis dans les désordres de table et de débauche, ils n'eurent j a ma^is^ ni lui ni eux>

un iotervalle lucide ou ils easseot assez Ae calme et de saog-froid pour peser mûrement leurs démarches. Il atait d'ailleurs un tel mbépris pour ies fHresbytérieos , qu'il ne doutait pas qu'ils ne fussent disposes k tout endurer, plutôt que de perdce leurs bénéfices. Les cliefi du parti d'un autre coté calculaientKjue, s'ils étaient chassés de leurs euros en très-grand nombre k la fois, il deviendrak impossible de les remplacer tous sur-le-champ , et que le gouyeraement serait forcé de les rappeler, du moment où leur retraite , comme cela ne manderait pas d'arriver, priverait une grande partie de la natiot desecoura spirîtudsetdu seryîce divin. C'est pourquoi les clairvoyans ne craignaient rien tant que de voir les évéqutes procéder avec lenteur , se contenter d'écarA» ceux d'entre eux t{ui donnaient prise par un esprit de faction plus prononcé, et ne les renvoyer encore qu'autant iqu'ils avaient des sujets pour mettre k leur place. De telles destitutions eussent été â peine sensibles, et auraient trouvé le^lus souven^t leur excuse4ans l'emportement et le fanatisme de ceux sur qui elles seraient tombées. En conséquence un avis fut adressé à tous les ministres presbytériens |)ar les principaux d'entre eux , qui avaient discuté et arrêté à Edimbourg la conduite qu'il&Jilarittenir. Us ' étaient engagés par cet avis à se bien tenir sar leurs gardes , aûn de ne laisser prendre sur eax aucun avantage,, à attendre, et à s'acquitter

tranquillement de leurs fonctions , aos$i longtemps qu'on les laisserait en paix; mais, sitôt qu'ils Terraient paraître un edit pour leur défendre de les coQtinuar 9 à obéir tous à la âss. Les deux partis furent également trompés dans leur attente et dans leurs mesures. Lesevêques se ren«direiit dans leurs différons diocèses y oit ils furent bien ou mal reçus , selon qu'on y était plus ou moins contraire à l'episcopat^etils assemblèrent leur synode au mois d'octobre. Peu de ministres s'en absentèrent dajis les contrées du nord , et presque aucun n'y parut daus ceux de l'&uest.

Cependant le comte de Middleton se rendit à jGiasgow vers la SaiM-Michel ; et lorsque l'époque fixée par l'acte fut passée, voyant que dans iouties ces centrées la désobéissance aux ocuiditioas prèsimites aidait été universelle, il assetmbla ie <X)iiseil privé pour aviser à^^ qu'il y' avait à faire. Le duc de Hamilton m'a dit que le jour où se réunirent les ccaaseiUers, ils éta ient tellement pris de vin qps^ , hors d'état de considérer aucune des faces de ia question qu'ils avaient à décider, ils. ne vouliiu*«nt «et ne purent entendre à rien qu'à Fexéctttion pure et simple de la loi , sans restriction ni délai. Une déclaration lut doiaic p^ibliée , enjoignait à tous ceux qui possédaient des béiïefices , et «qui -en négligeant de se pourvoir des présenta-^ tîons ordonnées ) avaient ainsi contrevenu a^ der** nier aoté toutcbaût la nomination des ministres ,

d'abandonner toute prédication ^ de cesser tout serTice dirin et de se retirer immédiatement de leurs paroisses. Les troupes répandues dans les campafi^nes reçurent Tordre en même temps d'arracher de leurs chaires ceux qui seraient assez hardis pour continuer l'exercice de leurs fonctions. Le duc de Hamilton et sir James Lockhart, frère de sir William Lockhart^ s'opposèrent à ces imprudentes rigueurs. Us représentèrent que la plupart des pasteurs de ces comtés avaient pris possession de leurs églises depuis Tannée 1649; qu'ils étaient très- populaires et ayaient su mériter

à la fois Testime et Tamour du public ; que ce serait un grand scandale^ s'ils étaient chassés en masse sans qu'on eût sous la main des gens prêts à les remplacer ; et qu'il serait cependant impossible de trouver un nombre suffisant de sujets convenables pour remplir la multitude de vacances qui allaient résulter de cette déclaration^ Aucune de ces considérations ne toucha le comte de Middleton. La déclaration parut donc. Plus de deux cents églises furent fermées en un seul jour^ et plus de cent cinquante ministres déposés pour ne s'être pas rendus à la sommation des évêques qui les appelaient à leurs synodes. Ce coup d'autorité fut porté sans réfléchir sur les conséquences probables et sans avoir daigné même le communiquer aux autres évêques. Sharp m'a dit qu'il n'en avait rien su et qu'il ne s'était jamais imaginé

DE MON TEMPS. Hl

qu'une démarche aussi téméraire pût être tentée , jusqu'au moment où il l'apprit par la voie de l'impression. Il fat charmé qu'elle se fût faite sans sa participation. De cette sorte il avait sous la main quelque chose sur quoi , sans y avoir trempé en aucune façon , il pourrait désormais jeter le blâme de tout ce qui suivrait. D'ailleurs cette conduite était fort en harmonie avec une maxime que ses pareils ont toujours tenue pour fondamentale^ savoir que de l'exécution rigoureuse des lois dépend la force aussi bien que l'honneur des gouvernemens. Le comte de Middleton fut surpris de trouver une résignation aussi générale dans les presbytériens. Il s'était persuadé que la plupart consentiraient à tout plutôt qu'à se voir dépouillés de leurs bénéfices , et que les loutres plus intraitables comnfiet traient des étourderies qui justifieraient la sévérité avec laquelle il comptait les traiter. Il fut désappointé dans cette double espérance. Cependant cette docilité d'un parti , qu'on avait coutume de trouver si récalcitrant^ retentit à la cour dans toutes les bouches; Tout pliait devant le comte de Middleton^ y disait-on ; sa fermeté connue impose aux plus malveillans ; il est évident qu'il ne faut apporter aucun changement à l'administration d'Ecosse , si l'on veut réellement consolider dans ce royaume l'Eglise épiscopale. LordTarbot m'a dit que le Roi lui avait témoigné avoir conçu beau-

34* HISTOiaS

coup d^estime pour Tarcbevéque Sbeldon» depnîf la fermeté a^ec laqi^Ue il l'avait vu fioutepir lané* cessité d'exécuter Tacte d'ûoiforniité au jour fixer qui était la SaintrBarthél^myfdanstni^disciiflsim ou quelques esprits timides axagéraieut le d9J9g9r qu'il y aurait à eu poi)s$er trop vigpureuseipiMt l'exécutioD, C'est de là , ce semble ^ qu^e le comte; de Middletou avait cooclu que le zèle doot il fidr sait parade fierait Asseye agréable au J^jpuwrliM valoir ^ s'il y penBi$lait , le pardop dç'tout^s ^les £iule^ passées. Rieu ^'était dooc plus capob]^ ^ Tarrèter • Cepe^ida^t les clameurs das eomt^s, que la deroîère déclaration avait soumis à une sorte d'iuterdit» s'augmentaient tous les j^urfi« Pour les apaiser» oo mit tout eu oeuvre pour remplir le plus t&t possible le vide causé par la déposition »* luultafiée de taot de mioistres* Je fus pmsaé w^ tre autres par le oomte de Gleoeairu et par ie lord Tarbot d'aocepfter ceUe des églises vai:»otes qm}^ pfieféreaaîs* Je n'avais .néanmoins ^r$ qw dixneuf aas» amis il n'e^^iste point eu Ecosse d^ Ipî ;q«i t«gle Tôge de la prêtrise ; et c'est à catte opcasion que jfe fus initié d^s le secret de toutes les affaires > car ces deMX seigneurs avaient uof^ telle idée du service que j'étftî« à m^e de Iwr rendre , qii'ik se dépouillèrent avec i9iK>i de im^ contrainite pour me gagner , et me mii^^t 4^n^ la confîdenûe de tous leurs pi^^ts.^ Mais jWvaie^ «ueé de si bonne heupe de^ principe de ^PK^lérs-

DE MOM TEMPS. 349

tian ^ que malgré ces avances et malgré mon attachement exclusif à Fépiscopat , je tremblai de m'earôier dans tm parti de furieux ^ qui me semblaient animés par l'esprit de l'inquisition , et dont la condoîte ne témoignait aucune sollicitude réelle pour lès intérêts de la religion. Je pris donc ma jeunesse pour prétexte de mes répugnances ^ et je refusai obstinément de prendre le chemin des comtés de l'Ouest , quoique le comte de GlencairA m'offrit de m'y servir de guide et de protecteur.

On fit courir par tout le royaume ^ et à son de trompe pour ainsi dire^ un appel général à toutes sortes. de personnes d'aller prendre possession des bénéfices vacans dans l'ouest. Ils étairat en général d'un bon revenu , et les maisons prèsbytérales y étaient bien bâties et entretenues avec soin. Ces considérations mondaines y attirèrent une foule d'hommes indignes des fonctions de paatêurs , gens de peu ^de savoir , de moins de piété encore et de nulle modération. Ils trouvèrent à leur arrivée et de grandes préventions à dissiper 9 et beaucoup d'autres obstacles encore à surmonter. Leurs prédécesseurs qui , pour la plupart, étaient protestaires, étaient des hommes d'une nature grave et solennelle. Leur esprit était trop ardent y et leur caractère plein d'aigreur , mais ils avaient un extérieur qui commandait le respect. Ils étaient parens ou alliés des princir

55o HISTOIRE

pales familles du pays y et comme d'aillears leurs mœurs étaient décentes ^ ils jouissaient de l'estime de toute la petite noblesse. Ils avaient l'habitude de visiter fréquemment leuraffar^îssiens, et ils étaient «i pénétrés des Ecriturop, qu'ils étaient toujours prêts à improviser non-aeulement des prières y mais aussi des sermons. La coutume était alors en Ecosse de lire après le dîner ou le souper un chapitre de l'Ecriture; et dans les maisons où ils se rencontraient à cette heure de la journée y ils en faisaient sur-le-champ l'explication y pour peu qu'on parût le souhaiter. Ils avaient amené le peuple à un tel degré de savoir que y jusqu'aux plus chétifs laboureurs et valets y tous pouvaient improviser des prières. J'en ai souvent entendu 9 et^ bien qu'il y eût une large dose de galimatias inintelligible^ ils ne laissaient pas d« me surprendre par l'abandon d'idées et la facilité d'expressions dont ils faisaient preuve. Leurs mi* nistres les rassemblaient en général le dimanche au soir pour s'exercer à la priè#e , et dans ces sortes de réunions chacun^ homme ou femme, était prié de faire part de ses lumières. C'était par de tel» exercices que le peuple était parvenu à un degré de science et de doctrine dans les matières religieuses que je n'ai jamais retrouvé ailleurs. Ainsi que je l'ai déjà observé dans l'introduction , les prédicateurs suivaient tous une même méthode. Us faisaient d'abord des obser-

DE MaN TEMPS. 55t

Talions sur un point de dogme ou sur leur texte, ils le prouvaient ensuite par des argumens , puis ils pansaient à l'application , et montraient Tusage q4ie chacun doit en tirer , soit pour s'ins^ trutre ^ soit pour s'exciter à la craiiîte ou à la confiance , soit pour se juger so^'même et y puiser dés directions de conduite et des motifs d'espën rance. L'avantage de cette routine était d'avoir mis le peuple en ëtat de bien saisir un sermon, et de le suivre dans toutes ses divisions. Quelques-uns avaient en outre la prétention de rësou/^ dre les doutes qui pouvaient se présenter à cha*cun sur l'ëtat de son âme , sur ses progrès ou sur ses chutes idans la voie de Dieu. C'est ce qu'ils appelaient des cas de conscience , et ce qui , le plus souvent, pris dans les confidences que venaient*léur faire leurs paroissiens , ^ ne reposait que sur des faits produits par des accès de mélancolie , des vapeurs , des obstructions , ou toute autre cause«iiaturelle , mais qu'ils transformaient en opérations de l'esprit de Dieu, et en épreuves particulières- de sa main toute puissante. Cette nianie ne faisait qu^accroître la maladie des esprits faibles portés aux rêveries par quelque dérangement de leur organisation physique* Il faut avouer que , si ces ministres dont je parle avaient des idées fausses études méthodes dangereuses, ils apportaient au moins dans leurs fonctions beaucoup de soin et d'assiduité* Vivant

ave» leurs paroîisiens dans une grande familia^rité^ et habitués à prier et à s'entretenir avec eux en particulier y ils étaient parvenus à s'en faire aimer et respecter à un point dont on peut à peine se ftire une idée. Us avaient soumis les pécheurs à une discipline très-sévère. Pour avoir violé un four de dimanche, pour avoir juré ^ on commis quelque désordre dans un état d'ivresse, on était cité devant l'assemblée paroissiale com«* posée des dix ou douze notables de la paroisse > qui , de concert avec les ministres ^ vous adres* saieut de bonnes réprimandes. En cas de fomi-* cation , il jEallait de plus aller s'asseoir , pendant le service diviii de trois dimanches consécutifs , sur une sorte dp tabouret , placé au milieu de l'église, et appelé ordinairement colonne de pénitence {pillar ofrepmUmce)y et là, tout l^temps que durait le châtiment, on recevait les admo* nitions du public , et l'on devait donner toutes les marques possibles de repentir , ce que plusieurs faisaient par des torrens de Urmes ^ et en adressant à toute l'assistance de sérieuses exhor-* tations pour l'engagw à prendre conseil de leur chute. Four fisiit d'adultère, <f était six mois que durait cette pénitence publique , et on ne la subissait que couvert du sac. Tout cet appareil de dévotion et d'austérité avait de l'éclat et cachait les défauts et les erreurs de ces ministres très^ bornés d'ailleurs dans leur savoir, etencore plus

DK MON TEMPS. S55

dans leur jugement* Esprits aussi opiniâtres qu'étraits^ et d^ane capacité généralement très-médiocre > ils. se laissaient entraîner à tous les emportemeus de la passion la plus impréToyante. Naturellement serviles^ ils pajraient l'admiration de leurs iCnthousiastes par des flatteries et des caresses perpétuelles. Us étaient affectés dans toutes leurs manières^ à la fois pleins d'orgueil et de superstition ^ toujours prêts à critiquer ceux doDties sentimens différaient des leurs y et aussi prompts à croire qu'à répandre tout ce qui se disait à leur préjudice. Dans leurs sermons ils aimaient à s'étendre sur les affaires du temps y et à déclamer contre les désordres des princes et des cours : sujet très-propre à rendre un or»teur populaire. Il y a dans ces attaques une apparence de courage ; et le peuple entend avec plaisir tonner contre des travers auxquels il n'eut jamais aucune part, charmé de penser que tous les jugemens sévères de Dieu ici-bas sont provoqués par des crimes qui lui sont étrangers. Mais les opinions de nos protesta ires sur l'indépendance où ils mettaient, du pouvoir civil, FEglise et le clergé , et leur coupable disposition à exciter le peuple au tumulte et à la guerre civile , avaient imbu tous les esprits de préjugés si forts contre eux , qu'à l'exception de ceux qui partageaient enttèrenient leurs idées, presque personne ne les plaigiiit cfe la persécution à laquelle

ils étaient maintenant exposés. J'espère qu'on nie pardonnera cette digression , et que même elle ne paraîtra pas dénuée de tout agrément. Cest un exposé exact et fidèle et de ces hommes et du temps ; un lecteur judicieux pouri'a en inférer d'utiles observations. Je terminerai par la repartie judicieuse que le plus sage et le meilleur de ces gens-là ^ Colvil^ qui succéda à Leighton dans la charge de principal du collège d'Edimbourg 9 fit au comte de Middleton, un jour que celui-ci le pressait de lui dire sans détour s'il croyait que résister à son souverain fîât dans aucun cas l'exercice d'un droit légitime. « Cette question m'a souvent été faite^ répondit ce savant homme ^ et je l'ai toujours éludée ; mais à vous , je veux bien vous dire nettement que je souhaite aux princes et à leurs ministres de trouver légitime la résistance à leurs volontés injustes^ pour qu'ils gouvernent en hommes qui s'attendent à voir leurs actes contrôlés, tout en souhaitant en même temps que les sujets ne s'imaginent pas que cette même résistance leur est permise , afin que le monde soit tranquille. »> La déposition d'un si grand nombre de ministres jeta le trouble et la consternation parmi le peuple. Déjà, depuis quelques mois^ prévoyant le coup qui les menaçait, ils s'étaient efforcés d'insinuer à leurs paroissiens , tant du haut de la chaire que dans des entretiens particuliers, que

le i>ut de toutes ces innoyations dans le gouvernement de l'Église était de détruire l'empire de Dieu et de procurer au vice une impunité scandaleuse ; que la prélature était l'oppression de l'Église^ ouvrage de quelques hommes ambitieux et avides , qui ne vivaient que pour le pouvoir et les richesses , la luxure et l'oisiveté ; et qu^on verrait en conséquence les évêques encourager le vice afin de se faire un parti parmi les impies et les libertins. Ainsi prévenu , le peuple , en voyant le comte de Middleton et toute sa suite se livrer, partout où ils passaient^ aux excès de toute sorte , et insulter à toute apparence de vertu et de sobriété , ^e confirmait dans la croyance de tout ce que lui avaient insipué ses ministres. Ce qu'on disait et de la fourberie de Sharp, -qui avait toujours trahi ceux qui l'avaient employé , et de la versatilité des autres évêques qui , après avoir adhéré au çovenant , aprèÊ en avoir forcé d'autres à y adhérer comme eux, prêchaient maintenant contre lui , et ne rougissaient pas dévouer publiquement qu'ils l'avaient juré en dépit de leur propre conscience, n'était que trop propre également à augmenter ces fâcheuses impressions et à les enraciner profondément dans les esprits. Je laisse à penser si elles furent effacées ou du moins balancées par les nouveaux possesseurs de bénéfices , presque tous aussi médiocres que méprisables. Je n'ai de ma vie en-

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tendu de plus pitoyables prédicateurs. Leur igtaorance était révoltante , et plusieurs d'entre eux ne prenaient ménie pas la peine de cacher leui^ vices. En un mot , ils déshonoraient leur caractère et leur profession , et , pour dire la vérité j ils étaient le rebut et la lie de la population du nord. Ceux d'entre eux , dont la capacité et les mœurs n'étaient pas un objet de dédain ou de scandale , étaient si violons que la haine qu'on leur portait égalait le mépris qu'inspiraient les autres. Tels furent les funestes auspices sous lesquels commença le rétablissement des évoques en Ecosse. Peu d'entre eux parurent sentir la gravité effrayante de ces circonstances. Fairfoul, celui de tous qu'eues pressaient de plus près, car il possédait le «iége de Glasgow , n*en eut même pas connaissance 9 car, un an avant de mourir, il tomba dans un état de paralysie , où il languit jusqu'au tombeau.

Tels sont les principaux événemens qui suiyi'rent la restauration en Ecosse. J'ai moi-même été spectateur de la partie visible, et, T{uant à la partie cachée, je l'ai sue de ceux mêmes qui la dirigeaient. Mes auteurs soutdonc irréfragables en eux-mêmes, et je n'ai jamais eu lieu de croire <|u'ils aient voulu ou me tromper, ou me mai informer.

Je change actuellement de climat , me tnms' porte en Angleterre et tais donner une idée du,

DE MON TEMPS. SSy

tour qu'y prirent les affaires tant ecclësiastiqiie^ que civiles après le retour de Charles. Mon récit sera peut-être incomplet > peut-être intervertirat-il quelquefc|is Tordpe des faits y mais je suis assuré du moins qûHl sera fidèle. Ge que j^écrirai )e l'ai recueilli en divers temps de la boucHe du comte de La^iderdale , de sir Robert Murray , du comte de Shaftesbury^ du comte deClarendon^ fils du chancelier y de lord HoUis et de sir Harbottle Orimstone, orateux" de la chambre des communes y et sous la protection spéciale de qui j'ai vécu neuf ans en qualité de prédicateur de la chapelle des rôles y pendant qu'il était lui-même maître des rôles. De si bons guides ne peuvent m'égarer y d'autant plus que j'ai soigneusement confronté leurs témoignages, et me suis sans cesse tenu présens à l'esprit les motifs d'intérêt ou d'opinion qui> danschaque circonstance, devaient les rendre {dus ou moins disposés à croire ou à repousser certaines choses.

Lors de l'arrivée du Roi , personne n'eut le courage de demander que des propositions lui fussent faites pour limiter de concert avec lui la prérogative, ou du moins pour en définir quelques points mal éclaircis*. Ce n'était que joie et ravissement : si le Roi s'était mis sur-le-champ à l'œuvre , et qu'il se fût d'abord efforcé d'affranchir la couronne de toutes ses entraves, comme il le tenta plus tard sans succès , nul doute que

dans les premiers transparts de la restauration ^ il n'eût obtenu toqt ce qu^il aurait demandé de favorable à l'indépendance de son autorité , en administration comme en finances. Mais il était si jaloux de ne piis enleyer un moment à ses plaisirs qu'il se déchargea sur le comte de Ciarendon de tous les soins de son gouyernement. Ce ministre favori ^ élevé dans l'étude des lois et pour le barreau , ne s'était pas moins déclaré de tout temps pour les anciennes libertés de sa patrie^ que pour les droits de la couronne. Un accident domestique avait encore aiguillonné son zèle pour les premières. Lorsqu'il commençait déjà à se faire un nom dans sa profession , il alla visiter son père , vieux gentilhomme du Wiltshire ; celui-ci , un jour qu'ils se pronienaient ensemble dans les champs, lui dit que bien souvent les hommes de sa profession, pour se rendre agréables au prince et faire fortune , torturaient les lois^ et étendaient la prérogative au préjudice de la liberté publique; qu'en conséquence il lui recommandait , si jamais il parvenait à acquérir quelque réputation , de se garder de sacrifier à ses intérêts ou aux cav prices du souverain , les lois et les libertés, de son pay^. Le vieillard lui répéta cette leçon une seconde fois , et fut surpris immédiatement par une attaque d'apoplexie , dont il mourut en peu d'heures. Le comte de Ciarendon avait raconte cette particularité à lady Rapalagh qui la lui

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rappelait souvent. C'est d'elle-même que je la tiens.

Il résolut donc de ne pas étendre lat prëroga-» tive au-delà de ce qu'elle était avant la guerre civile. Il ne voulut ni abolir la pétition des droits^ ni travailler à la réinstallation des cours d« la chambre Étoilée et de labaute Commission, ce qui eût été très- facile. ILne jugea pas même k propos de faire rapporter le bill qui avait rendu les parlemens triennaux , jusqu'à c§ qu'on eût réglé des points de gouvernement plus importans. Il est vrai qu'il prit soin de faire retirer toutes les concessions arrachées à Charles P'. par le long parlement. Regardant le droit exclusif de lever et d'entretenir des troupes comme un des privilèges les plus importans 5 il mit le plus grand intérêt à l'établir sur des bases claires et solides , de manièi^e à prévenir toute contestation à l'avenir. Mais, quant à tous les anciens actes qui garantissaient la propriété ou limitaient raisonnablement la prérogative, tels que ceux sur la tsîxe des vaissaux, les droits de douane et Yhabeas corpus y il les respecta religieusement. Le gouvernement demanda douze cent mille livres sterling par an de revenu fixe ; et quoique nos anciens souverains n'eussent jamais vu entrer dans leurs coffres une aussi forte somme à beaucoup près, cependant on l'accorda sans difficulté. Elle devait fout*nir à toutes les dépenses ordinaires du royaume. On

56o . HISTOIRE

pensa gënëralement que si deux millions avaient été demandés, ils auraient été accordés également. Mais Glarèndon ne désirait pas affranchir le Roi de la nécessité d'avoir recours à son parlement : c'est du moins ce qu'on parvint dans la suite à faiâe croire au Roi, qui ne douta plus que son ancien favori eût pu. facilement augmenter ses revenus et son autorité, s'il l'avait voulu ^ et si surtout il avait eu plus de confiance en son maître. Que Clarendon ait eb en effet ce pouvoir ou non^ c'est ce qui est au dessus de ma conjecture. Je sais seulement que tous ses ennemis le prétendaient ainsi après sa chute, et que, je le répète , ils en convainquirent si bien lé Roi que pour ce motif il vint k le haïr autant qu'il l'avait aimé. On l'entendit souvent dire au milieu des embarras qui troublèrent la fin de son règne, que rien de pareil ne serait arrivé', si le comte de Clarendon l'eût fidèlement «ervi.

Il n'y avait que peu de jours que Charles était à Whitehall, lorsqu'un certain Venner, millénaire violent, non content de croire que le Christ devait régner sur la terre et mettre ses saints en possession du royaume , s'imagina que les saints devaient s'en emparer eux-mêmes. Il assembla dans Coleman-Street un petit nombre des plus furieux d'entre ses confrères : ils concertèrent ensemble les moyens de rétablir leChrkt sur son trône, comme ils disaient , et ils fixèrent le jour dé l'en-

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treprise. lisse proposaient, en attendant la niani-^* festation de leur divin maître , de gouverner en son nom. Ils apportaient tant de méthode et de confiance dans leurs projets qu^ils crurent devoir préparer des étendarts et des drapeaux avec leurs devises. Ils avaient eu le soin également de se pourvoir de très-bonnes armes. Mais quand le jour assigné fut venu y vingt à peine parurent au rendez-vous. Cette poignée d'insurgés osa néandioins parcourir les rues en criant : Point d^ autre que le Christ ! Quelques-uns d'entre eui semblaient persuadés que le Christ allait descendre et «e mettre à leur tête. Us balayèrent les rues devant eux y et leur audace, fut d'abord assez heureuse : tant de fureurs et d'extravagances répandaieht quelque effroi^ et surtout étonnaient. Us tuèrent beaucoup de monde, mais à la fin, accablés par le nombre, ils furent tous massacrés, ou pris et exécutés.

L'algarade du fanatique Venner servit de prétexte pour lever quelques compagnies de gardes. H était même grand bruit à la cour, lorsque l'armée serait licenciée , de la remplacer par un corps de troupes choisies, sur lesquelles le Roi pût compter, et qui seraient assez nombreuses pour mettre à l'abri de nouveaux tumultes. Le comte de Southampton garda quelque temps le silence ; mais lorsqu'il vit que ce dessein semblait prendre de la consistance^ et que tous les courtisans l'exal-

taient à PenTÎ, il désira entrer à ce sujet avec le comte de Clarendon dans une explication franche. Il lui dit que les mauvais effets d'un gouvernement militaire s'étaient fait sentir sous Cromwell, quoique l'armée fût alors austère et religieuse ; qu'on devait attendre des désordres bien plus grands de soldats qui seraient infailliblement vicieux et dissolus; que le Roi les comblerait de caresses et de faveurs; qu'ils seraient bientôt indisciplinés et insolens , et qu'alors des hommes tels que lui , comte de Clarendon , seraient réduits à ne plus être que les instrumens de leurs fantaisies. Il ajouta qu'il ne verrait pas , sans so prononcer hautement , préluder à la ruine de sa patrie, et qu'une baguette blanche ne l'empêcherait point d'élever la voix. Le chancelier, persuadé que les craintes de son collègue étaient légitimes, lui promit qu'il détournerait le Roi d'enrôler plus de troupes qu'il n'en fallait pour entourer Sa Majesté d'une force imposante, et suffire à la dispersion de rassemblemens séditieux. Le comte de Southampton répliqua qu'il n'avait rien à objecter si la cour s'en tenait là; mais qu'il ne serait pas fax^ile de fixer un nombre qui pût contenter le Roi sans donner de l'ombrage au peuple. Le comte de Clarendon fit comprendre au Roi qu'il était pour lui de toute nécessité de se conduire avec une extrême retenue , tant, que la vieille armée serait encore sur pied ; car on con-'

naissait à la fois soa courage et son esprit; et bien qu'elle parût ch»igëe depuis la restauration , cependant elle pouvait ^ au premier sujet de mécontentement*, redevenir elle*même et se porter aup plus redoutables résolutions. Charles sentit la gravité de ces observations, et il n'y eut pa^lieu à murmui:er dans ces commencemens. L'armée fut , il est vrai , licenciée ,^mafe' avec tant de témoignages de confiance^t de considération , avec un tel soin de payer exactement les soldes arriérées , et d'accordep des gratifications, que h gouvernf^ment paraissait moins la congédier que la renv(>yer temporairement dans ses foyers, pour la retrouver et remployer au besoin* C'était assurément l'armée la plus*brave, la mieux disciplinée et la plus sage'^i se' soit vue -dans ce siècle. Chaque soldat y pau^t faire les fonctions d'officier* La cour commença à respirer après s'être délivrée des craintes que faisait peser sur elle ce dangereux spectateuv de ses folles. Les gardes et la nouvelle tirmée que leva la cour furent composés des soldats de l'ancienne armée que i^ecommandait Monk , et dont il répondait- Ce soin si important nlfeirréta pas néanmoins le déclin de son crédit* *

La nation montra combien peu elle aimait les condamnations capitales, ters de celle des régicides. Quelque odieux qu'ils pussent être alors , et quoique le peuple se fût porté en foule et avec

joie^ tant à leur jugement qu'aux premières exécutions y cependant Tàorreur de leur crime eéda à la fia au retour fréquent des supplices et aux tëmoignaget de eouitege et de piété que donnaient la plupart des criminels y semblant racheter ainsi les forfaits qu'ils avaient commis. On conseilla donc au Roi de suspendre le cours des Reculions , ou du moins d'en transporter la scène dans quelque lieu moins voisin de la cour que ne l'est la place de Charing-cross. Harrison fut le premier exécuté. C'était un fanatique cruel et sanguinaire. On a cru généralement que ^ dans le temps où l'armée délibérait si elle mettrait Charles I**. en jugement 9 ou si elle s'en déferait dans sa prison 9 il s'ofirit^ si on prenait c# dernier parti y d'être lui-même li bourreau. Quelque raisonnable qu'il fût ^ commencer par lui , on se trouva mal de l'avoiip d'abord présenté en spec<tacle. Plein d'ardeur et de. résolution y inébranlable dans ses principes > désintéressé dans son fanatisme , puisque du Moment où il avait vu dans Cromwell l'homme qui travaillait à sa fbrtune>^ il l'avait abandtfhné, Harrison supporta son supplice et. toutes sit horreurs , car on n'oublia aucun des affreul accessoires que prescrit la loi pour les cas de haute trahison^ avec une fermeté ou plutôt une satisfaction qui étonna tons les spectateurs. Il dit très-positivement que tout ce qu'ils avaient fait^ lui et les siens^ étaii la cause

et l'ouvrage de Dieu , et qu'il espérait que Dieu reiisuscitepait cette cause^ quelcpie déchue qu'elle parût être maintenant. De là le bruit qui courut et fut généralement adopte pour vrai , qu'il avait dit qu'il ressusciterait lui-œême» Mais ses partisans nièrent le fait^ et rapportèrent ses paroles ainsi que je viens de le faire. Ce qu'il y eut de remarquable dans ces exécutions ^ c'efit que Peters^ espèce d'enthousiaste et de prédicateur boufibn^ homme d'ailleurs plein deVices^ qui avait été d'un grand secours à Cromwell, et qui s'était montré plus altéré qu'aucun autre de ses conârères du sang 4^ Charles I^^ , dont il avait pressé Im mort avec la cruéuté et l'acharnement d'un inquisiteur^ donna au contraire dés marques de la dernière faiblesse ^ à la vue du châtiment qui lui était destiné. U n'^ut ni assez d'honnêteté pour se repentir de ses crimes > ni assez de force pour en suppoi*ter la peine. On fut obligé de lui administrer des cordiaux d% temps à autre pour l'eiiftpêcher de tombef en défaillance. S'il faut en croire ce qui se dit alors , Henri Martin fut redevable à ses vices d'avoiip échappé à la mort. Il s'était montré un des plus violons ennemis de la monarchie , mais seulement en vertu de pvinci|tes puisés àj»s Fadmiration des Romains' ou des Grecs de l'antiquité. Il n'avait jamais abordé les matières religieuses que pour les tourner en ridicule. Il ne respectait pas davantage la morale^

et ses vices le disputaient à son impiété. On le vit dans sa prison s'abandonner avec une égale fii- Ttenr anx excès de la débauche et du blasphème. Telle fut^ dit-on , la source de l'intérêt qu'il inspira à certains personnages' de la cour , qui parvinrent à le sauver. John Goodwin et Milton furent aussi épargnés , au grand étonnement de tout le monde. Goodv^in avait souvent non-seulement justifié , mais exalté , tant dans ses sermons que dans ses livres , la mort de Charles h'. Pet^rs et lui avaient été les deux seuls prédicateurs qui eussent abusé avec tant d'impudence de la parole sacrée. 11 est donc bien difficile de sup* poser qu'un tel persqpnage ait été oublié et ex^ cusÀ; mais Goodw^in était arminien zélé , et comme tel il avait contribué à semer de telles divisions parmi les sectaires , qu'on lui sut gré de ce service involontaire , et qu'il ne fui point poursuivi. Quant à Milton , ii avait ^ dans ses ré* ponses à Saumaise et à d'autres, soutenu avec tant d'emportement » quoigue avec une grande supériorité de génie et une grande élégance de style , que la mort du Roi avait été juste et louable , il avait montré tant d'animosité contre la personne même de Charles P^. et toute la famille royale , et une -si grande aversion de la lAomarchie ^ qu'on ne fut pas peu surpris de ne pas le voir excepté de l'amnistie: Si c'était un oubli , il était bien étrange; si c'était de la clémence >

elle était excessive. Il s(frtit bientôt de la retraite où il s'était caché ^ et il vécut plusieurs «années encore , visité par tous les étrangers et admiré par tous ses compatriotes pour les belles poésies qu'il publia y tout aveugle qu'il était ^ pour son Paradis perdu surtout, ouvrage dans lequel brille une sublimité d'invention et de style qui , bien qu'il soit écrit en vers blancs , c'est-à-dire sans rime , et renferme des néologismes et des mots durs à l'oreille, l'a fait estimer cependant le poëme le plus beau et le plus parfait qui ait jamais été conîposé, du moins dans notre langue. Mais autant la grâce accordée aux trois personnes que je viens de nommer parut inexplicable , a.utant l'arrêt de mort rendu contre sir Henri Yane fut blâmé avec amertume ; car l'amnistie de Bréda n'exceptant que les régicides, il devait y être compris. Quoiqu'il se fût prononcé en effet pour un changement de gouvernement , et pour la déposition du Roi, il n'avait approuvé ni sa mort, ni l'oppression du parlement à main armée; et on l'avait vu même disparaître de la scène durant cette époque de sang et de désordre. Ses amis firent si bien valoir cette retraite et ses motifs , qu'ils engagèrent les deux chambres à voter une adresse en sa faveur. Le Roi y fit une réponse favorable, quoiqu'en termes généraux. Yane se crut donc à l'abri de toute poursuite, parce que cette démarche du parlement lui parut

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équivalente à un . acte ^'absolution ; les formes seule&nianquaient. Cependant la grande part qu'il avait eue au procès du comte de Strafford et à tous les événemens qui avaient précédé et amené la destruction de la monarchie en Angleterre , mais surtout la haute opinion qu'on avait dé ses talens^ dont il était à craindre qu'il ne se servit pour révolutionner de nouveau le pays ^décidèrent la cour à se défaire d'un homme aussi dangereux. Le courage n'était pas une de ses qualités; je le sais de quelqu'un qui l'avait connu ^ el^qui m'en a donné des exemples très-frappans. Ses idées religieuses étaient aussi confuses dans sa tête que son esprit était quelquefois timide. Il prétendait bien à l'honneur d'av#îr fondé une secte; mais cette secte semblait être plutôt le renoncement à toutes les autres j que le résultat d'opinions particulières et d'un culte nouveau. C'est pourquoi Yane et ses partisans furent appelés les chercheurs. Cette désignation signifiait qu'ils étaient dans l'attente de manifestations nouvelles et plus claires de 1» vérité. Dans leurs réunions , Yane prêchait et priait souvent lui-même^ mais avec une telle obscurité que je n'ai jamais pu saisir le sens de ses paroles^ quelque peine que. je me sois donné pour y parvenir. Comme plusieurs autres personnes m,'ont assuré qu'elles avaient été. aussi peu heureuses que moi ^ il est à croire qu'il omettait^ dans ses discours, des points

DE MON TEMPS. * Sôg

convenus qui étaient la clef du reste. Ses amis m'ont dit qull ayait du penchant au sentiment d'Origèi^ sur la rédemption > tant pour les démons que pour les damnés , et à la doctrine de la préexistence. Lorsqu'il Yit«,que sa mort était décidée , il s'y résigna avec une fermeté qui étonna d'autant plus qu'on savait combien peu cette vertu lui était naturelle. Je pourrais donner des preuves très-extraordinaires de son sang-froid , si la décence ne me faisait un devoir de les passer sous silence. Il fut décapité sur Tower*Hill. Son exécution fut marquée par l'iotroduction d'un usage aussi odieux qu'il était nouveau. On avait remarqué que les harangues des régicides au pied de l'échafaud faisaient sur les auditeurs des iinpressions qui n'étaient pas toutes à l'avantage du gouvernement. Comme on avait. lieu d'attendre de Vane des aocens d'une éloquence encoie plus puissante^ on plaça y pour en prévenir les effets , des tambours au-dessous de l'échafaud , avec ordre de les faire battre dès qu'il commencerait à parler des affaires publiques. L'ordre fut exécuté à un signal donné. Il n'en parut nullement déconcerté. Il pi:ia qu'on mit fin à ce fracas^ non sans avoir compris ce qu'il signifiait. Il s'occupa ensuite de ses dévotions. En prenant congé des amis qui l'entouraient, il laissa échapper quel-, ques mots qui avaient rapport aux affaires du temps ; les .tambours recommencèrent aussitôt à I. 24

battre; il. n'insista pas^ et moural ayee tant de dignité que,, selon l'opinien commune^ legon^er- Bernent perdit plus qu'il ne gagna par sa mort.

L'aete d*amnistte passa a^ec nn très-petit nom^ bre d^esceptions. Les cavalieit^ indignés, s'en plaignirent hautement. Us forent pins éeontés danS'la distribution des offices et des |4aees; et, bien qu'il n y en eût pas assee pour le^ oontenter tons, ils obtinrent du moins que Pen n'aurait é^rd ni au mérite , ni aux services. Le ftoi fit la plupart de ses choix sous l'influence de la carbaie qui s'ass^bkit ches mistriss Palmer. Le comte de Clarendon venait quelquefois à beat de réformer les ré8oluti<ms qui s'y prenaient, niais le plus sovEvent il était obligé d'y souscriit. D'aiiiemrs il ne voulut jamais grossir la cour de mistriss Palmer, et refusa, avec opiniâtre, d'apposer les sceaux de l'Etat sur aucune pièce publique oii elle îdt nommée; de même que le comte de Southampton ne souffrit jamais que le nom de cette indigne favorite Mt inscrit dans \&» livres de la trésorerie. Ces- vertueux ministres auraient cru se déshonorer s'ils sTaient, en au* cune fiiçon , autorisé le monde à peaser qu'ils condescendaient aux vices du Roi. Je ne pais . néanmoins assurer que le comte de Clarendon c^isurât la:TÎe dissolue de son maître avec autant de liberté-qu'on l'a d»t. Quelque large ^ue fiktla p«irt obtenue par les cavaliers dans kt distribar

tion des plaees , Us farent loin cepeâdaiit d'éf re sâtîsfeits. Leurs plaintes étaient si peu modërëes ^ue le chancelier , poFur excuser le Roi à^en àvoïi^ nëgligé Quelques uns^ se mit à. rabaisser eux et leurs services. Il n'en fallait pas davantage pour Im* faire vouer, par plusieurs d'entre eux, une haine implacable. Cette haine s'accrut encore à l'occasion de l'étendue de l'acte d'amnistie, cfui leur enlevait l'espoir d'être remboursés de leurs pertes, sinon par des confiscations, du âioins par des amendes* prises sur les bie^s de ceux qaii pendant la guerre civile, avaient t&m peur le parlement. Il est vrai que le parlement, appelé du nom plus niodeste de convention , comiptait trop de ses miembres qui afvaient pris parti centre la cause royale , pour ne' pas soBgjsr k se mettre à l'abri, lui et ses amis. H prit la précaution y en conséquence , de rédîger Pacte d'amnistie de manière à l'étendre sur le plus de personnes possible ; mais lorsque le nouveau parlement se rassembla un au après > il y fut ifiiestiôrr de' revenir sur cet acte , et de le casser. Le Roi déclara qu'il n'y consentirait jamais , et ce projet fut abandonné. Le comte de Clàrendon spwim que le Roi avait a^gi par son co^nseil. Il oroyait que les actes ou promesseà d'amnistré doivent être sacrés ; que la fidfétité à leé observer est le seul moy^n qu'ait un gouvernement de mettre un terme à la rébellion et aux guerres ci-

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viles; car si le peuple s'apercetait une fois que ces promesses n'aTaient été &ites que pour le tromper ^ et sans intenti<m de les remplir reli* gieusement y il ne Toudrait plus entendre à au« cun accommodement. Il disait souvent que les promesses d'amnistie faites par le Roi TaTaient seules rétabli sur son tr6ne , et que pour y de* meurer^ il fallait les tenir. S'il en est ainsi , ce fut le comte de Clarendon qui fit et consolida la restouration ; car les engagémens de pardon qui furent pris et l'exactitude à les observer furent également son ouvrage. Cependant les mëcontens de la cour , frustres dans leurs espérances avides, se dédommageaient en attaquant , par le ridicule , Viicte d^oubli et d'amnistie. Oui y disaientils, le Roi vient de passer un acte d'oubli pour ses amis , et d'amnistie pour ses ennemis. Pour se venger encore davantage du comte de Clarendon , ils publièrent qu'il avait donné au Roi le conseil de ne songer qu'à gagner ses ennemis, puisque ses amis lui étaient enchaînés par leurs principes mêmes. 11 traita toujours de mensongère cette imputation souvent répétée. Je ne puis dire si le Roi^ comme le bruit en a couru > l'en chargea lui*même après sa disgrâce pour le rendre plus odieux ; il est certain du moins que le Roi disait souvent beaucoup de mal de son ancieo ministre. Il en fut extrêmement blâmé y et peu de personnes le crurent.

Après 1& restauration , le Roi devait naturellement songer à se marier» On ne tarda pas à s'apercevoir qu^il ne voulait pas d'une princesse protestante. II témoignait du dédain pour l'Allemagne y et en général pour les cours du Nord. Le roi de France n'avait pas de sœur. Il avait vu les filles du duc d'Orléans , et aucune ne lui plaisait. Il n'y avait que deux infantes en Espagne : Tainée avait épousé Louis XIII , et la cadette était destinée pour Vienne. Ainsi , parmi les têtes courcmnëes^'il ne restait plus que la maison de Portugal dans laquelle il pût choisir une femme. Ce fut Monk qui reçut les premières ouvertures pour ce mariage; elles lui furcAt faites par un Juif 9 agent de la cour de Lisbonne. Cette cour avait perdu toute importance politique depuis la paix des Pyrénées , où elle ayaix été abandonnée par la France. On peut voir , par les lettres du cardinal Mazarin , qu'il sacrifia entièrement les intérêts du Portugal lors de ce fameux traité. Cette ingratitude envers de fidèles alliés fut attribuée à la complaisance du cardinal pour la reine-mère de France , qui , parce qu'elle était Espagnole 9 se faisait comme un devoir d'être dans les intérêts de l'Espagne^ toutes les fois que ceux de la France ne s'y opposaient point ; car ^Ue prétendait être fidèle, avant tout, à sa seconde patrie. Tel fut le i|iotif véritable de la faiblesse avec laquelle le cardinal Mazarin poussa

la guerre d'Espagoe» Elle lui était consdllée aussi par des considérations d'avarke; car moins ks dépenses publiques étaient considérables , plus il avait de moyens d'assouvir la soif insaèiaâbie de richesses qui ne cessa de le déY<H*er. Les Porlu** gais, laissés de la sorte à eux-mêmes, craignaient àt tomber sous le jcmg de l'Espagne , incapable de résister à la France, mais trop puissante pour ne pas les accabler i^ctlement dès .qu'ils s'au^ raient plus d'aulre ennemi à combattre, ils firent donc de grandes offres au Rei , s'il voulait éposser leur infante, et les prendre sous sa {HrdtectÎDn. Monk fut d'autant plus disposé à jicciifeftlllr cette ouverture qu'il y avait des gens ^ui prétendaient qu'au commencement de la> guerne À% Porta*gai , Charles I^^. était ontré en négociation pour faire épouser FiAfante à son fils; let la haute vénération qu'on porta^it alors à la mémoire de ce prince infortuné faisait regarder ses moindres pix>jets comme sacrés. Motik promit de seéond» les vues du Portugal ; et ce fut là ^ ainsi que me t'a dit sir Robert Southw^l» le prentier pas q^ii &it fai t. Peu après le retour du Rm en An^eterce^ cette cour env<»ya une an^bassade pour le leli* eiter^ et pour négocier sérieusement le mariage projeté. L'ambassadeur d'Espagne^ qui &isait sonner bien haut les droits que sa courâvaît acquis à la reconnaisauce du Roii ^ en lui donnant à Bruxelles un asile et des secours ^ lorsqu'il eut

été abandonné par la France , ne négligea rien pour romprecette alliance; il osa affirmer, «ntre autres choses^ que Tinfante était hors d'état d'a« voir desenfane; mais il ne fut point écouté. Les E^agnols ne se font aucun scrupule. d'avancer toutesles impostures qui peuvent leur être utiles; et rien ne leur importait davantage que d'éloigner ce inariage^ qui assurait au Portugal une puissante 'prqtectioq. Ainsi il n'y eut rien çle surprenant y »i dans la conduite de l'ambassadeur 9 ni dans le peu de cas qu'on fit de ses représentations. *

Vers cette époque M* Fouquet commençait à p«;endre de l'ascendant dans le conseil de France^ par suite de la langueur où était tfmibé le cardinal Maearin^ et dont il mourut un an après. Il fit passer un de $es émissaires en Angleterre avec un ppojet d'allianceentrelaFrance et cette couronne. Gonfoi^mément à ses ordres, cet émissaire s'adressa d-abord au comte de Qarendon , auquel il communiqua tous les articles du traité qu'il devait proposer, et dont le mariage du Roi avec l'infante de Porluga^l était un des points principaux. Pour lever tous les obstacles, Fouquet manifestait le désir de contracter une amitié particulière avec \ê comte de Clarendon, et lui faisait faire l'offre de 10,000 livres sterling, avec l'assurance que la même somme lui serait comptée tous les ans. Le comte deClarendon répondit qu'il rendrait fidè--

leiiieDt compte au Roi de tout ce qui regardait son service 9 et répondrait en son nom sous peu de temps; mais pour ce qui le regardait personnellement^ il dit qu'il serrait un maître généreux et bon , qui connaissait tous les besoins de ses serviteurs et savait y pourvoir; qu'il était décidé à' le servir fidèlement, et que^ comme il se croyait obligé envers ceux dont il recevait de l'argent , il se croirait déshonoré s'il en acceptait de tout autre que du Roi. Il m^ en effet sous les yeux du Roi les bases de Talliançe proposée , qui demandait du temps et de la réflexion. Puis il lui raconta, ainsi qu'ji son frère, les offres personnelles qui lui avaient été faites. Us lui conseillèrent tous deux de les accepter. « Quoi, dit-il, voudriez^voos donc que je vous trahisse ? — Je sais , répondit le Roi, que rien ne saurait vous corrompre. -<— Alors, répliqua Clarendon , vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même, car si je prends l'argent, je trouverai sûrement ce surcroît d'ap^ pointemens très* agréable, et je m'efforcerai de le conserver en le méritant. » Il ajouta qu'il avait rejeté la proposition avec dédain , et averti sérieusement son maître du danger qu'il courait , s'il souffrait que les personnes qui l'approchaient devinssent pensionnaires des autres princes; « car on n'entretient de ces pensionnaires , continua-til, que pour altérer la pureté de leurs conseils, et pour pénétrer, par leur moyen, les secrets les

plus iitiportans; et si le Roi fei^mait les yeux sur cet àbus^ ce serait bientôt une habitude générale^ et la corruption envahirait toute la cour.»

'Qu né parlait que du mariage du Hoi^ lorsqu'un incident très-extraordinaire vint surprendil'e tout le monde. La fille du comte de Clarendon^ grosse^ et près de son terme 9 somma le duc d'York de déclarer le mariage qui les unissait. Elle était fille d'honneur de la princesse royale ^ lorsque le duc^ qui jusqu'à sa vieillesse s'occupa de galanteries , devint amoureux d'elle et tenta de l'engager à condescendre à ses désirs ; mais elle se conduisit avec tant de réserve et d'adresse qu'à la 'fin elle se fit épouser. Son. père protesta solennellement n'avoir rien su de cette intrigue , jusqu'au jour où elle venait d'éclater. Le duc croyait l'avoir détournée de réclamer ses droits par de grandes promesses , et par d'aussi grandes menaces ; mais elle avait de la résolution et du cœur. Elle dit qu'elle était sa femme ^ que ce qu'elle voulait avant tout, c'était de le prouver, et qu'il la traiterait ensuite comme il le jugerait à propos. Je laisse à penser à quel point toutes les conversations s'emparèrent de cet étrange évéqer ment. Le Roi donna ordre à un certain nombre d'évoqués et 'de juges d'examiner les preuves qu'elle avait à produire. Ils déclarèrent que, suivant la doctrine de l'Evangile et la loi de l'Angle* terre, le mariage était bon. Il était donc impos«-

cible de le casser^ si ce n'est en essayant de prouver contre elle 9 qu'elle n'avait pu épouser une personne qui appartenait de «i près au Roî, sans sa permission. Le Roi ne voulut ni perdre ni chagriner un aussi bon serviteur que le comte de Clarendon , et il dît à son frère qu'il fallak se resigner aux conséquences de son imprudence , et vivre avec celle qu'il avait faite sa femme. Tous les ennemis du comte de Clarendon furrat charmés de ce mariage , qui , tout en paraissant l'élever encore^ rendaitsa ruine plus inévitable; l'envie, pensaient-ils, n'en sera que plus acharnée contre sa fortune, et le Roi le croyant désormais plus attaché aux intérêts de son frère qu'aux siens , lui retirera sa confiance et sa protection. Il était lui-même de ce sentiment, et voyant un jour son fils , qui me Ta répété , se féliciter de ce boplieur prétendu , il l'avertit dé modérer sa joie , car ce serait tôt ou tard la cause de leur ruine.

Je vais , à cette occasion , consacrer quelques instans à donner une idée du caractère du doc d'York , que j'ai connu assez particulièremeirt durant plusieurs années, pour en parler d'après mes propres observations. Il avait mérité , dans sa jeunesse , les éloges de M. de Ttirenne par sa bravoure ; et grâce à ce grand homme, il passa jusqu'à son mariage pour être très -supérieur à son frère. Il était naturellement franc et sin-*

cèi^e ^ €i|$c«plible d'amîlié et ferme dans ses at« tacbeineDS^ tant que les affaires et sa reUgion n'eurent pas étouffé ses premiers principes et ses inciipations généreuses. Il avait un grand désir, de connaître les afSeiires^ et dans cette vue Hitenaît un journal de tout ce qui se passait. li m!en a montré une grande partie. Lef^uc de Buektogèam m'a tracé un jour ^ dans son lacj^ïiisme énergique , le portrait des deux frères , portrait d'^it^ut plus sévère * qu'il est yrak Le Roi ^ disaît41y aurait .de la capacité s'il voulait^ et le duc s'il pouvait. Le duc d'YoA avait le jugement -esséntieliement faux. Il suivait sans examen les avis de ceux en qui il avait confiance y et il était en garde contre tous le$ autres avec une obstination iuvipoible. ir avait été élevé dans une grande idée de Fautèrité royale ^ et avait po»r maxime que quiconque s'opposait au Roi était rebelle dans son cœur. Sans cesse occupé d'intrigues d'amour^ il apportait cependant peu de délicatesse dans ses choix; ce qfii faisait dire au Roi que les maîtresses de son frère lui étaient probablement données en pénitence par son con«» fesseur. Vô'ici le récit qu'il m'a fait d^ son chan-^ gen^ent de religion. Lorsqu'il se fut échappé des maifis du comte de-Northuraberland? qui^ chargé par le parlement du soin de son éducation y le traitait avec les pluir grands égards , et qu'il eut gagné le cotitinent ^ rien ne fut négligé pour lui

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inspirer rattachement le plus ferme k l'Église d'Angleterre. On lui fit , entre autreis , en faireur de l'ëpiscopat, un grand nombre de raisonne^ mens tires de la nécessite d'une autorité ecclé* siastique, et de la tradition des apôtres; de s^rte que^ venant à obserrer qu'il paraissait eit général pldi^raisonnable de se soumettre à l'Eglise catholique qu'à use Église particulière y et qu'on pouvait admettre avec autant de fondeiftent les traditions alléguées parla première, que celles que nous alléguons pour l'épiscopat^ il avait conclu que la différence n'était pas grande, mais que la présomption de raison était du côté de l'Eglise romaine, et lui avait donné la préférence. Et, d'autre part, le docteur Sl^ev^art^kii ajrant enseigné qu'il fallait croira à^une présence réelle, mais incompréhensible , de Jésus-Chrit dans le sacrement de TEucharistie , il s'était vu psr là à plus de moitié de chemin de^la transsubstantiation. Il ajoutait que le conseil'd'uiie religieuse de prier Dieu tous les jours de le ramener dans le bon chemin , s'il en était écarté , lui avait fait aussi une grande impression f Mais je n'ai jamais su quand ni en quel lieu il abjura. Il souffrait que je combattisse les raisons qui avaient déter^ miné son changement de religion. Je lui exposais la diflférence qu'il y a entre une obéissance qui se borne à des réglemens faits pour le bon ordre et sur des choses indifférentes , et une soumissioa

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implicite ^ fruit du dbgrae de rinfaiilibilité. Cette même différence ^ je la lui montrais encore entre un système tout spéculatif sur la manière dont Jésiis-Chrit est présent dans l'Eucharistie , et une. adoration fondée sûr un dogme analogue. Bieq qme ce système sur la présence réelle soit faux^ disais-je^ il est en lui-même innocent^ tant qu'il ne cesse point d'être une pure opinion ; mais l'adoration de tout objet créé est une idolâtrie* Il me permettait de Jui parler sur ce ton spuyent et avec vivacité. Mais je voyais clairement que je ne faisais aucune impression sur lui. Il paraissait même ne se proposer, en m'écoùtant y que de. se servir de moi pour diminuer Fa version qu'il commençait à ic^pirer assez généralement* Le duc d'York était violent et vindicatif. Toute composition avec quiconque s'opposait aux mesures de la cour et se rendait ainsi populaire dans la chambre des».communes y lui semblait une indigne faible€se. Il penchait toujours pour les mesures de rigueur. Il dissimula sa religion pendant plusieurs anné^ y affichant même un grand zèle pour l'Église d'Angleterre; mais ce n'était que pour mieux nous empêcher de nous accorder entre nous. Il était frugal«^ Sa cour était tenue avec magnificence y mais aussi avec un grand ordrip. Le parlemwt lui avait assigné une pension annuelle de cent mille livres. Nommé grandamiral y il parvint à acquérir une connaissance

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fort exacte àt& affaires maritime^. Il avait auprès de lui ua très- habile secrétaire , sir William Coveatry^ homme à grandes idées et de taieis éminens , l'orateur le plus disert et eu tout àu niveau de la place de 'premier miuistfe ^ pour laquelle ou le crut long - tem^ps destiné. Le duc trouva que tous les principaux officiers de marine avaient conservé de leur première éducation , la haine du papisme et Tàmour de ta liberté ^ de k ru4esse dans le caractèfe et le besoîii d'une dis^ cipliùe rigoureuse. Four faire passer la flotte entre des mains plus dévouées à son s^*vice , il sV visa d envoyer en apprentissage- des pi^es d'^honr neur et autres gentilshommes , qu'il élevait aux premiers grades y sitôt qu'ils en étaient ca[^bles^ Ou même plus tôt. Les vieux officiers , voyant quelle direction allait désormais prendre l'avancementy abandonnèrenten foule le s^vice et se^ i»ii^nt à cotemander des vaisseaux marcbands» C'est ainsi que toute vertu et toute discipline àis" parurent de la marine. Elle abonde , il est vrai y en gens de co%irage qui savent dans l'à^f ion payei" de leur personne; mais la naftion, néanmoins , a eu beaucoup à souffrir des vices et des désordres de ces officiers de marine^ qui doivent leur avisincernent plus à leur qualité qu'à leur mérite ou à leurs services.

La duchesse tl'York était une femm* singulièrement reffîar«[uable. Elle aVait une gi^nd^ cou'*

naissance du monde 5 jointe à une pénétration très-vive. On la vit saisir $ur-*le-<:hamp le nouveau rôle que lui imposait son élévation sou^ daine , et tenir son rang plutôt trop que pas assez. Elle écrivait bien > et elle avait écrit la vie de se» mari ^ dont elle na'a montré un volutae. Tous les matériaux étaient tirés du journal qu'il faisait. Il comptait m'employer pour continuer de le mettlHj en ordre* Elle avait été élevée dans les pratiques d'une dévotion très-stricte 9 et ell8 se confessait en secret. Morley m'a dit que^'élaît à lui. Elle le conserva pour son directeur depms l'âge de douze ans jusqu'à ce qu'il fût banni du rc^aume^ lors de la disgrâce du comte de Clarepdon. La duchesse d'York était amie fidèle et généreuse ^ mais ennemie trop vindicative.

Le troisième frère du Roi^ le duc de Glocester^ ne ressemblait en rien à ses deux aînés. Il était actif y aimait l'ooeupatipn y contractait volontiers des liaisons particulières , avait un caractère doux et insinuant 5 qui le rendait très*agréable à tout le monde. Le Roi le préférait au duc d'York. Il yit avec déf^laisir qu'il ne restatt plus pour lui aucune grande charge , son frère étant amiral^ et Monk généralissime. Il témoigna alors au comte de Gla'f endon qu'il souhaitait l'emploi, de lordtrésorier. Le comte lui représentar que ce poste était au-^dessous de sa dignité ^ mais il ne se désira pas pour cela de sa demsi^nde ^ car il ne pou^

Tait supporter one TÎe oisive , et voir son frère à la tête de la flotte ^ tandis qu'il était lui-niême sans occupation et sans influence dans le gouyernement et dans le pays. Mais voilà qu'échauffé par les divei*tissemens et les excès qui suivirent la restauration y il prit la petite-vérole et en mou* rut^ pleuré de tous ^ et particulièrement du Roi y qui jamais dans sa vie ne parut aussi ému que dans cette triste circonstance. Ceiû qui ne croyaient pas à la tendresse de son cœur attribuèrent ces vifs témoignages d'affliction à la jalousie que lui inspirait son frère vivant , car il perdait la seule personne qi|i eût pu le balancer avec avantage. Peu de temps après , la princesse royale mourut également de la petite-vérole^ mais elle laissa moins de regrets. Elle avait rendu quelques années de son veuvage très-recommandables et par la pureté de sa vie , et par Fécono* mie qui lui permettait ^e secourir généreusement ses frères , sans cesser de tenir une cour décente. Mais sa mère> qui avait Fart de se persuader tout ce dont elle avait envie y alla s'ima^ giner^ sur une conversation qu'elle eut avec Anne d^Âutriche^ que le roi de France pourrai^ n'avoir pas d'éloignement à épouser sa fille. Elle lui écrivit en conséquence de se rendre à Paris. A' cette nouvelle y la princesse partit ayec un équipage beaucoup trop magnifique pour sa situation. Pour le QEionter , elle fut obligée de faire jdes dettes et-

(le vendre ses bijoux av^c quelques ierrës dont elle pouvait disposer en qualité de tutrice de son fils ; en sorte qu'elle fut non-seulement trompée dans'cëttè vaine attente que sa mère avait fait luire à ses yeux, mais qu'elle tomba encore dans des malheurs de fortune qui obscurcirent là bonne renommée dont elle avait joui autrefois. A sa mort, il y avait lieu de croire que lé Roi , autant par reconnaissance que par justice, se chargerait d'une façon toute particulière de son fils , lé jeune prince d'Orange. Mais celui-ci tomba en de meilleures mains ; ce fut sa grand'mère qui dévint sa tutrice et prit soin de son édticatiT)n ef de sa fortune. ' ♦

Cesl-ainsi que , bientôt après là restauration ^ s'éteignirent deux branches dé la familfe royale ;; et telle est l'apparence mensongère des choses humaines et l'iustabîfité âe ce qu'elles promettent, que de trois princes et de deux princesses, tous jeunes et bien faits, qui promettaient une postérité , il ne reste plus , au moment où j'écris , que la Reine et la duchesse de Savoie. Lé roi eiit un très-grand nombre d'enfàns, quoique la reine ne lui en eût donné aucun. Le duc d'York en eut beaucoup aussi , tant de ses deux premières femmes que de ses maîtresses; et la reine actuelle vterràit une nombreuse famille attester' la fécondité de son mariage, si U mort n'y avait porté ses ravages. La princesse avait pris tant de

goût aux divertissemens de la cour de France , qu'elle fut enchantée d^y retourner ^ pour epou$er Monsieur I prince aussi médiocin; que corron^pu, voluptueux et d'une aature efféminée jusque dans les moindres détails , saos^une seigle grande qualité , sauf le courage , ce qui le fit à la fois haïr et mépriser. «

Pendapt que le traité avec le Portugal ^lait son train , la France renti^ dans les intérêts de cette cour ^ quoiqu'eiLe .eût pvi» des eng^gemens contraires avec l'Espagne. Pour s'excuser d'avoir abandonné les Poi^tugais, lors 4^ la paix des Pyrénées 9 It coHr^le France fit partir le cooite de Schomberg, ÂUemiind d'origine ef calviniste : elle l'envoyait , non pas en qualité de son ambassadeur aei^dité , mais ep hpnrme dont l'ambassadeur de Portugal éta^t supposé se servir pour éclairer son maître 'sur 4e$ disposifiops de la !lf rance. Il passa pai; l'Angleterre pour se concerter avec le Roi sur les afiaires de Portugal et le secours d'argent qim FAngletcycré^evait&ire passer à cette nation. Schoipberg me dit que le Roi l'avait autrefois admia dans son intimité i Paris. jC'était à La Haye qu'il ^ymt connue mpnarqae pour La première fois. Schomberg avait été m dtes &vprji$ lès plus. affoctionjués du pripce d'Orange; ipais il avait pris tant de part «ux actes pleins de violence qui juarquèrent la fin di 1^ 'vie du Sjti^thouder ^ tels que l'emprjsoiuieJTjent des

Tnembres des Etats e%,h $v^ d'Amsjterdam , qni'à sa m^ > il se yit contraint dQ^(|uittei? le serTÎpe de IJollande^ let de passer à celui de" Frange t ot\L il acquit tani de réputation j||i)fil ps^ssait, après le prince de Çpndé et ^urenoe^ pou( le ineilleur général que ppsçédât c^ roysiume. IL s'entretint très-librement avec le Roi , non^n^ s'ap^cevoir bientôt que la friyplité'de son esprit et la passion des plaisirs le rendaient incs^pablo de prendre à cœur «ucune^affa^re sérieiise. Il Ji^ conseilla de se. porter le chef de la^rplig!on j)rotestante ^ non pas tant pour la religion , dont chacun savait qu'il se soucia^l peU^ que pour l' intérêt de sa politique. Ç'étaft le moyen ^ l}/\ disait-il , de tenir sous sa dépendance les prince^ d'Allemagne , dont t(mtes les contestations yie^ ' draiept naturellement se .décider .à son tribunal; c'était le moyen d'avoir qq;, grand crédit parmi les huguenots de France > et^de faire trem*bler constamnMçnt cette couronne* Il conseilla ^encore au Roi d'employer dans ses àrmé^ tqjj^s les militaires qui avaient servi sous Cromiaréll. Ils comptsaient à son avis le meilleur cdrps d'officier&iiqu'il eût jamais vu; et il é^itfâcbé d^ vqir que Sa Msjj^té les«avâit congédié$,pour compter aveuglémeiAsur ,quelqUe$ compagnies déjeunes écei*Velés. Sfaisla vfnte d^ Dunkerque;,l|p^raç4^ <aShire du. moiment^ fut surtout l'objet des bons ^vis ijije SchpmJt)erg«donpa au m<Miarq[liejapglais;

les Espagnols pirétendaieiit qae cette place devait leur éti^ rendue 9 puisqu'elle leur ayait été enlevée par Cromwell pendant que le Roi et ses frères étaient dans leurs armées; mais on n'eut point d'égards à une réclamation aussi frivole. La France disait de son côté que , par un accord fait avec Cromwell , les Anglais ne devaient la garder que jusqu'au remboursement des frais de la guerre; elle offrait de les payer; Dunkerque devait donc lui être livré. Le Roi n'était point lié par les engàgemens de Cromwell : il s'agissait donc de savoir seulement s'il était à propos de conserver ou de vendre cette ville. Les mili^ taires^ qu'on accusa d'avoir été corrompus par la France , dirent que la place n'était pas tenable; qu'en temps de paix d'ailleurs elle entraînait des frais d'entretien énormes^ et qu'eif temps de guerre son utilité ne rachetait pas les sacrifices qu'il fallait faire pour sa défense. Sous prétexte qu'il était étranger à ces sortes d'affaires^ le comte de Clarehdon s'en remit à la décision de Monk^ qui conseilla de s'en défaire au prix que la France voulait en donner. Pour se concilier l'opinion ^ le Roi promit de déposer dans la Tour tout l'argent qui proviendrait de la vente, et de n'y toucher qu'en cas de besoins extraordinifîres. Schomberg pewait différemment. Il engagea fortement le Roi à garder Dunkerque. Il saVait bien que la France tranchait de l'impérieuse et pariait de

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mmpt^e avec PAngleterre si on ne la satisfaisait sur ce point ; mais il savait aussi qu'elle n'en ferait rien. Il avait bien considéré la place^ et il la garantissait imprenable tant que TAngleterre serait maîtresse de la mer; mais il ne fiit point écouté ; DunUerque fut vendu , et tout Targent qui en fut le prix devint immédiatement la proie des protégés de la maîtresse du Roi.

Le Roi , par ce trait d'avarice , perdit toute réputation au dehors. La cour d'Angleterre fut jugée 'vénale : et comme le comte de Clarendojpi y jouissait du plus grand crédit y ce fut: sur lui principalement que retomba le blâme , quoique l'on m'ait assuré qu'il n'avait voulu se mêler.en aucune manière de la négociation. Les nombreux dommages que la nation a soufferts depuis par la perte de Duukerque, et les sommes considérables dépensées en vaines tentatives pour reprendre cette plaoe^ ont fait juger très -sévèrement le marché qui en priva l'Angleterre. Mais on prétendait alors que celle de Tanger , que l'Infante de Portugal allait nous apporter^ était beaucoup plus importante. Il est vrai que la situation en est très-avantageuse ^ et que si l'Espagne avait alors été en état d'incommoder notre commerce , elle aurait pu nous être très-rutile ; mais pour cela encore eût-il été nécessaire de pouvoir y construire la digue projetée. Il n'y avait pas de ^aerveilles que la flatterie ne fît dire à la cour

5go HISTOIRE

sur cette acquisiticAi. Elle devait non-seulement nous Jrendre les maîtres de tout le citaimerce de la MAIiterrasëe > mais serrir encore à recevoir dans ses remparts quelques troupes > qui omettraient hors d'insulte celui qu^ nous faisons atec les deux Indes, Enfin y grâces à Tanger et aux travaux qu'oit se préparait à y exécuter y il semblait que le règne du Roi allait effacer tous les règnes précédons 9 en rendant an dehors l'Angleterre puissante et^lorieuse^ comme il les effaçait déjà par le bonheur intérieur du royaiune. Cependant le fait est que nous n'avons jamais pu parvenir y ni par la voie des armes , ni par cçUe des traités y à obtenir des Maures le terrain indispensable autour de la ville pour y ei^treteair une ga^ nison. De tous les hommes qui y furent eifvoyés^ il n'y en a peut-être* pas un seul qui n'§it fait sa pirincipale étude de s'enrichir aux dépens du J^oi. Si tout l'argent que la digiie a absorbé à diffé- .rentes époqtM&s avait été fourni exactement à mesure que les travaux s'avani|aient ^ Tanger serait en efi^ Revenue une forteresse d'un très-grand ]Mrix ; mais les interruptions furent si fréquentes^ et il y eut i^ne versatilité si ruineuse dans les plans^ qu'après des dépenses infinies y la cour se lassa enfin de les renouveler saiîs résultat y et envoya une escadre en i683 pour ramener la garnison y et rà^r tous les ouvrais.

Pour ne plus revenir sur le mariage du Roi

DE MON TEMPS. Jgi

avec ritifante de Portugal ^ |e dirai qu'il fihit par ge coticlùre. Le comte de Sandwich alla chercher la jetihe prince^^ , et représenter son maître dans la cérémonie nuptiale. Le Roi avait donné ^onaitnunîcktion du projet de côtte àtUiance au parlement d*Angleter*-e et d'Ecosse. Quoique les inconvéniens déplorables * d'une Reine papiste eussent frappé tous les esprits sous4e règne pré-» cèdent^ il n'y eut t^ans* les deux parlemensque le comte de Cassilis^ en Ecosse , qui osât réclamer contre l'imprud^ce d'y exposer de nouveau TAngleterre. Il pCibposaule supplier le Roi> par une adresse , d'époiiser une princesse protestante. Urié seule voix l'appuya ; tant les esprits étaient changés^ tant ils étaient passés promptement d'une extrémité à l'autre dans les deux Royaumes !

La nouvelle Reine débarqua dans l'été de i663. Le Aoi alla à sa rencontre jusqu'à Winchester. L'archevêque de^sCantorbéry s'y rendit pour faire la cérémonie. Mais la Reine était tellement bigotte qu'elle ne voulut ni supporter la Vtie du prélat hérétique 9 ni prononcer les mots sacramentels* Le Roi les prononça pour elle à IsC hâte , et ils reçurent la bénédiction nuptiale. Se prévalant de èette circonstance, quelques personnes parlèrent dans la suite de fiire déclarer le thariagè- nul , comme mariage de facto , dans lequel le consentement réciproque des époux .n'avait pas, été donné. Mais le dtic d'York m'a dit que

la lord Aubigny avait marié les deux époipL. selon le rit romain^ et qu'il ayait été lui-même ua des témoins. Il ajouta que ^ quelques jours çiYant notre conversation , la Reine lui avait dit qu'elle venait d'apprendre l'intention où étaiefit certains esprits d'élever des doutes sur son mariage, et que, si en effet ils en attaquaient 1^ validité, elle le sommerait, en qualité de témoin, d'en pi^'oduire la preuve. J'ai yu la lettre que le Roi écrivit au comte de Clarendon le ' lenderuain de ses noc^. Elle.ne laissait aucun doute sur la consomiiiatioa du mariage , et il paraissait méniQi^ue lavReine noyait point déplu à son époux; œ qui m'a toujours convaincu de la fausseté des bruits qui avaient couru sur la prétendue impossibilité physique ou elle était d'avoir des enfans. Charles d'ailleurs ni'a dit lui- même^ qu'elle avait été grosse. WilUs , ftimeu^ médecin , a de plus assuré le docteur Loyd , de qui je le tieijs , qu'elle avait fait une fausse couche , et que le fétus était assez formé pour marquer le sexe, s'il eût été important de le distinguer. Plus tard elle devint stérile. Comme elle était d'ailleurs sans agrémens ni beauté et d'un caractère peu aimable , le Roi s'en dégoûta bientôt , et le peu d'égards qu'il avait pour elle la laissa a [a cour dans une position aiissi subalterne que le permettait son rang. Il s'imposa d'abord quelques contraintes de bienséf^nce, et il ne voyait ses maîtresses qu'à la de-

DK MON TEMPS. SqS

robëe; mais^fatiguë de ce joug importun , il le secoua si biep qu'il ne cessa plus d'avoir des ràaîtresses en titre jusqu'à la fin dé sa vie , au grand scandale du public^ et à la Konte des ecctësîastiques qui entouraient sa personne. C'était ordinairement de chez quelqu'une d'entre, elles qu'il sortait pour aller à l'église , même lés jours de communion. Il tenait^ pour ainsi aire, toute «a cour à leurs pieds, et tous ses ministres leur rendaient hommage. Les comtes de Clarendon et de Southampton seuls ne youlurent jamais en honorer aucune des visites les plus froides, et ils maintinrent ainsi avec éclat les bienséances de la vertu. Le comte de Clarendon mit l'administration de la justice en de très-bonnes mains.^Il employa plusieurs jurisconsultes estimés qui avaient honoré le banc du temps de Cromwell , entre autres le fameux sir Matthew Haie.

Disons un mot de l'Irlande. Les affaires de ce royaume n'offraient pas de petites difficultés. Le» Irlandais qui avaient trempé dans la rébellion avaient fait un traité avec le duc d'Ormond , agissant au nom du Roi, quoiqu'il n'eût point de commission signée du grand sceau , le Roi étaat alors prisonnier. Par ce traité qui , suivant ce qu'ils prétendaient , avait été garanti par la couronne de France^ à la sollicitation de la Reinelï^ère , ils s'engageaient à fournir au duc d'Orînond une arniée, destinée à prendre, sous ses

ordres, la dëfetise des intérêts royaux ; et en retour, une amnistie leur était promise pour le passé. Us devaient avoir en outre le libre elercice de leur religion, être admissibles à tous lef emplois «t posséder un parlement indépendant. Mais après le désastre de Dublin^ conduit él' excité pai* le Pape, ces mêmes Irlandais qui* avaieit conclu le traité rétablirent un conseil suprênfe , et refusèrent d^obéir au duC d'Ormood. Celui-ci, après quefques contestations , et voyant qu'il ne pouvait plus les engager à marcher sous ses ordres , quitta l'Irlande. Cromwell s'y rendit , et après avoir soumis tout le royaume à son obéissance, il fit une masse du produit des biens confisqués , et la destina 'au paiement de ceux qui avaient avancé les frais de la guerre , et à la solde des officiers . qui l'avaient faite. Le Roi, dans sa déclaration, avait promis de maintenir l'établissement de l'Irlande tel que l'avait laissé Cromwell. Cependant il s'éleva à son retour de grandes contestations entre les Irlandais originaires et les Anglais établis dans l'tle. Les premiers en appelaient aux articles àld traité avec le duc d'Ormond ; mais celui-ci répondait que l'ayant violé les premiers, ils n'étaient plus en droit de réclamer son -exécution. Ils paraissaient compter beaucoup sur la cour de France, et eh général sur touf le parti catholique, dont ils composaient la plus grande partie

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dans les troi« royaumes. Mais le gbuvernemenl; d'un autre c6té ëtait disposé à soutetih* les iii{#i<êts des^nglais; d'autant plus qu'ils^ayaieut unfl^dimemeot concouru au rétablissement du Roif et avaient mérite par cette conduite la protection du duc d'Ormond, Avec un tel appui^ ils obtinrent sans peine un aète formel de ratificatfbn de l^etablissement de CromwelL On crut devoir cependant établir un tribunal , chargé de reqpvoir les réclamations de quelques Irlandais , qui étaient dans le cas d'apporter des motifs particuliers d'excuse y pour n'être pas compris dans la confiscation générale» Les uns avaient leur âge à feire valoir; d'autres étaient en voyage, ott sertàïbnt-en pays étranger; plusieurs s'étaient distingués au service du. Roi , pendant qu'il était t!tï l^ance , principalement soms le duc d'York 9 sur lequel ils avaient toujours compté comme sur leur principal protecteur > et qui épousa en* effet leurs intérêts dans cette circonstance avec beaucoup d^ zèle. La' cour peusa que ce qu'il 3% avait de plus ^^uitable était d'envoyer d'Angleterre des personnes étrangères au'ï deux partis pour peser ^ces réclamations. Leurs décisions furent fort critiquées. On prétendit que tout homme qui pouvait appuyer sa réclamation par de bons présens était assuré de la faire réussir, et que tous les juges étaient revenue très-riches. De sotte que les plaintes des. Mandais qui accusaient le tribu-

nal de ne leur avoir pas fait justice , se mêlaient à ceHes des Anglais qui lui reprochaient sa condescendance extrême pour les reclamans* Ce qui est constant, c'est que, quand il fallait des témoins, on en achetait par brigades , <|ui déposaient tout ce qu'on voulait. On se récria contre la nou-f velle %cène d'iniquité qui sWvrit alors , et qui devait finii^ par étouffer toute justice et tout bon gouvernement. Cet horrible abus a fructifié depuis cette époque, et nous l'avons tu traverser la mer. Le danger d'être ruiné et perdu par de ùlux témoins, est devenu si imminent , qu'il n'y a plus d autre refuge que la sincéritédes jurés. Si on vient à bout de les corrompre, comme cela s'est vu plus d'une fbis , il n'y aura plus personne dont la vie soit en sûreté , toutes les fois qu'un gouvernement dépravé ne reculera pas devant la violûnce des persécutions. Je ne suis pas assez bien informé des affaires d'Irlande pour en parler avec plus de détail. Je dirai seulement que les comtes d'Angiesey et d'Orrery , qui étaient à la tête de la faction anglaise , avaient une réputation an moins équivoque , et que la faction nationale reconnaissait pour son chef Richard Talbot, un des gentilshommes de la chambre du duc d'York , élevé par lui dans la suite à Ja dignité de comte et de duc Tyrconnell , homme d'ailleurs plein de ruse et d'artifice , mis par son maître dans la double confidence de ses plaisirs et de sa religion.

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J'ai passé en revue les différentes branches de l'administration civile et indiqué les nouveaux réglemens qui furent faits dans chacune d'elles lors de la restauration. Je passe maintenant aux affaires de l^Église, que j'ai voulu réserver pour les dernières, comme celles que j'ai approfondies avec le plus de soin. J'offre donc avec confiance le résultat de mes recherches , et j'attends de mes lecteurs Tàttention réfléchie que mérité la gravité de ces matières.

Juxon , que son âge et sa dignité plaçaient à là tête des anciens, évêques, et qui avait assisté le feu Roi dans ses derniers momens , fut élevé au siège de Cantox'béry immédiatement après la restauration , plutôt par une espèce de bienséance que parce qu'on le réputàit capable de remplir ce poste; car, outre qu'il n'avait jamais été grand théologien , il était affaissé soiis le poids des an- .nées. Cependant quelques personnes m'ont assuré qu'il lui restait assez de bon sens pour avoir jugé le Roi et avoir perdu toute espérance , après quelques momens d'eatretien avec ce prince. Charles dq son côté ne faisait aucun cas de lui, quoiqu'il le traitât avec de grandes démonstrations de respect. Sheldon et Morley étaient les deux hommes du clergé qui avaient le plus de crédit à la cour. Le premier avait passé pour un isavant théologien avant la guerre; mais il s'étsrit depuis tellement adonné à la politique qu'à peine retrouvait-on

3gP HISTOIRE

en lui quelques traces de ce qu'il ayait ^të. Doué d'un esprit pénétrant et d'un jugemept plein de droiture , il sei^blait né pour les affaires. Il était . généreux et charitable. Sa conversation était enjoué ^ pey t-étre quelquefois jusqu'à la bou0bnnerie. Il q^cellait dans l'art de recevoir ceux qai ^ venaient à lui avec l'afTabili^é la plus obligeante; mais peu ce|Mnidant faisaient fond sur ses grandes offres de service et d'a|||Jtié. 11 ne paraissait pas qu'ail. fiit pénétré d'un sentiment religieux ti^sprofond^ si même il en avait; et le plus souvent il ne voyait dans la religjjpn qu'un moyen dcitgouveynement et un des plus grands intérêts de la politique. Il n'en fallait pas diiorantage pour le faire regarde};^ comme le^lus gage et le plus bonnêde d'entre les évéqiles. Sheldoq^ nommé d'abord à l'^êdié de Londres >,fut promu.^ à la mort de Juxpn^ au siège archi*épiscopal de Cantorbéry. Morley dut* le commencement de sa répillation à l'amitié delord Falkland. C'était assez pour recomniander un homme à l'estime publique. Iha^it vécu long-temps dans la famille du lord Clarendon, dont il était aussi ami particulier. Il était Calvin iste^..sur les points controversés avec l'es arminieofi, et ayail^ passé avant la guerre pour favorable auj puritains; mais depuis sa pro/iv5tion > il prit s(^ de se purger de tout soupçon de ce genr^. C'était jxfn homme pieux et charitable , d'une vie exemplaire^ mais passionné et très-<^i-

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niâtre. Il fut fait en premier lieu évêque de Worcester* Le docteur Hammond ^ à qui ce siège ayait été destiné j; mourut un peu avant la red^tauration. Ce fut pour TEglise une perte irréparable. Aussi émin*ent par son savoir que par ses talens et ses vertus^ on l'avait vu se signaler eli maintenant avec plus de courago^^t de succès qu'aucun de ses confrères les droits de l'Eglise , pendant les momens les plus critiques de la vé^lution. iVès-modéré par caractèiie^ quoique tyèsvigide dans ses principes /il aurait probablement conseillé le^ voie§ de la douceur. Morley passa bientôt à Yéyêché de Winchester qui vint à vaqui^ par la mort de Duppa. Celui-ci avait été tuteur du |loi 9 quoique 4e toute manière incapable de remplir ce poste; mais il était doux, humble ^ et se faisait aimer par sa bonté. Il eût emporté plu$ d'estime , s^il fût «f^aort av§|it la restauration car il ne fit pas l'usage q,a'on attendait des immenses richesses do()t il fut comblé. Getre Morley et Sheldon ^ Morley passa iloûjours pour plus honnAtfi homme , mais Sheldon était certajnenient plus habile.

La première question à décider était dé savoir sij'on travaillerait à^gagner les dissideps et particulièrement, les presbytériens, et si l'on consentirait à des concessions pour faciliter la réuïîiopi. Le comte de Oarendon était fort de ce sentiment. Ce fut lui qui engagea ie Jloi h publier.

peu après son retour, une déclaration sur les affaires ecclésiastiques , qui très-probablement , si le gouvernement s'y était tenu , aurait ramené la plus grande partie des non-conformistes. Mais • les évêques ne Tapprouvèrent pas ; et après le service qu^ils avaient rendu au chancelier lors du mariage de sa fille avec le duc d'York, il se fit scrupule de les contrarier. Cette faibles^ déplut à lord Southampton. Il tenait au projet dont on avait tant parlé pendant les troubles 9 de se relâcher sur tout ce qui concerne lé gouvernement de l'Eglise , sur le culte et les cérémonies , et lorsqu'il le vit abandonné par Clarèndon , il ne put s'empêcher de lui en montrer son mécontentement : de là un commencement de froideur entre ces deux ministres. Voici de quelle manière les évéques et leur parti envisageaient la chose. Les presbytértiens possédaient la majeure partie dés bénéfices considérables, principalement dans la cité de Londres et dans les deux universités. Il est vrai que tous ceux qui y avaient été nommés en remplacement de ceux que le parlement avait chassés , pai* lui-même ou par ses commissaires , devaient les perdre en vertu de la loi commune , comme gens illégalement nantis des droits d'autrui ; et la mort des anciens possesseurs même ne changeait pas le cas^ parce qu'un titre originairement nul est réputë toujours tel par la loi. Il y avait néanmoins en-

core clan^ les postes les plus ëminens un grand nombre de presbytériens qui les possédaient légalement. Plusieurs même , ceux de Londres surtout y avaient travaille à la restauration avec un zèle si ardent et tant de succès , qu'ils avaient bien mérité du Roi et acquis des titres à ses bonnes grâces. Néanmoins y comme la vieille animoÂté des épiscopaux contre eux y fondée sur leup conduit^ durant la guerre civile ^«n'était rien moins qu'éteinte , le parti des évêques disait qu'il valait mieux avoir .un schisme hors de l'Eglise que dans son sein / et que la demi-conformité des puritains y qui existait avant la guerre y n^avait servi qu'à organiser deux factions dans chaque Tille du royauftne y celle des lecteurs ou vicaires y et celle des titulaires : la première prenait tous les moyens possibles de se rendre populaire et de se concilier la bienveillance de la paroisse de laquelle ils attendaient toute leur subsistance y en ravalant le gouvernement tai^t civil qu'ecclésias^ tique. Non contens d'atta^quer lei^rs adversaires par le raisonnement ^ les épiscopaux faisaient encore courir mille • histoires y toutes tendant à exagérer le crédit du clergé dans les élec-; tix>ns du parlement : ils espéraient qu'elles parviendraient aux oreilles du Roi et le iconvaincraient de la nécessité de n'admettre au service de l'Eglise que des gens fermement liés à ses in^ térêts par des signatures et des sermens, autant I. . af)

4o5i HISTOIRE

que par prifi€tp«»«> Il faut dire amsai qne lu joie effrénée qUe la restavration avali répaodae dam tottte VAxi^étwré afait pvoveiqpK^ l'éfectioticfnii' parlement si ardent et si par qfife'^ df là pottr Ile Fanait com primé y il se liÉl laissé emporter ^ de Inen autres sié'viérités e^imtre tous^ ceta qttt aTâienitreniEpédaiie les^miers^trotibles. Ot^sen^ taM cependant quMt déviendraif tdas^ tes joars pins difficile de les raquiéter^ qu'il fiillaif se hâter, et pi^ofiter de remvrement qui durait eticdre. Ainsi y au Sieu de recovirir à de9 t<Ofe!& de conciliatiefr p0ur*ra mener Ida dissidensf / i 1 fiit résolu li^emiployer les mo^eiii& les- pim efficaces pour les chasser Ae tous le» pestes de ('Eglise. Ce parti plut au» Roi y ou: du ittOinS' se^ibla lui* plaire ; car sous* les dehors ajicetés d'unrfetnfe modéra trou , H rputatt^i»s son esprit une arrière-pensée aussi peu faTbrable à )'épi^o|>at qu'au prestvytérianisrae^ et que serrait mcrveitleusetnënt tout ce qui tendait k' fomenter les^ di'visions de FE^ise imtidnale, je Wttx dire le projet de rétâbHr le c)ithK)ti€isn9e.^ I>q:à 5 'grâces à - ilne Reine catholique y il était en pied à ta eour f et un essafm de |>rêtres pouvaient y bourdonner à leur aise; chercbasit de t€«K5 cô^lé* à faire- des prosélytes. Oc n^étmi pw assez; on voulait les voir se répandre dans' toule la nation ; ^et ihi ne potrvaient le &ire qiA Fakri d'une tolérance générale^ Mars com^ 0Bient obtenir cette tolérance? Il était impassible

DE A|i):N ^JiHPS. 453

de Miiger à U, récla^ier pour Ijm papifiMMB : iliâd-* l^it dooc chasser di|,si^Î9 de VEgUs^e tpat ce^q1;^^e)^ reûS^rm^it de dissideps sous diver^m^s >, ejt le^ $o«i^tre. à d,e rigoureuses Iqî». i^fia demies fbrc^ à iippUrer eux^méme^ un, açte.d9 %oiéi&^^fie y et aên dfea^Feudre la ç^çcesaîqn râ^îsonnablee^ justfu U Oje «'agissait plus^ei^suito ^u^ de le fairç. passer imlîgë en terjnes si gënçraiu ^q 1^ eatho^iques . y pussent être oompf'is. Ceatdians cette çspéraiiçe. que: ceux^ei se décidé^ eut k^ s'appo^ vÎTemeut à toHUtesi les tentatives 4e reunioa^ et 1^ ppiusser ajti eéutraire^ le parti épi$CQpal . k défendre opiuji^* f^iémedt son terrain contre les sei^taires. Ils ^em^ blaieoil auiiD^ .9i<isi du plus be^U aèlepq^r VSr gUse aiOglioaiie. Mais ea même. tempf ils repre^r aeotaieut la loWraïKe Gonp^rue u»u. mçyen 4$ p^\^ et de i^pos paiir la natioui et un encouragement nécessaire stn, eoiamesce* Le d))c d'YorJ^^ pochante 4e cet|e' tncti^uef > se décUra lui-o^ême enuemi vie^leut de la rénuionde^ç^teâ; et parffs^p ^éle de la lolérance. Décidé à o^i^çpiy les termes d^ pouiûrmitételsi^uHis étajeut avant la révc^littîçn^ sans ic^ adoneir ui les changer ^n aucune façon , le BlQÎ neto^lvt paattlitefqis renQPcer subitement à toute apptipence de mo^4^t\Qn ^vai^t devoir yu les deux partU itus pi^ises dans }eaoûYea)i parlement, €l les^ ^rces respectives qu'ils y apporteraient.

C'estaidsi qii^; eppfapHfiémeiit à l'esprit de la dédaratioo publiée à l'insitig9(tion.ducoi¥ite4eÇla-

rendon ^ douze des principaux théologiens de chaque partie assistés de leurs neuf confrères^ furent autorises à sereunirensembleà Thôtel de la Savoie^ pour aviser de concert aux moyens d'opérer la réu* nion. Sheldon ouvrît la première conférence , en disant que les épi^copaux n'avaient point désiré cette réunion ^ puisqu'ils étaient satisfaits de l'établissement de l'Eglise 9 tel qu'il était réglé par les lois > et qu'en conséquence ils n'avaient aucune proposition à faire; mais que c'était aux non-conformistes qui demandaient des changemens, à faire leurs réclamations contre les lois existantes et à proposer ces changemens. Il ajouta qu'il fallait -qu'ils émissent leurs prétentions toutes à la fois; car on était résolu à ne pas s'engager à en discuter' aucune en particulier ayant qu'on ne sût jusqu'où elles pouvaient aller en masse. Skeldon exigea que tout se traitât par écrit. Les presbytériens eussent désiré au con* traire que les points controversés se discutassent à l'amiable et de vive voix; mais ils furent repoussés. On leur fit çspérer néanmoins qu'on se rendrait plus tard à leurs désirs. Ils se décidèrent à transmettre leurs demandes par écrit. Ils proposèrent de prendre le système de l'archevêque Usher pour base du ti^ité. Ils demandèrent que les éveques ne gouvernassent point leurs diocèses de leur autorité pure et simple^ et qu'ils ne la déléguassent pas à des offi-

ciers laïques , mais qu'en matière d'ordination et de juridiction , ils ne fissent rien que de Ta vis du bas clergé,, et de concert avec lui. Ils attaquaient certaines parties de la liturgie y dont ils voulaient retrancher, par exemple, les re'pons par les fidèles, trop fréquens selon eux, et qu'ils prétendaient réduire à une prière suivie et non interrompue. Us désiraient aussi qu'on ne tirât plus de leçons des livres apocryphes ; qu'on introduisît dans le service journalier l'usage de la nouvelle version des psaumc^s , qu'on supprimât plusieurs passages 4u rituel, qui attribuent la régénération intérieure à tous ceux qui ont été baptisés. Ce n'est |l)is tout: en même temps qu'ils proposaient ces réformes , ils présentèrent également un projet complet d'ijne nouvelle liturgie rédigée par M. Baxter. Qi\ s'y élevait avec force contre la coutume de s'agenouiller à la sainte table , surtout contre la tyrannie d'imposer cette posture, tandis que chacun devait être libre de choisir celle qui lui convenait le mieux. L'usage du surplis , le signe de la croix dans le baptême , les parrains et marraines , et les jours de fêtes y tout cela devait être aboli. Sheldon avait bien prévu l'effet que produirait la longue série de leurs demandes , quand on les verrait toutes à la fois. Elle excita de grandes clameurs , et les fit considérer comme des gens qui ne seraient jamais contens. Mais rien ne donna contre eux autant

4oB HISTOTOB

d'ayanfage que la nouveHe lîtargîe qu'ils avaical proposée. Dans cette démarche impi^udente^ ils nVvaient pas métne été d'accord eatréf eu:x : qireliques uns ëtaieht d^avffi "de ii'insister qiife sur un petit nombre de poioits Câpitauic , attendu qile y si on tes gagnait et si la rêutiioiilEiva'it Keu to conséquence , n serttrt plus tiîsé de gagner les autres ensuite. Mais M.* Baxter fut d'tin a^ils contraiire , et 'il l'emporta. Cëtait lin ^ôttixue d'une grâtide prêté, et s'il ne s'était liVré b If dp Ifl'ôcctipatlbns à la fbis^ 11 ieftft'été un dessàvans du siècle. Il à écHt près de deux ciefuts tolumes, donrl ^trois au moins Isont de grands iurfolio. 'Son stylé était louchant éf pathétiques quoique tdtijdiiii^iTf-ès— embarrassé de 'Sulirilîtés métaphysiques. ïams^is personne d'aiHeufs ne joigmt> àlbestticoup de zèle pour la religion , une simplicité plus grande. Tant de talénaét dé vertus lui donnaient haturellement un grand ascendant sur ses cbiifrères , toujours prêts à s'en ireméttife à ses lumières. Il n'avait donc eu qu'à Se prononcer pour leur persuader qu'en vertu des désordres qui les^avaient assemblés^ ils étaient ténus de pro-p. poser tout ce qu'ils croyaient propre à cohtribuer 9U bien et à la paix 3e IHElglise^ sans s'inquiétel* ni des chances de succès que potivàieift avdik^ leurs demandes 9^ ni de Tefïet que ^pf&duifart leur étendue/en irritant le parti le jiltis'puissant et le plus nombreux.

dje;^m.on temps. 4^7

' Toute la icootrcpsrérse entce iles ideux partis ra^- -fienrblés à la SaFoie rfinit par se rë4uii!e au seui .«point de 'savoir s^il était penais die prescrire «l'une smaniiK absolue et exclusive l'usage de choses initifférentes , ^en >fait de ^service divin. %Jd,% eirèques^ ayant (Circonscrit leurs adversaires Àmi% la discussion ;de cette queationijéntéraSle, les pinçssèyeoi de prouver qu'aucune des o3)elî|^tious imposées par r£glise anglicane fût en efle-mâme asanvaise tel injuste. Tout en.évitant de répondre ^rectement ^ ies presbytériens soutenaient ^ue "toute pyescription.dei:hoses indifférentes pouvait^ •dans ]Ge£taines KÛrcoqstanoes 9 Hevenir nuisible et iîn juste; qued'obligatiion «par.exeinple.de recevoir le.Samt^SftCffement à ^noux était une injustice^ puisque icetteiloi ^q^i excluait d^da communion tous ceux rqui ne .s'agenouillaient pas 5. était une .restriction véritable des Iqjis de Jésus^Cbrist^ dont l'observation est Ja seule condition pour auroîr :d/*oî^ à (la saintet$ible. lly eut sur ce point une cpufêrence qui dura .plusieuars Jours. Les daux bommes^ jsur qui roulait prîncipaleflieût la discussion 9 étaient les moins propres qu'il ffttpossib^À écarter les;sujet$ de oonlesiatlon. Ils en auraient plutôt trouvé de : nouveaux. Bftxter attaquait , et Guuning.^ qui fut ;pilus tard successi- Viement évêque de , Cbicbesti^r : et ^ dfl^y , .était le répondant. Ce dernier avait une immense lecture, et était connu pour la subtilité particulière

de son argumentation. Il n'y 9 pas de sophisme dont il ne fît usage , et en toute occasion^ ay^sc au*tant de confiance ^e du raisonnement le plus solide. C'était d'ailleurs un homuë de mœu^ innocentes , mais toujours dispose à employer à tout propos son infatigable activité. Il s'était mis dans l'esprit de nous réconcilier avec quelques pratiques du catholicisme^ et comnœ le reproche d'idolâtrie fait à cette Eglise lui semblait le plus grand obstacle à cette^réconciliation ^ il travailla avec ardeur à disculper d'idolâtrie l'Eglise de Rome. On en conclut qu'il méditait de se réunir lui-même à elle. Il était trop honnête et trop sincère pour y penser; mais seulement il n'avait ni jugement^ni conduite. Il eût désiré que nous nous fussions conformés en toutes choses aux canons de la primitiveEglise; entre autres^ à l'usage de pri^ pour les morts ^ et à c^lui de l'Extrême-Onction» Il fornia à Cambridge plusieurs disciples, qui, depuis y ont poussé ses idées peut-être plua loin qu'il ne le prétendait. Baxter et Gunning passèrent plusieurs jours à argumenter , au grand amusement de toute la ville , qui les regardait comme deux maîtres d'escrime dont le combat devait finir en* laissant la victoire indécise. Cependant les conférences, dont la durée était limitée.à un certain nombre de jours , vinrent à finir sans que les deux partis se fussent accordés sur rien. Les évéques, retranchés derrière les lois

existantes^ n'afvaient vaalu entendre à aucune modification^ à mt>ins qu'on ne leur prouvât que^ telles qu'elles étaient , elles prescrivaient Finif quité. Ils accusaient les presbytériens d'avoir élevé un schisme, pour de prétendus abus qu'ils n'osaient pas eux-mêmes incriminer. Il di$.aît qu'il serait déraisonnable de rien accorder à de pa-* reilles gens , qu'une concession ne servirait qu'à attirer mille demandes nouvelles ^ et qu# toute autorité ecclésiastique et civile était sapée par ce principe fondamental de leur doctrine, qu'il n'est pas permis de prescrire des choses indifférentes^ puisqu'enfin c'est seulement sur des choses indifférentes que peut s'exercer l'autorité humaine. Rien de plus naturel après cela que de les représenter comme ennemis de toute espèce d'ordre. Une aigreur constante présida aux conférences de la Savoie. Les deux partis se renvoyaient les imputations les plus odieuses. Il arriva une fois à Baxter de dire que tous les gens de bien de la nation seraient offensés. Il fut aussitôt relevé par Steam , archevêque d'York , qui observa qu'il se servait du mot nation, et non du mot royaume, parce qu'auparavant il ne reconnaissait pas de roi. Leis presbytériens réclamèrent contre la malignité de cette interprétation, ajoutant que c'était indignement récompenser le zèle qu'ilsavaient montré pour la restauration.

La conférence se termina donc sans faire au^

4»<> HirroiRE

citn bien. EMe fut n>eine mimble , Tar eMe ai; cncare les efippfts» à fei point q«e r^nimoéîté 4ertnt irremëdiable.* Les presribytcnena partèvesl leurs plaiotes ati Roi y mats k 'peine 'voul«t-<m 4e» examiner. Quant aux évé^ues^ loin d'acquieseer à aucun changemeiit dans le gotnFBrnement 4e rÉglise , ils ne pensèrent qu% oourooner leiu» premiers succès en nendant les temne^^i^ -cooformiré plus diirs5 plus -explfcifes qu'ils nV taient avant -la giHerre. {Is résc^lui^eWt «de main* tenir la conforniité dans 4'Égltse »vec 4a den^ère rigueur , de soutiiettr^4es'/ec/^£</v'0wvi|caires ««x mêmes sermens et aux mêmes -signalures que le& titulaires , *e^d'dbHge^eu un mot teut membre da clergé à dëdlarerpar écrit qu'à iconsentait ^acquiesçait êincèrecneiyt , dans 'l-ensem^ble ^et dans le détail^ à tout' ce qui était ooiiit^nu et prescrit dans le. livre de la liturgie. ^Flosieurs, qui croyaieiit pouvoir ^ en conscience s'y conformer par soumission , se firent néanmoins uni ^KapsSe de signer cette formule^ qui exprifl»iÂt une appro^ bation particulière de tout tequele lièvre renfermait, et on distingua entre une conformité •extérieure y de bouche et de fiiit , et tm assentiment aussi ct)roplet', aussi implicite. D^ntves , ^t en plus grand nonibre, persistèrent à ne voir dans la nouvelle formule qu'un consenteaiéiïtejjtérieur, un consentement d'obéissance; car, bien que les termes, qui de plus devaient être prononMS en

Dp MCfN T«!ViPS. 4'ï

face de l'Église.^ seBi^blassenlt', •«« espritanotvfrf» consentement et un-ctcqùègêoemefia àincère^ ^'^P^ f>os#r à ëelieesplicatioii ^ ae{:leiidaa»teUie>élaitqin^ tomëeipar une clause de l'apteméoiejqiitljps.pses^ ' créait. Par cette <cki»e la dëolaration mléttfik pi^àenftée que comm:^'un cdnseotemeift^et ud ftc-^ . quiescement à l'usage de toutes Jes oboses Gdnte>tnies dans la liturgie. tUn» «utite fwniile de sermeot, relaAi^we ^u oonoenatit, 'fuit ^prescsirite ^ fw laquelle .ou «étarît iteau de déclarer tTltégît^îm^ toute résistauee <à main armée , quel qu'eu ifikt le prétexte 9 > a ws volontés vdu Aoii; 4^ i!«iionoer au ':piTiDcipe^séditîeux*<<}u'il est tdes cagioù Uiest •permis 'de ^prendre les armes, 'au^aoïu 'de 'la roiyauté>caDtreilarpersonnedu Roi ou ^es ageinsi; de dédgrec l3Kifin^u'^u se regardaèti^ aoi et^toilt airih'Cy cotiune délié'de rôbligati^a que leitro^e*^ uant impose; de Concourir de toiLlies:Sf|& Jbrcesau ehangemehtietà la réforme du gouyernement ec^ ««lësiastique et Cf^il, et qu'on tenait le iecivenant pour un serment nul et iUicite en Lui-^mémct. Ce second eoup-ëltfit dirigé contre toua l^s ^vieux présbytériens-qui avaient |>rât4 sermentsauceve- Mot, etavaient forcé beaucoup d'autres àl^s imiter. On<les ^j^eait ainsi à aigiaer eux^mêlnes It^ur propre condàmbation. QliantÀ ceuxqui ciso^aieBt qu'U seiprésente des circoftstancesdù le (pourvoir ' «ilrnse de lui-^méme avec tant dUqysdlence et de tyramlie qu'il lest permis de dé£tndre par tou€^

4i^ HISTOIRE

moyens et les lois violées et les libertés eavahies; ils refusèrent en général de signer la déclaration exigée y quoiqu'on fàt dans un temps où on ne pouvait sans danger manifester de tels sentimens. Quelques personnes pensèrent que puisque le Roi avait juré le covenant , il n'kurait pas dû le laisser flétrir de la sorte.

L'acte d'uniformité vint encore , sur un autr« points accroître la rigueur des lois ecclésiastiques. Jusqu'alors ceux qui passaient des Églises étran^ gères dans l'Eglise anglicane^ n'avaient pas été tenus de se. faire réordonner suivant notre rite ; mais maintenant on déclara incapable de posséder tout bénéfice quiconque n'avait pas reçu l'ordination épiscopale. Cependant un petit nombre de changemens furent faits dans la liturgie par les évéques eux-mêmes. Quelques nouvelles prièlres furent instituées y telles que la prière pour tous les hommes sans distinction de condition ni de rang y et une formule d'actions da grâces générales. Une prière fut aussi rédigée pour le parlenient ^ dans laquelle une nouvelle épitbète fut donnée au Roi ^ qui choqua beaucoup et donna lieu aux plus indécentes railleries ; il était nommé notre religieux iwonarque. Il n'était- pas facile en effet de donner à cette épithète une application supportable ; car y bien qu'en latin le mot religieux pût à la rigueur ne signifier qae ce qu'il y a d'auguste et de sacré dans la personne du Roi^

il emporte en anglais un sens inapplicable de tout point au earactère connu de Charles. Aussi ceux qui avaient toute liberté avec lui lui oïit-ils souvent demandé ce que devaient penser ses su-^ jets lorsqu'ils entendaient prier pour le^r très^ religieux souverain* On fit quelques autres changemens d^une importance plus ou moins grande; mais on eut soin de n'en faire aucun dans le sens des réclamations presbjftériennes , car on était résolu à ne les satisfaire en rien. Gauden fut Tauteur principal d\ine innovation qui , dans le mo-^ ment, n'était pas sans portée. Il fit remettre dans son ancienne place une déclaration tendante à expliquer la coutume de s'agenouiller en communiant^ qui avait été insérée dans la liturgie du roi Edouard 5 mais' qui avait été retranchée sous le, règne d'Elisabeth. Lès papistes furent très^mécontons lorsqu'ils virent une déclaration aussi formelle âiite contre la présence réelle. Le duc d'York m'a raconté que , lorsqu'il avait demandé à Sheldon pourquoi ils s'étaient déclat*é3 contre une doctrine qn était , suivant ce qu'on en di-** sait , la doctrine de l'Église anglicane , Sheldon lui avait répondu : « Demandez-le à Gauden , fc qui est un évêque de votre fabrique. » La cour avait en effet exigé la promotion de Gauden eh xëcompense des services qu'il avait rendus à la famille royale. L'assemblée du clergé qui prépara ces changemens , voulant aussi ajouter quel-*

4»4 HJtgTH)I*B

pu]:s.(l« tèi€, tek que la Si» -Barnabe itt la Con* verslonde saint Faul , puiM -plusiecu^s leçons dans les iMrrM aj>Qcr3J^es»^]^ noarMmix offices fureel aii#si. composes pour. le. 3 1 janyier,. fête du foi Ckurlesfl*'^ .^ maFtyt'^etpeuirleag^iaaî^ jour de h naissance àm lio^ et de sen iretonp ea Angjbtm*re. SanCFQfi; psës^nto,. peoF y étye iménéa^ «[uek{aes luarceaux oii U s'etaili laiâeé aller à^tewta Fi»^ plratioa 4le sa yw¥6; maïs <fn.ieur préfim des ,çoaip«skîons ptus, modérées, iiocsqiie ptn& lafd SancFoft fi(t élevé an clergé d# Gantoirbéi^, îl piLbli# ses.'offîcefi avec l'aute^rieatîoii diiRoi ^ maie c'éiaiit dans un tqmps ok; teo* d'eiii{>luise ear «de par€;Us ^jets s^'eccordaûl mal avec les diapositione de la nation. On pitit de t^es^mesm^ea pofir le ckoi^ des. Bèembres de li assembWo. du clergé , 'et l'on si|l sf^ bien acheter leur ^oumissiioa^' que tcnit s'j^ passa au;*^pé dc'Sheldoa et de Mei4ey. Lors- 4f il'ils* eurent préparé toutes leurs car rectione , ils leÀ présentèvent: aa Roi^qiH les i^enveya à la cltainbire des eemnaniaes >* et c'est «d'après eiles ifue Keeling;, .ensuite^ lord grand juge , dn&ssa y acte #uuifai'aiité.

. Wrs^'il lut lepposHéà la chambre,' plasiaar% alarmés du^ mauvais elfet que pouvaîl^ induire la rigueur de. la plupart de ses dispositioas y confàiuenicèreat à rabattre de leur preiniè^e ar-^ deur.'Peur la ranimai?' oa fit eourir mille broits sur ies menées séditieuses dea* presbytériens dans

DEMONIEMPS. 4>S

différens coiUtts y €t.<Mi> (es «eiagera enslkiti dans 1» ehamlbire. Ces l»>ûit& occafiionnèffctirt im assez ^itafiid. ndm Vre dfaF^estef ions ^ mais saaa ameaier aucun jiigei»eat.. DepiiiiSfil a paâsé pour canstais^ qu'ils aivaien^ëté foFgés à Fiiistîg^lifMi de quel*- ^tt^a esprits* iriolafis 5 qui. ^vaicfiA vu da^s^e stratagème ufih mojiea aâsadré de rendre odieux le parti presbytérien et d'obliger ainsi le parlement, effrayé de sed» eai»pk>ts ^ à le traiter sans menai-* igamenl ai pitié. Le c<Hiite de GlareicHlon liû-méave fiit aeciise d'avoir conseillé un aussi détesl^te artifice; n^ais je n'ai jamais troavé aucu»^ iouf^ ment réel à^celte imputafion. If est vrai du» motos ^«ue parmi la portion exagérée des épiscopauK ^ il y en avait plusieurs donÉ le eavactère et la conduite' autosisaieat tous les sofipçïoes- L'acte ne ]^ssa point à une grande nmjorile.' £q vertu da 4{el acte tous ceux qui le :24aeàt > joas de la'Sl;^^ Barthélémy , en 11662^ ne ae -seraient pag coa^ formé» à ta Uturgie anglicane^, étaient privés diQ tOût bénéfice eccléaias^iie» Le Rott liâ-iaéme était saâs pouvoir peur modifier dans l'exéeation cette rigoureuse mesure^ et rien a'était assigné pour là subsistance des pasteurs^ qiui sera4eiM ainsi dépossédés^ U n'y- avait pas^ eu; d'exèiii|>ie d'une telle sévétrité^ ni sous la veine Elisabeth^ lor»qu'elle institua sa liturgie > ni sons CiMtmweil ^ lorsqu'il avait écarté lea rayaliale^ auxquels* il laissa un cinquième de lema bénéfices pourt» st^b-^

4i6 HIOTOIRE

venir à leurs besoins. Le jour de la Saint-Barthélémy fut choisi^ afin que les non-conformistes perdissent le revenu de Tanàée entière ^ les dîmes ne se payant communément qu'à la Saint<-Mickel. Les presbytériens se rappelèrent que cette Saint- Barthélémy avait été célébrée à Paris ^ quatre-vingt-dix ans auparavant , par. le massacre des protestans , et ils ne firent pas de difficulté de comparer ces deux"^ journées ensemble. On exigeait d'eux de souscrire le livre de la liturgie avec les çhangemens qui y avaient été faits; mais ces çhangemens forent préparés si lentement , et le nombre prodigieux de copies de la li-^ turgie y qui était nécessaire et dépassait plusieurs mille , puisqu'il fallait en envoyer dans toutes les paroisses du royaume^ retarda tellement l'impression qu'il n'y en avait encore qu'un fort petit nombre d'exemplaires en vente au jt)UT échu pour la signature ; de sorte que plusieurs ecclésiastiques > quoique bien affectionnés à l'Église, se firent un scrupule de^sigûer un livre qu'ils n'avaient pas examiné , et renoncèrent à leurs bénéfices. D'autres firent un voyage à Londres pour te voir avant de l'approuver. On mit énfia tant de précipitation' dans la demande des signatures qu'il semblait en effet qu'on eût l'intention de faire recevoir aveuglément par le clergé un livre qu'il ne connaissait pas. Beaucoup trop de gens s'y résignèrent , ainsi que je l'ai su de

plusieurs évêques. Rembarras 4e^ presbytériens était très-grand. Us tinrent plusieurs assemblées et agitèrent vivement la (juestion delà conformité. Reynolds accepta l'évêché de ]>iorwich. Mais Calamy et Baxter refusèrent les sièges de Litchfield et d'Hereford. Deux mille ministres envirpn s'exposèrent à la dépossession prévue par l'act*de conformité. Tout le monde cependant ne convient pas de ce nombre. Cette perse'bution du'parli presbytérien excita de grandes clameurs , et^ependant il n'avait jamais été plus déconsidéré qu'à cette époque. Baxter m'a dit que, si on »'en était tenu aux termes de la déclaration du Roi , il ne croyait pas que plus de trois cents de ces hommes-là se fussent mis dans le cas d'être déposés. Quelques épiscopaux, maisen très-petit nombre à jla vérité, désapprouvaient tagt d'acharnement contre les non-conformistes, et en pressentaient les fâcheuses conséquences. Ils voyaient avec effroi un corps nombreux d'hommes très -eçti mes, les unsà juste titre, si quelques autres rétaient sans moti& , ils les voyaient, dis-je, chassés igûominieiisemeçt de leurs postes , réduits à une gsande pauvreté, aigrispar une suite de provocatiops et de mauvais traitemens, se livrant à. des manoeuvres populaires que semblaient justifier et leurs principçset leur position, formant des.congnégatioqs sépai^s, tout occupés et d'élpigner les fidèles «bi culte puiflic, et de flétrir âgms leur esprit les ^iuisti^s *' 37

4i8 HISTOIRE

leurs successeurs^ qu'ils traitaient de pasteurs iU légitimes et d'intrus. Le blâme de cette proscription ecclésiastique retomba principalement sur Sheldon. Le comte de Clarendon fut accusé d'avoir endormi les presbytériens par de bonnes paroles et des promesses, tandis qu'il favorisait sous main les projets des évêques , ou du moins ne leur résistait pas.

Lorsque l'assemblée du clergé eut fini de retoucher la liturgie, on parla de remanier aussi les canons de l'Église, conformément à une clause des lettres de convocation du Roi. Il n'aurait tenu qu'à cette assemblée de réformer bien des abus, et de remédier en particulier à tous ceux qui proviennent du tro'p modique revenu dont jouissent beaucoup de possesseurs de petits bénéfices. Fresque tous les baux des ^ biens ecclésiastiques , tant ceux qui étaient à vie que les autres , étaient expirés , soH parce qu'il y avait vingt ans qu'on n'en avait renouvelé aucun, soit parce que la guerre avait emporté un grand nombre de fermiers. Le clergé avait touché , pour renouvellement de ces baux , environ quinze cent millts livres sterling. Il était déraisonnable de laisser une aussi forte somme à la disposition des nouveaux évéques. Si on en avait seulement employé la moitié à acheter des rentes et des terres pour les cures trop pauvres , c'eût été déjà une grande et efficace amélioration.

DE MON OTMPS. 4^9

Il y eut des diocèses où les droits d^' renouvellement rapportèrent quarante et cinquante mille livres sterling^ saut autre résultat que d'enrichir les.familles des ëvéques. On fit quelque chose cependant pour un petit nombre de collèges et d'églises^ et en particulier pour celle de Saînt- Paul de Londres. On amassa de plus de quoi racheter tous les captifs anglais détenus^n Barbarie. Mais c'était beaucoup moins qu'on Ji'aTait lieu d'attendre. Le comte de Clarendon fut extrêmement blâmé pour . s'être montré par là plus ami des prélats que de FEglise. Il est vrai que la loi accordait aux évéques actuels les profits de ce renouvellement de baux; mais il est vrai aussi qu'il eût fallu faire une loi nouvelle pour uti cas extraordinaire. La vie que menèrent ensuite les évêques, à l'aide de ce surcroît énorme de revenu, fut imitée par les ecclésiastiques d'un ordre inférieur , qui préférèrent généralement au soin de leurs églises les douceurs du bien-être et de la tranquillité. Les dignités et les bénéfices furent entassés sur la tête de ceux qui se recommandaient par quelque mérite ou par des- services rendus. Tant de richesses introduisit dans le clergé le goût du luxe et de la dépense^ auquel plusieurs se livraient sans retenue^ sous prétexte d'exercer l'hospitalité. D'autres^ se mirent à faire des acquisitions 9 et laissèrent ainsi des biensrconsidérables , dont nous avons vu la plupart dissipés

par la prodigalité des hëritîersv Ainsl^ transpor* tés tjout à coup au milieu de toutes les jouissances que donne une grande fdrtUQC y lorsqu'ils étaient déjà parvenus au déclin de leur âge et de leurs fiicultésy les nouveaux évéquesf, presque tous plongés dans Toisiveté^ négligèrent les véritables ifitérats de l'Église. Us^scdéchangeaient sur d'autres^ du ^in de prêcher et d'écrire , pour mieux s'abandotiner aux délires de la mollesse. Il faut saas doute faire quelques exceptions, mais en si petit nombre que l'Église aurait infailliblement perdu toutei considération dans le peuple , s'il n'avait paru 4m n«yau d'ecclésiastiques d'une trempe*toute différente.

Usr furent formés pour la plupart à Cambridge par quelques théologiens dont 1^ principaux étaient les docteurs Whitchcot , Cudvt^orth , Wilkins, More et Worthington. Whitchcot était un homme d'une rare modératipn , doux et obligi^nt» Il avait joui d'un grand crédit auprès de plusieurs des coryphées de la iiévolution, et en avait toujoufs profité pour p^tégef les braves gens de toutes le» opinions: Il ëhait ^tllèslzalé pour la liberté de cpuscienoe^ Dégoûté de la thé(Jogie systénti9tiqûe et sèche de son temps > iL s'efforçait ^MmpripieF à tous ceux qui s'eutretejiaient avec lui unfe direction de pensées plus noble et plus rele^ ^ il leur faisait considérer la religion coâime un achenjtnement vei^ une nature déi-^

DE MON TÇMPS. 421

forme i pour me .servir d'une de ses eipressions. Paiir pi^'f)iarer Uâ jeunes étudians à cesfiublimes spéculations , il leur faisait lire' beaucoupf les anciens philosophes , en particulier Platon , Cicëron et Plotin ; il leûV enseignait à voir dait&Ja religion chrétienne une doctrine envoyée par Dieu pour élever à la fois et adoucir la nature liumaine. Il éi^il; lui-même un exemple de ce double effet de la religion. Cudworth sotitint les idées deWhiichcôtavecun génie admirable et une étendue immense de connaissances. C'était d'aiK leurs un homme plein de sagesse et de. circonspection : ce qîli le fit très*inju6tement accuser par. ses ennemis de ruse et de dissimulation^ Wilkins^ en premier lieu de l'université d^Oxford , paâsa ensuite à celle de Cambridge. Il fut redevable du coDiniepcement de son élévation.à l'in** limité de l'électeur palatin y qui l'admit dans sa famille^ pendant qu'il était en Angleterre. Il épousa ensuite une sœtir decCromwellj^ mais il ne se prévalut de cette alliance que* pour rendre de bons offices ^ et pour mettre l'université à jl'abri xlesf emportemens bilieux d'Owen et de Goodwin. Â Cambridge il joignit ses travaux a ceux de Whitchcot et de Cudworth, pour propager de meilleures doctrines , pour arracher les esprits au joug des partis ^ à leurs idées étroites » aux chimères de la superstition ^ et aux passions haineuses qui naissent de là différence des sentiment*.

Il était naturellement porté à l'observation , et ce fut un des grands zélateurs de la philosophie expérimentale 9 alors nouvelle , et si estimée depuis. Il n'était pas sans ambition, mais ce penchant ne l'empêcha pas d'être l'ecclésiastique le plus sage que j'aie jamais connu. Il aimait le genre humain y et prenait plaisir à'faire du bien^ More était franc , ouvert , un philosophe chrétien plein àè conviction , dont le but constant fut d'établir les grands principes de la religion contre l'athéisme qui commençait alors à faire des progrès 5 favorisé par le pharisaïsme de quelques hypocrites, et par les rêveries fantastiques des enthousiastes de bonne foi.

Hobbes , qui avait accompagné la cour dans son exil, et y avait vécu assez long-temps sur le pied de grand mathématicien , quoiqu'il ne fût rien moins que cela, eut ensuite quelques dégoûts à essuyer, et il repassa, du temps de Cromwell, en Angleterre , où il publia un livre affreux , sous le titre bizarre de Jjeuîathan. Le principe d'oii il part, c'est que tous les hommes agissent sous la main d'une nécessité irrésistible, doctrine qui pouvait s'autoriser de celle de la prédestination alors en vogue. Il paraissait penser que l'unîVers était Dieu, et que les âmes étaient matérielles, la pensée n'étant qu'un simple mouvement subtil et imperceptible. Il croyait que l'intérêt et la crainte étaient les principes de la formation de

4k)ute société ; et il faisait consister toute la morate-dans'la poursuite de tout ce qui excite nos -désirs ou doit contribuer à notre avantagé. Il ne reconnaissait d'autre fondement à la religion que les lois du pays ; il faisait dépendre toutes les lois de la volonté du prince^ ou du peuplé :'car, après avoir d'abord écrit son livre en faveur du -youvoir absolu y il en changea ensuite la conséquence pour plaire au parti républicain. Tels sont les principes véritables de Hobbes , quelque soin qu'il ait pris de les déguiser^ pour séduire des lecteurs inattentifs. Ils firent une rapide fortune. Ils attiraient l'attention par la nouveauté et la hardiesse ; leur impiété charmait les esprits corrompus^ que les extravagances fanatiques des derniers temps n'avaient que trop préparés à les accueillir.

Pour s'opposer aux progrès de ces dogmes horribles ^ les théologiens de Cambridge travaillèrent à affermir les principes de la religion^ en la développant avec une-méthode toute philosophique. More ouvrit, dans cette direction , la carrière à plusieurs autres qui vinrent'après lui. Worthingtpn était un homme d'une piété érainente, d'une grande humilité » et qui poussait jusqu'à la sublimité le renoncement à soi-même. Tous ces grands esprits et leurs disciples s'appliquèrent à pénétrer plus avant dans la nature des choses , qu'on ne l'avait fait avant eux. Us se décIarèrenX

4H HiwSTOint:

aussi ennemis de la^superstiUon que de l'enthousiasme. Ils aimafieof la constitution de l'Eglise et la liturgie anglicane^ niais ils ne condamdaientpoint irpëvocablement les autres cultes. Us regrettaient que les affaires ecclésiastiques n'eussent pas été conduites avec plus de modération. Ils viyaiient en bonne intelligence avec ceux dont les opinions difiëraient des leurs; et, en général, ih accoii* datent à chacun une grande liberté de penser 9 tant ^ fait de philosophie qu'en fait de religion. C'est en raison de c^tté juste latitude qu'ik donnaient atlx opinions individuelles^ que des gens, d'un lespfit également étroit et emporté, leur donnèrent le nom ^e latitudinai^s. Ils faisaient grand cas d'Epis\t)opius : et co^med'ailleais la raison de^ dh)dses était le principal .objet de leurs études, leurs ennemis l^s appelV^i^t aussi sociniens. Ils étaient tous adversaires* prononcés du papisme. Aussi, à pftine le parti catholique se fut-il aperçu du crédit qu'ils prenaient , qu'il mit tous ses spins à les décrier, et qu'à Fépithète injurieuse 4^ sociniens il joignit celles d'athée# et de^déistes» Dans Tattaque livrée aux principes de Ta religion par Hobbes et ses adeptes , les oathoUquès jouèrent «in rôle fort étrange. On les vit renforcer les anrgumens dq l'athéisme ^ et publier plusieurs livres dans . lesquels ils. soutenaient qu'il n'éxiatait point de preuves certaines de la religion chrétienne, A moins de les prendre daftn

DE JflON TEMPS. 4^5

rautorUëtlel'jpglîse,considéréec*omme infaillible. C'était donner manifestement gain de cause aux impies. Tous les gens de bien en conçurent une haute indignation contre les catholiques. Ceux-cî montraient en effet par là qu'ils aimaient mieux rendre athées tous ceux qu'ils n'attireraient pas à eux, que de les voir chrétiens diaprés une autre base que l'infaillibilité.

Les disciples les plus remarquables des grands» hommes dont j'ai-fait mention / fureot Tillotsôn , Stillingfleet et Patrick. Le premier était né avec une grande netteté d'esprit et beaucoup de douceur dans le caractère. Aucun de nos théologiens lie l'égalait par l'éclat des pensées et la correction du style; aussi a-t-il été réputé le meilleur prédicarteur de son siècle. Il avait autant de conduite que de vraie sagess'6 ; et je n'ai jamais vu ecclésiastique plus universellement chéri et estimé qu^il ne Ta été pendant vingt ans. H se fît remarquer par son apposition aux envahissemens du papisme. Il n^étail pas moins ennemi de]a persécution , et l'athéisme n'eut pas de plus redoutable autag^uiste. Personne ne contribua plus que lui A ramenar dans les coeurs Pamour de notre culte. Mais il y avdit si peu de superstition., et tant de i^îson jointe a tant d^agrément dans sa manière d'expliquer les matières religieuses , que l'esprit de parti, après s^êtré lorig-tempS et en secret

4^ HISTOIllË

agité contre lui y éclata enfin et Tattaqua sans ménagement ni mesure.

Stillingfleet avait plus de savoir que Tillotson , mais il était aussi d'un caractère moins facile et moins affable. Il écrivit dans sa jeunesse son Ire^ nicuTHy destiné à nous guérir de nos divisions, et où. il fit. preuve de tant de ftiodération et de science que cet ouvrage fut estimé un chefd'œuvre. Il y établit que les apôtres avaient constitué l'Eglise sous le gouvernement d'évêques , de prêtres et de diacres ; mais qu'ils n'auraient point fait de loi qui dût rendre perpétuelle et irrévocable cette disposition, empruntée, comme bien d'autres choses , des habitudes et des usages de la synagogue : d'où il inférait que le gouvernement épiscopal était assurément légitime , puisqu'il était autorisé par les exemples des apôtres , mais non indispensable et de rigueur^ puisqu'ils ne l'avaient prescrit par aucune loi. Ce . tempérament fut gpûté par beaucoup de gens,. mais d'autres s'en indignèrent confine d'un attentat contre l'Eglise. Cependant Stilling£|eet avait soutenu son sentiment, avec tant d'habileté et d'adresse , que son livre demeura sans réponse. Il écriyit ensuite contre les incrédules avec plus de force qu'aucun de ceux qui l'avaient précédé daos cette carrière. Puis il s'engagea dans la lutte contre le papisn^e , et il s'y distingua par une

discussion si exacte et si Tire que , de tous les livres de controverse du temps , les. siens furent les plus lus et les plus estimés. Il avait une profonde connaissance du monde ^ et sa sagesse méritait la vénération publique. Ce fut un malheur pour lui cependant dWoir composé son Irenicum; car, pour se laver des imputations que lui attira cet ouvrage, non-seulement il se rétracta, mais il se jeta encore dans une exagération de principes en contradiction avec la tendance naturelle de son esprit , et peuj-être même avec ses véritables sentimens. Il avait fait une étude particulière des lois , du droit écrit , des documens originaux de notre constitution. En un mot, ce fut un homme très-extraordinaire , et par bien des côtés un grand homme , quoique peut-être trop content de lui-même , et trop occupé des intérêts de sa famille.

Patrick était un grand prédicateur. Il écrivit beaucoup et bien, principalement sur les Ecritures. Il était vigilant et laborieux dans l'exercice de ses foitctions, strict et régulier dans sa vie, iBais quelquefois trop sévère envers ceux dont les opinions différaient des siennes. C'était surtout^ il est vrai , lorsqu'il croyait quelque point fondamental de la religion attaqué par leurs doctrines. Il acquit dans la suite plus de modération.

• A ces trois théologiens j'en ajouterai un autre

qui , tout eo appartenant i r«imversrlë d'Oilbrâ; avait adopte , en qualité d'élève de Tévêquc Wilkitis , la 'plupart de leurs principes , et qui les dépassait tous par son .savoir^ Lloyd était un grand maître dans là connaissance critique des auteurs grecs et latins , mais surtout des Écri* tures dont sa mémoire renfermait et applicjuait les phrases entières et les moindres mots avec un optlre et une facilité que je n'ai vus qu'à lui. 11 possédait à fond rhisîtoîre> et i\ était dans la ckrt)*nologie plus exact qu'aucun autre de nos théologiens. Personne n'avait 4 u plus que lui ^ avec an meilleur jugement , et n'avait fait de plus amples extraits de tous les ouvrages importans : ce qui faisait dire à Wiîkins que , de tous les savais qu'il avait connus^ auctm n'avait autant de^én^e en petite monnaie que Lloyd. Il apportait tant de soin à tout ce qu'î^entrep^enait , qu'il n'abandonnait jamais un sujet d'étude avant de s'en être rendu maître. Mais aussi à peine Je possi^dait^il qu'il passait à un autre safts se donner le temps de produire les trésors de science- qû'M avmt ae^ cumulés. Il avait néaitnioin» sur tous les sujfls plusieurs' volumes de matériauK rassemblés dans un si bel ordre qu'avec très-peu dé pe*Mie il eût pu les mettre en œuvre. Il avait plus de vie dans rima'gihation ^t plus de solidité dans le jugement que ne semblait le comporter tant d'opinié* treté dans f érudition^ Cependant; quelque Ï^Ie

dh; mon temps. 4^9

qu'il appointât à ses travaux scieatiliques^ il n'avait jamais négligé le devoir pastoral. It eut pendant plusieurs années la cure la plus, considérable de l'Angleterre à. gouverner , celle de Saint*Martin , et il se fit toujours remarquer par .une scrupuleuse exactitude à remplir ses, fonctions > entre tou3 ses confrèj:'es y pour qui il était un. modèle » ^u pliilpt un $uj0t de hoqte y^Siv bien peut suivaient son eiQmpIe* On le vit toujours j^ieux f. humble , patient , toujours prêt à fai^e le bien y quand il en prouvait l'occasion , et à sacrifier à ce noble penchant ce qu'il avait d^ plus cher , ses momens d'étude. Lorsqu'il fut &it évéque ^ il eojb^ com^pie curé . de Saint-Martin , un très* digue succes^ur.^ Tennison , qui suivit et perfec* tionna tous les bons plans qu'il avait formés pour le gouvernement de cette grande partisses* Celui-ci fonda et dota des écoles^ érigea xine bibliothèque publique^ et s'entoura d'un grand nombre d'ecclé* siastiques pour l'aider dans ses pénibles travaux. C'était aussi un homme d'une trè^-grancie instruction 9 qui avait fait entr'autres une étude trq^-approfondie des notion^ pçincipffeles et des usages de la religion païenne y daiis le seul but . d'entacher de plus eq plus d'idol4tri€i l'Eglise romaine* Whîtehall est dans la paroisse de Saint- Martin; apssi Tennison se t^ouva-t-il comme placé au front de la bataille pendant tout le. règne de Jacques. IL défendit eX maintint ce poste péril-

43o HISTOIRE

leux avec autant de fermeté que de prudence ^ et s'acquit une haute estime par une conduite toujours digne et mesutée.

Tels sont les théologiens les plus illustres que nous ayons eus ces quarante dernières années ; et puissions-nous avoir une succession de pareils hommes pour remplir la place et de ceux qui ont déjà disparu de la scène ^ et de ceux dont l'âge nous annonce la perte prochaine! Je me suis étei^du avec détail sur ce qui les concerne y parce que je les ai connus personnellement et que j'ai même été fort lié d'amitié avec eux tous , particulièrement avec Tillotson et Lloyd. Si d'une part je dois une grande partie de la considération qu'on a eue pour moi à l'avantage d^ètre leur ami , je puis dire de l'autre que j'ai appris d'eux presque tout ce que je sais. C'est à eux en un mot que je dois d'avoir été à même de rendre quelques services à TEglise; et s'il est vrai, par exemple, que j'écrive avec quelque clarté et quelque correction , c'est qu'ils ont été mes maîtres. Tillotson et Lloyd , de concert avec Wilkins , avaient abordé la tentative , grande mais décidée aujourd'hui comme impossible, d'une langueuniverselle et philosophique ; et dans ce but ils apportaient un soin extrême à l'examen des imperfections que présentent tous lesdifférens idiomes, et le nôtre en particulier* Lloyd , chargé pour sa part de dresser les tables de leur ouvrage commun.

DE MON TEMPS. 4^t

était parvenu à mettre dans son style plus de na« turel , de pureté et de simplicité que personne* Or le peu de talent décrire qu'on m'accorde gé-néralement^ il faut Tattribuer à l'influence de ses avis et à l'efficacité de ses leçons. Mais je leur ai voué une reconnaissance plus grande encore pour les idées élevées et les excellens principes qu'ils se sont plus à me communiquer. *

Il est difficile de se iaire une idée de la réforme que les théologiens de Cambridge ont faite dans L'éloquence de la chaire , jusqu'alors envahie par. le pédantisme chez tous les prédicateurs de l'Angleterre , et un mélange informe de citations tirées des Pères et des anciens écrivains. Faire un sermon^ c'était le plus souvent entamer une longue explication d'un texte de l'Ecriture , discuter chaque mot^ en donner toutes les acceptions^ avec lesmotifs^de chacune^ effleurer ensuite quelques points de coniro verse, et passer enfin , suivant le sujet ou l'occasion, à quelques applications pratiques, succinctes et comniunes. he tout était diffus et pesant, sans harmonie dans la composition , et surchargé de phrases extraites dé toutes les langues. Le style était communément ou plat ou trivial, ou plein de la rhétorique la plus emphatique et du plus mauvais goût. Le Roi n'avait que peu ou point de littérature , mais il avait du jugement et du sens, et avait pu se faire de justes idées sur le style en France, où il avait habité

4^3 IIISTOIRB

.daûs un temps t>ù Ton s'y appliquait beaucoup à. polir le langage. On s^aperçut bientôt qu'il * avait un goût pur et solid^^ L'approbation qu'il dgnna a^x nouveaiy^ orateurs fit leur, réputation ^ et mit eu vogue leur manière de j^récher ^ claire , simj^le et conci$e«^En général ils paraphrasaient leur texte en peu de mots ; à moins que des difficultés extraordinaires ne demandassent de plus longues explications^ et encore évitaient-ils alors soigneuse K) en t toute parade d'érudition. S'at* tachant principalement au fond. même des. questions y ils y cherchaient la nature et la raison des ch^os^ avec tant de netteté et si peu d'appareil que leurs auditeurs remportaient avec eux une toute autre instruction qu'autrefois» Leurs sermons furent donc jtrès-suivis , et ils ne contrihuèrent pas peu à diminuer les préjugés qui subsistaient encore dans le pays> et surtoyt à Londres^ contre l'Eglise nationale ou anglicane.

Il y eujt dans le conseil une grandç discussion peu d^ jours a^ant la saint Barthélémy ^ pour savoir si l'acte d'uniformité serait ponctuellement exécuté ou noi». Plusieurs étaient d'avis d'en différer l'exécution jusqu'à la prochaine session du pn^rl^ment. D'autres désappropvai^t tout délais nv^is auraient vo«lu cependant qu'on eût quelque condescenda^^ce pour des gens d'un mérite émi-^ néoit^ comjne de les laisser prêcher dan§^leurs paiK)i$ses tant qu'îl^ vivraient ^ avec la précaution

d^ l^Wf* a4iaii|Cli^ àm ^ieaifes qui iiraîent les pf i^^^ eA offîi&ieraitat misant le cite an^ican. I^,qo<^t0 4^ MsiMtusster «xposa au Hoii et soutint pi*^^ dé liui c^ dewfi teaipëramens avec plu» de s^Iq qi^e 4^fprfîe% Sheldooi au contraire ia&ista sur r^^oiitîpa pure et simple de Fade. Il disait que» VApglj^A^ire était aceoutumee à abéir am loî'S, et q^e is^v^ qve'QOi éiaiik aur leur tenraio on. était e» iMWQi^fiiitUdtKHi 9 et à Fabvvd» tout danger. Il se lais^U fçrt d'aiUjeurs de remplir les chaire& qui yi^ndrc^k^t à vaquer daoïs la cité de Loinères , p^|7 dkisbgeps à la foi& plus distingués et plus au g9ik4 4^pe^le qitte ceux qu'ils^ rentplaceraient ; il sQ99ibUijt crowe eufin que peu de fiii»iistres s'expo^^raie^t i perdre leurs bénéfices ^ et que lu très-i-gjt^apde partie se coidbrmerait sans difficultés JXxjifï autre côté les meneurs du parti presbyte** l-jieii^se doqoaient beaucoup de peiiie pour le tenir imb Ijs irepi^entaient à leurs amis que s'ils ré- ^î^ieoit eo masse , iis présentera teat une force ii|ipo#aofieiet obtiendraient ainsidefiivorables modifications aux lois ecclésiastiques ; tandis qu'ils $^^ieut universellement méprisés si^ après avoir fait tant de bruit, la plupart d'entre* eux se con-^ fiii^^^l^t lâchement. C'est ainsi> à ce qu'il parait, me^l)^ilcoup de presbjitériens ne renoncèrent à l^nr^ béfiéficesr cps pour ne pas se séparer de leuFS^amis» Parmi les ministres déposés , il y eu avait plu«|n»rs de distingués par leurs talens et 1. 38

leurs vertus. Forcés presque tous de se jeter entre les bras de la ProYidence ^ et de se confier à lit charité de leurs amis y ils se montraient sous l'attitude honorable d'hommes prêts à tout soufirir pour leur conscience. Aussi inspirèrent-ils une estime et une compassion généi^ale , pendant qde les membres de l^ncien clergé , maintenant riche et puissant^ ne rencontraient que le mépris. Heureusement les jeunes ecclésiilBtiques ipA sortaient des universités rétablirent sa réputation. Oxford fournissait des sujets très-savans, si&tout dans Fétude des langues orientales , que l'édition récente de la Bible polyglotte avait mise en vogue. On y lisait aussi beaucoup les Pères. Les mathématiques et la philosophie nouvelle 'y Paient également très - cultivées. L'usage des réunions scientifiques que Wilkins avait introduit à Oxford fut transporté à Londres , oAi elles furent si bien accueillies, que le Roi lui-;nême se plut à les encourager beaucoup ^ et voulut assister dans la suite à un grand nombre des expériences qui s'y faisaient.

Ce fut sir Robert Murray, le lord Brounkei*, mathématicien profond, et le docteu^r Watd, bientôt après fait évéque d'Exeter, et dans la suite de Salisbury y qui formèrent la Société royale de Londres. Ward était un homme d'uile grande étendue d'esprit y qui jpénétra très-avant dans les sciences mathématiques, et ayait une grande dex-

, DE MON TËMIPS. 4^5

ferhé y pent-étre trop y car on mettait sa sincérité en doute. Ilayait suivi le torrent pendant les. troubles 9 et avait adhéré au covenant pour sa tranquillité personnelle. Aussi était-ril en butte à la haine des exagérés , comme un de ces hommes qui ne savait que céder aux circonstances (a time^ sen^er). Cependant le comte de Clarendon^ qui voyait dans la plupart des évèques des gens très*récômmandables par leurs souffrances y mais sans aucune capacité d'affaires^ jeta les y^ux sur Ward pour Tépiscopat , le jugeant Irès-propre à gouverner utilement l'Église. Ward alors ^ pour faire oublier ses erreurs passées, s'éleva jusqu'aux plus pures notions d'une conformité rigide, et devint le personnage le plus considérable du banc des évèques. Plusieurs médecins et divers autres indi^idùs remarquables par leurs talens entrèrent dans la société royale, pour la partie de la philosophie naturelle. Mais personne ne s'appliqua à des expériences scientifiques avec plus d'ardeur , n'y consacra de. plus fortes sommes , et n'obtint de plus grands succès que Robert Boy le, le plus jeune fils du comte de Cork. Il «tait regardé par tous ceux qui le connaissaient comme un modèle de perfections. Chrétien plein de piété, il poussait l'humilité et la modestie jusqu'à l'excès, et sa vie était exemplaire et sans tache. Il pratiquait toutes les vertus, la charité, la mortification^ le

desiatéressemeiit de soi-même^ et n'avaU point de joie plus douce que de faire le biea. 11 négligeait sa personne , méprisait le monde et vivait éldigne dies plaisirs^ et sans aucune vue d'ambition ni d'intérêt. J'ai prononcé son oraison funèbre et j'y ai peint son caractère avec tant de fidélité que je me dispense de donner sur lui des détails nouvjeaux. La société de Londres, devenue nombreuse^ jugea à propos île prendre une patente qui la constituât en corporation légale , sous le nom de Société royale. Sir Robert Murray fut son premier président , l'évêque Ward le second , et le lord Brounker le troisième. L'histoire de sa fondatron a été si bien écrite par le docteur Sprat ^ que je ii'en parlerai pas davantage , et reprendrai le fU de mon histoire.

Le jour de la Saint-Bar tbélemy pai^é^ les non* conformistes se voyant en butte ^\xx sévérités extrêmes de la cour et du parlenient y délibérèrent eUtSemble sur le parti qu'ils avaient à prendre. Plusieurs d'entre eux étaient d'avis de passer en Hollande^ et de s'y établir avec leurs ministres. Un assez grand nombre proposaient la nouvelle Angleterre et d'autres colonies. Cependant le GOinte de Bristol tint ches lui une assemblée des principaux papistes alors en ville. Après leur avoir fait promettre le secret sous serment ^ il leur dit qu'il se présentait une belle occasion de préparer

les premières voies pour le rétablissement de leur religion ; qu'iiléur conseillait à cet effet d'iiser de toute leur influence en faveur des non-conformistes ( tel était le nom qu'on donnait alors corn* muiiément aux dissidéns , comme on les avait appelés de celui de puritains avant la guerre civile ); car si jamais les catholiques parvenaient à obte-* nir pour ceux-ci un acte de tolérance rédigé en termes généraux, ils pourraient ensuite y être a>nipris eux-mêmes. Le lord Aubigny appuya cet avis. Il ajouta qu'il était si visiblement avantageux à l'Angleterre d'avoir dans son sein un nomhre considérable de commerçans que rien ne gênât dans leurs opérations 9 qu'uii excellent moyen de se rendre agréableé au petiple serait de se montrer zélé pour eux et leurs travaux; et ' qu'en conséquence , afin d'attirer dans leur parti cette classe nombreuse qui jusqu'ici leur avait montré t|int d'éloignement, il recommandait à tous les assistans ainsi qu'à leurs amis de lui feire une cour assidue > d'affecter pour die et ses intérêts la plus vive sollicittîdë^èt de prendre pour texte habituel de leurs conversations le commerce et la prospérité du royaume. Bennet n'assista point à l'assemblée , mais il était connu pour être du secret. Lord Stafford me le confirma dans la Tour peu de jours avant sa mort. Quant à ce seigneur > il s'était retiré de bonne heure de ces réunions^ parce qu'il craignait (|ne l'ardeur et l'^c-

tivité indiscrète du comte de Bristol n'élevassent quelque orage terrible contre les catholiques.

Us obtinrent du Roi en décembre 1662 la publication d'une déclaration^ qu'on s'accorda gé«^ néralementà attribuera l'influence de lord Bristoi y quoiqu'elle remontât plus haut , et fùl l'expression de la volonté réelle du Roi lui-même. 11 y exprimait son aversion pour toutes les voies de rigueur en matière de religion^ et principalement pour toutes les lois sanguinaires; il donnait ensuite à. espérer^ tant aux catholiques qu'aux non-conformistes 9 qu'il trouverait des témpéramens pour adoucir la rigueur des lois, afin que tous ses sujets n'eussent qu'à se féliciter de vivre sous leur empire. Les plus sages des non-conformistes virent à quoi tendait cette déclaration^ et la reçurent froidement. Mais les catholiques s'échauflerent et se mirent à concerter un plan de tolérance en leur faveur. Il y eut entre eux de grandes disputes. Un assez grand nombre était d'avis de prêter le serment dç fidélité , lequel serment contenai^l'abjuration du droit que s'attribuent les papes de déposer les princes. Mais tous ceux qui étaient sous la férule de Rome se refu-<sèrent à cette condescendance. L'internonce du pape résident à Bruxelles crut même devoir con-^ damner ceux qui la conseillaient , comme enne-^ mis de l'autorité du Saint-Siège. On fit aussi la proposition de ne tolérer en Angleterre que des

pii^ressénliiers. qui dépendraient d'un ëvéque , et serâtent. soumis à une discipline établie par les Ioi&> tandis qu'à tous les prêtres réguliers, et en particulier aux jésuitas, l'entrée du royaume serait interdite sous, les peines les plus rigou<reuses^

Le comte de Clarendon se rangea de ce der- Bier avis, persuadé qu'il ùen fallait pas davantage pour jeter la désunion parmi les. catholiques. Un petit nombre d'honnêtes prêtres , tels que Blacklow , Serjeant , Caron et Walsh , aC-<cueillirent en effet la proposition ; mais - ils ne purent y rallier assez de leurs confrècés pour en former un parti. Les papistes^ en géïkéral , persistèrent à n'y voir qu'une tentative tenrdant à les diviser et à rompre ainsi leur force^ Le comte de Clareadon savait que le cardinal de Retz , pour qui Charles avait une estime particulière, avait passé 'la mer incognito, et avait eu avec ce prince des conférences secrètes. En conséquence^, pour faire voir au Roi tout l'odieux qui rejaillirait sur lui et sur son gouvernement, s'il vouait à être soupçonné de papisme , Clarendon engagea quelques uns de ses meilleurs amis, ainsi que sir Allen Broderick me Ta assuré , à proposer dans la chambre des communes un acte portant peine de mort contre quiconque dirait que le Roi était papiste ; et parce qu'on faisait Croire au Roi que les vieux cavaliers étaieot de-:

Yenus moins ombrageux sur le fait de la religion >' le lord-chancelier fit insérer dâM le con-^ sidérant du nouvel acte , que le parlement^ convaincu qu'il suffirait dua^upçon de pttjpktiKejet^ aur le monarque poiir lui. aliéner l^cœur de Ws^ sujets^ avait^ par ce motif ^ déelaré crimes ca|^îtal tout bruit qui acerédifcerait une pat*eille idée. Mais cette mesure fut mal interprétée par bean-> coup de monde. On dit qu- elle n'avait été imaginée que pour fermer là bouche aUï plus hardis , quelque visible et pateM que pût être k l'avenir le dessein de rétablir le papismcé U e^ in^ (5«ntestable I néanmoins, que le comte de Clakrendon avait pour but unique d'éclairer lé Roi sur lesi^cc^séquencQS funestes des moindres mw ques de protection qu'il accorderait atix catholiques. Lorsque la déclaration du coîhte de Bristol fut proposée dans 1q conseil ^ le comte de Clarendon et Jes évêques s'y opposèrent > et elle né paM^a que parce qu'elle ne renfermait rien qui fût directement contraire à la loi , donnait à espérer seulement que le Rdi fet'ftit tous isfés efibrtâ pour que tous ses sujets fnâ^ébt égàlëmfeilt pro^ tégés par son gouvernement, lé coriaté de Bristol y en la faisant adopter 5 crût aVéir remporté une grande victoire; et, dès ce mômeM, il se joignit au duc de Buckingham et à totis les enii^émis du chancelier, et se déclaîrà oiivcfrtétnent ' contre lui. Quant atix pauvres j>rêtrfe qniavaietii

DE MON TÎEMB5- 44^^

«âtetidU à d'honàétës tèmpéi^fhëiii, ils fixrèAl dk loH Mal Tbg&tS^i jpar bè pAtii ; éiJîhine gens gàgn^ pont- le trahie. Je Yài su dé Pierre WâlslËi laUtÀétnè i lé titiis hbniiièfè û le plàs sàVàni iitHiimé Iqtié j'aie tidnhu pat^ini eux. Il elàil Irlâhdaià d'arigteé> et kife Tbi^drë flèfe ï'i'âhciscàins.' Û ped^âit, il «st vtàî^ fSi^sqllë en bdh proiéstàht sur tém tek pointé càntrovét^âë^ ; ittais il àVàif sur fe religibé fcéttàihéfe tâêè% pki^i'cUlieres , qui liii serraîfefïl à se jdstifiétf de sdn àdhësiôh ëiteTriéùrè âulE d^nfëé de TÉ^lke dé Kcthe y ëi siiivànl lesqttëllfe» il SôtttéBàft'pôiivbii' pëWéVérëf sâfts pèchef dani là ëôttihiùnibn d^ céfte ëglisé. U elah si&r j diâàh ^ i! ^ dé faît-é quèlcjùé blëfa en y résïàht , tàtidis ^U^l deviendrait: idtitilé s'il changeait <îé i^adrïière. Il cf oyait d^ailleurs que personne né doit âbatidohhèr la i^eligiôh oil il est né ^ et dans laquelle il â été élferé, à niôîns d'èfré assure qu'oiï séf'a daiinné en lui âeméùi*ant fidelé. Hàbile ^ et houiri danà les ihtrigùeà sans y avoir perdà sa pi^ité y il côhhaissait k Aiérveilié les menées ^és jésbitès et des autres missionnaires, fi tn*â dit soùVeïit qùé lés fcàlholiqués rie craîgnatéftt rïèfà tràt qùé f uâîoh dés ànglicàris avec les pt*esby térîénfè ; ijùlis savaient qùé notre faî-i WtfâSlè s'aùgtiïéiïtait âtéc le liomTbre dé nos sectes V ^ t^ pltf^ iMSxxi étions aciharhes ïés uns éoi^tl^ les àtrti^s y moins nous sbâgiôns à tes combattre ; et qu'ils avaient delÈt ftlaxiriiés <ïônt ili ne ^

se départaient jamais^ Tune de nous tenir divisés , l'autre de se tenir unis et de pousser de concert soit à une tolérance illimitée dont ils profiteraient , soit à des poursuites générales contre les non-conformistes ; car c'est ainsi que nous aimions à adoucir le mot trop dur de persécution. Il observait , non sans témoigner une grande indignation de notre folie ^ qu'au lieu de nous unir et de les diviser^ selon leurs propres maximes^ nous fesions tout ce qu'il fallait pour relever leur union^ et nous diviser nous*-mémes; il était persuadé que si le goi^mement eût appesanti sa main sur les prêtres réguliers et les jésuites , et se fût montré favorable aux prêtres séculiers 9 sUl eût établi, par exemple , un serment de renonciation à toute sorte d'autorité du Pape sur les aifaires temporelles du prince, serment auquel les moines réguliers ni les jésuites n'auraient pu se soumettre , il en serait résulté de vives contestations dans le sein de la faction catholique anglaise , le Pape aurait fulminé ses censures contre ceux qui eussent consenti au serment , les disputes n'en auraient été que plus animées et auraient fini probablement par soulever contre Rome la plus saine partie des catholiques du royaume. Quoique le comte de Glarendon et le duc d'Ormond goùtassent.le projet de Walsh, il ne tcouva néanmoins que pea de partisans à la CQur.

Les menées du parti catholique alarmèrent les anglicans. Ils avaient une grande répugnance à soupçonner Forthodoxie du Roi ou du duc : cependant les intrigues tendantes au retour du papisme devinrent si peu douteuses qu^ils attaquèrent sévèrement la déclaration dans la session du parlement qui la suivit y et en désignèrent assez clairement les auteurs. Ces attaques "Vinrent principalement des amis dç lord Clarendon. Le comte de Bristol en fut vivement offensé^ et il résolut d^ ce moment de recourir à tous les moyens possibles pour perdre le chancelier. Très-expert en astrologie , il infatua le Roi de cette science. Il dit un jour au duc de Buckingham^ qui le répéta au comte de Rochester , Wilmot, de qui je l'ai su, qu'il n'avait qu'à parler au Roi pour l'éloigner à jamais de son frère et de lord Clarendon; car il pouvait lui démontrer par les principes de l'astrologie qu'il devait périr, sinon par la main du duc d'York , du moins par son moyen; et il était persuadé que cette idée ferait impression sur le Rot. « En eÔet, cela sera «insi, dit le duc de Buckingham, mais dans un autre sens que vous ne l'espérez; car cette révélation donnera au Roi tant de crainte de blesser son frère , qu'il se résignera à tout , plutôt que de lui déplaire. » Le comte de Bristol n'en suivit pas moins sa résolution. Le duc 4e Buckiogham a toujours - crti qu'elle avait eu

444 ftistoîRfc

l'éfiRrt qu'il avait prévu; car, bieb qw le ftoî ti'aimât tii û'eStiiuât )è duc d'York» U Sëhiblft néàùiùàmêf depuis lors, ne cesSèi* à^ tt*etnbi%îr to ({uelqUe ibrtë detânt lui.

Maté ee né fUt pa^ Ibut. Lie toiixte de Brî&f<A résolut de pi^âètitfet* à la tUàlubré des lottls nh projet d'accil^ation cotitlrë le boittté de Glbtebdoù , tnâlgi'é rôp^ositmti fbrtUëlle d'UU statut du règtsi^ dettehri tV>qul cdhdâiiinèeettfefeçbii de procéder. Lé pèire du due de jbnclitîgham et celui de lord

Dftsto) «talent âbtitiê, il ë^t Vt^ai; dabs le règne ptëëédënt j l'élëihplé dé k viélatlbH de ce statut. Le lord Bristol dréssft dofic ëon «ccusAtion el la porta au Roi j qui itiit eu Usagé itmt ce qu'il avait de lUauîèréS dbUcés et prôVéArfWtes pbUt efi^d^r le loi'd à se désisfër dé ^a pbùrSuitè; mais ee^ lui-ci tint fermé. Il dit au Hôi , sans détour, que, si Sa Majesté rfirbahdonnait> il saurait soulever de teb désordres que tout le paVs s'en ressCfatîratt, et qu^ellé né Serait pas éllè-métiié à l'abri de leui- atteinte. Lé Roi, âiusi que mé Va rapporté k èbtiité de Laudërdàle> lui répondit qu'«àé lellë méAàféé le méitalit tt*op két^dé lui pour pè^ Vbir lui i^époiidré ; et y softaUt dé k* pièée àh ils léttiiettty il lui euvo^à lé lord Aubtg^y àiréb otAve de Itftdoucir / mais les téàtativéè dU tourtisiah ite fuiiënt pà^ plus Keuréuèés que éélléS du monarque, ft é» ti'ès^p/'obàbl» qUe tord B^istot éhiÈth lé fiétir«, dé là t'ef igiou du i^i , atànta^ seul éa^

pAbJe il^ jldû do^mP teint |i^^9<}ii^« , 0| ^u Rdi tant dfi pii$îlianiini(6. L9 iep^eim^îp il porte sc|a ae^ cu^atian à I4 cl^mbre des loi?4s^ C'ejbait vm mi" Iwgq d'ii|||iulatioo3 cootr^dwtoijres. Pans un eatr ivj^it , il i^eprophail i^u |or4 Clfineendoii ji» semer d^ iqéfi^qççs , £( d(t répandi^e le l^ruit ||u^ le Haj s'était ùi^t cs^H^oViq^^ : aill^i^ il ié^de^onç^it cpi^meétaat ^^ Qort^pçv^ài^fs^^weQl^Qm^,, 9&n d'obteqir ^a ç^apf^l,u de qaprdioiU pour l<wr4 A».-t lligoy. Il prp'septait plusieurs animes çkcM« plui étranges; encore. Il n'eu) pas plii3 t^t fait cette sortie 5 ou qu'il s'en repartit ^ c^m^j^i^ on ^t a9T

tori^é ^ le çjToipç , oii q^e dft woip^ y çf Ut devoir

se caclier. Ce <{ui^ fst certain ;r c'e$t que depuis i([ &t constam9ienit réputé capable de tç^t^s ^ e^ trayagançes possibles* Il ren4it eiico^e ^ si^tm^ tion [4 us mauvaise 5 enecriyant aux lpr4$^ w^e lettre dans l^nelle i| tép^ajgnaitd^sîçraivjtes swr U sûreté 4e là personne du, Roi , .l^ttend^ que le duc d'Yprk %vait des ga^deSt Qu pVt^Xi? des or*^ drefii pour décoijLYirir le couîJte 4^ iÇtri^tpl , nk^i^ il sut rendre toutes les recl^ierchfes in^t^^^i ^itf que dura l'orage souleyé contre h^u,

,Le parlement se moiiKtr^ f^ip/en^çnt rfl^^A ^ maintenir l'acte d'uijififormltç* Il dipu^i^ fusiyitç quatre SM^l^ides, W Roi , (p^ awit ^u^ijip d^ <jl^e^. Cfetait i|U9 retOiVf* ^ î'aJ^icieiKIf npteUi^d^^de lever les dçnierg publ^. Maifs 1^ ^a^ s'vaperçujl^ bientôt qu'elle était si façite à éluder et r^pr

portait si peu d'argent ^ qu'elle 'ïe promit de plusy aroir recours^ et de revenir désormais aux taxes mises en usage pendant la guerre civile. La convocation donna de son Q6té quatre subsides , par lesquels le clergé se trouva être à proportion aussi foulé que le reste du royaume rétait peuf Ce'Yut là d'ailleurs le dernier don'gratuit qu'ait payé TEglise ; car, outre que le produit en était toujours assez peu considérable en lui-même, la répartition qu'on en faisait pesait si inégalement sur les divers bénéfîciers , qu'on résolut d'imposer désormais les biens de l'Eglise comme les biens temporels. Cette innovartion , à la vérité, allégea le poids des impôts pour bien des ecclésiastiques, mais n'était pas honorable pour le clergé ; car ce qu'il accordait jadis de lui-même , il fallut le donner de force. Cependant il y consentit sans opposition , et préféra son intérêt au point d'honneur. En cessant d'être nécessaires à la couronne, les convocations perdirent toute importance et toute considération auprès d'elle. Elles furent souvent depuis inter^ rompues et prorogées ; et quand elles se sont assemblées , ce n'a plus été que pour la Forme. Le parlement passa un autre acte qui fut très-agréable à la cour, et qui montrait une grande confiance en la personne du Roi. 'C'était l'abrogation de l'acte des parlèmens triennaux , qui avait tant coûté à obtenir^ et renfermait tant de clauses

DE ttON TEMPS. ' 447

âeMinées à faire passer le pouToir du monarque atipeuple> qu'il ftft universellement regardé, dès que Charles I*^. Feut approuvé , comme la garantie la plus sûre pour les autres libertés pu-* bliques.' Il disparut maintenant, sans qu'il se manifestât un effort pour le défendre , sans qu'aucune disposition fût proposée même pour assurer le retour du parlement! On se contenta de déci- ^ler engÉléral que , trois ans après la dissolution du présent parleitiént, un autre serait convoqué , et ainsi de suite, mais sans aucune clause de ri- ^eur, en cas de contravention.

Je ne sais rien de particulier touchant nos négociations avec les puissances étrangères. Le secrétaire Bennèt les avait toutes dans sa main , et je n'ai jamais eu de relation avec aucun de ses bifides. Nos affaires avec le Portugal se traitaient publiquement^ et il ne m'est point parvenu de secrets détail^.

Un événement'bien déplorable pour ma famille prouva que la France n'avait rien tant à cœur tjue de complaire au roi Charles. Les républicains, croyant s'apercevoir que la masse de la nation commençait à revenir de son ivresse pour la cour, se mirent à se réunir secrètement pour aviser aux moyens de se relever de leur chute. Un d'entre eux fut arrêté. Craignant pour sa vie, il fit' offrir au Roi, si on lui assurait sa grâce, de, dire où était mon oncle Waristoun. N'ayant

44^ WW<M*i

avait c<mseiUé 4ff §e retii:çr^B ¥pwce> «tU 4t%it fl)o]*s à liQueia^ ta Roi députa à 1^ cwiv de France pour de;9Ai|i4eJr qu'oq liû irei^lt Waristoup enti^ les iii9ips.j| iie gui f^ fftit ij^ipediateipeot ^ et sans doAo^r ^y\^ k mp^ Off^elfi de «'é|çliapp^> çomiu^ ççjiA se &j,t ^k P9I?ÇU €90 A lonfigi^ la per-r 89p^^ npUméç i;i'e»( pfia oo^fN^^l^ d'9fiy»a$aiiiat on iç «\ielq[W^ autre çrîfne \^m%, ^f^ smlemwt de çr^p^ç^ d'Étftt^ U pi^sa craelçuts iiM>k i lia Tour, 4'9À U fi}^ tiransfç^é ei» tlm$ft. oom«e o.» k dira dans la suite^

La çpw ç'PrCiWpft cette Honée 4'ï» pw>}et de guerrf çtfiç. Ift, floUwd^» 9**^ Iwwn^ft d'ËI%t ;n'ont j;Ljj$m:é qfie 1* l^iTWU^f; pPW^ait aw hwlUilés par les WPyeoS les pl«^ ajriificiQ^ViPU En même temps q^'elle-Jj^ousep^onr^g^^Uàriu^^^^ qjaes prétç^jitipps e]^tra,Tag^nt?Sij^ çlAe pressait ks Hollandais de ne point y céder; etp^ndwl qur'eile l«|ir pi^omçttait de les 9;ssJ3t)Qir ^ en Qf^4(^ f^a^m^, suivant leuirs t;r^iWç> ellenaujs asfur^it q^'etif^ v^ se déclarerait poii^ contre. npu$» I^ mÂai^liiîe ap^\ai§ en IJo|.^a^dç ét^t *U»-« BjpWW»»* korowe rusé et ^fitrilç^ toujpuirsL pisêt è çev^îp? le paç^ dpmîçant ,^ çt ^ tr^Wr qeux qui ai»i«iit fe plus d(Ç droits 4e le ççqii;? a»1LtafS^Q> à Uw^s voAéwèto ^ par recwjji^issancç et pa^r a^i^i^i^ C'^s* ain^l qw q^udquçs, irçgiçides 9, aiu;qj9el$ *4 ai^aîA^ toot laîA pour iiaspii:er de b cpijifiai^ > fiuri^nt li vm$ par

b« non isEUPd. 449

lui* U avait été ambassadeur de Cromwell ea Ifoilande^ et y avait personnellement outragé le Roi*et le duc d'York» Cependant il s'était si Jbjen insinué ^ probablement p^r de ^M)uvellç8 perfidies^ dans les bonnes grâces du duc d'Âlbtemarle^ «que tous ses méfai|ii pas3és lui furent pardoapé3, et qu'il fut Renvoyé ^n HoUandç comme apibassadeur du Roi. Ijesi Etats avaient remarqué la conduite în&olentp qu'il ayait autrefois tejûuç envers le. Roi lui-n^ême; et ils n'ér taient qu^ trop autorisés à conclure, en le çeyoyant, qu'il ne revenait pas avec de bonnes intentions , et qu'il était aussi disposp' à tramitr g^elque mauvais dessein que propre k rexécu-r ter- U o^y ^vait point dip cause visible dejguerre. l^'Angleterre se plaignait, il est vrai, de la prise d:'un de ses vaisseaux.; niais |es Etats offraient d'en donner satisfaction , et Downing seul ies en empêcha. U demeurait donc démontré que dans ^$ projets ho$tiles , le Roi n'obéissait qu'à la Ji^ine qu'il portait aux Ilollandai^, et à l'idée qu'ils étaient si fstibles , et les Anglais si prépoor* l^érans, qu'upe guerre ne pouvait que les humi^ lier et les piettre dans une dépendance absolue de sçs volontés. Cependant les Etats ayaient reçu le Roi avec une très-grande magnificence , et lui ayaient fait de fort beaux et fort riches présens, k son pass^g^.en Hollande, après que l'Angleterre se fot déclarée pour lui. Autant qu'on pou-

vait croire^ il avait été touché de leur conduite, à tel point qu'il désobligea même le prince d'Orafige et ses partisans y en refusant opiniâtrement ^ malgré leurs sollicitations pressantes y de s'interposer pour lui et pour eux y aGn de faire revenir sur les décisions prises contre ie Stathouder, ou. rendre du moins. à ses amis leurs emplois et leurs commandemens. Le Roi jugea convenable de remettre à un autre temps son intervention dsins des intérêts aussi compliqués. Mais il ne voulut s'en mêler, il est vrai^ ni alors ni depuis , quoique par reconnaissance ou par intérêt , s'il n'avait été dominé p^r dés considérations plus puissantes , il eût dû se sentir disposé à reconnaître, dans son fils, le% services que lui avait rendus le prince d'Orange^ dérniar mort. On aurait vu quelle autre figure il aurait fait s'il avait su s'attacher le ^nce d'Orange par les liens de la politique, comme ils l'étaient déjà psPT ^6 sang. La France et le {papisme, voilà le véritable mobile de ses résolutions. U était avantageux au roi de France que les armées des Etats fussent assez faibles pour être hors d'état d'opposer une résistance vigoureuse lèrsqutil lui conviendrait d'envalxir leur territoire ,' ou du moins la Flandre; ce qu'il était résolu d'exécuter , dès que le roi d'Espagne serait mort. I^ Franiçais excitaient encore à la guerre les Anglais et les Hollandais , dans l'espoir que leurs flottes se

DE MOK TEMPS. 4^1

détruiraient mutuellement V et que la marine française, qui prenait un accroissement aussi considérable que récent, parviendrait ainsi à balancer les forces navales de ces deux puissances. Les Etats d'ailleurs étaient la jplus grande force du parti protestant , et il fallait en conséqiience Içs humilier. Ainsi, pour rénA^eleiloi plus puissant, tant au dedans qu'au dehors , la cour re'solut de se préparer à la guerre, et de se mettre en quête defs moindres prétextes qui serviraient à la justifier. Le 'comte doiClarendon n'était pas dans le*secret de ce dessein, auquel il fut toujours opposé. Mais soii' influence était déchue ; et il conitiiençait à sentir le pouvoir d'une maîtresse impérieuse sur un roi passionné et si dégoûté de la Reine qu'il s'abandonnait sans réserve à tous les* plaisirs" de l'amour et à tous les excès de Fa débauche.

Tel fut l'état de la cour d^Angleterre , autant qu'il m'a été possible de l'étudier, pendant les 'quatre premières années de la restauration. J'y ai passé une grande partie des années 1662^ i665 et 1664; je n'ai pas cessé de tout observer avec toute l'attention possible, et j'ai eu des occasions plus qu'ordinaires d'entendre ou de voir par moimênie beaucoup des choses que je rapporte.

Je reviens aux affaires d'Ecosse. Lé comte de Middleton vint à Londres après un délai de quelques ipoîs, et fut très -froidement reçu par le

4^a HISTOIRE

Roi* Le comte de Lauderdale proposa 4e cqh^oquer un conseil écossais. Loitl Clarendon obtint que cette convocation serait dififérée de quinze jours. Lorsqu'elle eut lieu y lord Lauderdale accusa le comte de Middleton de plusieurs malversations dans le poste de confiance qu'il occupait; et il les aggrava autant qu'il put. Le comte de Middleton demanda à avoir ^ par écrit ji la totalité des charges qu'on lui imputait. Lorsqu'il les eut obtenues^ il les envoya en Ecosse; de sorte qu'il s'écoula six semaines avant qu'il put avoir préparé ses répoDse$. Il ne voulait en effet que gagner du temps. Il chercha à s'excuser de plusieurs des actes qu'on lui reprochait , en prouvant qu'ila ne péchaient que par la forme ^ et qu'ayant servi toujours comme militaire^ il n'entendait pas bien ce qui était du domaine do la forme et de la loi ; mais il soutint qu'il ne s'était proposé en tout que les intérêts du Roi ^ l'avantage de ses bons serviteurs^ l'abaissement de ses ennemis 3 et le désir d'encourager un parlement plein de j^èle et d'affection pour son service ; et que du reste , ep ne négligeant rien pour complaire à ee parlement loyal et fidèle, il avait pris un tel soin d'établir en toutes choses l'autorité de Sa Majesté ^ qu'elle ne se trouverait jamais entravée par rien de ce qu'il avait approuvé. Cependant Sheldon sollicitait de toutes ses forcer la grâce de l'accusé, qu'il croyait nécessaire au succès des

innovatiôiis Tëcémhiëiil inlfodiiiles dans TEglrse d^Ecossè. Le duc d'Alîjemarlc , qui connaissait cette Dation , et avait plus de craiit sur €e qui la concernait que sur tout autre sujet, prétendait que c'était sur le cotiité de Middleton et son parti que le Roi devait coitip;ter principaletaent; il exaltait leur pouvoir et leur zèle ; et il représentait en métne ffemps les amis du comte de Lauderdale comme des gens froids, où même équi- "Voques, pour le service de Sa Majesté. Pour Tenir à l'appui de ces allégations, toutes les lettres^ qui arrivaient d'Ecosse étaient pleines et de traits d'insolence des presbytériens, et de l'abattement ou étaient tôlîibés lés évêques et leurs amis. Ces derhièrs engâgèreut Sharp à partir pour Londres. Il leur promit de prendt^e chaudement les intérêts du comté de Middleton, et de représenter au Roi que maiiitenir ou renverser ce seigneur, ce n^étâit rien moins que maintenir ou renverser l'Eglise d'Ecosse. Le comte de Lauderdale fut informé du voyage et de son but. Cependant lorsque Sharp fut arrivé à la cour , et qu'il eut vu à quel point le Roi était aliéné de lord Middielon, il f>rit le parti d'aller faire hommage de soa dévouement au comte de Lauderdale. Celui-ct lui reprocha les engagemens qu'il avait pris de servir son rival; il nia tout, et dit qu'il n'avait point dépassé les protcstatious de pure convenance que lui imposait son poste. li. nia aiïs&L

4^4 HIS(FOIRK

qu'il eût écrit au Roi en faveur du comte dciMiiï-'* dleton ; mais le comte de Lauderd^le avait eu de la main du Roi la lettre originale, et il la^ montra au prélat, qui ^ frappé comme d'un coup de. foudre, tomba, criant et plenrant, à ses genoux avec la dernière bassesse , et, demandant pardon ^ lui dît : ccQue pouvionsruous. refuser, pauvres gens que nous sommes, au confie ;de Middieton qui a tant fait pour nous, et qui nous tenait entièrement sous sa puissance ? » Lôrd Lauderdale le consola, et lui promit d'oublier tout le passé, et de les servir, eux et l'Église , avec une toiite autre efficacité que le comte de Middloton n'était capable de le faire. Dès ce moment Sharp, fiit

entièrement à lui- Lord Lauderdale me raconta

liés le lendemain cette étrange scène, et il me montra en même temps les attaques et les réponses relaiives à son démêlé. avec lord Middieton. Sharp se réjouissait de s'être tiré d'un. mauvais pas très-glissant. Lp comte de Middieton traitait trop les éwêques comme ses créatures, .avait attiré à. lui une grande partie de leur juridiction, et affectait une sorte. d'autorité absolue sur eux. Sharp supportait impatiemment tant de hajiiteur, quoiqu'il n'eût. pas osé, se plaindre,. et, encore jmoins tenter la moindre résistance. Il comptait au contraire «que lord Lauderdale^ qui savait qu'on lé soupçonnait de^ favoriser les presbytériens , aurait moins de crédit et de hardiesse lors-

qu'il s'agirait de s'opposer aux évéques et à ce qu'ils jugeraient utile pour se soutenir. L'e'véne-^ juent démontra que le rusé pre'lat avait bien jugé; car il est. certain que lord Lauderdale , afin de demeurer en bonne situation à la cour et auprès de TEglise d'Angleterre, passa plus facilement dans la suite , et avec plus de oomplaisance, if)ar toutes les propositions des évêqués, qu'il ne l'eût fait s'il eût appartenu au parti épiscopal. Mais tout ce qu'il fit dans ce sens, il lefi* à contre-cœur, à moins que ses passions .nie fussent émues violemment; ce qui dépendait, il est vrai, de la plus futile circonstance..

Les com t^ de Lauderdale et de Middleton écrivaient l'un contre l'autre des»mémoires. tantôt offensifs, tantôt apologétiques, depuis près de trois mois, loi'squ'un accident sufvirtt qui hâta la disgrâce du dernier. Le comte de Laudet'dàle exposa au «Roi les nombreuses et criantes injustices qui avaient signalé la répartition dbes amendes. Pour s'assurer tdut le parti qui les suppôt- • tait, il obtiqjt du Roi uneiettre au conseil d'Ecosse, qui lui .^enjoignait de publier Une proclanïàtion pour la su9pen&ioi>, jusqu'à nouvel ordrç,' de l'exécution de l'acte d'où elles provenaiiBtit. Quelque membres du conseil privé, gui. était alors .poar la plus gçande partie composé'd^s amis de ]ierd JViiddleton , prétend>rent que , tant qu'il était eommissajredu roi, ils ne pouvaient recevoir et

exécuter nucnti ordre du Roi y s'il n'eu était Tintermëdiaire. Us lui écrÎTirent pour le prier de repre's()Ater au Roi que ce serait à la fois jeter une grande de'faveur sur la conduite dé son par-^. lenient , et relever le courage d'un parti qu'on voulait abattre. Lord Middleton répondit qu'il avait mis leurs remontrances sous les yeux du Roi , et que Sa Majesté , après y avoir mieux réfléchi y ordonnait qu'il ne serait point donné de suite à sa lettre. Il s'éleva à ce sujet > dans le conseil, unetrès-vive conteMation» On conclut enfin qti^une lettre de la main du Roi ne devait être censée révoquée que par une lettre Contraire , également de sa main. Le conseil écrivit donc k Londres pour savoir au juste les intentions du monarque. Celui-ci protesta que le comte de Middleton lui avait laissé. ignorer toute cette afn faire^ et avait agi entièrement sans son aveu. Il l'envoya chercher sur-le-champ ^ et le réprimanda si sévèrement ^ que le comte ne douta plus qu'il * ne fût perdu, Cependant il Soutint toujotirs avoir obtenu ce consentement pour le contre -ordre qii'il avait donné 9 et n'avqir à se reproche* que l'imprudence de ne s'être pfts muni d'une instr'actioà •écrite pour *sa- garantie. Il est très-pro^ }>able qu'il en avait parlé àù Roi^ mais dans un moment àk ce pritice.avail qiielque àuti^ chose en tête, et avait approuvé ce qu'il lui proposait, ^)ottr te délivrer de lui ^ et sans réfléchir à ce

qu'il disait. Le Roi tombait souyent è crtCt^ épô" que dâtis de telles distractions €pAl n'était plus en état de gouyerner ses pensées ni ^es paroltSB. La Reine-hîèrc avait amené de France unedeiiàot- «elle Stei/vàrt ^ réputée très-belle, et qui éponasa dans la suite le duc de Rfchmond. On crayait que le Roi en était fort amoureux. Cependairt elle défendait son terrain : de dorte qu'entre les caprices et les jalousies de Tune , et les soins de l'amour que lui inspirait Taiitre^ ce prîâee ne goûtait guère de repos y jouet malheureux de leurs passions et des siennes.

Vers la fin de mai , le Roi assembla une partie du conseil anglais, et ordonna qu'on lui fît lecture des divers écrits qu'arvaient échangés les comtes de Lauderdale et de Middleton. Lorsque cela fut fait , la plupart des conseillers , qui étaient des amis du dernier, insistèrent beaucoup et sut' les motifs d'excuser ses fautes et sur la nécessité de le maintenir dans son poste. Mais le Roi répliqua que ses fautes étaient si grandes et si nombreuses que le crédit de ses af&ires souffrirait s'il les laissait plus long-tentps en dé telles mains. Il promit cependant d'avoir toujours de la bienveillance pour lui, car il le regardait comme un très-honnète homme. Feu de jours après , le secrétaire d'Etat Marrice lui fut envidyé, avec mi ordre dcrla propre main du Roi, pour lui redemander sa commission qu'il rendit '

Ainsi se termina son ministère ^ règne de tant de violences, d'injustices, et qu'il exerça aTéC la dernière hauteur. Us s'abandonnaient, lut et ses amis, à de tels excès, à des actes de folie et d'intempérance si.inseiisës que l'Ecosse, qui n^avail jamais rien vu.de pareil, ressentit desadisarâce une joie vive et générale. Mais elle fut de courte durée, car ceux qui vinrent après le comte de Middleton le firent bientôt reigretter. Celui-ci s'était du moins rendu agréable à bien des gens par une grande magnificence ; et s'il était violent ennemi, il était ami solide. Le comte de Rotbes fut nommé commissaire du ;Roi. Mais le comte de Lauderdale , ne voulant pas se fier à lui, l'accompagna en Ecosse , et le tint sous une dépendance visible , peu honorable pour la caractère de celui qui s'y soumettait.

Un des premiers é^énemèns qui marquèrent l'ouverture de cette session du parlement fut l'exécution de mon malheureux oncle Wàristbun. 11 était si affaibli de corps et d'esprit que ce fut une hont« potCr le gouvernement de le livrer à la rigueur des lois. Il avai| perdu la .mémoire , au point de ne plus reconnaître ses enfans. Le parlement le fit amener devant lui , pour entendre ce qu'il avait à dire en sa faveur. Il parla long-temps, mais sans suite, et obligé de s^interrompre souvent. Ses ennemis crurent qu'il affectait ce désordre pour exciter là pitié. Il fut

DE MOITTEMPS. 4^9

condamné à mort. Les presbytériens l'entourèrent en ftfule. £q priant pour ]ui^ ils semblaient , dans leur langage exagéré^ faire un crime à Dieu du sort d'un homme qui avait rendu tant de bons services à sa cause. Il ne montra pas une fermeté constante^ comme on devait ^attendre d'ua. homme qui n'était plus le même. Cependant, le jour de son exécution, il reprit sa^érénité , de la^ gaîté même, et parut satisfait de quitter la vie. Il lut deux fois , sur l'échafaud , un discours qu'il avait composé lui-même, j'en suiscertain. Il y justifiait tout ce qui s'était passé au sujet du covenant; il protestait de sa sincérité ; mais il se condamnait en. même temps de s'être joint à Cromwell et aux sectaires, tout #n affirmant cependant que ses intentions avaient été bonnes, et qu'il n'avait eu en vue que l'intérêt du pays et la sûreté de la religion. Lo«d Lauderdale avait été étroitement lié avec Waristoun; mais il vit le -Roi si animé contre lui qu'il ne voulut pas , selon sa coutume de songer plus à lui qu'à ses amis, s'intéresser pour un homme auquel les prç^ytériens avaient voué une sorte d'idolâtrie > et qui leur inspirait plus de confiance qu'aucune autre personne alors existante.

Lord Laudei:4ale dirigeait à son gré les délibérations du parlement. On mit au grand jour tout ce;<{ui s'était passé lors de l'affaire du scrutin* M parut *é vident, que le parlement ne l'avait

4^0 HISfOIRR

pas désiré 5 inâis qu'il y ataî! Consenti ^ croyaDif que tel était le yœn du Roi. EatM tous les mete^ bres^ il n'y en «nt pas plus d'usé douzaine qui Toulurent bien convertir avoirconseillé au comte de Middieton de proposer au Roi cette matitère de voter ; et il avait reprëseiité ce petit niimbrede suggestions particulières comttie le voeu jgénéral du parlement. Ceci mille comble à la disgrâce de Middieton ^ et servit de prë^itè pour exclure tous ses partisanii des emplois.

Sur ces entrefaites ou reçut la uouvelle qu'unacte avait été rendu dans le parlement d'Augleterre contre les ooû veuticules > lequel acte autorisait les juges de paii à poursuivte et condamner les délinquans , sans l'interventioti des jurés : ce qui fut regardé comme une atteinte manifeste à l'intégrité de la constitution anglaise, et un accroissement de la juridiction des justices de paix effrayant pour la liberté. Toute réunion formée dans un but religieux , et composée de cinq personnes en sus de la famille , était déclarée cornveuticule ; et tout individu ayant plus de seize ans > qui y assistait , deioait passer trois mois en prison , ou payer 5 llv. sterL pour la première fois; six mois de prison , ou 20 1. sterl. d^amende pour la seconde; et enfin ^ pour la troisième^ il devait^ sur la déolat*ation d'un jury, être bantii dans quelque colMrie ^ la Nouvelle Angleterre et la Virginie exceptées > ou payer

*X0O livres sUpIing. Tout le monde Cut surpris de tant de rigueur. Cependant l^s évoques d'Scosse^ piques d'e'in.uUtÎQh ^ ré^olurenj; de la prendre pour exemple. En conséquence ^ ils firent rendre un atcte presque daj)& le$ mêmes termes; et^ en 1q ratifiaut^ lord Lauderdale exprima ^ dans un long discours 9. un zèle de feu pour Fïlgnse épi^r çi^pale. Il y eut quelque opposition de laf part du jointe 4e Kincai^din^ ennemj de toi^te mesure parsecut|*ice. li'açt^ p9S|Sr£^ néanmoins à upe grande f|iajorite<

Un autre acte fjxa la constitution du synode njettÎQnal. Il devait être CQipfiposë des archevêques "fit des ^vêques> de tous l§s doyens et de deux dépistés dç çh^ique presbytère^ Le modérateur dvi presbytère était de d^pit Vnxi des deu^ députas* U était I lui ^ à la nomiinatiQU de l'éveque. Rien ne pouvait être proposé au sypode ainsi composé que par le Roi ou son qominissaire; ef, toi^t ce qui serait agréé par la ipajorité et le présiidenjt ^ qui devait toujours être Tarcbevêque de Saipt- André^ devait avoir force de loi ecclésiastique^ M le Hoi y ajoutait sa sapction. Cet acte donna lieu à beaucoup d'pbjectioqs. I^'Eglise |3tait i^éduite à DÇ s'occuper quQ de pe qu'il plaisait a^ Eoi de lui soumettre; restriction l^ien dure et «ejtpbl^ble à celle àe prqponentihm hgf^tis, contre laquelle Leis protestans s'élevèrent si fort af^ con* cilede Trente. Il parut trèsirrégulierde bornejr

au seul président le droit de négative ^ et de ne pas rétendre à tout le banc des évêques. Mais cet acte avait été adopté avec si peu de réâezton que le comte de Lauderdale ne pouvait croire qu'il renfermât en effet cette clause , lorsque je Lui en témoignai ma surprise. Pri jnerose m'a dit que Sharp l'y avait insérée de sa propre main. Enfin le'bas clergé se plaignait que toute autorité lui était enlevée ; puisque, d'une part, les modérateurs étaient choisis par les évêques , et que, de Tautre, ces mêmes modérateurs jotiissant, dans les assemblées presbytérales , de la faculté du vote négatif, en qualité de délégués- des évêques, le second député ne pouvait jamais être qu'un homme de leur bord. En résultat, il est vrai , cet acte fut rédigé de manière que personne ne songea à provoquer la réunion d'un synode national , une fois que l'organisatioa en fut connue. Le parlement pa«sa encore deux ictes en fa?veur de la couronne. Celui d'Ansleteri^ avait soumis à des droits considérables toutes les marchandises importées d'Ecosse. Le parlement alors, à la veille d'être dissous , et n'ayant plus le temps d'établir sur les marchandises anglaises %n système de taxes calculé de manière à obliger ses voisins de revenir à une répartition plus écfuitablede leuirs impèts , s'en renrit entièrement au Roi, par un acte, du soin de fixer le tarif des douanes. . • . .

Le second ne fut considéré que comnie un nouvel et dernier hommage de dévouement absolu aux intérêts du Roi ; aussi passa-t-il sans observation ni opposition quelconque. Dans cet acte FEcosSe faisait of&e au Roi d'une armée de vingt mille bommes de pied et 'de deux mille chevaux, qui au premier appel serait prête à marcher, avec des provisions pour quarante jours, vers quelque endroit de ses trois royaumes qu'il plut à Sa Majesté de renvoyer, soit pour repousser' une invasion , ou étouffer une révolte , ou combattre enfin pour toute autre cause dans laquelle son autorité , son pouvoir bu sa dignité seraient intéressés. Personne ne concevait à quoi pouvait servir un pareil engagement.' Cependant le comte de Lauderdale ne l'avait pas provoqué sans but ; il voulait montrer au Roi Fusage qu'il pouvait faire de l'Ecosse s'îltentait jamais d'établir en Angleterre lin gouvernement arbitraire. Il dit à ce prince que jamais le comle de Middleton et son parti n'avaient compris le parti que Sa Majesté pouvait titrer de' l'Ecosse; que ce royaume, à la* vérité , n'avait pas de trésors à lui offrir , mais qu'il pouvait lui fournir une bonne armée , si ses affaires d'Angleterre la rendaient un jour nécessaire. Lauderdale ne cessa jamais de faire valoir cette considération et de la faire tourner au profit de sa faveur, bien que réeltement elle ne signifiât rien dans l$s intérêts du Roi. Voilà un exemple de la

facilité et de la précipitation irréfléchies avec )esqi)elles le parlomeni d'Éûo«se passait des acte» de la plus hai^^ importanise. Après que ces divers actes eurent été rendus^ le parlement fut dissous, k H graude satisfaction de tout le pays, qui n'avait jamais vu une réunipu d'esprits plus insensés. Le gpuveroement intérieur fut laissé entre les mains di^ cotmte de Glencaivn ^ qui pominença , maintenant qu'il se sentait quelque prédit à la cpur^ à s'oppoil^^ dans toutes les occasions aux tenfatives vipleutes de,S^arp. Lq Qointe de Rothes au coortraire ^'attacha à l'archevêque de Saijot-André* Aussi fut-il promé et recqm mandé aux é^^^I^^s d'Angleterre, comme le seul hofnme qui soutint leurs intérêts en Ecossie. Le iloi rétablit vers ce temps lord Lorn dans |e^ dignités de §ûn aïeul , le comte d'Argyle , saps aucune mention de «»n père. Il lui t*endit aussi une grande partiit^ des jbiees djb sa famille, n'en distrayant qu'un tiers f^viron ^ ni^es^if^ j^ur le p^ienient des 4<^ttes. ^ette réparation exq^^icontre ce seigneur desia*? iQjlsies, qui le persécutèrent dès ce moment aveo upe incqncevahle opini4):reté. «

Sharp S^ rendit à Londres pour se pUindnif^e lpj:d Glencairn et du conseil privé > oii^ disaitril, i|l y ayait tant de relâchement et 4ç complaisance pour le peuple , que , si qi^ ne rendait ^ ^administration son énergie passée, il détenait impossible de conserver l'Eglise. C'était 1? phrase

^usage : il ^mbiait icftt'clie renferinait qiœlqifee chaume caché. Sharp demanda d'abord qu'use -iettoedu Roi lai donoàt la préséance sur le iord chancelier. Cette prréleaition parut d'une i^aoiité inexcusable ; d'autant fié us qu'en Ecosse , en l'absence lAuiooiBiiiissalre,, toutes les «afiaires aboÉi* .tissent a« chancelier , charge par acte du pprie^ meut de présider toutes les cours , :et censé re^ présenter la pe^aosme du Boî* ildehianda aausi 4}ue le Roi 'accordai luie oommicsion spectaie à :iiii lO^tain nombre de gens sûrs ^ poMT veiller fà l'eBecutioa des lois relatives à IlSglise. Tous les jnembres du conseil priwé 4eTaient &lre partie tàe ce noui^im tribunal : l'archevêque désirait de plus 4qu'oti leur, adjoignît encore pktôieurs indi-^ vîdus qu'il nomma, «et du zèle desquels il rép<Ma«jdait. Lord Lauderdale sentit ^ipit c'était là réial>lirla cour dehaute Commissiou; 'et quoique rien ne fût plus contraire îà ses sentimens , il appuya la proposition de âilapp« Je pris à cette œoasion la liberté , quoique trop jeune pour me inçler de ces sortes d^affaires , de nt'expliquer sans détowr avec lui. J'osai lui représonter qu'il j^ouait le rôle du comfte de Tnrquair, qu'on avail vu se prétar il Éouêesiwfsiîesdes évéques., afin de les pea?dre>. 11 niie*répQi3dift aVec beaucoup de^ranchisëetde oonfilMice , metîonta plusieurs partieul^rités de la vie passée de Skarp^ m'«ssui^ que-Ci^ pnClat ^teraât tout;. a joutant «qu'il a^tah résolu déll^

laisser faire , qu'il n'avait pas asseâ^ de crédH pour l'arrêter , et qu'il ne pouvait s'opposer k rien de ce qui venait de lui y k moins que ce ne fllt quelque tentative de la dernière extravagance. Il voyait le comte de Glencairn et Sharp engagés dans une guerre interminable; Tissue de leurs querelles lui importait assez peu; il lui suffisait de savoir qu'ils pousseraient, l'un à l'envi de l'autre , les choses si loin , que le Roi serait enfin contraint de mettre lui-même un terme à leui^ exagérations ; car ce prince disait souvent qu'il n'était point un Don Quichotte du clergé , et qu'il comptait bien ne plus s'aventurer à faire la guerre, ni à recommencer ses voyages pour l'amourd'ancun parti. Voilà tout ce que je pus tirer du comte de Landerdale. Je m'adressai alorsàSharplui-même, pour l'engager à prendre des voies plus modérées; mais il méprisa mes conseils , et depuis cette époque il s'est toujours méfié de moi*

Cette année, mourut FairAul, archevêque de Glasgow. Ileut pour successeur un certain Burnet, proche parent de lord Autherford, qui du gouvernement de Dunkerque passa , lorsque cette place eut. été vendue, à celui de Tanger, et futfbientôt après, dans une malheureuse rencontre ^ comme il était sorti pour visiter quelques portions du territoire , surpris et massacré par les Maiures. A'W recommandation de ce seignefur*, Burnet^ qui avait vécu long-temps en Angleterre et ne

cbnaaissait |M>iot du tout l^Écosse/fut envoyé dans ce dernier pays, d^afibrd comme ëvêque d'Aberdtèen pour tnohter'plùs tard au siège de Glasgow* Cetait un homime d'humeur douce . naturellement bon, passablement instruit et d'une vie pure, mais en même temps d'un génie mince et étroit; porté de lui-même à la^paix et à la modération, mais facilement dominé, et toujours prêt à subir des impulsions étrangères. Je com-^ ràençéi par être très en faveur auprès de lui , mais je ne pus m'y maintenir lônjg-*temps. Nourri par mon père dans Tamour de la liberté et de la modération , j'empteyai la plus grande partie de l'année 1664 à visiter la Hollande et la France, et ce voyage ne contribua pas peu à fixer et 4 enraciner en mdi les principes de mon éducation |[mterneUe , la liberté et la modération.

Je vis en Hollande un gran^ fond de paix et de tranquillité , nonobstant la diversité des opinions : résultat admirable qu'il faut attribuer à la douceur du gouvernement et à la tolérance qui laisse à .chacun sa part de bonheur et de sécurité. Une industrie universelle animait tout le pays. 11 y avait peu d'ambition de monter aux premiers emplois de la république , parce que c'était un mauvais moyen de faire fortune; Il est vrai qu'il paraissait régner okez ce peuple une disposition à la froideur et à l'indifféteùce pour «les ma^ ttèi^es religieuses; niais je l'attribuai au carae^

tère phlegiBâtique deB habitans toojvurs en ^f^e contre i'enthoustasme, plufSt qu'à là liberté Aolii ilsjoBÎssaient. On j craignait alors la guerre aTèc l'Angleterre , et Ton se préparait à la soutenir. De Hollande , où tout respirait ta liberté, je passai en France^ oit tout en annonçait l'absence. Louis XIV commentait k mettre de Tordre da6s toutes les branches du gouvernement, dlins ses revenus, dans ses treupès i dans l'edaiinistra^ tion ihtérîeure du royaume; mais 'it s'elKoroait âurtottt de faire (feurir le commerce^et de construire une flotte redoutable. Grave et maj»tueux dan^ teute sa conduite 5 sauf au sujet de ses mattrèsses » qu'il entretenait publiquement, assidu et appliqué an conseil , diligent et espéditif en affairas , tout semblait se disposer autour de lui pour les grands évecietnens que nonslavoiis Yu depuis se développer. Tout le tnonde sVtiendatt à la mort prochaine du roi d'Espagne , et comoiê il était probable que ion &h ne Idi shih vivrait pas long »tf mps , c'était l'aptnioii générale que le roi de France «lédttait l'élévation d'un néuYel*etnpire dans l'nccidenf. Lors de ses démêlé À Rome avec là maison €higi , concernant la Corse , iLaTait maintenu ses droits avec taiiH .*de ftrmeté et de hauteur que les protestant côlmiaençfiient;^ se flaher des plus grandes espérailces* Pendàsit <^b j'étais en France, le car- 4iMl Ckigi y tint, en qualité ée ié^t^ dofiiner

une pleÎQCi ^Mbfactwn au Roi. I^ord HoUis était alorls ambassadeur à Paris. Je lui avais été si biea r^omw^ndé qu'il m'honora d'une grande confiance^ qu'ai; reste il m'a conservée jusqu'à la fin de ses jour^. Soutenant la dignité de son ca- Fipctère avec une roideur inflexible , qui appartenait à d'autres siècles > il avait du déplaira à un jeune prince enivré de lui * meniez ^ que ses flatteurs accoutumaient dès lors à s'estimer quelque chose de plus qu'un mortel. Cette cir-^ con&tunce m'affermit encore dans mon amour des loif et de la liberté , et daos ma haine du pouvoir absolu. De retour dans ma patrie 5 je passai quelques mois à la cour, y observant soigoeusement la scène du mond^ et de ja politi^ que^ ^t attentif h me lier avec tous les hommes qui maniaient les affaires d'Ecosse. C'est par eux que j'çuSr souvent des occasions plus qu'ordinal'r^s de me mettre parfaitement au courant; mais c'est aussi le motif de la méfiauce qne j^iuspirai aux éyêques > et qui se fortifia depuis fa^r mes liaisons intimes avec Leighton» Je passai à leurs yçxcL pour un homme peu &yorabIe à l'autorité de l'Église^ et à la persécution.' Us s'imagi- H^ieqtqne lord Lauderdale me tenait ofi réserv^e^ ^ouuu comiue je l'étais 9 partine constante adhésion aux principes .généraux de l'épiscopat^ pour m'opposer un jour k Shai;p et. à ses partisans » détestés par un partie et qui in£|iiraieiM; à l'a^utre

une affection médiocre et une coèfiance eticore moindre.

Sur ces entrefaites > mourut le comte de Glencairn. Cet ëvétoement mit Sharp à l'aise et le jeta dans de nouveaux projets. Il craignit que le comte de Tweedale n'obtint le poste de chancelier ; car lors du contrat de mariage de la duchesse de Buccleugh , qui avait épouse le duc de Montmouth , celui de tous ses enfans que le Roi préférait , par lequel contrat ^ en cas de mort de la duchesse et à défaut de postérité venue d'elle y ses biens devaient passer à son mari^ et de lui aux enfans qu'il pourrait avoir d'un second lit , le comte de Tweedale, bien que ses propres éafans fussent privés par là de leurs droits , comme les plus proches héritiers de la maison de Buccleugh , s'était prêté a cet arrangement avec tant de franchise et de générosité^ que le Roi sefsehtait depuis ce temps plein de volonté et d'estime pour lui. Mais Sharp le soupçonnait violemment de froideur pour les évêques et leur cause. Aussi écrivit-il à Sheldon , que de la disposition qui sei^ait faite des sceaux dépendait rexi^tencemême de l'Eglise ; qu'il le priait donc instamment d'eu convaincre le Roi , et de demander qu'il fût lui-même mandé à la cour avant que ce poste n'eût été rempli. Le Roi chargea Sheldon de l'as^ surer qu'il apporterait un soin particulier à cette affaire ^ mais que sa présence était inutile. Char-

les commençait à prendre une trè^-mauvaise opinion de l'archevêque de Saint-rAndre. Celai-ci fut si mortiSé de cette réponse qu41 résolut de tout aventurer, car il croyait qu'il y allait de toute sti fortune y et il se hasarda à partir pour

Londres. Le Roi le reçut froidement et lui dc-r

manda s'il n'avait pas reçu la lettre de l'archevé-* que de Cantorbëry. L'archevêque répondit qu'il l'avait reçue, mais qu'il avait mieux aimé encourir le déplaisir de^a Majesté , que dé ruiner L'Eglise par un excès de timidité ou de négli* gence. Il connaissait les dangers qui la menaçaient en Ecosse, où elle n'avait qu'un petit nombre de tièdes amis, et une foule d'ennemis v\o^ lens; la protection de Sa Majesté et l'exécution des lois étaient seules capables de la sauver , et l'une et l'autre dépendaient tellement du choix d'un bon chancelier , qu'il se croirait responsable devant Dieu et devant l'Eglise , s'il négligeait rien, pour éclairer ce choix. Il savait, ajoutaitil y que plusieurs personnes avaient pensé à lui pour ce poste ; mais il était si loin d'y avoir pensé lui-même que , si Sa Majesté le lui destinait en effet., il préférerait être envoyé sur-lechamp dans une colonie, tant il. craignait un pareil JÈardeau. Il souhaitait qu'il fdt possible d'en charger un homme qui fût ecclésiastique de cœUr , sans l'être de robe. Ce furent ses propres paroles , telles du moins que le Roi : les a rap-«

pertëes. Eo lortant de chez le Rot , Sliarp alla lifmTer SMdoa , ffn^il pria d'intercéder auprès de Sa Majesté pour lai faire obtenir les sceaux ; et parmi les raisons qu'il lui suggéra pour appuyer sa proposition , il insista sur celle-ét j que le feu rot arvait élevé au même rang son prédé* cessetferà l'airchevêclié de Saint-André Spotswood* Sbeldon né manqua pas d'en parler avec une clia<> leur extraordinaire au Roi y qui soupçonna que Sharp remployait> et loi commanda de dire la Térité« Sheldon^ quoique avec beaucoup de peine et de contrariété y avoua ce qu'il en était. Charles, à son tour, lui raconta ce que lui avait dit ee prélat intri^nt* Je laisse à penser de quelle inanière ils le. traitèrent entre eux. Néanmoins , Sheldon supplia ie Roi , quelque peu d'estime qu'il <lAt avoir pour l'homme , de cousidérer Uarchevéque et l'Eglise. Ce prince le promit* Sharp e^t pour réponse qu^il n'y avait rien à faire pour luir-méme , et qu'il songeât à d'autres ouvertures. Il propasa alors de mettre les sceaux entre les mains du comte de'Rothes, jusqu'à ce que le Roi eàt trouvé quelqu'un qi|i y f&t propre. Il proposa en outre qae le ^^ Roi lui donnAt commission de préparer 1($ matières pour un synode national, oh l'on conviendrait d'un livre de .liturgie^ et d'un corps de ça^ nous. « C'est un travail, ^disait- il , qa'il*Ai|t aborder avec une lenteur et une précaution dont

les troubles passé$ic démunirent la. Décessîtê. n Celte dauMe proposition fut faeilementa^ée , car le Roi avait d» godl pour ie Wrd Rothe», et le comte de Lauderdale n'avait garde de s'opposer à son avancement. U se0il>laît*pou riant aa nroÂns bien étrange de voir mn seul hon^iae posséder un si grand nombredeaemploîsles plus considérables d'un royaiim^ aussi pauvre» Rotbes avait elé &it lord trésorier à U place du comte de Crav^foi^ ^ qui avait refusé d'abjurer le co venant; il n'eo était pas moins resté ce qu'il étail auparavant^ lord pi^'sident du conseil ; lors de la disgrâce du comte ile Middleton^ il fut nommé encore capitaine d'une compagnie de gardes; enfin.il devenait maintenant commissaire du Roi et chaocelier pro<» visoire. Sbfrp regarda cet arrangement comme son cbef-d'œuvre. Rothes en effets qui lui était redevable dé sa grandeur^ se laissa toujours «onduixie par lui. Ses instructions étaient telles que les avaitdemandées l'archevêque de Saint^André. Elles lui enjoignaient de préparer les matières pour un synode national et en mênse leyips de faire exécuter avec une stricte fermeté les lots* i*endues en faveur de l'Église. Aussi Sharp, en prenant congé du Roi^ lui dit qu^il venait de faire tout ce qu'il était possible d'attendre de lui pour le bien de l'Église, et que maintenant, si les choses ne prenaient pas une bonne direction en Ecosse, le blâme ne devait plus tomber que sur le comte

de Lauderdale^ ou sur Rothes. Le prélat et le nouveau commissaire se rendirent ensuite en Ecosse , où Ton va voir s'ouvrir sous leurs auspices une scène de fureurs et de violeoces. Sharp gouverna lord Rolhes qui se plongea dans les plaisii^; et lorsqu'on se permettait de censurer le scandale djbne pareille conduite ^ quelqu'un ne manquait pas de vous répondre par ce trait mordant de raillerie : que le commissaire du Roi devait être son fidjèle représentant.

L'administration civile de l'Ecosse n'offrait ancune difficulté. Tout était tranquille et soumis. Mliis il n'en était pas de même pour le gouverne-^ nient de l'Église. Les comtés de l'occident devenaient tous les jours plus mécontens et plus intraitables-; le conseil n^était occupé qu'à les apaiser ou à les soumettre. La punition des coupables n'était pas facile ^ parce que tous les ha* bitans se soutenaient mutuellement et refuMtent de servir de témoins les uns contre les autres. Us ce plaignaient hautement des nouveaux* ministres qu'on leur avait envoyés ^ comme de gens immo- '^nux^ st|;|ipides et îgoorans. Les églises étaient généralement abandonnées^ ou si quelques fidèles y allaient^ c'étaitpour se scandaliser des sermons qui s'y préchaiejit. Tout le pays retentissait.de mille contes étranges et sur l'incapacité des pasteurs, et sur l'irrégularité indéqente de leur conduite.. Le peuple les traitait avec un mépris

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et uneàyersioii qui souvent même se manifestaient par des injures et des mauvais traitemens. Les ministre^r de leur côté envoyaient plaintes^ sur plaintes^ agravaient les torts de leurs ennemis , et les accusaient auprès des évéqufts de mauvais desseins et de complots contre l'Etat. Le consul et la nduvelle commission ecclésiastique citaient à leur barre un grand nombre de jpersonneS^ pour de prétendues émeutes, ou pour mauvais, traitemens envers les ministres,. mais princi paiement pour s'être absentées de^ églises et pour avoir tenu de^s conventicules. Les preuves étaient souvent défectueuses et reposaient plutôt sur des probabilités que sur des faits notoires et démontrés ; souvljkit aussi les peines préposées étaient arbitraires, et* non^ prévues par les lois* Il en résultait que lés juges et les autres jurisconsultes , qui jugeaient datis ces s#rtes de tribunaux, montraient de temps à autre quelque velléité de décider les cas qui leur étaient soumis suivant les formes iégates ; ce qui donnait lieu à Sharp de se piaindre^^y^wce cèle pour la loi n'était que Wprétèxte de la laveur décidée qu'on portait aux ennemis de l'Église. Dans un pays, disait-il , dû il régnait une complicité si générale qu'il n'était pas possible de trouver des témoins pour convaincre juridiquement les coupables, fallait-il sacrifier les intérêts de PEglise à des subtilités de barreau? Lorsqu'il désespérait de voir passer à la majorité des vtix

un an^l qui lui tenait au cœnr^ îLairaii coutunae de lancer un coup d'œil au comte de Rotbfi^y qui ilaclarait à l'instaot se saisir de l'affaire au nom du Roi f et se rangeait au sentiment de Tarchevéque de Saint^André. Quantité de geos furent mis en prison , oii on les garda long-temps > en les maltraitant beauciwp. D'autres furent eoa-* damnés à payer 4,es amendes , et l^ plus jeunes à être fouettés le long des rues. Des procédés aussi violens ne firent qu'accroître. rîmrCatioa publique. Plusieurs dans lotir désespoir furmt rejoindre leurs compatriotes dans l'Ulster , ou Us furent bien reçus et jouirent de toute la liberté de conscience qu'ils pouvaient désirer.

L'êvèque Burnçt fut envoyé à Londres pour remplir l'esprit du Roi d'appréhensions et d'à-*larmes au sujet d'une prétendue révolte qui démit éclater dans les comtés de l'occideist» au moment ou il commencerah la guerre de Hollande* Four la prévenir , le prélat demandait q^'on s'aar suràt des vingt plus considérables gentilshommes de ces contrées. Ma|sçnnant cette mesure , il pé» pondait .de maiutenir la paix publique. Rictp n'était plus illégal qUe cette proposition ; cependant, comme le comte de Lauderdale njs la combattit point , elle fut adoptée , et çi;it de très-fôcheux résultats; car les vingt gentilshommes arrêtés y ne se sentant pas à l'abri dfvtout reprociie^ n'eu avaient que plus soigneusement pris leurs

ptiëcftHtions pour ne donner aucun* prise sur eux ; de sorte tfoe leur détention ne servit qu'à exaspé* -re» leurs amis et leurs vassaux, qui^ Tattribuant h la malice du clergé , le détestèrent d'autant plus, et «e crurent en droit de renoncer an reste d'égards qu'ils lui portaient. Les coiptes d'Ar^ ^le> de T weedale et deKincardin,qni passai#nt pour- les principaux amis de lord Lauderdale y écoutaîent avec froideur Içs plaintes des eoeiesiastiques. Us s'efforçaient de maintenir la pvo^ cédifte dans les habitàdes légales, et se décla'*raient pour les peines ies plils légères. Cette mo^' tiératioo les faisait hautement accuser par Tar^ chevéque de Saint-Andhé d'être les partisans et les pMlecteurs des ennemis de l'Eglise.

Partout oii le peuple avait abandonaé en masse leségliises, des troupes fusisnt distribuées en >qiiar- Ciers. Sir iames Turner-, qui les commandait , naturelliknent dur, dévêtait furieux quand il ^tait ivre 9 et il l'était le plus souvent. U reçKt ordre de lord Rotfaes d'a^r conformément aux instructions que lui enverrait Bumet. En conséquence, il se mit ii parcourir le pays, reeevaiaft des ministres la liste de ceux qui n'allaient pas^ l'églist, et, sans autrç preuve ou instruction légale, il leur tmposaitdes amendes, dans la proportion qu'il jugeait eonvtnable , et il logeait chae eux des soldats , jusqu'à ce qu'ils les eussent payées. J'ai très-bien connu ce Tnroer, lorsc^ue

plus tard , privé de ses emplois , il fut revenu à lui-même^ C'était un homme passablement instruit, mais qui avait toujours yécu dans les camps, et ne savait qu'obéir aux ordres de ses chefs. Il me disait qu'il ne s'inquiétait jamais des lois 3 mais qu'il agissait selon les habitudes militaires, c'«t-à-dire, selon qu'il était commandé. Il m'a avoué néanmoins qu'il s'était £iit souvent un scrupule de servir un corps aussi débauché et aussi méprisable que l'était la masse du clergé ; et qu'il avait mitigé quelquefois la rigueur de ses ordres, indulgence qui lui avait valu d'être souvent réprimandé par lord Rothes et Sharp ; tandis que ses procédés violens et illégaux ne lui avaient jamais attiré que des lonangeSé Et en effets quoique l'indignation' soulevée contre lui fût à son comble , lorsque le parti qu'il avait opprimé se fut dans la suite emparé -de sa personne, et voit- Uit le sacrifier à sa vengeance , Turner n'eut qu'à montrer ses ordres; et l'on trouva que sa conduite , quelque cruelle qu'elle eût été , était encore restée au-dessous. Il fut épargné > comme un homme qui avait mérité sa grâce par la douceur avec laquelle il avait exécuté des instructions atroces. »

La vérité est que l'ensemble dis mesures du gouvernement sembihit annoncer plutôt une inquisition oppressive qu'une a^utbrité régulièfe et légale ; et cependant Sharp n'était jamais satts^

fait. Loi^d Rothes et lai vini^nt a la cour au càmtnencement de la guewe de Hollande. Â la première audience qu'ils obtinrent du Roi ^ Sharp lui rappela ce qu'il avait dit lui-même à Sa Ma^ jeste', en partant^ lors/de son dernier voyage*, que si leurs affaires n'allaient pas bien ^ on ne <levait s'en prendre qu'aux comtes dé Lauderdale ou de Rothes : et maintenant ni venait dire à Sa Majesté ique les choses étaient pires que jamais ^ et il devait au cemte de Rothes la justice de dë-^ clarer qu'il avait conseiençieiisement joué son rôle. C$ peu de mots jetèrent lord Laudet*dale dans la plus vfolente colère'; il n'osa cepen'dant s^y livrer en présence du Roi , et il se contents^ de prier Sh&rp d'entrer dans quelques détails : il verrait ensuite ce qu'il aurait à dire pour sa justification. Sharp se retrancha artificieusement dans une accusation générale ^ et dît qufi^ •connaissait assez bien les presbytériens, pour assurer que, s'ils n'étaient pas secrètement «outenw et' encouragés, ils çq^eraient déjà depuis long-temps fatigués de la résistance qii'ils opposaient aux volontés du gouvei^ffement. Le Roi ne se sou<Hait pas d'en entendre davantage. Aussi lord Rothes ejt rarchevêque- de Saint-André se retirèrent-ils après C€lte courte explication ) et l'on observa qu'en s'en*allant,'»its se renvoyèiifent mutuellement des regards de satisfaction. Lord Lauderdale dit au Roi qu'on venait de l'accuser

460 HISTOIAF.

en ùtce , mais qu'il lui tuontreml bientôt quel liomme était l'accusateur. Il obtint que le Roi enverrait à Sliarp l'ordre de couclier ses plaintes par écrit , et de préciser les faits. Comme il Yonlut 4tre hii-méme le porteur du message, il soi- Tit le prélat ^liez Lui. Cehii*ci le reçut a^ec «atant da^ité qtxe s'il ne l'eût pas proYoqué l'instant d'auparavant. Mats lord Lauderdale , plus séritmXf Ini déclara «que la volonté de Sa Ifajesié était qu'il mit par écrit l'jiecusatioii do»t il tc-^ naît de le char^r. Sharp feignit dé ne pas cvm^ prendre ce qu'on attendait de luK h I^en-n'est cependant plus clair, reprit £auderdale : vous m'avez accusé devant le Roi ; et )e vous obligerai k soutenir votre accusation et à la prouver ^n je vious poursuivrai en fabrication de fauK bruits ( leasing mahing )• » A ces mots , prononces d'un ton terrible, Sharp , ainsi que me l'a conté le comte de Lauderdale ^ se mit à trembler et à pleurer ; il protetta qu'il ne songeait foiieA à lui nuire.; il était seuli^pent fâcbé que aefir amis se luofutrassent en toute occasion dis^sés à &voi9*ser les fanfitiques* C'^ait le Dom alors en vogue potiir dé&i^aer les non^oufarmisles d'Eeésse,et les rendre odieux. .Lauderdale répondit qji'il ne se paierait point d'une défaite -si pitoyable; devait-il être responsable de la conduite de ses amis, lorsqu'ils n'aigiséaîeut pas d'apa^ ses inspirations? Sharp lui offrit aUrs de i'£^Q|ioni|>aigncr

DE MON TEMPS. /^Si

incootinent chez le Roi, et de s'expliquer de façon à le contenter. Lord Lauderdale ne se souciait pas de rompre ouvertement avec lui. Il accepta donc sa proposition , et le conduisit devant le Roi. Là Sharp rétracta tout ce qu'il avait dit , mais avec tant dç bassesse que le Roi dit ensuite qu'il y avait de la cruauté au comte de Lauderdale de lui avoir ainsi mis le pied sur la gorge, et de l'avoir contraint à se donner à lui-même un démenti si grossier.

Cet affront toucha au cœur l'archevêque de Saiift-André , qui prqposa en conséquence au comte de Dumfreis, grand ami de lord Middle? ton , de tenter une réconciliation entte ce seigneur et lord Rothes , et de voir s'il se contente-^ rait du second rôle dans le gouvernement. Lord Dumfreis se rendit dans le comté de Kent , où Middleton avait un commandement militaire relatif à la guerre , et lui fit la proposition dont il était chargé. Le comte de Middleton donna au lord Dumfreis tout pouvoir de traiter en son nom^ en ajoutant néanmoins qu'il connaissait Sharp trop bien, pour faire aucun fond sur quoi que ce «fût qui vînt de lui. Sur ces entrefaites ^ cç dernier avait sondé lord Rothes , et l'avait trouvé décidé à n'entrer dans aucune négociation de ce genre. D'ailleurs ils s'aperçurent tous deux qup le crédit du comte de Clarendon diminuait de jour en jour, et que le. Roi était sur le point d'o- I. 3i

48a HISTOIRE

perer de grands changemens dans son ministère. Lors donc qu^à son retour Damfreis Tint rendre compte à Farehevêque de sa négociation , celui-ci fit rétonne', et nia qu'il lui eût jamais fait de telles ouvertures. Dunifreis fut si indigné de ce mensonge qu'il publia partout J'aventure. Il me l'a contée lui-même fort en détail.

Vers ce même temps Leighton se décida à aller k la cour, et à mettre sous les yeux du Roi le tableau fidèle de ce qui se passait en Ecosse. C'était, disait-il , une suite de procédés si violens qu'à ce prix il ne voudrait pas contribuer à l'établissement de la religion chrétienne elle-même , encore moins d'une simple forme de gouvernement ecclésiastique. Il demandait en conséquence à résigner son archevêché, et à se retirer, craignant de se rendre en quelque sorte complice des vio-^ lences des autres évêques , car enfin il était un d'entre eux , et tout était censé fait pour consolider eux et leur ordre. Les violences dont il se plaignait étaient inconnues cependant à son diocèse. 11 le visitait régulièrement chaque année dans toute son étendue , prêchant et catéchisant d€ paroisse en paroisse. Fidèle à son genre de vie modeste et ascétique , il donnait tout son revenu aux pauvres , sauf le peu qu'il lui fallait pour son entretien. Il s'attachait sans cesse à nourrir dans son clergé un sentiment profond des choses spirituelles, et des soins qu'on devait aux âmes.

Celait en un mot une lumière dont l'éclat ne pâlissait jamais. La plus grande partie de son diocèse lui portait une vénération sans bornes ^ et les presbytériens s'étaient laissé attendrir, sinon entièrement désarmer, par la douceur céleste de ses vertus privées. Le Roi parut touche de la situation de l'Ecosse ; il parla très-sévèrement de Sharp , et assura Leighton qu'il prendrait d'autres mesures, et mettrait un terme à la persécution ; mais il ne voulut jamais lui permettre de quitter son évéché. Le Roi donna en effet des ordres pour suspendre la commission ecclésiastique , et il signifia sa Volonté à ses agens d'Ecosse afin qu'ils. eussent à changer de conduite. Charles apprit, par ses intelligences en Hollande, que les exilés réfugiés à Rotterdam se donnaient du mouvement , et que les Etats-géné^ raux pourraient fournir de l'argent et des armes aux méconténs d'Ecosse. Il crut donc nécessaire d'augmenter ses troupes. Deux braves officiers ,qui l'avaient suivi dans les guerres civiles, et qui ensuite, munis de ses lettres, avaient été chercher du service en Russie , oîi ils s'étaient élevés, l'un, Dalziei, au grade de général, et l'autre, Drummond , à celui de lieutenant général et de gouverneur de Smolensk, obtinrent alors du Czar, non sans de grandes difficultés , la permission de retourner en Angleterre. C'est à eux que le Roi destinait le commandement des nouvelles forces

qu'il allait mettre sur pied. Ce choix n'entrait point dans les vues de Sharp , mais la volonté du Roi était positive. Un peu avant le temps dont je parle ^ l'acte des amendes^ qu'une longue inexécution avait fait tomber dans l'oubli ^ fut remis en vigueur. Toutes les personnes taxées eurent ordre de payer la moitié de leur somme ; et quant ù la seconde moitié^ elle devait être remise à ceux qui souscriraient l'abjuration du covenant. L'argent des amendes était destiné , par acte du parlement y à indemniser ceux qui avaient servi le Roi ou souffert pour sa cause ; en sorte que le Roi se trouvait naturellement chargé de le distribuer. Depuis la disgrâce de lord Mîddleton y il n'y eut plus de conseils écossais assemblés à Whitehall : seulement dans les occasions importantes y le Roi ordonnait aux conseillers privés qui se trouvaient à Londres de se réunir autour de lui. Ce fut dans une de ces réunions qu'il exposa la nécessité où il était de lever des troupes plus considérables pour assurer la tranquillité de l'Ecosse, et il ouvrit ses avis. sur. les moyens de les payer. L'archevêque de Saint-André observa aussitôt que l'argent provenu des amendes n'avait pas encore trouvé d'emploi, et il proposa de l'appliquer à cet usage. L'avis fut adopté sans opposition. C'est ainsi que les cavaliers , venus du fond de l'Ecosse pour faire valoir leurs prétentions et se dédommager de leurs

DE MOW. TEMPS. 4^6

pëttes ,. se .virent prîtes de leurs dernières espérapces. Tout le blâme de cette mesure reimnba sur Sharp qui l'ayait canseillée ^ fit elle devint le sujet de mille invectives qui l'assaillirent de toutes parts. Il eut l'audace de nier qu'il en fût l'auteur; mais le Roi conta si publiquement ce qui s'était passé , que le prélat n'osa pas lui donner de dé-* menti. Le Roi sut encore que cet homme^ non con* tent deniei*que la proposition venait de lui, l'avait traitée dUnpention diabolique* Pour achever de le perdre dans l'esprit du Roi, lord Lauderdale fit voir à ce prince plusieurs de ses lettres écrites aux presbytériens , après l'époque où il négociait k la cour en faveur de l'épiscopat, dans lesquelles il protestait néanmoins de son zèle pour leurs intéréfs, et faisait d'affreuses imprécations contre lui-même , s'il était coupable de prévarication. Ton%Cel9i, joint ensemble , le fit regarder par le Roi comme le plus méchant des hommes.

Un assez grand pombre de ministres écossais du parti épiscopal désapprouvaient la conduite du gouvernement. Us ne se dissimulaient point jqu'etle augmentait les préjugés populaires qui leur étaient défavorables. Us détestaient les procédés violens qu'ils regardaient comme aussi contraires à la douceur de l'Évangile que propres à aliéner la nation de l'Église* Us s'appliquaient à lire l'histoire ecclésiastique , pour y étudier l'état de la primitive Église et l'esprit des pre-

micrs siècles; et ils ne purent s'empêcher d'eb^ server de si grandes différences entre la constitU'^ tion de l'Eglise gouvernée par les anciens évêques^ et celle de l'Eglise de notre temps , qu'elles leur parurent n'avoir de commun que le nom. J'avais le bonheur d'être établi dans le voisinage de deux des plus insinuans pasteurs de ce caractère , que Ton pressa souvent d'accepter des évéchés ^ mais qui les refusèrent constamment , tant par un motif d'humilité que pour ne se rendre pas complices des persécutions. Un des deux , M. Nairn y était remarquable par la politesse de ses manières. It s'était fait des idées nettes et vives de toutes choses 9 et il surpassait en chaire tous nos autres prédicateurs'écossais. Il considérait les fonctions pastorales comme le dévouement d'une personne qui se consacre tout entière à Dieu et à son service. Une lecture suivie des philosophes moralistes lui avait donné celte égalité d'âme qu'ils recommandent autant que le permettait un caractère ardent^ dont il avait tourné la fougue en extases pieuses. Il avait pour la superstition tout le mépris qu'elle mérite ; elle rétrécit l'âme , disaitil^ et dégrade le sentiment religieux. Il s^efforçait d'élever tous ceux qui l'entretenaient aux grandes notions de Dieu et d'une charité universelle. Il regardait les presbytériens en pitié, et les traitait d'esprits bornés et d'âmes sèches. On ne peut nier néanmoins qu'une imagination

trop chaleureuse ne le portât quel^efois à avancer des principes sur lesquels il changeait ensuite t\e sentiment; ce qui le fît passer pour un homme sans tenue dans les ide'es. Disons pourtant en finissant que l'Ecosse n'avait pas de théologien plu« brillant que lui. Le second e'tait M. Chàrterie , homme grave et solennel^ sans affectation ni âpretë d'hubeur^parlantrarement devant le monde, mais libre et ouvert avec ses amis, jugeant bien des hommes et des affaires, et capable d'apporter une habileté particulière au maniement de celles qu'il croyait dignes de son attention. D'un tefmpérament froid, d'une imagination peu vive, et peu robuste d'ailleurs, il parlait avec lenteur et si bas qu'oit avait de la peine à l'entendre. Il avait une grande tendresse de cteur, et se montrait toujours amî parfait et chre'tien sublime. Il méprisait le mondd^ et négligeait sa personne. Il y avait dans sa con^ versation une gravité qui soutenait l'attention et donnait à tous ceux qui Técoutaient une physionomie sérieuse et réservée, à laquelle pourtant* ne se mêlait aucun sentiment de crainte oa de peine, car toutes ses manières tendaient à présenter la religion sous un aspect aimable. Il avait lu avec un grand soin les vies et les lettres des hommes célèbres. II avait fait aussi une étude approfondie des Pères, et je l'ai entendu exprimer sur eux cette opinion , que dans la partie dogaïatique y pour laquelle cependant les écrivains con-^

ti-oversistes ^nsultent presque eidasiTeaieaf leurs ouyrages^ ils ne s'ëleTaient jamais à «ne très-grande hauteur,' mais- que leur exceUenoe consistait dans ce qu'on y chercliait le moins y le sentiment des choses spirituelles et des deTotrs du saint ministère. C'est là qu'il plaçait leur force; et il se plaignait aTec indignation que Ton se donnât tant de peine pour savoir ce que les Pères ont pensé touchant le gouyemement de l'Eglise , et que l'on en prit si peu pour fiiire çonnaitre ridée qu'ils se formaient du sacerdooe 9 des dispositions d'esprit et de la Tocation intérieure qu'on doit apporter k la réception des saints ordres, de la régularité , de la mort au monde, de* la douceur angélique et^le la constante application à faire le bien, qui conviennent aux personnes qui y sont admises. Quand il s'exprimait 4iînsi ^ ce n'était point en réformateur chagrin , poussé par un esprit de dépit ou d'irritation , mais en homme modeste, conyaincu et pénétré de ce qu'il disait. Ilétait grand ennemi des Longues professions de foi, surtout lorsquHl s^agissait d£a- • dgpter en masse une série de principes , oar il prononçait affirmativement sur un très -petit nombre de points. Après avoir parcouru les princfpales branches de savoir, il s'attacha particulièrement à rhistoire , comme l'étude la plus innocente, la plus dégagée de subtilités , et- «elle dont on peut tirer les secours les plus efficaces

pour se rendre meilleur et plus sage. Ces deux théolbgiens , célibataires et fort sobres , observèrent toute leur vie un régime de frugalité qui leur paraissait préférable au jeûne le plus austère. Cependant ils furent sujets Tun et l'autre aux tourmens de la pierre. Nairn alla se faire opérer à Paris. Il survécut peu d'années. Charlérie parvint à une grande vieillesse, et ne. mourut que vers la fin de 1 700 , après avoir souffert dans les derniers temps des douleurs incroyables , parce qu'il ne s'était point trouvé de chirurgien qui eût voulu hasarder l'opération. Mais du moins tous ceux qui virent ses souffrances et la constance avec laquelle il les supportait^ l'estimèrent un parfait modèle de patience et de résignation à la volonté de Dieu. Ce fut un grand bonheur pour moi , après m'être jeté dans le monde avec aussi peu de prudence , de tomber entre les mains de ces deux hommes ^ avec lesquels je liai une amitié très-intime. Ce sont eux qui me mirent dans le droit chemin et m'y maintinrent. Je ne laissai pas néanmoins à cette même époque de faire une étourderie, dont je puis parler ici, puisqu'elle fut relative aux affaires publiques.

La conduite de nos évéques me paraissait si opposée à* celle qui convenait à leur caractère , que je me sentis animé d'uA zèle plus qu'ordinaire pour le triomphe de la vraie piété. Non- •seulement ils étaient pleins d'une fureur pei:*sé-

cutrice contre tous les non-conformistes ^ mais ils étaient encore très-relâchés dans toutes les parties de l'exercice de leurs fonctions* Plusieurs ne résidaient pas dans leurs diocèses; et ceux qui y résidaient paraissaient ne pas s'en occuper. Ils ne montraient aucune aversion chaleureuse pour le vice. Y avait-il ^ dans la province , des hommes tarés? c'était parmi eux qu'ils choisissaient leurs confidens intimes. Ils n'avaient aucun soin de contenir leur clergé dans la règle et dans le devoir. Il régnait au contraire parmi eux une légèreté et une sensualité qui me scandalisaient. On citait à la vérité un certain Scougal , évéque d'Arberdeen , pour sa rare douceur , sa piété exemplaire et sa prudence ; encore lui trouvais-je trop de docilité envers Sharp ^ ou du moins trop de Complaisance.

Je résolus en conséquence de dresser un mémoire de tous ces griefs , dont la mauvaise conduite de nos évêques était l'origine. Ne voulant pas qu'aucun de mes amis pût être dans le cas de partager les tribulations ;qu'il m'attirerait probablement^ je ne le communiquai à personne. Il en résulta que toutes les parties de cet écrit ne furent pas si bien digérées qu'elles auraient pu l'être à l'aide de quelques conseils. • Je n'avais alors que vingt - trois ans. Après avoir établi comme point de départ la constitution de la primitive Eglise y je montrais à quel point nos évê-

quçs s'en étaient départis , en négligeant leur diocèse , en se mêlant trop des affaires temporelies, en enrichissant leurs familles des biens de rSglise^ et surtout en poursuivant avçc une violence si passionnée les gens dont les sentimens différaient des leurs. Je tirai quelques copies de ce mémoire , je les signai ^ et les envoyai à tous les évêques de ma connaissance. Sharp fut fort alarmé^s'imaginant que j'étais poussé parles amis de lord Lauderdale. Je fus cité devant les évêques^ et traité par eux avec beaucoup de rigueur. Sharp qualifia mon écrit de libelle. Je fis observer qu'on ne pouvait l'appeler ainsi, puisque j'y avais mis mon nom. Il m'acqusa de présomption^ pour avoir osé faire la leçon à mes supérieurs. Je répondis que la même chose avait été non-seulement faite, mais approuvée dans tous les siècleSé Il m'accusa d'insinuations défavorables pour le iloi qui les avait admis dans ses conseils. Je répliquai que le Roi ne me semblait mériter aucun reproche pour leur avoir fait honneur; mais que seulement je les trouvais blâmables , eux qui lui donnaient de mauvais conseils et se mêlaient de <;hoses qui ne les regardaient point. Enfin , il me fit un crime de ce que je censurais quelques actes de rigueur; ce qui était, selon lui, attaquer les tribunaux publics , et les lois elles-mêmes. Je dis alors que les lois[ pouvaient n'être faites^quelquefois que in terrorem, quelles n'étaient pas tou»

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