Chapitre XI
d'Anhalt ne put entamer qu'une partie de leur arrière-garde, sur laquelle il fit des prisonniers, après quoi il occupa Jägerndorf, et mit le gros de l'armée en quartiers d'hiver.
Le général Nassau fut détaché avec six mille hommes pour achever 5 de nettoyer la Haute-Silésie des troupes hongroises qui infestaient les deux côtés de l’Oder à Ratibor, et le général Lehwaldt marcha avec un corps semblable pour purger le comté de Glatz des Autrichiens qui sy voulaient établir. Nassau délogea sans peine les ennemis de Troppau, et dès que le gros de l’armée autrichienne se fut éloigné des frontières de
10 la Silésie, il fondit brusquement sur Oderberg et de là sur Ratibor. Près de trois mille Hongrois furent surpris dans cette ville; toutes les avenues en étaient bien gardées hormis le pont de l'Oder que la situation ne permettait pas d'occuper. Les Hongrois tentèrent inutilement de s'ouvrir le passage à la pointe de l'épée, et voyant leur entreprise manquée, ils vou-
15 lurent se sauver par le pont de l’'Oder, la multitude du monde qui se pressait en hâte fit rompre le pont sous.elle. Nos hussards forcèrent en même temps la ville, et donnèrent sur l'ennemi. Presque tout périt par le fer ou fut abîmé par les eaux. Une partie de ces malheureux furent faits prisonniers, et ceux qui se sauvèrent portèrent la terreur et la frayeur
20 dans le camp de leurs compatriotes. Un gros corps de ces Hongrois, commandé par le général Karoly, sans attendre l'approche du général Nassau, abandonna cette partie de la Haute-Silésie qui confine avec la Pologne et se réfugia dans la principauté de Teschen. Aïnsi les armes prussiennes recommencèrent à se faire respecter. Nassau se contenta de
25 cet avantage, et donna du repos aux troupes dont elles avaient grand besoin après tant de fatigues.
Presque en même temps, le général Lehwaldt s'était déjà rendu maître de Patschkau, il entra par le chemin de Johannesberg dans le comté de Glatz où il fut informé que le vieux Wenzel Wallis, qui com- 30 mandait les troupes de la reine, avait établi son quartier à Habelschwerdt, petite ville située dans une vallée sur le chemin de Glatz en Moravie. Aussi actif et aussi heureux que Nassau, il marcha le 13 de février à l'ennemi, et il attaqua les Autrichiens, postés avantageusement auprès du village de Plomnitz. Leur corps était rangé sur une colline, ayant
35 devant soi un ruisseau de difficile accès, qui serpentait dans un fond marécageux. Les troupes vainquirent les obstacles du terrain et du nombre, ils franchirent le ruisseau, ils escaladèrent la monticule, et forcèrent les Autrichiens à quitter ce poste dans l'instant. L’ennemi voulut se former dans un bois, puis dans des broussailles; mais les grenadiers les
40 poursuivirent la baïonette au bout du fusil jusqu'à ce que la confusion parvint à son comble, et qu'ils s’enfuirent à vau-de-route. Lehwaldt
n'avait avec lui que quatre cents hussards, ce qui l'empêcha de poursuivre fort loin l'ennemi dont trois mille chevaux couvraient la retraite. Les Autrichiens laïissérent neuf cents hommes entre morts et blessés sur le carreau. On leur prit trois canons et environ cent prisonniers. Les Prussiens entre morts et blessés y perdirent cent trente hommes. Gaudi, 5 colonel du régiment de Schlichting, y fut tué, on le regretta comme un officier de grande réputation, et qui avait rendu à Frédéric-Guillaume un service important, lorsqu'il faisait avec les Danois et les Saxons le siége de Stralsund: il enseigna un chemin par lequel on se rendit maître du retranchement des Suédois, en le tournant du côté de la mer qui était 10 basse en cet endroit.
Tant d’heureux succès qui se suivaient de si près encouragèrent les troupes prussiennes, et ôtèrent aux ennemis, mal reçus en Silésie et chassés du comté de Glatz, l'envie de poursuivre leurs opérations pendant l'hiver: ils prirent leurs quartiers en Bohême et en Moravie, rompirent 15 tous les chemins derrière eux, et firent des abattis dans les endroits convenables.
Souvent le bonheur est aussi constant que l’infortune : la princesse de Prusse, ma belle-sœur, accoucha d’un prince pendant le cours de la campagne, et affermissait par ce jeune prince la succession qui ne parais- 20 sait guère assurée auparavant.
On attendait alors à Berlin le maréchal de Belle-Isle, que le roi de France avait envoyé chez l’empereur et chez les alliés de Francfort pour prendre de concert des mesures pour la campagne prochaïne. Belle-Isle s'était rendu de Munich à Cassel, le prince Guillaume l'avertit d'éviter la 25. route qui conduit de Cassel à Berlin par le pays d'Hanovre. Le maréchal méprisa cet avis avec légèreté, peut-être trop épris de son caractère d’ambassadeur et du titre de prince d'Allemagne, il prit avee sa suite le chemin ordinaire, et il fut arrêté dans la petite ville d'Elbingerode, qui appartient au roi d'Angleterre, par le maître de poste et quelques dragons déguisés 30 qui l'attendaient. Belle-Isle eut la présence d'esprit de déchirer tous ses papiers importants, cela n’empêcha pas que les Hanovriens ne triomphassent d’avoir saisi un maréchal de France, un homme en qui la ligue de Francfort avait mis sa confiance, et qui avait joué un rôle si brillant en Europe. Le maréchal de Belle-Isle fut conduit à Hanovre, de 1à35 transféré en Angleterre où on lui donna le château de Windsor, pour lui servir de prison, il y resta quelques mois. La France ne put obliger les Anglais de l’échanger qu'après la victoire de Fontenoi. La fierté du roi de France souffrit de l’affront que les Hanovriens lui faisaient dans la personne de son ambassadeur. On disait à Versailles qu'on avait man-40 qué à Hanovre contre le respect de la majesté impériale, {en arrêtant un