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Chapitre XIIL

Révolution d'Écosse qui rappela le roi d'Angleterre à Londres et qui fit languir la négociation pour la paix. On m'avertit du dessein des Autrichiens et des Saxons d'envahir mes états pendant l'hiver. Contradictions que j'éprouve dans mon conseil. Lurmée du prince d'Anhalt Sassemble auprès de Halle. Mes projets de campagne. Je pars pour la 10 Sélésie. Expédition de Lusace. Expulsion des Autrichiens. Le prince d Anhalt prend Leipzig et marche par Torqau à Meissen, où ùl est joint par Lelwaldt. Bataille de Kesselsdorf, prise de Dresde. Négociations. Paix de Dresde. Si pendant l’année 1745 mes négociations eussent eu autant de suc- œuvresITI cès que mes armes, la paix qui s’en fût suivie aurait épargné une grande 136. 15 effusion de sang inutile. Mais des incidents auxquels je ne pouvais pas m'attendre m'arrêtèrent souvent et causèrent des longueurs qui devenaient préjudiciables au bien de l’état.

À peine le roi d'Angleterre avait-il signé, à moitié malgré lui, la convention d'Hanovre, que la rébellion d'Écosse éclata, et que sa pré- 20 sence devint nécessaire à Londres. La France entretenait depuis quelque temps des intelligences secrètes en Écosse et même en Angleterre, elle se flattait de soulever ces peuples contre la maison d’Hanovre qui les gouverne, et de se procurer par ce moyen une diversion certaine. Le jeune Édouard, fils du Prétendant, passa furtivement en Écosse sur un 25 petit bâtiment, accompagné de quelques personnes fidèles seulement: il se tint caché au commencement dans une île au nord de l'Écosse, pour donner à ses partisans le temps de s’assembler, d'armer leurs paysans, de soulever les montagnards et de former en hâte une milice qui représentât du moins l'ombre d’une armée. Ainsi la France armait adroite- 30 ment l'Angleterre contre l'Angleterre, et un enfant, débarqué en Écosse sans troupes et sans secours, obligeait le roi George à rappeler ses An- 147. glais qui défendaient la Flandre, pour soutenir son trône ébranlé. On a vu depuis combien la conduite de la France était sage, elle doit à la diversion du jeune Édouard la conquête du Brabant et de la Flandre. 35 Le roi d'Angleterre et ses ministres méprisaient du commencement le jeune Édouard, son faible parti et la rébellion naissante d'Écosse; on attribuait le projet de cette révolution au cardinal Tencin, et l’on disait à 26 *

Londres que c'était la saillie d’un prêtre jacobite, jointe à l’équipée d’un jeune étourdi. Cependant le général Cope, que l’on envoya en hâte avec ce que l’on put amasser de troupes, pour étouffer la rébellion, fut assaïlli, battu et poursuivi par le jeune Édouard. Cet accident fit ouvrir les yeux au roi, et lui apprit qu'en un gouvernement aristocratique un feu d’étoupe 5 peut causer un incendie. Les mesures que le roi et son conseil prirent depuis furent si sérieuses que les intérêts d'Écosse, attirant toute leur attention, absorbaïent toutes Les autres affaires. Les négociations étrangères languissaient tout à fait. La Grande - Bretagne était comme un corps léthargique qui ne donne aucun signe de vie; ses alliés la crurent 10 aux aboïs et eurent moins de déférence pour elle, la jugeant moins puissante. Dans ces conjonctures l'Angleterre était trop occupée de ses dissensions domestiques, pour accomplir les engagements de la convention d'Hanovre. Cette révolution d'Écosse arriva done d'autant plus mal à propos pour mes intérêts que la convention d'Hanovre commençait à ne 15 plus être un mystère aux cours de l’Europe. Les Autrichiens et les Saxons l'avaient ébruitée eux-mêmes, ce qui pouvait m’exposer à perdre les Français, mes uniques alliés, sans tirer le moindre avantage des Anglais auxquels je venais de munir. Je dirai plus encore, je me reposais peut-être trop sur la parole du roi d'Angleterre, car la sécurité prématurée 20 dans laquelle je vivais pensa m'être fatale. Les Autrichiens et les Saxons, disais-je, n’oseraient résister au roi d'Angleterre, il tient les cordons de la bourse, s’il les resserrera, la reine d'Hongrie sera forcée à lui obéir. Ses résistances ne peuvent être que momentanées, peut-être au moment présent a-t-elle accepté les conditions qu’on lui a prescrites. Ce raison-25 nement se serait trouvé juste, si le roi d'Angleterre avait fait usage de toute l'autorité qu'il avait sur les cours de Vienne et de Dresde, mais il se trouva que la diversion que le jeune Édouard faisait pour la France en devint une pour la reine d'Hongrie, en ce qu’elle lui procura la liberté de faire contre moi les derniers efforts malgré l'Angleterre. 30

Pendant que l'Écosse et l'Angleterre étaient déchirées par des factions séditieuses, et que de nouveaux orages s’assemblaient sur mes frontières, je travaillais à Berlin à rajuster mes finances et à trouver des expédients pour soutenir une guerre, d'autant plus onéreuse que les deux tiers des revenus de la Silésie m'avaient manqué cette année. A l'épuisement 35 des finances, aux embarras de la politique se joignit dans peu la plus dangereuse de toutes les conjonctures; c’est du projet des Autrichiens et des Saxons dont je veux parler. Voici comme je fus informé de ce complot. Depuis le mariage de ma sœur Ulrique avec le prince successeur de Suëde, tous ceux qui étaient dans ce royaume du parti du ministre ou autrement 40 nommé le parti national s’attachèrent à mes intérêts, les voyant étroitement

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