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Chapitre IL

susciter des ennemis jusqu'au bout du monde, la négociation de Winterfeldt tourna si heureusement qu'il parvint par le crédit du maréchal de Münnich à la conclusion d’une alliance défensive. Dès que les troupes furent entrées dans leur quartiers, je partis de 5 la Silésie, et je vins à Berlin y faire les arrangements nécessaires pour la campagne prochaine. Dix bataillons et vingt-cinq escadrons se mirent incessamment en marche pour renforcer l’armée de Silésie, et j'assemblais trente bataillons et quarante escadrons auprès de Brandebourg sous les ordres du prince d'Anhalt. Ce corps d'observation, posté auprès de Güt- 10tin, tenait également en échec les Saxons et les Hanovriens.

L'Europe était encore dans l’'engourdissement que cause la surprise : le manifeste que nous avions publié était laconique, la mission de Gotter et la facilité de nos opérations augmentait l'incertitude, et suspendait le jugement des puissances qui ne débrouillaient pas encore, si la Prusse

15 était l’alliée ou l’ennemie de la reine d'Hongrie. De toutes ces puissances la France paraissait la plus incline à favoriser nos intérêts, le cardinal de Fleury s'ouvrit assez envers moi, par une lettre, datée d'Issy le 25 janvier 1741, pour m'insinuer que la garantie que Louis XV avait donné de la pragmatique sanction n’était point valide parce qu'on y avait ajouté

20 le correctif de »sauf les droits d'un tiers«, et que l’empereur n'avait pas accompli le principal article du traité de Vienne, consistant dans la garantie de l'empire. Le reste de cette lettre roulait sur deux points principaux, dont l’un contenait une amplification sur l'ambition démesurée de l'Angleterre, et l’autre me représentait les avantages que je trouverais

25 dans l’alliance de la France, et dans l’élévation de l'électeur de Bavière à la dignité impériale. Je répondis à cette lettre dans les termes les plus polis, marquant au cardinal le désir que j'avais de m'unir avec Louis XV, l’'assurant que j'apporterais de ma part toutes les facilités dans cette négociation.

30 La Suède qui était dans les intérêts de la France tenait dans le Nord une conduite à peu près semblable ; un corps considérable de ses troupes que le général de Buddenbrock commandait en Finlande me servait en ce qu'il inspirait de l'inquiétude à la Russie.

Les engagements que j'avais pris avec la cour de Pétersbourg pen-

35 sérent être détruits aussitôt qu'édifiés par l’arrivée du beau comte de Lynar, que le roi de Pologne y avait envoyé. Ce ministre sut plaire à la princesse de Mecklenbourg, et comme les passions du cœur influent sur les délibérations de l'esprit, les intérêts de la Russie furent bientôt liés avec ceux de la Saxe: cet amour aurait pu me devenir aussi funeste que

40 celui de Paris et de la belle Hélène le devint à Troie; une révolution, dont je parlerai à son lieu, en prévint les effets.

œuvres IT,

222 Histoire‘de mon temps.

Mes plus grands ennemis étaient mes plus proches voisins. Les rois d'Angleterre et de Pologne conclurent entre eux une alliance offensive par laquelle ils réglaient le partage de mes états. Leur imagination s’engraissait de mes dépouilles, ils déclamaient contre mon ambition, pendant qu'ils nourrissaient la leur des projets chimériques qu'ils se flattaient 5 de rendre réels par les secours des Russes et des princes de l'empire.

C'était dans cette crise que la reine d'Hongrie aurait dû me céder la principauté de Glogau, j'en aurais été satisfait alors et aucune puissance ne l’eût attaquée, mais il est aussi difficile de céder que de se raïdir à propos. 10

Ainsi le signal de la guerre fut donné à l'Europe, ce n'étaient que négociations, ligues et alliances pour former les partis et pour se contrecarrer, C'était à qui mettrait le plus grand poids dans la balance des pouvoirs; mais les troupes d'aucune puissance n'étaient mobiles, aucunes n'avaient des magasins : je profitais du bénéfice que le temps me donnait, 15 et j'éxécutais mes desseins.

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