‹ Histoire de mon tempsChapitre 32 sur 149 · Chapitre IL · texte numérisé non relu

Chapitre IL

et bloquaient cette grande ville, remplie de peuple et dépourvue de subsistances, de sorte qu’elle ne pouvait plus manquer de tomber entre mes mains; en cas de nécessité il me restait la ressource certaine d’un assaut que je pouvais brusquer avec d'autant moins de risque que les fossés de 5la ville étaient gélés, et que la pente du rempart était douce et abordable. La religion luthérienne me dispensa de tous ces soins; l'esprit factieux d'un cordonnier, en qui le peuple avait une confiance aveugle, occasionna une espèce d’émeute qui obligea les magistrats à prendre le parti de la neutralité, et à m'ouvrir leurs portes. Cette neutralité me suffit 1oalors, qu'il m'était important d’avoir un point d'appui en Silésie, et un lieu dont je pouvais faire ma place d'armes. Dès que je fus entré dans la ville, je licenciai tous les dicastères, et les gens en place appartenants à la reine d'Hongrie; par ce coup d'autorité je prévins tout le mal

et toutes les intrigues que ces domestiques dévoués à la maïson d'Autriche

15n'auraient pas manqué de machiner.

Dés que cette affaire fut terminée, j’envoyais un détachement au delà de l’'Oder pour forcer le château de Namslau qu'occupaient les Autrichiens; quinze jours après ces trois cents hommes se rendirent prisonniers de guerre. Je laissai un régiment d'infanterie en quartier dans le

20 faubourg de Breslau, et je poursuivis mes opérations, dirigeant ma marche sur Ohlau, où commandait le colonel Formentini. Cette ville qui donne son nom à la petite rivière qui y passe n’a de défense qu’un fossé sec et un rempart éboulé en plusieurs endroits. Son château est passable et ne peut se prendre qu avec du canon. Dans le temps que je disposai

25 tout pour un assaut général, le commandant demanda à capituler, il sortit de la ville avec deux cent cinquante hommes, dont la moitié désertérent ; après quoi je détachai cinq bataillons et quatre escadrons aux ordres de général Kleist pour investir la ville de Brieg, cette place avait des ouvrages de terre et un fossé sec, moins en état de se défendre cependant

30 que Glogau.

Pendant que j'avais pris ou bloqué les villes qui se trouvent sur le cours de l’Oder, le maréchal de Schwerin était avancé jusqu'à Frankenstein sans résistance; en poursuivant sa marche pour gagner la rivière de Neisse, qui sépare la Haute- de la Basse -Silésie, il tomba sur cinq

35 escadrons du régiment de Liechtenstein qu'il fit pousser jusqu'à Otmachau, château épiscopal où cent grenadiers autrichiens se jetèrent, pour couvrir la retraite des leurs par - dessus le pont de la Neïisse. Schwerin les bloqua d’abord, j'arrivai le lendemain à son secours avec un petit train d'artillerie. Dés que nos batteries furent en état de jouer, le major

40 Müffling qui commandait ces grenadiers se rendit à discrétion. —

Il ne restait plus que la ville de Neisse à assiéger, toutes les autres

places de la Silésie étaient prises ou bloquées. Neïsse est située à l’autre bord de la rivière qui porte son nom, elle était fortifiée d’un bon rempart de terre, d’un fossé qui avait sept pieds d’eau, et environnée d’un terrain bas et marécageux que le commandant avait inondé en partie. Du côté de la Basse-Silésie cette place était commandée par une hauteur qui n’en 5 était éloignée que de huit cent pas. La saison était trop rigoureuse pour qu'on pât procéder à un siége régulier, il n'y avait que deux moyens pour la prendre, l’assaut ou le bombardement. Le général de Roth qui

y commandait avait pris de bonnes mesures pour rendre l'assaut difficile. Son rempart qu'il faisait souvent arroser était inaccessible, il l'avait muni 10 de plus de soliveaux et de poutres, et faisait soigneusement ouvrir ses fossés de sorte que je n’avais d'autre ressource que dans le bombardement. Pendant trois jours consécutifs on y jeta douze cents bombes et trois mille boulets rouges; maïs la fermeté de Roth m’obligea à mettre mes troupes en quartier d'hiver. 15

En ce temps le colonel Camas revint de Glatz où il avait manqué son entreprise, faute de n'avoir pas pris de bonnes mesures.

Pendant que mes troupes se cantonnaient alentour de la ville de Neisse, Schwerin pénétra en Haute-Silésie avec sept bataillons et dix escadrons, il délogea les Autrichiens de Jaegerndorf et de Troppau, et 20 poussa vivement le général Browne qui abandonna le château de Grätz et se retira en Moravie, les Prussiens établirent leurs quartiers le long de l'Opava. Le régiment de la Motte chassa même les Autrichiens de Jablunka, qui est sur les frontières de l'Hongrie.

La négociation de Gotter avait été infructueuse à Vienne, comme je 25 l'avais prévu. Il y avait tenu un langage assez imposant, et capable d'intimider toute autre cour que celle-là. Maïs les héritiers de Charles VI ne dérogeaient pas de la fierté de leur race. Les courtisans disaient hautement à Vienne, que ce n’était pas à un prince dont la fonction était, comme archichambellan de l'empire, de présenter le lavoir à l'empereur, 30 de prescrire des lois à sa fille.

J'avais écrit au comte de Gotter, en apprenant qu'il avait reçu un refus : »si le grand - duc veut se perdre, qu’il se perde« Gotter eut l’effronterie de montrer ma lettre à ce prince, il en fut ébranlé, mais le comte de Kinsky grand chancelier de Bohême, le raffermit, les négocia- 35 tions furent rompues, et Gotter m’anonça la guerre.

On était si surpris de l’irruption que je faisais en Silésie que bien de gens taxaient cette entreprise d'étourdi et d'insensé. Robinson, ministre d'Angleterre à Vienne, disait hautement que le roi de Prusse méritait d'être excommunié en politique. 40

Malgré les intrigues de Botta, qui était venu en Russie pour me

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