‹ Histoire de mon tempsChapitre 35 sur 149 · Chapitre IIL · texte numérisé non relu

Chapitre IIL

fut battue, et les hussards firent prisonniers quarante dragons. Entendant tirer à Wartha où j'étais, j'assemblai en hâte quelques troupes pour venir au secours des dragons; mais j'arrivai trop tard, et les ennemis s'étaient déjà retirés. J'avoue que je fis une grande étourderie de marcher 5avec si peu de troupes; cela doit vous apprendre qu'un roi ni un général d'armée ne doivent jamais exposer légèrement leur personne, à cause des grands avantages que les ennemis gagneraient, si le souverain ou . celui à qui il a confié son secret tombait entre leurs mains.

Cependant les affaires devenaient de jour en jour plus sérieuses. 10 Les différents avis de mes espions s'accordaient sur ce que les ennemis renforçaient leurs postes, qu'il leur arrivait successivement de nouvelles troupes, et qu’ils méditaient de nous surprendre dans nos quartiers, en faisant une invasion en Silésie ou par Glatz ou par Sternberg, ville où M. de Neipperg avait fait avancer son quartier général. Ce qui me 15 confirma dans cette opinion fut que cent dragons et trois cents hussards ennemis s'étaient jetés dans la ville de Neïsse. Sur cette disposition de l'ennemi je trouvais à propos de changer la mienne, et de resserrer les troupes, de façon que je fusse maître de rassembler l'armée, lorsqu'il en serait besoin. La saison (mois de mars) n’était pas assez favorable pour 20 que nous pussions convertir les blocades de Brieg et de Glogau en sièges formels. Heureusement j'avais prévu que les troupes qui bloquaïent Glogau pouvaient me devenir nécessaires autre part, et j'avais formé avec le prince Léopold un projet pour surprendre cette ville, elle était encore fournie de vivres pour six semaines, et comme nous ne pouvions pas per- 25 dre ce temps pour l’affamer, le prince Léopold eut ordre de mettre en exécution son projet de surprise. Le 9 de mars, la ville fut attaquée d'assaut par cinq endroits et prise dans une heure, aucune maison ne fut pillée, aucun bourgeois ne fut insulté, la discipline prussienne brilla, et parut dans toute sa vigueur dans cette belle action. Le général de 30 Wallis, commandant de la place, avec toute sa garnison fut fait prisonnier de guerre, un régiment de la nouvelle création y fut mis en quartier, on travailla d'abord aux fortifications de cette ville, et le prince Léopold

vint me joindre à Schweidnitz avec le corps qu'il commandait.

Les quartiers que le maréchal de Schwerin occupait en Haute-Silésie

35me paraissaient les plus exposés, et me donnaient le plus d'inquiétude ; je lui ordonnai de les lever, et de se replier sur la rivière de Neisse où j'avais intention de le joindre avec toutes les troupes de la Basse-Silésie, pour nous opposer en force aux entreprises que M. de Neïpperg pourrait tenter. Schwerin, au lieu de m'obéir, me demanda un renfort, avec lequel av il promettait de se soutenir dans ses quartiers jusqu’au printemps. J'en crus plus pour cette fois mon maréchal que mes espions, et j'eus lieu de

me repentir de ma facilité. Le peu d'expérience que j'avais me fit aceumuler mes fautes ; je me mis à la tête de neuf bataillons et de huit escadrons, avec lesquels je vins joindre Schwerin. Je le trouvai à Neustadt, et lui demandai d’abord, quelles nouvelles il avait des ennemis : il me répondit que les troupes autrichiennes étaient dispersées le long des5 frontières de la Silésie depuis l’'Hongrie jusqu'à la ville de Braunau en Bohême, et qu'il attendait à tout moment des nouvelles de Sternberg. — Nous marchâmes à Jaegerndorf avec ces troupes, mon dessein était d’en partir le lendemain pour ouvrir la tranchée devant Neïisse où le général de Kalckstein m'attendait avec dix bataillons et autant d'escadrons ; le 10 duc de Holstein devait couvrir ce siége du côté de Franckenstein avec un détachement de sept bataillons et de quatre escadrons. Pendant que je fus à Jaegerndorf, Schwerin ne reçut aucune nouvelle des ennemis. Étant sur le point de partir {le 2 d'avril), et donnant mes derniers ordres du maréchal et au prince Léopold, sept déserteurs autrichiens du régiment 15 de Liechtenstein arrivèrent, on apprit d'eux, qu'ils venaient de Freudenthal, (à six quarts de mille de Jaegerndorf) où toute leur cavalerie campait, et où ils attendaient l’arrivée de leur infanterie et de leur canon pour marcher sur Jaegerndorf ou pour faire lever le siége de Neïsse. Pendant que ces déserteurs nous faisaient leur déposition, nous enten- 20 dîmes escarmoucher, tout le monde crut que c'était l'avant-garde de Neïpperg qui venait pour investir Jaegerndorf. Nous n'avions pour nous défendre que cinq bataillons, quarante coups pour chaque fantassin, et cinq petits canons. Cette situation était affreuse, et j'aurais fait du mauvais sang si je n'eusse été averti, que ce n'étaient que quelques coureurs des 25 ennemis, qui faisaient le coup de pistolet avec nos vedettes.

Je ne balançai plus un moment à rassembler l’armée. Les troupes de la Basse-Silésie eurent ordre de passer la Neisse à Sorge, et celles de la Haute -Silésie de me joindre à Jaegerndorf. Le 4 d'avril nous nous portâmes sur Neustadt avec toutes ces troupes, en côtoyant l’armée au- 30 trichienne, qui passait ce jour-là les défilés de Zuckmantel et venait se déployer dans la plaine. Le 5 j'avançais jusqu'à Steinau, petit bourg situé entre Neustadt et Sorge: nous avions à ce dernier lieu des ponts sur la Neïsse, je fis signifier au général de Kleiïst, qu'il levât promptement le blocus de Brieg et qu'il vint me joindre avec les troupes qui35 étaient sous son commandement; le due de Holstein reçut des ordres semblables, réitérés à plusieurs reprises, mais les chemins étaient infestés de hussards, et aucun de ces ordres ne lui parvint à temps, ainsi il resta à Franckenstein, coupé de mes troupes par l’armée autrichienne. J’appris à Steinau par des déserteurs que Neipperg et Lentulus s'étaient joints 40 ensemble le même jour à Neiïsse. Leur voisinage m'obligea de retirer à

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