Chapitre III
moi toutes les troupes qui étaient encore en arrière du côté de Neustadt. Je reconnus le terrain, et je trouvai un poste d'infanterie, si fort que j'aurais pu m'y défendre avec un petit nombre, au cas que Neipperg eût voulu m’attaquer. Pour comble d'embarras, le feu prit sur le soir dans 5 mon quartier, et ce ne fut que par de grands hasards qu'on sauva les munitions et le canon qui se trouvait engouffré dans des rues embrasées et étroites. Nous passâmes la nuit au bivouac sur le terrain que j'avais choisi la veille.
Le lendemain (6 d'avril), je partis à la pointe de jour avec les treize 10 bataillons et les quinze escadrons que j'avais assemblés, et après une marche fort fatigante nous arrivâmes à Falkenberg où les troupes cantonnèrent. Le colonel de Stechow, qui était détaché avec quatre bataillons pour couvrir les ponts que nous avions sur la Neisse à Sorge, me fit avertir que l'ennemi se fortifiait de l’autre côté de la rivière, et faisait un 15 feu très-vif sur son monde. Le prince Charles y marcha à l'instant à la tête de quatre bataïllons, et son aide-de-camp vint me dire que toute la cavalerie autrichienne était postée de l’autre côté du pont, de sorte que le passage était devenu impraticable. vu le peu de terrain qui restait pour déboucher. Ces nouvelles me firent changer la direction de notre 20 marche, et je résolus de passer la Neïsse à Michelau, où le général de Marwitz était avec une tête de l’armée composée des quartiers de Schweidnitz et du blocus de Brieg. Le prince Léopold leva ce pont de Sorge sans perte, et me joignit le soir avec toutes les troupes qui y avaient été détachées. —
25 Le 8 nous passâmes la Neisse à Michelau, où les généraux de Marwitz et de Kleist joignirent l'armée avec leurs divisions. Mon dessein était d'établir cette nuit mon quartier à Grottkau. Un courrier qui avait passé par cette ville m'apporta mes dépêches en marche, je ne me doutais de rien. Il tombait ce jour-là une neige si serrée qu'elle rendait l'air plus
30 obseur que ne peut faire un brouillard épais. Les fourriers avaient pris les devants avec un détachement de hussards; lorsqu'ils entrèrent dans le village de Leiïipe (qui est à un quart de mille de Grottkau) ils furent assaillis par une troupe d’ennemis de tous côtés, je fis promptement soutenir les hussards qui firent ensuite plus que quarante Autrichiens pri-
35 sonniers. J’appris d'eux que M. de Neïipperg venait de prendre Grottkau, il y avait une heure, qu'il y avait pris un lieutenant et soixante hommes et quatre cent pionniers, que toute l’armée ennemie y était, et que l’ordre était donné de marcher à Ohlau, pour y prendre notre gros canon. — Je fs assembler mon armée sur cette nouvelle. Dans un quart d'heure les
40 différents corps me joignirent. Je partageais ces troupes dans quatre divisions que je fis cantonner dans quatre grands villages, si voisins les
Frédéric IL, hist. de mon temps. 15
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uns des autres qu'à moins d’une heure elles pouvaient former leur ordre de bataille. J'envoyais en même temps un officier à Ohlau pour m'amener les deux régiments de cuirassiers qui y étaient, mais il n'y put passer. J'établis mon quartier dans le village de Pogarel et d'Alzenau.
Le lendemain, la neige et le brouillard furent aussi épais que la5 veille, j'appris pourtant par mes coureurs que les ennemis étaient marchés du côté de Brieg. Si ce mauvais temps eût continué, l'embarras cruel où j'étais aurait encore augmenté : les vivres commençaient à devenir rares,
il fallait secourir Ohlau, et en cas de malheur nous n'avions aucune retraite assurée; mais la fortune me favorisa. 10
Le 10 d'avril deux pieds de neige couvraient la terre, maïs le ciel était clair et serein, dès la pointe du jour l’armée commença à s’assembler auprès des moulins de Pogarel, selon la disposition que j'en avais faite. L'armée était ce jour forte de vingt-sept bataillons et de vingt-neuf eseadrons, sans compter les hussards. L'ordre de la marche se fit sur cinq 15 colonnes, les canons au centre, deux colonnes d'infanterie dans le milieu, et deux colonnes de cavalerie chacune sur un aile de l’armée. Comme ma cavalerie était faible, je l'avais entrelardée de deux bataillons de grenadiers à chaque aile entre les escadrons de la première ligne. Un régiment de dragons qui arriva trop tard nous fit perdre une heure en 20 délai inutile. |
Nous marchâmes à cet ordre tout droit à l'ennemi, en suivant la direction du grand chemin qui conduit à Ohlau. Rottembourg, qui soutenait l'avant-garde de hussards avec quatre escadrons de dragons, fit en passant une vingtaine de prisonniers auprès du village de Pampitz, qui con- 25 firmèrent la nouvelle que deux paysans de Mollwitz m’avaient donnée, à savoir que l’armée autrichienne était cantonnée dans les trois villages de Mollwitz, de Grüningen et de Hünern, qui n'étaient éloignés les uns des autres que de trois mille pas environ. Lorsque nous fûmes à une double portée de canon de Mollwitz, l’armée se déploya, et forma son ordre de 30 bataille sur deux lignes, sans qu’on vit encore paraître d’ennemis dans la campagne. Notre droite devait s'appuyer au village de Herrendorf, mais M. de Schulenbourg qui commandait cette droite, et qui ce jour-là avait l'esprit moins présent qu'à l'ordinaire ne put jamais gagner ce village. Notre gauche était appuyée au ruisseau de Laugwitz. Mais comme la 35 cavalerie de la droite n’occupait pas le terrain qui lui était assigné, notre front se trouva trop resserré, et je fus obligé de sortir trois bataillons de ma première ligne qui ne pouvaient y tenir, que je plaçaïis par bonheur dans le flanc droit de mon infanterie, et cette précaution, prise quoique sans en connaître la bonté, fut en partie cause du gain de la bataille. Le 40 bagage fut placé derrière la seconde ligne auprès du village de Pampitz,