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Chapitre IV

15 Raisons politiques de notre trève. Tableau de la guerre de Bohéme. L'Espagne se déclare contre la maison d'Autriche. De la diète de l'empire. Révolution en Russie. Diverses négociations.

Je me suis contenté de rapporter succinctement les raisons que Jj’eues œuvresTI, de faire une espèce de trève avec les Autrichiens, pour que la narration °°: 20orapide des faits de guerre ne fût ni suspendue ni interrompue dans le chapitre précédent. La délicatesse de cette matière demande cependant que je l’expose dans un plus grand détail. Souffrez que je fasse quelques pas en arrière pour vous expliquer les raisons qui m'engagéèrent dans un pas aussi scabreux.

25 Le principe de toutes mes actions, le but de toutes mes démarches, le nerf de tous mes engagements, c'etait l'acquisition de la Silésie; mais la France et mes alliés visaient à des objets tous différents. Cette puissance était dans la persuasion que la maison d'Autriche, sur son déclin, allait être détruite pour jante, et elle voulait élever sur ses ruines quatre 30 souverains égaux en tout, à savoir la reine d'Hongrie avec les débris de la monarchie de son père; l'électeur de Bavière avec la Bohême, une partie de l'Autriche, le Brisgau et le Tyrol; la Prusse avec la Basse- Silésie: et enfin la Saxe avec la Haute-Silésie et la Moravie. La France 94: fondait ainsi le dessein de son arbitrage universel sur l'équilibre de puis- 35 sance établie entre ces quatres souverains.

Ce projet, incompatible avec les libertés germaniques, l'était également avec la grandeur de ma maïson; exécuter servilement le projet du cardinal de Fleury c’aurait été travailler à la monarchie universelle de Louis XV., et briser le joug d'Autriche pour façonner celui des Bourbons. Quelle faute impardonnable en politique à tout prince de forger ainsi5 ses propres chaînes! D'ailleurs la haïne et la jalousie que la maison de Saxe a eue de tout temps contre la maïson de Brandebourg faisaient craindre que par l'accroissement de sa puissance cette rivalité ne devînt dangereuse à la Prusse, il ne fallait donc point travailler à l'agrandir, il ne fallait donc point faire la guerre pour lui procurer la Haute-Silésie et 10 la Moravie. Je vais plus loin, et je vous révèle la conscience secrète de ma pensée. Si j'eusse secondé trop vivement les opérations des Français, leur fortune m'aurait entraîné à la suite de son char bien au delà de mes intentions; une conduite mitigée qui tenait en équilibre la France et la reine d'Hongrie me convenait mieux, et l’infortune de cette prin-15 cesse était assez grande pour réduire sa fierté au point de souscrire à la cession de la Silésie. C’est pourquoi je consentis à cette suspension d'armes prévoyant d'avance que l’indiscrétion des ministres autrichiens me fournirait un prétexte légitime pour rompre cette trève, lorsque je le trouverais à propos. | 20

Je dois ajouter pour ma plus grande justification que j'étais informé des liaisons secrètes que le cardinal de Fleury entretenait avec Stainville, ministre du grand-duc de Toscane, je savais que le cardinal aurait eu la mémoire courte sur les engagements qu'il avait pris avec ses alliés, si la reine d'Hongrie eût pu se résoudre alors à céder Luxembourg à la France. 25

Ce que j'avais prévu de l’indiserétion des Autrichiens sur notre trève ” se confirma par l'événement, ils l'ébruitèrent à Dresde, en chargeant cette nouvelle de mille faussetés, ils la publièrent à Francefort-sur-le- Main, ils crurent par là intimider l'électeur de Bavière, et amollir la hauteur de la France. | 30

J'avais donné commission à mon ministre, le comte Podewils, d'entendre à Dresde quelle était la facon de penser de cette cour sur l'acquisition que nous avions faite de la Silésie. Podewils y trouva le maréchal de Belle-Isle furieux, et qui dans les convulsions de ses emportements n’épargnait pas même les menaces les plus offensantes. Un 35 nommé Koch, émissaire de la reine d'Hongrie, lui avait offert des conditions de paix à Franefort que Belle-Isle rejeta, sur quoi Koch lui déclara que la reine d'Hongrie avait fait à tout hasard son accommodement avec la Prusse. — De plus toute la ville de Dresde était inondéé de billets par lesquels les Saxons étaient avertis de suspendre la marche de leurs 40 troupes pour la Bohême, à cause que la Prusse, réconciliée avec la reine

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