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Chapitre IV

d'Hongrie se préparait à faire une irruption en Lusace. La timidité ombrageuse de Brühl fut rassurée par la fermeté du comte de Podewils, et les Saxons marchèrent en Bohême.

Sur ces entrefaites, l'électeur de Bavière m’envoya la copie d’une

5 lettre que l’impératrice Amélie lui avait écrite, par laquelle elle l’exhorta à s'accommoder avec la reine d'Hongrie avant le mois de décembre, sans quoi cette princesse serait obligée de ratifier les préliminaires dont elle était convenue avec les Prussiens. Tant de mauvaise foi et de trahisons justifiaient la défiance dans laquelle j'étais de la cour de Vienne. Vous

10 verrez dans la suite de cet ouvrage comment elle fut punie de sa fausseté.

La guerre avait changé de lieu pendant toutes ces négociations: il semblait que toutes les armées se fussent donné le rendez-vous en Bohême, l'électeur de Bavière avait été à deux marches de Vienne, en avançant il se trouvait aux portes de cette capitale qui, dépourvue de

I5troupes, se serait rendue sans grande résistance ; l'électeur craignit que les Saxons ne restassent en possession de la Bohême, après l'avoir conquise. La France, par une finesse mal étendue, appuya ces soupçons, et ce prince s'éloigna de Vienne qui était aux An) pour envahir la Bohême.

20 Cette faute capitale fut la cause de tous les malheurs qui dans la suite vinrent fondre sur la maison de Bavière. L’électeur partagea son armée, quinze mille hommes aux ordres du comte de Ségur furent destinés pour couvrir la Haute - Autriche et la Bavière. L’électeur s'empara avec le reste de cette armée de Tabor et de Budweïs, et marcha sur Prague où

25 Gassion le joignit avec sa colonne de troupes françaises qui venait par Pilsen, et les Saxons qui d'un autre côté venaient par Lowositz. Tôrring, maréchal de l'électeur, et Leuville abandonnèrent Tabor et Budweis à l'approche des Autrichiens qui y trouvèrent de magasins considérables. Ségur se trouva ainsi coupé de l’armée de Bohême. Neïpperg qui venait

3ode la Silésie et Lobkowitz qui arrivait de la Moravie rassemblèrent leurs troupes à ces postes importants.

La saison était cependant trop avancée pour qu'on pât ouvrir les tranchées devant Prague, l'électeur résolut de prendre cette ville par surprise. Lorsqu’ une place est d’une vaste enceinte et qu’elle est défendue

35 par une garnison faible, on est sûr de s’en emparer, en multipliant le nombre des attaques; car l’assaillant, partageant les forces de l'ennemi, trouve de toute part une résistance molle, et, pourvu qu'une de ces attaques réussisse, les assiégés sont perdus. Les alliés suivirent cette méthode, et s’en trouvèrent bien. La ville fut attaquée de trois côtés

40 différents, le comte de Saxe escalada l'angle flanqué du bastion Saint- Nicolas vers la porte neuve: il fit baisser le pont-levis, et il introduisit

Frédéric IL., hist. de mon temps. 16

de la cavalerie par cette porte, qui nettoya les rues, et obligea les ennemis à tourner le dos à la porte de Saint-Charles, que le comte Rutowski essayait vainement de forcer; maïs dès que les Autrichiens eurent abandonné le rempart, il fit donner l’assaut, et les Autrichiens accablés d’ennemi mirent bas les armes; la troisième attaque devait se faire sous 5 . la direction de Polastron, maïs elle manqua tout à fait.

Le duc de Lorraine, pendant ce temps, s'était mis à la tête de Parmée autrichienne, et il marchait à grandes journées pour secourir Prague. À peine fut-il arrivé à Kœnigsaal, (qui n’en est qu’ à deux milles) qu'il apprit que les ennemis étaient déjà maîtres de cette ville, il re-10 tourna sur ses pas dans la dernière consternation, sa retraite fut semblable à une fuite, les soldats se débandaiïent, pillaient les villages, par où ils passaient ou se rendaient aux Français, Neïpperg et Lobkowitz se réfugiérent dans les marais qui sont entre Budweïs, Tabor et Wittingau, camp fameux, depuis que Ziska, chef des Hussites, en avait fait le lieu 15 le plus inaccessible de sa retraite.

Le maréchal de Belle-Isle que la sciatique avait retenu à Dresde tant que les affaires de Bohême avaient paru critiques, arriva à Prague incessamment après sa reddition. Il détacha Polastron à Teutsch-Brod, et le comte de Saxe à Pischeli pour nettoyer les bords de la Sazawa, et 20 d'Aubigné se porta sur la Wottawa avec vingt bataillons et trente escadrons. L'intention du maréchal était qu'il devait pousser jusqu'à Budweis, mais la prudence ou la timidité de cet officier l'arrêta à Pisek. De cette façon les Autrichiens gagnèrent le temps qu'il leur fallait pour fortifier leurs quartiers. 25

Le maréchal de Belle-Isle, plus flatté de la représentation de son ambassade à la diète de Francfort que de la gloire de commander l’armée française de Bohême, manda au cardinal que l'état de sa santé ne lui permettait pas de fournir aux fatigues d’une campagne, et demanda d’être relevé. | 30

Le cardinal, pressé de choisir un chef pour l’armée de Bohême, capable de réprimer ses divisions, ne prit point le plus habile mais le plus proche ; le malheur de la France voulut que le vieux Broglie, hébété par deux apoplexies, fut gouverneur de Strasbourg: il était le plus à portée de la Bohême, et il partit pour y commander. 35

Broglie se brouilla, dès son arrivée, avec le maréchal de Belle-fsle, il changea toutes les dispositions, et rassembla le plus de troupes qu'il pt avec lesquelles il se rendit à Pisek que le grand-duc faisait mine de vouloir attaquer; l’entreprise de Lobkowitz sur Frauenberg échoua, les efforts des Autrichiens sur Pisek furent inutiles, les Français étaient si 40 avantageusement postés le long de la Wottawa que le grand-due fut con-

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