‹ Histoire de mon tempsChapitre 83 sur 149 · Chapitre IX. PL · texte numérisé non relu

Chapitre IX. PL

servir l'état avec succès. Le comte de Rottembourg, qui depuis l'année

40 avait passé du service de France à celui de Prusse, était plus propre

qu'aucun autre à la commission que je lui donnais, d'autant plus que sa vivacité se trouvait tempérée par le flegme du sieur de Chambrier, qu'il 5 était ami et lié avec ce qu'il y avait de plus illustre en France, et qu'il mimportait beaucoup de savoir jusqu’ à quel point je pourrais compter sur le roi, et l’arrangement qu'il fallait prendre pour être sûr de ses ministres: en un mot, Rottembourg partit pour la France, il y profita si habilement des haïnes et des passions des ministres que par le crédit du 10 duc de Richelieu et par celui de la duchesse de Châteauroux, maîtresse du roi, il fit envoyer le sieur Amelot, ministre des affaires étrangères, qui avait toujours été contraire à la Prusse par un préjugé déraisonnable qu'il avait en faveur de la maison d'Autriche. Le cardinal Tencin, le maréchal de Belle-Isle, d’Argenson, {ministre de) la guerre, le due de 15 Richelieu, la maîtresse du roi, tous étaient portés pour la Prusse; l’inclination du prince y était; ceci donnait des grandes espérances sur les fruits d’une alliance où les alliés ont mêmes intérêts et même intention d'agir avec vigueur. | | Les points que j'avais remis au maréchal de Seckendorff servirent 20 de base à ce traité, on y insistait surtout sur la vivacité des opérations françaises dans l'empire après la rétrogradation de l’armée autrichienne. 51 l'on veut bien réfléchir aux articles principaux de cette alliance, on verra que la Prusse avait les mains libres pour commencer ses opérations, lorsque le temps serait le plus convenable. Cette alliance préalable 25 de la Suède et de la Russie me donnait l’aisance de différer sous ce prétexte l'exécution du traité, et j'en aurais suspendu l'exécution plus longtemps encore sans la tournure que prirent ensuite les opérations des Autrichiens.

Les liaisons que je venais de prendre avec le roi de France étaient 30 solides, tant que le due de Richelieu et surtout la Châteauroux avaient de l’ascendant sur lui, mais dès que ce prince n'était point étayé dans ses résolutions, la contrariété de ses ministres le rendait incertain, et de là cette conduite inégale, sans liaison, et quelquefois contradictoire.

Au mois de mai de cette année, le comte de Tessin arriva à Berlin,

s5 en qualité d’ambassadeur pour y demander solennellement en mariage, au nom du prince successeur, Ulrique de Prusse, la cinquième fille du roi défunt. Ce comte avait choisi tout ce qu’ il y a de plus brillant parmi la noblesse suédoise pour l'accompagner : il a l’ésprit orné, et il est éloquent en Suédois, Latin, et Français également, il met de la dignité dans toutes 40$es actions et une douceur charmante dans ses mœurs. — Les noces se célébrèrent à Berlin avec dignité et magnificence, Guillaume, prince de

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Prusse, épousa sa sœur par procuration du prince royal de Suède. On remarqua à ces noces un faste que la frugalité de nos pères n'avait point connu. Si cette profusion naît de l'opulence, c’est une marque d'un état florissant: si elle à sa source dans l'esprit de dissipation des particuliers, alors cela mène à la ruine des familles, et cette magnificence ressemble 5 dans ce cas à l'enflure d’un hydropique qui le conduit au tombeau.

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