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Chapitre X. THE

d'honneur à l'amiral Navarro des Espagnols, et à un capitaine de la même nation, nommé Le Sage, qui montait le Royal Philippe. Les Français envoyèrent l’amiral Court qui commandait leur flotte en exil, et témoignèrent leur mécontentement de leur marine par des punitions différentes

5 qu'ils firent de leurs officiers: les Anglais mirent l'amiral Matthews devant le conseil de guerre, leur vice-amiral fut emprisonné, et ces deux nations marquèrent un mécontentement égal d’une bataille indécise dont les Anglais avaient eu l’affront, les Français la honte, les Espagnols la réputation, mais personne l'avantage.

10 Avant l'ouverture de la campagne de Flandre, le comte de Saxe se porta avec douze mille Français sur Dunkerque; le fils du Prétendant qui était en France s’y rend aussi; l’on fit des préparatifs pour un embarquement: l’Angleterre, alarmée, appela des secours étrangers: six mille Hollandais et six mille nationaux furent transportés sur les côtes

15 anglaises. Les Hollandais, qui manquaient de vaisseaux de guerre, armérent des vaisseaux marchands, et les envoyèrent à leurs alliés, selon qu'ils y étaient tenus par des traités. Le roi de la Grande-Bretagne qui ne se trouvait pas encore dans une sûreté assez grande avec ce secours réclama le contingent prussien. Je lui répondis que j'attendais à le voir

20 attaqué pour le lui donner, et que s’il s'agissait de sa conservation, je ne m'en tiendrais pas à mon contingent ordinaire, mais que je me mettrais moi-même à la tête de trente mille Prussiens pour passer dans cette île : George trouva ce secours trop fort.

C'est encore un problème en politique pour la plus grande partie de

25 l'Europe, si c'était l'intention sérieuse des Français de transporter le Prétendant en Angleterre ou s'ils n’en faisaient que la démonstration, ce qui dans un commencement de campagne opérait également une diversion. Il m'est revenu à ce sujet que l'expédition d'Angleterre avait été une idée du cardinal Tencin, qui pour marquer sa reconnaissance au roi

30 Jacques, qui lui avait donné le chapeau de cardinal par sa nomination malgré la cour de France, essaya de faire remonter les Stuart sur ce trône où leur famille avait essuyé tant de malheurs. Les vents contraires firent avorter cette expédition, et Roquefeuille, amiral français, n'osa tenter le passage de ces troupes devant une flotte anglaise dont le nom-

35 bre était supérieur au sien.

Depuis que Louis XIV avait cessé de paraître à la tête de ses armées, les Français n’y avaient plus vu leurs rois; quelques campagnes malheureuses avaient ôté à cette nation la confiance en elle-même, et cette audace qui fait présumer mieux de soi que de son ennemi à la

soguerre. Rien ne pouvait l'encourager davantage que la présence de son maître. Les Français aiment leur souverain, il font tout pour lui plaire ;

et ils se surpassent pour limiter. Une femme osa naître à Louis XV l’idée de commander ses troupes en personne. c'était la duchesse de Châteauroux, qui n'avait d'autre faiblesse qu'un tendre attachement pour le prince, aimant la France autant que la gloire du roi, bienfaisante, noble et désintéressée. Selon ses sentiments du cœur elle eût arrêté ce prince 5 dans des lieux où elle ne l’eût jamais quitté, selon son élevation de l’esprit elle le poussa d'aller en Flandre, ranimer l'abattement des soldats, leur enseigner le chemin de la gloire, et leur en donner l'exemple. —

C'était l’amour de madame de Walmoden qui rappela George d’Angleterre l’année passée des champs de Speyerbach où il allait mois-10 sonner des lauriers pour venir filer à ses pieds comme un second Hercule; et c'était l’amour de madame de Châteauroux qui tira Louis XV de l'inaction pour l'envoyer en Flandre où il se couvrit de gloire.

Le roi ouvrit la campagne de Flandre par le siége de Menin. Après une résistance assez légère, le gouverneur se rendit, les Français mar- 15 chèrent à Ypres: cette ville se défendit mieux que Menin. mais elle essuya le même sort. Les Français ont une méthode admirable pour prendre les villes, c’est par la quantité de canon et de bombes qu'ils y emploient. Le Brabant leur fournit beaucoup de facilités pour cette espèce de guerre, tant par le voisinage de leurs places fortes qui se trouvent 20 très bien pourvues, que par la commodité des canaux qui leur procure une aisance merveilleuse pour les transports. La Flandre et le Brabant ont cet avantage sur tous les autres pays où l’on fait la guerre que les subsistances n’y manquent jamais, et que l’on y peut entreprendre des siéges avec moins de difficulté que toute autre part. 25

Une grande partie de cette armée que le roi d'Angleterre avait quittée entre le Speyerbach et la Queich, était allée hiverner en Brabant et en Westphalie. L'armée du prince Charles de Lorraine, avec laquelle 1l avait tenté inutilement le passage du Rhin, avait pris ses quartiers dans le Brisgau et la plus grande partie dans la Bavière. Le maréchal de Coigny 30 qui commandait l’armée française gardait les bords du Rhin et couvrait l'Alsace, et les débris des troupes impériales étaient distribués chez les amis de l'empereur à qui javais donné l'exemple de l'hospitalité, ce qui conserva à ce prince infortuné le pied d’une faible armée.

Le comte de Khevenhiüller mourut à Vienne avant l'ouverture de la 35 campagne ; l’état crut faire une perte en lui, la reine honora sa mémoire de quelques larmes. Ce fut le comte de Traun que l’on nomma pour commander la grande armée autrichienne dont le prince Charles avait la représentation, et auquel l’on n'avait pas encore assez de confiance pour le charger seul d’une besogne aussi importante. Je suis fort embarrassé, 40 que dire du caractère de ce prince, ses amis et ses ennemis ne gardent

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