‹ Histoire de mon tempsChapitre 99 sur 149 · Chapitre X · texte numérisé non relu

Chapitre X

sions pour le chemin qui lui restait à faire. Quand il fut aux environs de Bühmisch-Leipa, il apprit que les Saxons avaient dessein de lui disputer le passage de la Silésie; il y eut en chemin quelques rencontres avec des uhlans et autres troupes légères, dont les Prussiens sortirent 5toujours avec avantage. Comme il fut auprès de Hochwald, bourg situé à deux milles de Friedland et à trois milles des frontières de Silésie, on découvrit un corps de troupes considérable, et l’on apprit par des transfuges et des espions, que c'était la plus grande partie des troupes saxonnes sous les ordres du chevalier de Saxe, auxquelles les Autrichiens avai- 10 ent joint deux mille grenadiers. Le vieux Einsiedel qui ne s'était jamais trouvé en pareil cas, perdit entièrement cette disposition d'esprit dans laquelle on découvre les objets sans nuage, et où l’on conserve la liberté de se déterminer, il fut étourdi d’une situation, qui cependant aurait été embarrassante pour un autre: il fut longtemps indécis s’il attaquerait les 15Saxons, qui s'étaient fait un retranchement de neige, ou s'il traverserait la Lusace pour rentrer en Silésie. Le grand chemin de Friedland était si fort rompu par des abattis, que les ennemis y avaient faits, qu’il était devenu impraticable dans cette saison. Le général Rottembourg qui vit que rien ne se faisait, et que les troupes allaient périr de froid et de mi- 20 sère, si l'on ne prenait une résolution, fit reconnaître les chemins de la Lusace, et fit la disposition pour attaquer le lendemain le chevalier de Saxe, en se chargeant de l'événement. Un capitaine prussien, nommé Kottwitz, déserta la nuit même, et avertit le chevalier de Saxe des desseins du général Rottembourg; celui-ci, se voyant trahi, profita de la 25 trahison même, et marcha le lendemain de bon matin par sa gauche, et entra en Lusace. Les Saxons, qui se préparaient à être attaqués, tournèrent toute leur attention sur la défensive, ils reçurent en même temps la nouvelle que je faisais défiler par la Silésie un gros corps sous les ordres du général Nassau pour leur tomber à dos: toutes ces nouvelles 30 les occupèrent si fort d'eux-mêmes que la garnison de Prague leur échappa à quelques équipages près. Un colonel saxon, nommé Vitzthum, qui commandait sur les frontières de la Lusace, voulut s'opposer au passage des Prussiens, mais il s’en désista dès qu'il vit le nombre auquel il avait à faire. Le général Arnim, sous les ordres duquel il était, envoya un 35 officier pour interdire le passage à Rottembourg, mais celui-là continua son chemin, en faisant faire des compliments et dire des politesses au général saxon. Toutes ces troupes arrivèrent le 13 de décembre sur les frontières de la Silésie, et elles furent employées à former la chaîne des quartiers d'hiver qui prenait depuis les frontières de la Lusace le long 10 des montagnes, en côtoyant les frontières de la Bohême jusqu'où finit le comté de Glatz.

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C’est ainsi que se termina cette campagne dont les préparatifs avaient annoncé de plus heureux succès; et ce prodigieux armement qui devait non seulement fondre sur la Bohême, mais encore inonder l’Autriche. eut le destin de la flotte invincible que Philippe IL fit équiper, et de la grande armée avec laquelle les alliés et milord Marlborôugh voulurent 5 conquérir la France, l’année . . . lorsque Villars défendait ses frontières sur le Rhin. | |

Il est sûr que la marche inattendue des Saxons dérangea beaucoup le plan de mes opérations; mais plus que toute autre chose encore la mauvaise administration de mes subsistances qui manqua de faire périr 10 l'armée la plus brillante qu'on verra peut-être jamais. Voilà comme le destin se joue des choses humaines, et qu'il se plait à renverser par un souffle léger les projets de notre présomption et de notre orgueil.

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