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Chapitre X

Le 22, je pris un camp entre Pardubitz et Küniggrätz à un village nommé Wosnitz, qui m'approchait des défilés de Néchanitz. Je fis partir de ce camp les malades et les gros bagages sous une bonne escorte pour la Silésie, afin de rendre mes opérations plus légères. Le colonel de

5 Retzow évacua en même temps la ville de Pardubitz où nos vivres étaient consommés, et le 24, toute ma cavalerie marcha à la rencontre du général Nassau, qui joignit l’armée le même jour, tandis que l'infanterie défila par Kôüniggrätz, pour se cantonner dans les villages qui en deçà bordent l'Elbe. Nous restâmes le 25 et le 26 dans cette position, le 27, l’armée,

10 partagée en trois colonnes, se mit en marche: l’une pour entrer dans le comté de Glatz, la seconde que je conduisais pour passer les montagnes de Braunau, et la troisième que menait le général Du Moulin devait traverser les gorges et les défilés de Trautenau. La première colonne ne fut point inquiétée dans sa marche, la brigade de Truchsess qui était de la

15 seconde colonne fut attaquée, en passant le ruisseau de la Mettau au village de Pless, en voulant gagner Jaromirez. Truchsess s'amusa mal à propos à escarmoucher avec les pandours, étant séparé d'eux par ce ruissau, nous y perdîmes quarante hommes, mis hors de combat tant morts que blessés.

20 Je dois vous rapporter une particularité singulière de ce combat de pandours, et qui caractérise bien le génie de la nation hongroise. Les troupes tiraillaient encore, lorsque par je ne sais quel hasard quelques cochons se mirent à crier dans le village de Pless. Sur-le-champ la trève fut faite, et les pandours abandonnèrent notre arrière-garde pour as-

25 sommer les cochons et les bestiaux qu'ils trouvèrent dans ce lieu. Il est rare assurément de trouver dans l’histoire des exemples d'escarmouches aussi vives, qui ont eu un denoûment aussi singulier.

| La colonne du général Du Moulin ne fut attaquée qu’au village d’'Else sur les frontières de la Silésie: mais les circonstances ne méritent point 30 qu'on les rapporte, puisqu'il ne s’y passa rien de remarquable. Ce fut ainsi que l’armée rentra en Silésie après avoir été trois mois toute puissante en Bohême, et n’y eut pas perdu dans sa retraite la centième partie de ce que supposaient les Autrichiens.

C'est sa situation qui défend le royaume de Bohême, la chaîne de

35 montagnes qui l’environne en rend l'entrée et la sortie également difficiles; des troupes légères vous coupent à l'instant toutes les communications, et vous ne pouvez vous établir nulle part, faute de trouver des places tenables. Il me semble que lorsqu'on veut faire la conquête de la Bohême, ce n’en est point le moyen de l’attaquer directement; mais il 40 faut entrer d’un côté en Autriche par la Bavière et de l’autre en Moravie

par la Silésie, et avancer droit à Vienne; la Bohême alors tombe d’ellemême, et principalement si l’on est sûr des Saxons.

Ma colonne arriva le 4 de décembre à Tannhausen; le vieux prince d'Anhalt, à qui j'avais donné ordre de venir en Silésie, y arriva presque en même temps. Le prince Léopold était dans un état maladif qui me5 faisait craindre pour ses jours, le maréchal de Schwerin avait quitté l'armée par fantaisie et par maladie, et ma présence devenait d'autant plus nécessaire à Berlin qu’il fallait pourvoir aux finances pour les extraordinaires de guerre et pour les dépenses de la campagne prochaine, et que mes intérêts demandaient de frayer les chemins de la paix par les 10 voies de la négociation. Le détachement de Leïtmeritz que conduisait le colonel de Winterfeldt arriva assez heureusement sur les frontières de la Silésie, cependant Winterfeldt y fut blessé, quoique légèrement. — Les Autrichiens poursuivirent mon armée jusqu'à Nachod, ce fut là où leurs troupes se séparèrent. Les Saxons prirent la route des cercles de 15 Bunzlau et de Leïitmeritz, et il y avait toute apparence que la campagne était finie. Fu

C'était beaucoup pour moi que d’avoir heureusement franchi avec mon armée les frontières de la Bohême, mais il me restait encore bien des inquiétudes pour la garnison de Prague. Le général d’Einsiedel qui 20 en était le gouverneur avait reçu l’ordre de faire sauter les ouvrages du Wyssehrad, de la montagne de Saint-Laurent, et de miner quelques bastions ; il devait de plus faire crever les gros canons, brûler les affûts, jeter dans l’eau quelques mille fusils français qu’il y avait à l'arsenal, et en un mot détruire tout ce de quoi l'ennemi aurait pu profiter après notre 25 sortie. Einsiedel se persuada, je ne sais pourquoi, que ce premier ordre serait révoqué, et il en suspendit l'exécution jusqu'au moment qui lui était prescrit pour la sortie, aïnsi qu'il ne fit rien de ce qui lui était ordonné, hormis, lorsqu'il se vit abusé dans ses suppositions, il assembla tous les chevaux que l’on put trouver, et il amena avec lui quarante-deux 30 pièces de campagne autrichiennes dans la place du gros canon qu'il leur abandonna. La garnison sortit de Prague le 26 de novembre par la porte de Saint-Charles; elle défilait encore par les rues de la ville, que quatre cents pandours y entrèrent par eau, venant de Kôünigssaal. Les Hongrois attaquèrent d’abord les Prussiens, mais le général de Rottem-35 bourg fit tirer sur eux quelques canons chargés à cartouche, après quoi leur zèle se ralentit. — Si le général d'Einsiedel n'avait pas négligé de prendre quelques précautions très communes à la guerre, il n'avait point reçu un pareil affront dans sa retraite.

Le général d'Einsiedel arriva le 30 à Leïtmeritz avec sa garnison de 40 Prague, il s'y arrêta quelques jours pour se munir de pain et de provi-

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