CHAPITRE V
Incarcération de M. Pasquier père. — La prison considérée comme un asile. — Les certificats de résidence et de civisme. — Les tribuons du conseiller Pasquier réfugié à Montgé, près Juilly. — Sentiments généreux de la classe bourgeoise de Paris. —Mme Tavaux. — La citoyenne Mottei. — La gratitude de Levasseur : portrait de ce conventionnel. — Le citoyen Félix, frère de Lepelletier de Saint- Fargenu. — Jugement et exécution de M. Pasquier père. — Arrestation, à Amiens, du conseiller Pasquier. — Son entrée à Saint- Lazare, le 8 thermidor, avec Mme Pasquier. — Une prison sous la Terreur. — Le 9 thermidor. — La mise en liberté des détenus — Fouquier-Tinville devant le tribunal et sur l'échafaud. — Ovation faite à Tallien et à Mme Tallien au théâtre de l'Odéon. — La France après thermidor. — Les Vendéens. — L'existence de M. et Mme Pasquier à Croissy. — Leurs relations avec Joséphine de Beauharnais. — Mme de Beauharnais, l'ainée, belle-sœur de Joséphine. — Le prix exorbitant des denrées; la disette.
Les démarches que mon mariage avait nécessitées m’avaient un peu aguerri au séjour de la capitale. J'y venais de temps en temps passer une journée avec mon père. Dans une de ces journées, et pendant que nous dinions ensemble, l'abbé Salamon accourut nous prévenir que l'arrêté de la chambre des vacations avait été livré par le valet de chambre de M. de Rosambo, et que le Comité de sûreté générale avait aussitôt donné l’ordre d’arréter tous les signataires de cette pièce et, en même temps, plusieurs autres conseillers au Parlement.
M. Salamon me croyait du nombre de ces derniers. Il allait se cacher et avait eu le courage de parcourir la ville dans tous les sens pour prévenir ceux de ses collègues qu’il savait y résider encore. Cet acte de dévouement était d'autant plus méritoire que personne ne courait plus de
sa ville natale, pauvre et chargé de famille, n'ayant de ressource que son savoir de chirurgien, car sa probilé au milieu des orages révolutionnaires est toujours restée intacte. 11 avait peine à vivre, à cause de l'éloignement qu'il inspirait à loutes les classes de la société qui sont en état de payer honnêtement les soins qu’on leur rend. J'étais revenu dans la terre de mon père; ayant besoin d’être soigné, je n'étais pas de ceux qui pouvaient, après le service qu'il m'avait rendu, tenir rigueur à Levasseur. Je le fis donc appeler; il ne vint point et m'envoyÿa un autre chirurgien chargé de me dire qu’il valait mieux, pour lui et pour moi, que nous ne nous vissions jamais.
Il en eût été ainsi, suivant toutes les apparences, sans le mauvais service qui lui fut rendu par le préfet que Napoléon, durant les Cent-jours, envoya dans le département de la Sarthe. Levasseur eut la faiblesse d'accepter je ne sais quelles fonctions qu'on lui offrit et qui me le firent rencontrer un jour dans l'hôtel de la préfecture. Nous ne nous dimes que quelques mots de simple polid'ailleurs, le plus possible. Six int par la loi qui prononça le bannissement de tous les régicides. Il se retira alors en Belgique, où l'exe a profession l'a peut-être fait vivre moins malheureux qu'il ne l'eût été en France. Toujours fidèle à son inflexible caractère, il vient de publier des Mémoires où se trouve pour la première fois la glorilication de la conduite des conventionnels qui ont, en 1793 et 1794, installé le régime de la Terreur.
Je n'ai pas besoin de dire avee quel bonheur je me retrouvai duns le village de Montgé, dont la tranquillité contrastail avec les passions qui régnaient dans Paris. J'habitais encore ce paisible village lors des fêtes de à l'époque où eut lieu l'exécution de Lous les
S qui avaient, en 1789 et 1790, composé la chambre des vacalions à Paris, de M. de Malesherbes
tesse et qu'il abrège mois après, il fut alt
ice de