MADAME DE BEAUMONT
haines qu'on devait retrouver si vivaces sous l'Empire et sous la Restauration.
Nous vivions alors à l'abri de ces fléaux et sans contrainte; sans autre frein que le respect que nous avions les uns pour les autres, nous parlions de tout. Je ne sache guère de questions qui n'aient été traitées dans ce petit salon, sur la politique intérieure, extérieure, dans le passé, dans le présent; sur le caractère, la valeur des différentes constitutions ; sur les besoins religieux de la société nouvelle; enfin sur la littérature elassique, les grands maitres du siècle de Louis XIV, et aussi sur celle dont la renaissance s’annonçait avec Atala et Le yénie du christianisme: grands combats sur les mérites de Mlle Georges comparés à ceux de Mlle Duchesnois.
Je transcris ici une lettre de Mme de Beaumont, parce qu'elle donne une idée de l'esprit de la société que j'essaye
de peindre.
« Ce 46 juillet.
« Je vous dois des excuses, Monsieur, d’avoir autant tardé à vous répondre. Mes excuses ne sont malheureusement que trop bonnes; presque tout mon temps a été consacré à des affaires et à des adieux.
« Il ne reste plus que M. Julien et moi de la société dans laquelle vous vous plaisiez cet hiver, et nous répétons sans cesse à cet appartement si fier autrefois de ce qui le visitait :
Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta gloire ?
< Il va être bientôt abandonné; dans peu de jours, je pars Pour les eaux; j'ignore l'effet qu’elles me feront, elles auront à Mnes yeux une vertu très puissante, si elles me tirent de l’état où Je suis. C'est la foi qui sauve, il faut donc tâcher d'en avoir. Je tache. M. Joubert n’est parti qu'il y a trois jours, il était dans Une assez bonne veine de santé.
« J'ai enfin déjeuné avec Mile Duchesnois, j'en ai été enchantée, à la lettre; il m'est impossible de pardonner à ceux