‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 17 sur 30 · LA SENTENCE ET L'EXÉCUTION · texte numérisé non relu

LA SENTENCE ET L'EXÉCUTION

garde sous les armes, n’a-t-elle pas été imaginée, suggérée comme pouvant équivaloir à l’ordre d'exécuter immédiatement, comme devant y suppléer?

Les membres de la commission ont toujours soutenu que le libellé qui contient l'ordre de l'exécution immédiate n’était pas, bien que leur signature s’y trouvät apposée, celui qu’ils auraient définitivement adopté; qu'il aurait dà être détruit, qu'il a été conservé par mégarde, et que le seul authentique, le seul qui ait été laissé au dossier, est celui dont la copie se trouve au Moniteur. I1 faut encore dire pour compléter l’histoire de cette série d’iniquités, que ce dossier, qui devait se trouver dans les archives de la guerre, en à élé soustrait et a complètement disparu ; si les juges doivent ètre crus, ils avaient done la certitude que la lecture de la sentence, telle qu’ils venaient de la prononcer, ne pouvait entrainer l'exécution, à laquelle il ne serait permis de procéder que quand une copie en forme aurait élé remise au général commandant la division, dont les ordres seuls pouvaient mettre les troupes en action; et, en ne se hâtant pas de délivrer cette copie, ils croyaient avoir le temps nécessaire pour accomplir les démarches qui leur étaient commandées par leur honneur et leur cons

Is décidèrent unanimement, aussitôt le jugement prononcé, d'écrire au premier Consul, et de lui faire connaitre la demande que le prince avait formée d'être conduit en sa prés mande, et terminer en implorant sa clémence.

ience.

e; ils devaient le supplier d'accéder à cette de-

Le général Hulin se mit, sans nul retard, en devoir de composer la lettre; mais, pendant qu'il y travaillait, le duc de Rovigo, étant entré dans la salle du conseil et ayant demandé ce qu'on éc

ivait, se jeta sur la plume du général et, la lui ar

hant des mains, prononça ces paroles adressées à tous les membres de la commission : « Messieurs, votre affaire est finie, le reste me regarde. » Puis, quittant

« quoi faire tant de bruit? Un conspirateur est saisi près « de la frontière; on l'amène à Paris, on le fusille; qu’est-ce « que cela a de si extraordinaire? »

Ce fut le soir, à la Comédie-Française, que j'en fus instruit. Je me promenais sur le théâtre, pendant l’entr’acte. Mile Contat m'appela, m'entraina dans sa loge, et là, tombant sur un siège et fondant en larmes : « Le duc d’Enghien « a été fusillé ce matin », me dit-elle; « presque personne « ne le sait encore, mais j'en suis sûre; où fuir? où se « cacher? » Je ne pouvais le croire. Cependant la réponse de M. de Talleyrand au bal de Mme de Luynes me revint aussitôt à la pensée, et je courus pour chercher d’autres informations.

Le lendemain à huit heures du matin, le jugement était crié dans les rues; au bout d’une heure, les crieurs eurent ordre de se taire. On voyait l’horreur publique éclater à mesure qu'ils parcouraient la ville. « La mort du duc d’Enghien, dit Fouché, est plus qu'un crime, c'est une faute. »

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