‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 2)Chapitre 8 sur 30 · PREMIÈRES ÉMEUTES POPULAIRES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ÉMEUTES POPULAIRES

d’une course qui avait lieu dans le bois de Vincennes. Aussitôt que l'événement y fut connu, chacun se häta de regagner Paris, en prenant soin d'éviter le redoutable faubourg. Un des jeunes gens avec lesquels je me trouvais s’obstina à y passer (1). Nous fûmes trois ou quatre qui ne voulûmes pas l’abandonner. Nous étions à cheval, et nous sortimes heureusement de notre téméraire entreprise, grâce à la fantaisie qui prit à un même nombre des plus déguenillés de la bande insurgée de se placer sur la croupe de nos chevaux. Ces étranges compagnons nous firent arriver à bon port jusqu'au boulevard, où ils nous abandonnèrent. Cette émeute était évidemment factice; les malheureux qui y figurèrent ne savaient ni ce qu’ils voulaient, ni ce qu'ils faisaient, et il était clair que leur fureur était de commande.

Je me trouvais encore à cinq heures du soir sur les boulevards, lorsque deux ou trois compagnies de gardes suisses et de gardes françaises y passèrent, marchant contre le faubourg avec trois ou quatre canons, mèches allumées. Elles eurent bientôt mis fin à ce désordre. Ce fut la première occasion dans laquelle la force militaire, armée de canons, ait été employée de nos jours dans Paris. Ce spectacle fit un grand effet. On ne prévoyait guère, alors, à quel point il faudrait s’y accoutumer. Comme on le voit, les gardes françaises étaient encore fidèles, mais l'expérience de cette fidélité fut un avertissement pour le parti qui travaillait à la révolution. Il reconnut que le moment était venu dé travailler l'esprit de ce corps, et tout le monde sait ce qui en est advenu.

Les États généraux s’ouvrirent donc avec ces redoutables préliminaires et tout faisait présager, pour un prochain avenir, de grosses difficultés. Comment supposer, en

(4) Ce jeune homme était M. d'Oilliamson, dont la tragique fin a eu cela de fatal qu'il a été le dernier émigré fusillé en France pour fait d'émigration.

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