LA COUR ET LE PARLEMENT. E
point de difficultés ; mais il en fut autrement quand vinrent les édits du timbre et de la subvention territoriale. Ce fut alors que se manifesta la grande résistance du parlement de Paris. Il ÿ avait sept mois que je faisais partie de cette compagnie, et j'ai vu commencer avec cette résistance la série des faits qui nous ont conduits sans interruption jusqu'à la révolution de 1789.
Il n’entre point dans mes vues de suivre pas à pas le cours des débats qui s’élevèrent alors entre la Cour et la magistrature. Je ne veux point redire ce qui est écrit dans tous les Mémoires du temps, ce qu’on trouve surtout exposé jusqu'aux moindres détails dans un ouvrage de M. Sallier, comme moi ancien conseiller au Parlement. Je ne veux présenter sur ce sujet que quelques aperçus qui me semblent propres à mieux faire comprendre l’ensemble des événements.
Le parlement de Paris fut sans aucun doule téméraire dans son opposition, et surtout dans les moyens qu'il employa pour la rendre efficace. Il céda trop facilement à un besoin de popularité au-dessus duquel sa gravité naturelle aurait dû le placer. Il ne se contenta pas de refuser les enregistrements d'impôts ; il se déclara inhabile à en enregistrer jamais, et c’était la plus grande faute qu'il pât commettre, parce que c'était disposer d’un avenir qui ne lui appartenait pas.
Demander des États généraux indispensables, c'était plus qu’une imprudence, c'était une violence faite à l’autorité royale, et dans les principes de la magistrature (je parle ici son langage, je me place dans son esprit ordinaire), elle ne devait jamais se permettre une telle violence. Je ne suis donc point aveuglé sur les torts de ce Parlement, dont j'ai fait partie; mais, en les avouant ainsi, je crois acquérir le droit d’être non moins sincère sur ceux de la Cour. Je dis la Cour, parce qu’alors c’est là que se trouvait le gouvernement. Que de fautes, que de