LA RESTAURATION DEVIENT INÉVITABLE
dans les prétentions relatives à Napoléon II ; et, en dehors d'un bien petit nombre d'amis dévoués, qui professaient un véritable culte pour cette dynastie et qui, singulier hasard, se trouvèrent plus nombreux dans la Chambre des représentants que partout ailleurs, je ne pense pas qu'aucun homme politique ait pu se faire illusion à cet égard. Il fallait être bien aveuglé pour ne pas voir que la maison de Bourbon était redevenue inévitable. Toutefois, même parmi ceux qui reconnaissaient cette vérité, il y en avait beaucoup qui se persuadaient qu'on pouvait lui faire encore des conditions. Ils ne voulaient pas comprendre que la couronne allait être reconquise; ils se flattaient que le Roi s'estimerait heureux de consentir à tout ce qui lui serait demandé. Dans leur zèle pour la liberté, ils trouvaient le moment favorable pour exiger toutes les améliorations dont la Charte de Louis XVIII leur paraissait susceptible.
L'idée fixe de M. de La Fayette et de ceux qui marchaient à sa suite (car, peu leur importait la personne appelée à régner) était que la couronne de France devait appartenir au prince qui accepterait franchement le nouveau pacte entre la nation et le souverain. Comme ils comptaient peu sur les dispositions, sur la bonne foi de la maison de Bourbon, ils aimaient à se persuader qu'il leur serait facile d'amener les cabinets de l'Europe à accepter, à la place de ceux qui leur inspiraient si peu de confiance, une branche quelconque d'une autre maison souveraine. Tel fut, en effet, le texte sur lequel M. de La Fayette n'hésita pas à entreprendre de négocier, du moment où il fut parvenu à rejoindre, dans Haguenau, le quartier général des souverains. Mais, à côté de ces partisans fanatiques du dogme de l'indépendance et de la souveraineté nationales, se plaçaient d'autres hommes plus pratiques qui, beaucoup moins occupés des libertés publiques que des intérêts particuliers, songeaient avant tout, comme M. Fouché, aux garanties que ces intérêts pouvaient recevoir.