LETTRE DE M. FOUGHÉ A LORD WELLINGTON
rai des alliés de nouveaux commissaires, spécialement chargés de demander une suspension d'armes et de négocier un armistice. Le choix de ceux-ci était fait de manière à montrer qu'on mettait une grande importance au succès de leurs démarches ; il était sensible qu'en cas de besoin ils iraient beaucoup plus loin que leur mission apparente. C'étaient MM. Andréossy, de Valence, Flaugergues, de Boissy d'Anglas et de La Besnardière. Plusieurs d'entre eux ne dissimulèrent point, au moment de partir, je l'ai entendu de la bouche même de M. de Boissy d'Anglas, que le seul moyen d'en finir était d'arriver au plus vite à la maison de Bourbon; que toute tentative qui n'irait pas droit à ce but serait du temps perdu.
M. Fouché avait écrit au duc de Wellington une lettre qu'il chargea les commissaires de lui remettre et dont il donna comn^unication en même temps à la Chambre des représentants. Elle est fort remarquable. Après quelques phrases de compliments assez bien tournés à l'adresse du duc et de l'Angleterre, se trouvait celle-ci :
« La nation française veut vivre sous un monarque. Elle « veut aussi que ce monarque règne sous l'empire des lois.
« La République nous a fait connaître tout ce qu'ont de « funeste les excès de la liberté, l'Empire tout ce qu'a de « funeste l'excès du pouvoir. Notre vœu, et il est immuable, « est de trouver à égale distance de ces excès l'indépen- « dance, l'ordre et la paix de l'Europe.
« Tous les regards en France sont fixés sur la constitu- « tion de l'Angleterre ; nous ne prétendons pas à être plus <c libres, nous ne consentirons pas à l'être moins.
« Les représentants du peuple français travaillent à son ce pacte social. Les pouvoirs seront séparés, mais non divisés. « C'est de leur séparation même qu'on veut faire naître leur c( harmonie.
« Dès que ce traité aura reçu la signature du souverain « qui sera appelé à gouverner la France, ce souverain
« recevra le sceptre et la couronne des mains de la nation.
a Dans Tétat actuel des lumières de l'Europe, un des plus « grands malheurs du genre humain, ce sont les divisions « de la France et de l'Angleterre; unissons-nous pour le « bonheur du monde.
a Mylord, nul homme, en ce moment, ne peut aussi puis- « samment que vous concourir à mettre l'humanité tout « entière sous un meilleur génie et dans une meilleure conii dition. »
La lecture de cette lettre eut le plus grand succès dans la Chambre; elle fut couverte d'applaudissements. Le commentaire n'en était pas difficile. M. Fouché se faisait clairement l'organe de ceux qui désiraient un nouveau pacte entre la nation et son souverain, qui voulaient que la couronne ne fût rendue qu'à cette condition; mais en même temps il écartait, non moins clairement. Napoléon II, car ce n'était pas avec un roi enfant qu'il pouvait être question d'un tel traité. Louis XVIII était le seul souverain qui pût lui donner de sérieuses garanties. Après les applaudissements donnés publiquement à cette lettre, conçue dans des termes si clairs, alors que Napoléon était encore à la Malmaison, on ne devait pas s'attendre à l'explosion qui, trois jours plus tard, eut lieu dans la Chambre en faveur de Napoléon II. Les assemblées sont mobiles; il est facile de les égarer quand elles n'ont pas été habituées à la discipline par une longue pratique du gouvernement parlementaire.
Cependant ni les commissaires nommés pour traiter d'un armistice, ni la lettre de M. Fouché n'avaient pu arriver assez tôt pour empêcher les colonnes ennemies de s'avancer rapidement jusqu'à une distance fort rapprochée de Paris. Dès le 30 juin, la commission de gouvernement fut obligée d'avertir les Chambres que les ennemis étaient en vue de la capitale ; elle ajouta que l'armée réorganisée occupait une ligne de défense qui protégeait la ville, et