ADRESSE DE L'ÉTAT-MAJOR AUX CHAMBRES
que cette armée était animée du meilleur esprit, que son dévouement égalait sa valeiHT. Le ministre de la guerre, le maréchal Davout, en avait. pris le commandement. Le maréchal Grouchy n'inspirait pas assez de confiance pour qu'on lui permît de négocier un armistice, d'entamer aucune négociation. Le quartier général du maréchal Davout fut établi à la Villette. Cela disait suffisamment à quel point la ligne de défense était resserrée; aussi la ville de Paris fut-elle mise en état de siège. Une situation aussi critique rendait de plus en plus désirable la conclusion d'un armistice.
A ce moment, le parti qui voulait la proclamation de Napoléon II redoubla d'efforts pour entraîner l'armée; il envoya des commissaires pour visiter les troupes dans leurs cantonnements. Il en résulta que le 1" juillet l'étatr major fit parvenir aux deux Chambres, sous forme de lettre, une déclaration dans laquelle les protestations de dévouement à la cause nationale étaient entremêlées des déclarations les plus violentes contre la maison de Bourbon : « On voudrait nous imposer les Bourbons, et ces « princes sont rejetés par Fimmense majorité des Français! c( Si on pouvait souscrire à leur rentrée, rappelez-vous, « représentants, qu'on aurait signé le testament de l'armée « qui pendant vingt années a été le palladium de l'honneur
« français Les Bourbons n'offrent aucune garantie à la
« nation. Nous les avions accueillis avec les sentiments « de la plus généreuse confiance;. nous avions oublié tous « les maux qu'ils nous avaient causés par un acharnement « à vouloir nous priver de nos droits les plus sacrés. Eh u bien I comment ont-ils répondu à cette confiance? Ils nous « ont traités comme rebelles et vaincus, etc. »
Le maréchal Davout était le premier des généraux dont le nom se trouvait inscrit au bas de cette pièce. Elle a eu les plus graves conséquences, en confirmant la maison de Bourbon dans cette pensée que l'armée lui était à ce point
hostile que son existence était incompatible avec la sienne.
La Chambre des représeatants rédigea et vota une adresse au peuple français. La discussion eut lieu le 30 juin et le 1*' juillet, et elle fut l'occasion du dernier triomphe des partisans de Napoléon IL M. Manuel, qui en était le rédacteur, n'y avait point fait mention de Napoléon II et ne s'était occupé que du soin d'établir que nul ne saurait jamais être reconnu comme chef légitime de l'État si, en montant sur le trône, il refusait de reconnaître les droits de la nation et de les consacrer par un acte solennel. C'était le développement de la lettre de M. Fouché au duc de Wellington.
M. Bérenger, député du département de l'Isère, s'éleva contre l'apparent oubli des droits de Napoléon II, empereur par la force des constitutions. « Nous ne voulons « point, s'écria-t-il, de ces souverains qui arrivent à la « suite des armées étrangères. Notre constitution a deux « bases principales, l'exclusion des Bourbons et la fixation « de la couronne sur la tête de Napoléon II et de sa (( famille, etc. » Celte violente sortie jeta le plus grand trouble dans les esprits. M. Regnaud appuya M. Bérenger, et M. Manuel essaya, avec beaucoup d'art, de faire comprendre comment l'omission de Napoléon II était une mesure de prudence, qui ne compromettait aucun droit, puisque le but de l'adresse n'avait été que d'établir les grands principes de l'indépendance nationale; mais il produisit peu d'impression.
Le parti royaliste était fort déconcerté par une discussion qui avait eu lieu au commencement de la séance; il y avait épuisé ses forces pour défendre une opinion que M. Maleville, membre de la Chambre, avait fait imprimer et distribuer, dans laquelle il s'efforçait de démontrer l'indispensable nécessité de se jeter au plus tôt dans les bras de la maison de Bourbon. Cette opinion avait été dénoncée par un sieur Garreau, l'un des commissaires