LE MINISTÈRE RICHELIEU
Il était également réduit à ne discuter que la quotité de rindemnité pécuniaire et la durée de l'occupation.
J'ai cru devoir consigner cette observation parce qu'elle trouvera bientôt son application lorsque nous aurons à juger la conduite du duc de Richelieu relativement au traité du 20 novembre. Il a toujours soutenu, non sans raison, je crois, que la note de M. de Talleyrand avait rendu ce traité inévitable, tel qu'il a été obligé de le souscrire. Je lui ai entendu dire plusieurs fois que la Savoie, si elle n'eût pas été déjà cédée, était de tout ce que les alliés avaient demandé, ce qu'on aurait pu leur refuser avec le plus de .chance de succès.
La réponse des alliés à la note du ministère français arriva dès le lendemain 22. Je n'ai pas à m'occuper de cette pièce, parce qu'à vrai dire nous n'étions plus ministres quand elle parvint à M. de Talleyrand.
Le choix du Roi pour le successeur de M. de Talleyrand s'était, dès le premier moment, fixé sur M. le duc de Richelieu ; s'il n'avait pas été connu plus tôt, c'est que la résistance du duc avait été longue et très difficile à vaincre, mais elle avait enfin été surmontée par l'empereur Alexandre, qui désirait ardemment le voir à la tète des affaires de France. Il avait sûrement beaucoup contribué à l'y faire appeler, et pour l'y décider, il lui donna l'espérance, si ce n'est même la promesse, de son appui dans les négociations dont la responsabilité allait si lourdement peser sur sa tête.
C'était beaucoup, que d'avoir trouvé un président du conseil aussi convenable sous tant de rapports, mais restait pour celui-là le très grand embarras de composer le cabinet; ce n'était pas une petite difficulté, pour un homme absent de France depuis plus de vingt années et qui n'y connaissait presque personne. Il ne faut donc pas s'étonner si le duc de Richelieu eut besoin de plusieurs jours pour venir à bout de ce difficile enfantement. Il ne fut achevé
que le 26, par la nomination de M. de Marbois au ministère de la justice et de M. Corvetto au ministère des finances (1). Dès le 24, on avait eu connaissance de celles des autres ministres. Le duc de Richelieu aux affaires étrangères, président du conseil, le duc de Feltre à la guerre, M. de Vaublanc à Tintërieur, M. Dubouchage à la marine, et M. Decazes au ministère de la police.
Pour s'expliquer le chemin si rapidement fait par ce dernier, il faut savoir que le hasard l'avait mis, en 1814, en relations avec le duc de Richelieu , auquel il était venu offrir ses services pour le recouvrement de quelques parties, non encore vendues, du duché de Fronsac,. dont sa petite propriété était limitrophe. Se trouvant préfet de police, au moment où le duc eut sur les bras la terrible difficulté de former toute une administration, il s'empressa de lui offrir ses services. Il était actif, obligeant, habile, plaisait beaucoup au Roi, et, puisqu'il lui fallait un ministre de la police, il parut simple de faire choix d'un homme qui occupait déjà dans cette partie de l'administration le poste le plus important. Mais alors aussi, la place de préfet de police devenait vacante, elle n'était pas facile à donner. Elle fut offerte de nouveau à M. Angles, qui cette fois l'accepta, malgré son titre de ministre d'État; c'était dire assez pourquoi il l'avait refusée au mois de juillet précédent.
On pouvait trouver que M. Angles faisait preuve d'une grande humilité, en acceptant de servir sous les ordres d'un homme aussi nouveau que M. Decazes, lui qui avait rempli de très hautes fonctions, qui avait même eu, pendant le gouvernement provisoire, le portefeuille du ministère de la police générale, qui enfin ne pouvait ignorer que ce ministère lui avait été récemment destiné lorsqu'on croyait
(1) Le 26 fut signé, à Paris, le traité de la Sainte- Alliance, provoqué par l'empereur Alexandre et qui, pendÉint quelques années, a tenu une place si singulière dans l'histoire de la diplomatie européenne.