RÉPONSE DE M. DE TALLEYRAND AUX ALLIES
instant d'être avec lui dans des relations de paix et d'amitié, que cela seul emportait l'obligation de respecter tous ses droits et toutes ses possessions. « Les puissances, disait a M. de Talleyrand, ont pris cet engagement d'une manière « formelle, bien qu'implicite, dans leur déclaration du « 13 mars et dans leur traité du 2o. Elles l'ont rendu « plus étroit en faisant entrer le Roi, par son accession h « ce traité, dans leur alliance contre l'ennemi commun; « or, si l'on ne peut conquérir sur un ami, à plus forte « raison ne le peut-on pas sur un allié. » Il établissait ensuite fort bien que le roi de France n'avait point été pour la coalition un impuissant et inutile allié. C'était pour lui et par lui qu'avaient été faites dans le Midi et dans l'Ouest les diversions opérées par les royalistes, diversions qui avaient mis l'usurpateur dans la nécessité de diviser ses forces et l'avaient rendu, par conséquent, plus facile à vaincre là où il commandait en personne.
Cette pièce mérite, au reste, d'être lue en entier; mais on y doit remarquer surtout que, nonobstant la force des observations et des raisonnements qui y sont contenus, elle se termine ainsi : « Malgré les inconvénients attachés à « toute cession territoriale dans les circonstances actuelles, « Sa Majesté consentira au rétablissement des anciennes « limites sur les points ou il a été ajouté à l'ancienne « France par le traité du 30 mai. Elle consentira pareillece ment au payement d'une indemnité, mais qui laisse les « moyens de suffire aux besoins de l'administration inté- « rieure du royaume, sans quoi il serait impossible de parce venir au rétablissement de l'ordre et de la tranquillité qui « a été le but de la guerre. Elle consentira encore à une « occupation provisoire. Sa durée, le nombre des forte- « resses et l'étendue du pays à occuper seront l'objet des « négociations ; mais le Roi n'hésite pas à déclarer dès ce « moment qu'une occupation de sept années étant abso- « lument incompatible avec la tranquillité intérieure du
« royaume, est entièrement inadmissible. Ainsi le Roi « admet, en principe, des cessions territoriales sur ce « qui n'était pas l'ancienne France, le payement d'une « indemnité, l'occupation provisoire par un nombre de « troupes et pour un temps à déterminer. »
M. de Talleyrand refusait péremptoirement toute cession de territoire ayant appartenu à la France avant la Révolution. Pour tout le reste, il y aurait à débattre la quotité et l'étendue des sacrifices ou des concessions dont les bases étaient admises. Les derniers mots de la note étaient ceuxci : « Si les bases proposées par Sa Majesté Très Chrétienne a ne sont pas adoptées, les soussignés ne se trouvent pas « autorisés à en entendre ni à en proposer d'autres. » Les soussignés étaient, avec M. de Talleyrand, le duc de Dalberg et le baron Louis. M. Louis n'avait sans doute été appelé qu'en raison des indemnités à fixer, car il n'a jamais existé un homme qui fût moins que lui en état d'entrer dans une discussion diplomatique. M. de Talleyrand ne pouvait Tignorer.
Il est un fait très important à constater, c'est que M. de Talleyrand, malgré son ostentation de fermeté patriotique, avait reconnu pour acceptable, dans les propositions des alliés, tout, hors la cession d'une partie quelconque de l'ancien territoire. Ce qui est bien plus grave encore, on pouvait regarder comme accordée la cession de toutes les parties du territoire qui ne faisaient pas partie de l'ancienne France, et notamment celle de la Savoie, si utile à conserver. Cette concession faite de prime abord et par un ministre qui allait se retirer, qui en avait la ferme résolution, était-elle bien loyale, et ne devait-elle pas rendre toute nrgociation infiniment difficile pour son successeur? Celui-ci, en effet, n'ayant plus à se donner le mérite d'un sacrifice déjà accepté, n'avait plus qu'à s'efforcer de sauver quelques places fortes de plus ou de moins, entre celles qui étaient demandées, quoique situées sur l'ancien territoire.