‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 31 sur 229 · RÉORGANISATION DE L'UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

RÉORGANISATION DE L'UNIVERSITÉ

seraient pas suivis. J'arrivai donc très résolu à demeurer sur la défensive; cela me fut facile, les renseignements que me demanda M. d'André n'allant jamais jusqu'au fond des choses. Je vis qu'il était mal entouré, que sa confiance reposait sur des gens que j'en savais peu dignes ; or, il n'y a point d'erreur sur laquelle il soit plus difficile de faire revenir les hommes quand ils sont une fois mal engagés. Je parlai à M. d'André de l'île d'Elbe, ainsi que je l'avais fait à M. Beugnot; comme celui-ci, je le trouvai sur cette question dans une complète séqurité. Il m'aurait fallu, pour la troubler, des faits positifs à alléguer; mes craintes n'étaient inspirées que par ma raison et mon expérience. J'ai su depuis que la confiance de M. d'André avait été poussée jusqu'au point de faire l'économie d'une très petite somme consacrée par son prédécesseur à la surv^eillance si importante de l'île d'Elbe. Les deux ou trois agents qui s'y trouvaient employés quittèrent donc la place. Après les Cent-jours, il supplia tous ceux qui avaient connaissance de ce fait, et je fus du nombre, de vouloir bien s'en taire; le secret de cette faute a été gardé jusqu'à sa mort.

Pour achever ce que j'ai à dire sur l'organisation intérieure, il me faut parler du travail de l'abbé de Montesquiou sur l'Université. Peut-être eût-il été plus sage de lui conserver encore pendant quelque temps l'organisation qu'elle tenait de la puissance impériale ; du moment où on jugeait à propos de la refondre, il faut reconnaître que le système nouveau avait de très bons côtés et qu'il était assez libéral. On ne vit toujours pas sans inquiétude la présidence du conseil royal de l'instruction publique confiée à un évêque. Le choix cependant ne pouvait être plus heureux, puisqu'il était tombé sur M. de Bausset, ancien évêque d'Alais; mais pour un pays où la liberté des cultes est un des principes fondamentaux de la constitution, il y avait bien quelque inconvénient, en apparence du moins, à placer un prêtre à la tête de l'éducation publique.

La place de grand maître se trouvait supprimée. M. de Fontanes, qui en avait rempli les fonctions avec une grande distinction, fut mis à la retraite avec beaucoup d'honneurs et un traitement fort considérable, mais il n'en demeura pas moins très mécontent ; ses nombreux amis dans l'Université partagèrent son dépit. On savait avec quel empressement il avait concouru de tous ses moyens à la Restauration, comment il avait prêté sa plume au gouvernement provisoire ; ceux mêmes qui ne l'avaient pas alors approuvé eurent plaisir à faire remarquer comment un si beau zèle était récompensé. Ceux qui s'intéressaient à lui déplorèrent ce qu'ils appelaient une monstrueuse ingratitude.

Les nominations pour le conseil royal et pour les autres fonctions auxquelles il fut pourvu en même temps méritèrent en général l'approbation publique; je dois faire remarquer qu'elles avaient offert à l'abbé de Montesquiou une occasion qu'il saisit avec beaucoup d'empressement pour remettre un peu en lumière un nom que la grande faveur dont il avait joui sous le gouvernement impérial faisait voir à la cour d'un œil peu favorable. M. Mole fut placé avec moi dans le conseil de l'Université de Paris, puis dans le conseil général du département de la Seine. C'était une manière bien modeste de rentrer aux affaires; par cela même, c'était habile.

La nouvelle organisation universitaire entraînait une augmentation de dépenses. L'abbé de Montesquiou voulait donner des retraites fort larges à M. de Fontanes et aux hommes qui allaient comme lui être privés de leurs places; il voulait, en outre, abolir une taxe de vingt francs que supportaient, au profit de l'Université, les élèves des collèges et des pensions. Cette taxe leur était onéreuse, sa suppression aurait causé une vive satisfaction. Mais de tout cela résultait un déficit d'un million, et il n'y avait dans le budget aucun moyen de le couvrir; il avait alors imaginé de faire donner ce million par la liste civile.

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