‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 30 sur 229 · DÉSARROI DU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

DÉSARROI DU MINISTÈRE

la carrière de M. de Chateaubriand» donné à penser qu'il fût propre au maniement des affaires publiques, ses qualités d'écrivain ne faisant nullement présager celles qui sont nécessaires pour administrer un grand pays. J'incline fort à croire que cette vérité frappa Louis XVIII, et que l'impression qu'il en reçut contribua à empêcher l'intrigue de réussir.

Dans le fond, le Roi aurait assez aimé à se débarrasser de l'abbé de Montesquiou, qui, par ses perpétuels conflits avec M. de Blacas, troublait la paix intérieure dont il aimait à jouir par-dessus toutes choses. L'abbé n'en fut pas moins blessé et très découragé. Il était plus porté à demander sa retraite qu'à défendre sa position, surtout à entreprendre le courageux exposé de situation qu'il avait préparé avec nous. Nous eûmes assez de peine à lui persuader de rester à son poste pendant quelque temps au moins. Ce fut là tout le résultat de la conférence, mais elle nous apprit que la division dans le gouvernement était plus grande encore que nous ne le supposions ; que chaque ministre agissait de son côté, sans s'inquiéter de ses collègues, sans suite et sans plan arrêté en commun. L'abbé, dans son dépit, ne nous dissimula rien. Nous nous séparâmes donc assez tristement; pour ma part, ce fut le premier avertissement sérieux qui me tira de la douce quiétude dans laquelle j'aimais à vivre.

La cérémonie du 21 janvier eut lieu pour la première fois à Saint-Denis; elle avait été précédée d'une recherche dans l'ancien cimetière de la Madeleine, rue d'Anjou, où furent retrouvés les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette. La chaux en avait consumé la plus grande partie. Le résultat de cette recherche, à laquelle avait présidé le chancelier, assisté de M. de Blacas, du bailli de Crussol, de M. de La Fare, évêque de Nancy, du duc de Duras, du prince de Poix et de M. de Brézé, était consigné dans des procès-verbaux très exactement libellés, qui ne pouvaient

laisser aucun doute sur rauthenticité de ces tristes reliques. Cependant on ne manqua pas de remarquer qu'aucune des autorités locales n'avait, ainsi qu'il eût été convenable de le faire, assisté à cette opération, ni le maire, ni le préfet, ni les présidents des cours souveraines. Les ennemis du gouvernement en tirèrent la conséquence qu'on avait voulu écarter des témoins trop scrupuleux, décidé qu'on était à trouver des restes à tout prix.

La translation à Saint-Denis eut lieu en grande pompe; l'affluence était considérable sur la route ; dans l'église , cette cérémonie était à la fois imposante et fort touchante. Le Roi n'y assistait pas, l'étiquette l'avait voulu ainsi; mais Monsieur et ses fils, le vieux prince de Condé et son fils, père du duc d'Enghien, Madame la duchesse d'Angoulême, l'orpheline du Temple, étaient présents, ainsi que la famille d'Orléans.

M. l'évêque de Troycs, ancien abbé de Boulogne, avait été choisi pour prononcer le discours d'usage; celui qu'il fit entendre fut aussi inconvenant que malhabile. Il prodigua les anathèmes, et ne laissa aucun doute dans l'esprit de ses auditeurs sur le peu de profit qu'il avait fait des sublimes leçons du testament de Louis XVL Le gouvernement en ressentit un déplaisir tellement vif qu'il ne permit pas de Timprimcr dans le Moniteur, C'est pour éviter de semblables inconvénients qu'on a eu depuis la très heureuse idée d'ordonner qu'à l'avenir la lecture du testament de Louis XVI tiendrait lieu d'oraison funèbre dans la cérémonie du jour anniversaire de sa mort.

Ce même jour, 21 janvier, je ne pus résister aux instances de M. Louis, qui voulut absolument me mener dîner en tout petit comité chez M. d'André, qui avait, disait-il, exprimé le vif désir de causer avec moi sur la police et sur le meilleur parti à prendre pour porter le fardeau dont il commençait à être effrayé. Je n'entendais nullement prendre la responsabilité de conseils qui, je le savais à l'avance, ne

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