‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 47 sur 229 · RÈGLEMENT DE LA QUESTION DE SAXE · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT DE LA QUESTION DE SAXE

de vue que la maison de Bourbon était arrivée d'Angleterre dans des dispositions qui la rendaient facile à égarer sur ce point; le devoir d'un ministre fidèle était, loin de Vy pousser, de la retenir sur cette pente.

J'ai dit que l'Autriche et l'Angleterre savaient bien qu'elles n'auraient pas la guerre avec la Russie et qu'elles étaient décidées à tout faire pour l'éviter. En effet, dès le 12 janvier, M. de Metternich fit passer au ministre de Prusse un contre-projet dans lequel toutes les prétentions sur les lignes de la Wartha, pour la Prusse, et de la Neva, pour l'Autriche, étaient abandonnées, et où on consentait à laisser le duché de Varsovie presque entier à la Russie. Le débat n'existait plus que sur la portion de la Saxe qui serait réservée au roi de Saxe et sur la portion abandonnée à la Prusse, à laquelle les plus amples dédommagements étaient d'ailleurs offerts sur le Rhin. Ainsi Tempereur Alexandre se trouvait personnellement désintéressé. Il était fort probable que ses conseillers lui feraient entendre qu'il ne fallait pas courir les hasards d'une rupture, pour un intérêt qui n'était pas le sien, pour une cause qu'il ne soutenait que par générosité. Que lui importait que la Prusse fût plus ou moins compacte? Ce qu'il avait voulu, pour le repos de l'Europe, l'Allemagne, qui y était particulièrement intéressée, le repoussait; la France, qui aurait dû l'appuyer très chaudement, le combattait avec acharnement. Il y aurait une véritable folie à se compromettre plus longtemps pour l'exécution d'un plan que ne savaient pas apprécier ceux-là mêmes qui y étaient le plus intéressés. Dès lors, le rapprochement ne tarda pas à s'opérer. On ne discuta plus que sur quelques points de détail, sur l'étendue des réunions qui seraient faites à la Prusse, tant en Westphalie que sur les bords du Rhin, et principalement sur la plus ou moins grande quantité d'âmes (c'était l'expression usitée) qui serait donnée en Saxe au roi de Prusse, ou qui serait laissée au roi de Saxe.

Le débat, ainsi circonscrit, dura encore pendant tout le mois de janvier. L'empereur Alexandre finit par consentir à céder à la Prusse la ville de Thorn et tout, dans cet arrangement capital, fut enfin convenu entre les cinq puissances dans les premiers jours de février.

Restait à obtenir du roi de Saxe son consentement à tous les sacrifices qu'on lui demandait. Cela fut assez difficile et sa résistance fut longue. On avait mis fin à l'espèce de réclusion dans laquelle il avait été maintenu, et sur l'invitation qui lui avait été adressée, il s'était rendu à Presbourg. Quelle que fût sa répugnance à céder, il n'avait aucun moyen de résister; son adhésion ne pouvait manquer d'être obtenue. Le royaume de Saxe fut conservé, réduit à treize cent mille âmes environ. Voilà le grand succès obtenu par M. de Talleyrand, on a vu à quel prix!

« En ne consentant pas à ce que le royaume de Saxe « fût réduit à moins de quinze cent mille âmes, il aurait « fallu protester, écrivait-il au Roi. En protestant, on aurait « compromis le principe de la légitimité, qu'il était si impor- « tant de sauver, et que nous n'avons sauvé pour ainsi dire « que par miracle; on aurait de fait donné à la Prusse « deux millions de sujets qu'elle ne pourrait acquérir sans « danger pour la Bohême et pour la Bavière; on aurait pro- « longé peut-être indéfiniment la captivité du Roi, qui vase

« trouver libre La Saxe, quoique nous n'ayons pas

« obtenu pour elle tout ce que nous voulions , reste puisce sance du troisième ordre. Si c'est un mal qu'elle n'ait pas « quelques centaines de mille âmes de plus, ce mal est « comparativement léger, et peut n'être pas sans remède, « au lieu que, si la Saxe eût été sacrifiée en présence de « rjEurope qui n'aurait pas voulu ou n'aurait pas pu la « sauver, le mal aurait été extrême et de la plus dange- « reuse conséquence. Ce qui importait avant tout était donc « de la sauver, et Votre Majesté seule a la gloire de l'avoir « fait. Il n'y a personne qui ne le sente et qui ne le dise,

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