‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 55 sur 229 · LE PRINCE EUGÈNE · texte numérisé non relu

LE PRINCE EUGÈNE

« (Du ton de la surprise et du reproche.) — Il ne nous est « pas possible de rien faire ; le Roi ne cédera jamais des « Français. — Et ne peut-on rien obtenir de la Sardaigne? « — Je rignore entièrement. — Pourquoi cédez-vous la « Valteline à T Autriche? — Rien, Sire, à cet égard n'est a décidé ; les affaires de l'Autriche ayant été mal conduites. . . a — C'est sa faute, dit l'empereur, que ne prend-elle des « gens habiles ? — L'Autriche ayant été menée à faire « des sacrifices qui ont dû beaucoup lui coûter , je croirais « naturel de faire, en choses surtout de peu d'importance , « ce qui peut lui être agréable. — La Valteline faisait « partie de la Suisse, et l'on a promis de la lui rendre. — « La Valteline est séparée de la Suisse depuis dix-huit ans ; « elle n'a jamais connu le régime sous lequel Votre « Majesté voudrait la rappeler. La rendre aux Grisons, « auxquels elle appartenait, ce serait la rendre malheu- « reuse. Il me paraîtrait donc convenable d'en faire un « canton séparé, si l'Autriche ne l'obtenait pas. — Cela « s'arrangera. Et que faites-vous pour le prince Eugène? « — Le prince Eugène est sujet français, et en cette qualité « il n'a rien à demander; mais il est gendre du roi de « Bavière; il l'est devenu par suite de la situation où la « France s'est trouvée et de l'influence qu'elle exerçait. « Ainsi il est juste que la France cherche à lui faire avoir ce (( qu'à raison de cette alliance il est raisonnable et possible « qu'il obtienne. Nous voulons donc faire quelque chose fc pour lui ; nous voulons qu'il soit un prince apanage de la « maison de Bavière et que Ton augmente en conséquence le « lot du roi dans la distribution des pays encore disponibles. « — Pourquoi ne pas lui donner une souveraineté? — Sire, « son mariage avec la princesse de Bavière n'est pas un (c motif suffisant. Le prince Radziwill est beau-frère du roi « de Prusse et n'a point de souveraineté. — Mais pourquoi « ne pas lui donner Deux-Ponts» par exemple, c'est peu de <f chose ? — Je demand.e pardon à Votre Neyesté, le çluçhé

« de Deux-Ponts a toujours été regardé comme quelque « chose de considérable, et d'ailleurs ce qui reste encore de « disponible suffît à peine pour remplir les engagements « qui ont été pris. — Et le mariage? — Le Roi m'a fait « l'honneur de me mander qu'il le désirait toujours vive « ment. — Et moi aussi, a dit l'empereur ; ma mère le « désire pareillement; elle m'en parle dans ses dernières « lettres. — Le Roi, ai-je dit, attendant une réponse de « Votre Majesté, a refusé d'autres propositions qui lui ont « été faites. — J'en ai aussi refusé une; mais j'ai été en « même temps refusé. Le roi d'Espagne m'a fait demander « ma sœur; mais prévenu qu'elle devrait avoir avec elle sa « chapelle, et que c'était là une condition nécessaire, il a « rétracté sa demande. — Par la conduite du Roi Catho- « lique. Votre Majesté voit à quoi est obligé le Roi Très « Chrétien. — Je voudrais savoir à quoi m'en tenir. — « Sire, les derniers ordres que j'ai reçus sont conformes à « ce qui a été dit à Votre Majesté par M. le général Pozzo. « — Pourquoi n'exécutez-vous pas le traité du l i avril (1) ? « — Absent de Paris depuis cinq mois, j'ignore ce qui a été « fait à cet égard. — Le traité n'est pas exécuté; nous « devons en réclamer l'exécution; c'est pour nous une « affaire d'honneur; nous ne saurions en aucune façon nous « en départir. L'empereur d'Autriche n'y tient pas moins c( que moi, et soyez sûr qu'il est blessé de ce qu'on ne « l'exécute pas. — Sire, je rendrai compte de ce que vous « me faites l'honneur de me dire ; mais je dois observer « que dans l'état de mouvement où se trouvent les pays « qui avoisinent la France et particulièrement l'Italie, il « peut y avoir du danger à fournir des moyens d'intrigue « aux personnes que l'on doit croire disposées à en former. « Enfin, nous sommes revenus à Murât. J'ai rappelé a brièvement toutes les raisons de droit, de morale et de

(4) C'est celui de Fontainebleau, conclu avec Napoléon. Les sommes stipulées pour lui et sa famille n'étaient pas payées.

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