‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 3)Chapitre 54 sur 229 · L'ALLIANCE AUSTRO-NAPOLITAINE. U · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE AUSTRO-NAPOLITAINE. U

« pondu : « Je sens bien la vérité de tout ce que vous me « dites. » Enfin, à M. de Metternich, chez lequel lord « Wellington et lui sont allés ensemble, il a dit : « Vous « aurez pour l'affaire de Naples une discussion très forte ; « ne pensez pas pouvoir l'éluder. Cette affaire sera portée « au congrès, je vous en préviens. Prenez donc vos me- « sures en conséquence ; faites passer des troupes en Italie « si cela est nécessaire. » Ils m'ont dit, chacun séparé- <f ment, que cette déclaration avait jeté M. de Metternich « dans un grand abattement. Ce sont leurs termes, et Votre « Majesté comprendra mieux que M. de Metternich ait été « abattu lorsqu'elle aura lu les articles secrets du traité « qu'il a fait avec Murât, et dont j'ai l'honneur de joindre « ici une copie. Qu'il lui ait garanti le royaume de Naples « dans telles circonstances données, cela se conçoit; mais « qu'il ait porté l'avilissement au point de laisser insérer « dans ce traité une clause par laquelle Murât a la générosité <f de renoncer à ses droits sur le royaume de Sicile et de « garantir ce royaume à Ferdinand IV, c'est une chose qui « parait incroyable, alors même qu'elle est prouvée.

« Votre Majesté n'apprendra peut-être pas sans quelque « surprise que l'attachement au principe de légitimité n'entre « que pour très peu dans les dispositions de lord Castle- « reagh et même du duc de Wellington, à l'égard de « Murât. C'est un principe qui ne les touche que faiblement, <c et que même ils ne paraissent pas très bien comprendre. « C'est l'homme qu'ils détestent dans Murât beaucoup plus « que l'usurpateur. Les principes suivis par les Anglais dans <c l'Inde les éloignent de toute idée exacte sur la légitimité. « Rien n'a fait autant d'impression sur lord Castlereagh, « qui veut avant tout la paix, que la déclaration que je lui « ai faite que la paix serait impossible si Murât n'était pas « expulsé, attendu que son existence sur le trône de Naples « était incompatible avec l'existence de la maison de « Bourbon.

il4 MÉMOIRES DU CHANCELIER PASQUIER.

« J'ai VU aussi l'empereur de Russie. C'était lundi matin, « 13 de ce mois. Je ne voulais lui parler que de Naples et « lui rappeler les promesses qu'il m'avait faites à ce « sujet; mais il en prit occasion de me parler de beaucoup « d'autres choses dont je dois rendre compte à Votre « Majesté. Je la prie de permettre que j'emploie pour cela, « comme je l'ai fait dans plusieurs autres lettres, la forme « du dialogue.

« J'avais débuté par dire à l'empereur que, depuis long- « temps, je m'étais abstenu de l'importuner, par respect « pour ses aflFaires et même pour ses plaisirs ; que le carce naval ayant mis fin aux uns et que les autres étant arran- « gées, j'avais désiré de le voir. J'ajoutai que le congrès « même n'avait plus à régler qu'une affaire de première « importance. — Vous voulez parler de l'affaire de Naples? « — Oui, Sire; et je lui rappelai qu'il m'avait promis son « appui. — Mais il faut m'aider. — Nous l'avons fait autant « qu'il a dépendu de nous. Votre Majesté sait que, n'ayant « pas pu penser au rétablissement complet du royaume de « Pologne, nous n'avons point été, pour ses arrangements « particuliers, contraires à ses vues, et elle n'a sûrement « pas oublié que les Anglais étaient, au commencement du « congrès, assez mal disposés dans cette question. — Dans a les affaires de la Suisse? — Je ne sache pas que dans les « affaires de la Suisse nous ayons jamais été en opposition « avec Votre Majesté. Il nous était prescrit d'employer tous « nos efforts à calmer les passions; je ne sais jusqu'à quel « point nous avons réussi, mais nous n'avons tendu qu'à « cela. Les Bernois étaient les plus aigris; c'étaient ceux « qui avaient le plus perdu; ils avaient le plus à réclamer. « On leur a offert une indemnité qu'ils tenaient pour bien « insuffisante; nous les avons portés à s'en contenter. Je « sais seulement qu'ils demandent l'évêché de Baie en « entier et qu'ils sont décidés à ne pas accepter moins. — « Et que ferez-vous pour Genève? — Rien, Sire. — Ahl

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