‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 10 sur 241 · M. D£ VILLÊLË ET LÀ CHAMBRE DE · texte numérisé non relu

M. D£ VILLÊLË ET LÀ CHAMBRE DE

Chambres pour le 22 décembre. Le conseil des ministres avait reconnu que la question de Tindemnité des émigrés devait être mise en tète de Tordre du jour. Quant aux moyens de se procurer la somme énorme que cette mesure nécessitait, M. de Villèle n'avait pas renoncé à se la procurer par une réduction dans le taux de l'intérêt attribué à la dette publique. La loi n'avait échoué qu'à la Chambre des pairs, à une très faible majorité. Cette majorité se retrouverait-elle une seconde fois et ne pourrait-on en détacher personne? On avait prétendu que la hausse du 5 pour 100 était factice, que l'agiotage seul l'avait porté au-dessus du pair. Mais, malgré l'échec éprouvé par le gouvernement, les cours, après avoir un moment fléchi, étaient depuis le 23 septembre montés au-dessus du pair. Rien n'empêchait donc de reprendre le projet abandonné l'année dernière, en préparant le terrain et gagnant des voix. C'est à cela que M. de Villèle consacra tous ses efforts. Son influence sur Charles X n'avait jamais été si bien étabUe. Elle dominait les anciens amis, qui avaient pris l'habitude de tout décider, de tout diriger. Us s'en apercevaient et ne devaient pas pardonner à celui qui avait réussi à les écarter. Un des premiers actes de la nouvelle administration fut la publication de l'ordonnance concernant l'armée et que des circonstances imprévues avaient heureusement retardée.

Cette ordonnance fixait le cadre des officiers généraux pour l'armée de terre à 150 lieutenants généraux et à 300 maréchaux de camp; elle mettait à la retraite, à partir du 1" janvier 1825 : 1" les officiers généraux qui, ayant droit au maximum de la retraite , n'avaient pas été employés depuis le i*' janvier 1823, ou n'avaient pas été retenus par des fonctions législatives ; 2" les officiers généraux qui, ayant droit à une retraite, n'avaient pas été employés depuis le 1" janvier 1816.

56 lieutenants généraux et iil maréchaux de camp se

trouvaient compris dans cette réforme. Beaucoup appartenaient à la vieille armée, étaient encore pleins de vie et dans la force de leur talent. Presque tous étaient chargés de famille et n'avaient d'autre fortune que leur traitement. A côté d*officiers ayant peut-être assisté à trente batailles, ayant à peine cinquante-cinq ans et qu'on condamnait à la retraite, on conservait en activité de service de tristes invalides qui n'avaient pas été au feu. Ces hommes qu'on frappait ainsi étaient ceux qu'on avait suppliés de se rapprocher du Roi, qui l'avaient escorté, acclamé, lors de son entrée solennelle dans Paris.

L'impression produite par cette rigoureuse mesure porta une sérieuse atteinte à la popularité de Charles X. On voulut voir, dans les marques de bienveillant intérêt qu'il avait si largement données à ces vieux serviteurs du pays, quand il croyait avoir besoin d'eux, une fausseté calculée. Ses amis véritables et sincères comprirent la portée de cette faute. Le duc de Fitz-James exprima sans nul détour, avec beaucoup d'énergie, son éclatante désapprobation; de ce moment commença son opposition contre le ministère, ou plutôt contre M. de Villèle. A partir de ce moment cessa la trêve qui avait existé entre le gouvernement et les journaux de l'opposition pendant les premiers jours du nouveau règne.

La guerre reprit plus violente que jamais ; c'était une fâcheuse préparation à l'ouverture de la session.

Avant de m'engager dans le récit des discussions qui Font remplie, je veux jeter les yeux sur notre situation à l'extérieur.

En Espagne, la situation de Ferdinand VII, loin do s'améliorer, devenait de plus en plus difficile. Placé entre les vainqueurs et les vaincus, ce prince était opprimé par le parti royaliste, et comme il lui était impossible de céder h toutes ses exigences, de s'associer à toutes ses fureurs, il était devenu l'objet de son aversion. Les volontaires

Page 1