SUPPRESSION DE LA CENSURE
un temps effroyable, avec une pluie battante. Le Roi, à cheval, précédé des états-majors de la garde royale, était entouré des princes et suivi des carrosses des princesses. Son cortège avait été grossi par tous les officiers généraux qui se trouvaient à Paris et qui avaient été le recevoir à la barrière. Leur vue fit grande impression sur le peuple. On les reconnaissait à leurs vieux uniformes, qui, évidemment, n'avaient guère servi depuis les jours de combat. Le cortège* se rendit à Notre-Dame pour assister à un Te Deum, Lorsque le souverain était accueilli avec de tels témoignages d'amour, avec un enthousiasme aussi manifeste, que pouvait-on craindre de la licence de quelques journaux? Dès le lendemain 29 septembre, la censure fut donc supprimée. Le considérant qui précédait Tordonnance était ainsi conçu : « No jugeant pas nécessaire de « maintenir plus longtemps la mesure qui a été prise, dans « des circonstances difficiles, contre l'abus de la liberté des « journaux, nous avons ordonné et ordonnons... »
La revue de la garde nationale, passée le lendemain de la signature de cette ordonnance par le Roi, se ressentit de la vive allégresse qu'elle avait causée, et il fut reçu dans tous les rangs avec des transports qui surpassèrent encore ceux du jour de son entrée. La popularité qu'il désirait si vivement, et que ses amis s'étaient tant efforcés de lui ménager, paraissait donc acquise au delà de toute espérance. Il n'était pas destiné à en jouir longtemps.
L'inhumation solennelle de Louis XVIII eut lieu le 29 octobre ; l'oraison funèbre fut prononcée par l'évéque d'Hermopolis. Comme tout ce qui sort de sa plume, ce discours est plus remarquable par la sagesse des idées que par leur élévation; il manque de mouvement, mais il est bien composé, assez bien écrit, et Louis XVIII y est loué pour tout ce qui, dans le cours de sa vie, mérite un éloge. Il faut savoir gré à l'évéque, membre du conseil de Charles X, d'avoir rendu justice aux efforts de son prédé-
cesseur pour allier avec les conséquences d'une révolution qui avait changé la face de la France, les principes de la monarchie qui avait été rétablie en sa personne. « Légis- « lateur ferme et sage tout à la fois, rien ne fera fléchir « Louis XVIII devant des doctrines d'anarchie qui, en « déplaçant le pouvoir pour le confier aux caprices de la « multitude, mettent dans la société un levain éternel de « révolution; mais en même temps, dans ce qui est com- « mandé dans l'intérêt de tous, il comprendra qu'il faut 0 plier devant les choses... » Tout ce morceau est digne de louanges.
Cette cérémonie me rappelait la première pompe funèbre qui eut lieu en 1815 pour Louis XVI dans la même église, et où M. de Boulogne, évêque de Troyes, prononça un discours si impolitique.
Le lendemain parut, dans le Journal des Débats^ un article dans lequel toutes ces pompes étaient racontées avec une verve, une chaleur et quelquefois un éclat de style, une élévation de pensées qui ne permettaient de l'attribuer qu'à un écrivain habile et très exercé; on crut reconnaître la plume de M. de Chateaubriand, et les féhcitations et les comphments arrivèrent chez lui. Un des plus empressés fut M. Laborie, accouru en toute hâte pour lui dire qu'il n'avait encore rien fait de si beau. Or, l'article était de M. de Salvandy I M. de Chateaubriand en fut froissé; il prétendait avoir le droit de n'être confondu ni comparé avec aucun autre. M. de Salvandy était tout jeune, et la rancune que le maître garda à l'écolier n'a jamais pu s'effacer. Bien que l'un et l'autre se soient passionnés pour défendre la même cause, celle de la liberté de la presse, la plus chère de toutes à M. de Chateaubriand, rien n'a eu le pouvoir de lui faire accepter de bonne grâce un tel auxiliaire. Il a pu cependant s'apercevoir, en plus d'une occasion, que son secours n'était pas à dédaigner.
Le 19 novembre parut une ordonnance convoquant les