PRÉPARATION DES ÉLECTIONS
attente, impatients de voir s'ouvrir la campagne dans laquelle ils espéraient se distinguer.
Le Moniteur du 17 mai fit connaître l'ordonnance par laquelle la Chambre des députés était définitivement dissoute. La réunion des collèges était fixée, pour les collèges d'arrondissement, au 25 juin ; pour les collèges de département, au 3 juillet; la réunion des Chambres, au 3 août. Alors éclata dans le conseil la scission dont j'ai parlé; trois ministres, MM. Courvoisier, de Chabrol et de Montbel, annoncèrent la volonté de se retirer; deux seulement persistèrent. M. de Montbel céda aux instances ou, pour mieux dire, aux ordres du Roi et prit le ministère des finances, que quittait M. de Chabrol. A la vérité, le Roi promit de lui rendre sa liberté aussitôt après les élections. Il fut remplacé au ministère de l'intérieur par M. de Peyronnet. C'était en lui que Charles X se fiait spécialement pour l'action à exercer sur les élections. « Ce qui a « toujours manqué, disait-il, c'est l'audace de planter haute- « ment son drapeau. Eh bien, le nom seul de M. de Peyron- « net est un drapeau que j'arbore et autour duquel tous les « royalistes, tous les hommes bien intentionnés se rallieront ; a on lui connaît une volonté ferme , on le sait incapable de « lâcher pied. » M. Capelle, longtemps secrétaire général du ministère de l'intérieur, qui passait pour avoir une grande expérience en cette matière, fut retiré de la préfecture do Versailles; on lui fit place dans le conseil en créant un ministère des travaux publics. Restait à pourvoir au ministère de la justice; on revint à l'idée d'appeler M. de Chantelauze. Il avait été, dans les sessions de 1828 et de 1829, le bras droit de M. Ravez; il avait les mômes illusions que lui sur la possibilité de trouver une majorité purement royaliste. Il paraît même qu'il avait, en 1829, fourni un mémoire sur la meilleure manière de regagner le terrain que le ministère de cette époque avait, disait-il, perdu par sa faute. Il est certain que le Dauphin disait, quand on
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parlait des embarras de la situation : <« Mais nous avons le (c plan de Chantelauze. » M. de Chantelauze avait-il changé d'avis? Toujours est-il qu'il n'avait aucun désir d'entrer dans le ministère, et qu'il s'en était défendu avec une grande énergie. Il était premier président à la cour royale de Grenoble, n'avait pas de fortune et ne se souciait pas de perdre une position inamovible pour courir les hasards ministériels. Pour vaincre sa résistance, le Roi chargea M. le Dauphin, qui allait à Toulon visiter et hâter les préparatifs de l'expédition, de peser sur lui, de le décider. M. de Chantelauze n'osa plus résister.
Dès que la crise fut connue, j'allai voir M. Courvoisier. « Nous voilà donc arrivés au coup d'État, lui dis-je, « puisque vous vous retirez? — J'espère encore que non, <( répondit-il. Le Roi se fait tant d'illusions sur les élections « que lorsqu'elles seront complètement dissipées, car elles <i le seront certainement, il est possible que ce mécompte <« lui ouvre les yeux et l'éclairé enfin sur sa véritable situait tion. Notre retraite, ajouta-t-il, était indispensable pour <( obtenir ce résultat. Aussi longtemps que le Roi aurait <i conservé dans son ministère des hommes n'entrant pas « entièrement dans ses vues , il n'aurait pas manqué de « croire , si le résultat des élections n'est pas tel qu'il l'cs- « père, que ce désappointement n'a tenu qu'à un défaut <( d'ensemble dans l'action, dans le langage et les corres- « pondances de ses différents ministres. Cette fois, il n'aura « rien de semblable à dire; l'épreuve sera complète, décî- « sive ; il faut espérer qu'elle lui enseignera enfin la vérité. » Il y aurait eu quelque chose de vrai dans ce que supposait M. Courvoisier si on n'avait pas eu affaire à une volonté venant d'en haut et bien autrement arrêtée qu'il ne le supposait. Dans l'attachement qu'il avait pour la personne du Roi, il lui était difficile de se défendre de certaines illusions; cependant, les occasions de s'éclairer ne lui avaient pas manqué. Ainsi, il m'a lui-même raconté que, revenant