M. DE VILLÈLE A PARIS
ces troubles et à qui tout était bon pour les susciter. Rien, dans les longues et consciencieuses instructions auxquelles ont donné lieu ces incendies, n'a jamais autorisé à croire qu'ils se rattachassent à une combinaison politique. Il n'en est pas moins vrai que ces crimes mystérieux contribuèrent à entretenir et à accroître dans le cours de Tété de 1830 l'agitation qui régnait dans les esprits. Le ministère aurait dû s'efforcer de la calmer à tout prix; mais il était plus divisé que jamais; on ne pouvait douter qu'il dût bientôt subir quelque modification importante.
Charles X avait l'habitude de tenir chaque année un certain nombre de réceptions, vers la fin du carême. Le Roi passait en revue tous ceux qui avaient leur entrée au château; à l'une d'elles, l'apparition de M. de Villèle fixa tous les regards. Suivant ses amis, il arrivait à Paris pour assister aux couches de sa fille; peu de personnes doutaient que ce retour n'eût une cause politique, et on s'attendait à le voir rentrer aux affaires. Je suis très persuadé qu'il en avait la pensée, mais son espoir fut déçu. M. de Polignac l'avait trop complètement remplacé dans l'esprit du Roi, qui se trouvait beaucoup plus à l'aise avec le nouveau président du conseil qu'il ne l'eût été avec l'ancien. En effet, avec M. de Polignac, Charles X dictait sans nulle difficulté toutes ses résolutions; avec M. de Villèle, il aurait fallu les débattre, peut-être même renoncer à quelquesunes. Les prêtres n'aimaient pas M. de Villèle, qui ne leur était pas assez entièrement soumis. L'audience que le Roi lui accorda n'eut aucune importance, et lorsqu'il voulut amener la conversation sur les affaires publiques, il fut interrompu par des questions sur la vie qu'il menait à Toulouse, sur l'état de l'agriculture dans ce pays, toutes choses indiquant assez que le Roi ne voulait pas Fentendre sur la politique. Je tiens ces détails d'une personne à laquelle M. de Villèle les a racontés le soir même. Des amis communs voulurent le rapprocher de M. de Peyron-
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net; ils étaient restés dans d'assez mauvais termes. Un dîner fut arrangé chez M. Olivier, banquier, Tun des soixante-dix pairs de la promotion de 1828. La conversation qui s'engagea entre eux fut de la dernière aigreur ! L'expédition sur Alger était prête à partir; déjà l'amiral Duperré était allé prendre à Toulon le commandement des vaisseaux et des troupes de mer. M. de Bourmont ne pouvait plus tarder à le rejoindre. Pour le remplacer en son absence, le Roi se décida à confier par intérim à M. de Polignac le portefeuille du ministère de la guerre. Cette résolution, qui a si puissamment influé sur les destinées de Charles X et de sa famille, fut rendue publique par une ordonnance du 18 avril. Dans la première quinzaine de mai, les préparatifs se trouvèrent entièrement terminés à Toulon; matériel et personnel, tout était embarqué le 18, et il n'y eut plus qu'à attendre im vent favorable. Il avait été fait des prodiges d'activité, de zèle et d'intelligence pour organiser une flotte de cent trois vaisseaux de guerre de tous rangs, quatre cents navires de commerce, six mille quatre cents hommes, composant les deux armées de terre et de mer, quatre mille chevaux ; l'artillerie, les munitions, les approvisionnements, les moyens de transport, tout était prêt. Tout est arrivé sans encombre, dans un ordre parfait, à travers toutes les difficultés de la mer, des vents^ jusqu'au lieu du débarquement, sur la côte d'Afrique. Cette grande opération a été conduite avec tant de prudence, d'activité et de talent, que rien n'a manqué; le programme a été exécuté de point en point, tel qu'il avait été arrêté. Il est juste de rappeler le mérite des officiers, des administrateurs qui ont concouru à ce succès. Les événements qui sont survenus trois mois plus tard ont détourné l'attention et empêché l'opinion publique de témoigner sa reconnaissance à ceux qui l'avaient si bien méritée. C'est le 25 que les vents permirent d'appareiller; depuis le 18, tous les hommes entassés sur les navires vivaient dans une pénible