‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 115 sur 241 · PRÉPARATIFS DU COUP D'ÉTAT · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DU COUP D'ÉTAT

de la volonté royale, affermie dans ses idées par l'enivrement de la victoire d'Alger, par les assurances de M. de Polignac et par les rapports d'un préfet de police qui garantissait la tranquillité de la ville de Paris. A l'entendre, on aurait tout au plus à châtier quelques factieux de la dernière classe, de ceux qui avaient figuré en 1827 aux barricades de la rue Saint-Denis. Quant à M. de Montbel, à M. d'Haussez, à M. Capelle même, dont on avait tant vanté l'énergie, tout se bornait à des déclarations solennelles d'obéissance absolue à la volonté de M. de Polignac et aux ordres du Roi.

M. le Dauphin ne savait plus contenir son impatience et ne pouvait supporter qu'on n'eût pas une confiance parfaite dans l'armée, qu'il croyait tenir dans sa main. Il n'avait qu'un désir, c'est qu'elle eût le plus tôt possible l'occasion de montrer enfin ce dont elle était capable pour le service du Roi. S'il faut en croire ce que M. de Peyronnet, durant le cours de son procès, a laissé percer dans ses demi-confidences, le prince se laissait parfois emporter, et dans le conseil même il ne craignait pas de diriger les insinuations les plus blessantes contre ceux qui ne partageaient pas son avis, ou semblaient hésiter. Le récit de M. de Guernon est tout autre; suivant lui, le Roi n'aurait jamais fait sentir son autorité dans le conseil, mémo d'une manière incidente, et quant au Dauphin, la loyauté de son cœur, la rectitude de son esprit lui inspiraient un respect presque exagéré pour la loi ; il était, comme nous disions au barreau, à cheval sur la loi. Je cite les propres expressions de M. de Guernon; ce qui est certain, c'est que pendant tout le temps que dura la délibération, et à plus forte raison quand la résolution définitive fut arrêtée au conseil, ce qui eut lieu le mercredi 21, tout le monde était d'accord; il ne restait plus que quelques difficultés de rédaction, qui furent levées dans les trois jours suivants. Le Roi et tous les membres du conseil sentirent la nécessité de garder

jusqu'au moment de l'exécution le plus profond secret. Pour le garder, le Roi eut à subir une assez rude épreuve. Le duc de Mortemart, toujours ambassadeur de France en Russie, était en congé à Paris, d'où il entretenait une correspondance assez suivie avec M. de Nesselrode, ministre des affaires étrangères de Russie. Celui-ci, au moment de partir pour les eaux de Carlsbad, où il devait se rencontrer avec M. de Metternich, lui écrivit de se garder de croire que cette réunion eût le moindre but politique; que la Russie avait toujours à cœur les intérêts de la France; que les sentiments de l'empereur Nicolas étaient inébranlables ; que cependant il le priait d'avertir de nouveau le roi Charles X qu'on savait à Saint-Pétersbourg que des coups d'Ëtat se préparaient à Paris, et qu'il était chargé par son auguste maitre de faire parvenfr au roi de France l'avertissement que, une fois le serment de Reims violé, il ne faudrait plus compter sur son appui; que les malheurs de l'homme privé seraient toujours déplorés, mais que la cause des Bourbons serait abandonnée. M. de Mortemart n'hésita pas à mettre cette lettre sous les yeux du Roi. Il la lui porta le jeudi à Saint-Cloud. Charles X en éprouva un vif accès de colère. Il commençait, répondit-il, à être horriblement fatigué de toutes ces calomnieuses accusations, à l'étranger comme à l'intérieur. Puis il jura qu'il ne pensait à rien de ce qu'on se plaisait à supposer, et le fit avec une énergie, une indignation dont M. de Mortemart ne pouvait être que très satisfait et qu'il promit de faire connaître à M. de Nesselrode.

Mais ce secret si recommandé à Saint-Cloud et pour lequel tant de précautions avaient été prises même autour du Roi, comment avait-il été si clairement pénétré à l'étranger? Cela ne peut s'expliquer que par de certaines intelligences toujours parfaitement établies pour lesquelles alors rien ne restait caché. J'en vais donner une preuve positive dans un petit fait dont je dois la connaissance au

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