PRÉPARATION DE L'INSURRECTION
chai n'arriva à Paris qu'à midi; aucune précaution n'était prise, les troupes n^étaient même pas consignées.
Du côté de l'opposition, tandis que les hommes d'affaires, les gens de loi, pensaient aux moyens de résistance légauX) rédigeaient des protestations, d'autres hommes plus ardents, engagés depuis longtemps dans des sociétés secrètes, préparaient l'insurrection. Parmi ces hommes étaient en première ligne les membres de la société Aide^toi, Dieu t'aidera. Jusqu'alors celte société s'était surtout occupée d'élections. Elle prit, dans ce moment, une marche plus hardie; elle n'eut pas de peine à s'entendre avec les jeunes gens assez nombreux qui travaillaient à la rédaction des journaux, et ceux-ci eurent sur-le-champ pour associés un bon nombre d'étudiants, une partie des élèves de l'École polytechnique, auxquels il faut ajouter quelques carbonariy restes d'une loge échappés à la police de 1820 et 1821.
Dans la nuit du 26 au 27, il fut résolu entre les chefs de commencer la résistance par les journaux qui paraîtraient en dépit de l'ordonnance. Si on voulait saisir les presses, on les ferait défendre autant que possible par les ouvriers. Cette défense n'aurait sans doute pas grand succès, mais on jetterait ainsi sur le pavé tous les imprimeurs, gens généralement passionnés, violents, qui se trouveraient sans ouvrage. Puis on s'entendrait avec quelques-uns des principaux manufacturiers des faubourgs pour que leurs ateliers fussent fermés. Le gouvernement remettait tout en question, violait tous les droits et foulait la Charte aux pieds, le travail était suspendu; c'était donc à lui qu'ils devaient aller demander de l'ouvrage. La presse avait depuis longtemps accoutumé ces populations ouvrières aux idées de résistance; il ne devait pas être difficile de les soulever. La plupart de ceux qui la dirigeaient ont tenu dans le gouvernement suivant une place importante. Parmi eux, en première ligne, MM. Thiers, Mignet et Carrel, tous trois rédacteurs du Nationalj le seul de tous les journaux dont l'inclination
pour les intérêts de la maison d'Orléans fût alors considérée comme chose avérée.
Les choses se passèrent ainsi qu'il avait été décidé. Quelques journaux parurent encore le mardi matin. Ils n'avaient point demandé d'autorisation; ils contenaient la protestation la plus énergique, au bas de laquelle étaient les signatures de quarante-quatre principaux rédacteurs. Le préfet ordonna la saisie des presses, qui fut opérée sur quelquesunes, mais échoua sur plusieurs autres , notamment sur celles du journal intitulé le Temps, dont les propriétaires et les ouvriers résistèrent. Des groupes d'ouvriers se formèrent alors aux cris do : Vive la Charte I plsice de la Bourse et place du Palais-RoysJ. Dans ce premier moment, les ouvriers imprimeurs faisaient le fond des rassemblements. Dans la rue Neuve du Luxembourg, une assez grande quantité de jeunes gens des Ëcoles s'étaient réunis à la porte de M. Casimir Perier, chez lequel se trouvaient un certain nombre de députés membres de la Chambre dissoute, et qu'on supposait, non sans raison, occupés à rédiger une protestation. Là encore on criait : Vive la Charte î et de plus : Vivent les députés! Vers deux heures, la gendarmerie à cheval et un ou deux bataillons de la garde furent envoyés pour dissiper ces rassemblements. Ils y parvinrent sans peine; je me trouvai sur la place du Palais-Royal lorsque le premier engagement eut lieu. La gendarmerie chargea sans nulle sommation préalable; les groupes se bornaient à crier : Vive la Charte I Personne dans ces groupes n'était encore armé; quelques hommes montèrent sur un tas de décombres et jetèrent des pierres aux gendarmes. L'infanterie de la garde arriva peu après ; les soldats alors commencèrent à tirer. Il y eut sept ou huit personnes tuées, soit sur la place, soit dans les rues adjacentes. Une scène semblable avait lieu devant la Bourse. Jusque-là il y avait eu peu de victimes. Le soir, les boutiques d'armuriers furent pillées et fournirent aux émeutiers des fusils de chasse