‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 122 sur 241 · COMMENCEMENT DE L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE L'INSURRECTION

et de la poudre. La police n'avait pris aucune précaution; dani^ la matinée du lendemain, de très bonne heure, le dépôt de poudre du gouvernement tomba au pouvoir de la foule. Â partir de ce moment, l'insurrection ne manqua pas de munitions.

Chose étrange, cette insurrection qui avait été conseillée par des hommes connus, intelligents, décidés, quand elle eut éclaté, n'eut pas de chefs. Rien ne prouve mieux qu'elle n'avait pas été préparée à l'avance. Elle a dû sa principale force à la violence d'un premier élan ; pas un général connu ne s'est présenté pour prendre ou pour accepter un commandement. Ceux mêmes qu'on pouvait regarder comme les plus hostiles au gouvernement s'abstinrent. Le général Pajol ne voulut pas se laisser mettre en avant, et pour avoir un uniforme de général à montrer, il fallut en faire endosser un à un sieur Dubourg, colonel sous l'Empereur et attaché pendant quelque temps au général Bernadotte. Il arrivait de Belgique ; il fut produit par un agent de change nommé Loubers, et jusqu'au vendredi matin il n'y eut pas d'autre commandant que lui. Son influence ne fut pas grande, quoiqu'il montrât du courage. Quand on se souvient qu'en 1820, lors de l'insurrection tentée dans Paris, tous les commandements étaient distribués, que dans les plus hauts rangs de l'armée des engagements étaient pris, que le général Pajol était déjà de sa personne dans le faubourg Saint- Antoine, et que cependant tout fut déjoué promptement, il est impossible de ne pas reconnaître la différence des dispositions du public à des époques si rapprochées et de n'en pas conclure qu'en 1830 c'est l'opinion publique qui a tout entraîné.

Le ministère, dans la journée du mardi, ne s'apercevait pas que tout allait se décider sur un champ de bataille ; il s'arrêta à une vengeance d'autant plus misérable que son succès était au moins fort douteux. Il fit décerner par le procureur du Roi quarante-quatre mandats contre les

rédacteurs de journaux signataires de la protestation; puis il imagina de déclarer Paris en état de siège. Quel pouvait être l'avantage de cette décision ? Elle n'ajoutait rien au pouvoir que le maréchal duc de Raguse exerçait déjà sur les troupes, puisqu'elles avaient été toutes mises sous son commandement; quant au pouvoir civil dont elle l'investissait, il est sensible que le ministère n'entendait pas pour cela se dessaisir de l'action principale du gouvernement. Que voulait-il donc? Le moyen sans doute de faire rendre par un conseil de guerre les jugements et d'obtenir ainsi ce qu'on appelle, en cas pareil, une prompte et bonne justice.

Le maréchal qui allait concentrer dans ses mains de si grands pouvoirs avait été envoyé à Paris sans avertissement préalable, et, n'ayant pas eu le temps de prendre par lui-même aucune information, il dut s'en rapporter à ce que lui disait M. de Polignac, par qui tout devait passer, et qui ne pouvait lui faire voir autre chose qu'une échauffourée devant se terminer plus ou moins vite, suivant qu'on l'attaquerait avec plus ou moins de vigueur. Quant aux forces dont il pouvait disposer, aucun point ne mérite un plus sérieux examen. Rien n'eût été plus aisé, dans les jours précédents, que de faire approcher de la capitale une trentaine de mille hommes qui auraient pu, au premier commandement, s'y rendre en trois heures. La garde royale en pouvait fournir 26,000 environ de toutes armes, et M. de Polignac, qui tenait le portefeuille de la guerre, avait donné à ses collègues l'assurance que toutes les précautions étaient prises, qu'on n'avait à s'inquiéter de rien. Le fait est que le maréchal n'a jamais eu à sa disposition que la garnison dite de Paris, composée de 1 1 ,500 hommes, dont 5,000 environ de la garde, 3,800 de ligne, 1,100 fusiliers sédentaires, ou autrement dits vétérans, et 700 hommes de la gendarmerie de Paris. Ce dénombrement est important; il montre dans quelle proportion figuraient les troupes de ligne, dont les dispositions étaient très dou-

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