L'INSURRECTION
teuscs et dont la conduite dans les derniers moments a eu une influence décisive. Ajoutez que nulle précaution n'avait été prise pour assurer la subsistance des troupes. Voilà cependant sur quelles ressources M. de Poliguac comptait t
Le mardi, les rassemblements avaient été aisément dispersés; à neuf heures du soir, le maréched annonça au président du conseil et au Roi que tout était tranquille, qu'il allait faire rentrer les troupes dans leurs casernes. Le mercredi matin, à neuf heures, il écrivit au Roi que les rassemblements se reformaient plus nombreux, plus menaçants que la veille; que ce n'était plus une émeute, mais une insurrection. A peine la matinée était-elle commencée, et déjà tous les corps de garde isolés dans la ville se trouvaient forcés et désarmés, ainsi que ceux qu'occupaient les fusiliers sédentaires. Leurs fusils et ceux des corps de garde étaient passés dans les mains des insurgés, qui s'emparèrent en même temps de l'Arsenal, des poudrières et de la manutention générale. Un peu plus tard, ils se mirent à abattre les insignes de la royauté et à remplacer le drapeau blanc par le drapeau tricolore. Le message envoyé par le maréchal produisit peu d'effet à Saint-Cloud. Charles X recevait de M. de Polignac des renseignements très différents et ne doutait pas qu'avec les mesures qu'on allait prendre tout ne fût terminé avant la fin du jour.
Dès qu'on eut fait connaître au maréchal les nouveaux pouvoirs que lui donnait l'état de siège, les ministres jugèrent à propos de venir s'établir à son état-major, situé sur le Carrousel, dans la partie du palais des Tuileries qui longe la rue de Rivoli. Ils y trouvaient une sûreté que ne leur offraient plus leurs hôtels et l'occasion de connaître le véritable état des choses et de donner aux opérations la direction qu'ils jugeaient convenable. Ils ont nié cette action exercée par eux ; ils ont essayé de se couvrir par l'autorité absolue qui appartenait au maréchal.
Une telle assertion est inadmissible. Elle est démentie par les faits. Deux des ministres, MM. de Peyronnet et Capelle, avant de se réfugier à Tétat-major, sont allés à Saint-Gloud, dans la prévision, ont-ils dit, que le conseil devait s'y tenir comme de coutume. Ils auraient pu profiter de cette occasion pour éclairer le Roi; mais, s'il faut les en croire, ils manquaient eux-mêmes de renseignements positifs. Ce ne fut qu'à deux heures que le maréchal se décida à mettre en mouvement les colonnes destinées à dissiper l'insurrection.
La première de ces colonnes devait, en suivant les boulevards, s'avancer jusqu'à la place de la Bastille, puis par la rue Saint-Antoine gagner l'Hôtel de ville, que les insurgés occupaient. La seconde se rendrait au même but en suivant les quais, et la troisième devait aller, par la rue Saint-Honoré, jusqu'au marché des Innocents, où elle s'établirait.
On avait su, à Tétat-major, que les députés réunis la veille chez M. Casimir Perier s'étaient assemblés de nouveau chez M. de Puyravault et avaient résolu de publier une protestation dont MM. Dupin, Guizot et Yillemain étaient les rédacteurs. On assurait que M. de La Fayette avait assisté à cette réunion. M. de Polignac crut alors que l'occasion était belle de frapper les principaux conspirateurs. Il dressa une liste sur laquelle se trouvait une douzaine de noms. Il pria le maréchal de la signer et de faire arrêter tous ceux qui s'y trouvaient inscrits. Celui-ci fit d'abord quelques difficultés, puis demanda des retranchements; la liste ainsi réduite fut remise à M. de Foucault, commandant de la gendarmerie de Paris. Elle ne contenait plus que six noms : ceux de MM. Laffitte, La Fayette, Gérard, Marbois, de Salverte et Audry de Puyravault.
Un événement iiflportant ne tarda pas à faire retirer par le duc de Raguse les ordres que M. de Polignac venait de