LES MINISTRES A SAINT-GLOUD. 26T
Le gouverneur du château, M. de Glandevez, ainsi que MM. de Girardin et de Guiche, parlaient avec grande insistance dans le même sens que M. de Sémonville. Celuici alors mit fin àla discussion en commandant à M. de Glandevez, qui n'hésita pas à s'en charger, de lui procurer le moyen de partir pour Saint-Cloud. M. de Polignac tint alors avec ses collègues un conseil dans lequel on prit à l'unanimité la résolution de se transporter auprès de Charles X. Les voitures ne se firent pas attendre; les ministres partirent. M. de Sémonville n'avait sur eux que très peu d'avance; ils le rejoignirent et entrèrent avec lui chez le Roi.
M. de Girardin était porteur d'une lettre du maréchal dans laquelle il appuyait la relation de M. de Sémonville. Il était loin de prévoir alors à quel point sa situation allait devenir critique. Au moment où les ministres le quittèrent, il se croyait en état de tenir deux ou trois jours dans la position du Louvre et des Tuileries. Il avait compté sur l'efi'et d'une suspension d'armes qu'il devait accorder. Il envoya des officiers pour l'annoncer à la tète des troupes, là où elles se trouvaient en contact avec les insurgés. II remit aussi à plusieurs maires une proclamation qu'ils devaient répandre. On chargea de ce soin quelques prisonniers faits la veille. Le plus grand nombre de ces prisonniers avaient été trouvés nantis de cartes sur lesquelles étaient inscrits les mots suivants : Carte des Amis fidèles. La proclamation fut assez bien reçue en quelques endroits, mais on n'en tint aucun compte du côté où commandaient les vrais chefs du mouvement. Ils étaient décides à emporter le Louvre, défendu par les Suisses. Ceux-ci étaient fort disposés à se défendre, mais un incident vint affaiblir leur résolution. Le maréchal avait concentré sur la place Vendôme deux régiments de ligne. Or ces régiments, dès la veille, s'étaient montrés très chancelants et commencèrent à fraterniser avec le peuple, puis levèrent la crosse de leurs
fusils eu Tair, en livrant leurs cartouches. Informé de ce fait si imprévu et si grave, le maréchal donna aussitôt aux deux régiments Tordre d'aller prendre position un peu plus loin; pour les remplacer, il tira du Louvre la moitié des Suisses qui y étaient enfermés. Ce fut une faute; il n'eût dû jamais affaiblir cette garnison. Il était dès lors évident qu'on ne pouvait plus compter sur les troupes de ligne. Le maréchal prit le parti d'envoyer les deux derniers régiments sur la place Louis XV et dans les Champs-Elysées. La situation devenait très critique à l'état-major général de la place Vendôme.
Devant la façade du Louvre, les assaillants profitèrent habilement de la diminution de la garde suisse; l'attaque commença, et bientôt une porte enfoncée, une fenêtre escaladée, les introduisirent dans cette partie de l'édifice. Les Suisses, après une résistance assez molle, frappés sans doute par le souvenir du 10 août, se croyant abandonnés, livrés, puisqu'on avait emmené une partie de leurs camarades, lâchèrent pied et se retirèrent sur le Carrousel. L'envahissement du château des Tuileries devenait inévitable. Une partie des insurgés s'engagea dans la galerie du Louvre, à la poursuite des Suisses, et la fusillade éclata sur la place du Carrousel. Le maréchal apprit tous ces désastres à la fois et donna l'ordre de battre en retraite, de se replier sur les Champs-Elysées et sur la barrière de l'Étoile. Il n'eut que le temps de se jeter à cheval pour gagner le jardin des Tuileries. Un des hommes qui l'accompagnaient fut atteint d'une balle et tomba sous l'Arc de triomphe. Lorsqu'il entra dans le jardin, par le vestibule du milieu du château, les insurgés, arrivés par la galerie, en occupaient les appartements.
Pendant leur retraite, les colonnes qui suivaient le faubourg Saint-Honoré et le bord de l'eau eurent beaucoup à soufi'rir. Le maréchal avait l'intention de prendre position sur les hauteurs de la barrière de l'Étoile, d'occuper Passy