‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 127 sur 241 · SUCCÈS DE L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE L'INSURRECTION

pas manqué de dire que quelques bataillons engagés à propos suffisaient pour dissiper les rassemblements, qu'il était absurde d'avoir ainsi laissé l'insurrection s'organiser. N'avait-on pas l'exemple de la révolte de la rue Saint-Martin en 1827? Ne savait-on pas comment elle avait été vaincue et anéantie par un nombre de troupes bien moins grand que celui dont le maréchal disposait? Tous les renseignements donnés par M. de Polignac l'avaient trompé. Le jeudi matin, il n'y avait plus à choisir, et le parti de se concentrer en gardant le Louvre et les Tuileries était le seul auquel on pût s'arrêter; ce fut aussi celui que le maréchal adopta sans hésiter.

De leur côté, les insurgés ne s'étaient pas endormis, l'Hôtel de ville était retombé en leur pouvoir. Ils en avaient fait, dès le point du jour, leur quartier général; à partir d^ ce moment, les chefs sont séparés des députés qui espéraient encore des concessions et une solution pacifique. Non pas que je prétende que tous les députés partageaient ces idées. M. Laffitte, par exemple, n'était pas d'accord avec M. Casimir Perier et beaucoup de ses collègues. Ils avaient avec eux la garde nationale; ses légions commençaient à s'organiser dans tous les quartiers, elles reprenaient leurs armes. Si la garde nationale eût existé alors, elle aurait certainement pris parti contre M. de Polignac et contre les ordonnances; on aurait été obligé de les lui sacrifier, mais elle n'aurait pas renversé la dynastie. Le gouvernement se serait trouvé, dès le premier moment, en face d'un certain nombre de chefs assez puissants pour qu'il fût possible et honorable de traiter avec eux. Malheureusement sa réorganisation fut lente, et on comprit la faute que M. de Yillèle avait commise en diss^olvant la garde nationale. Il enlevait à la monarchie un appui précieux.

Les premières heures de la matinée furent employées à élever de nouvelles barricades. Le nombre des combattants, malgré les pertes faites par l'insurrection, s'était accru. Les

élèves de TÊcole polytechnique fournissaient des jeunes chefs aussi audacieux qu'intelligents. Profitant de ces avantages, les insurgés prirent l'offensive avec un bonheur prodigieux. Tout semblait les favoriser; dans le quartier général des Tuileries, tout était désordre et confusion. Les ministres mêmes ne savaient plus à quel parti s'arrêter. Seul M. de Polignac ne paraissait point ébranlé dans sa confiance, mais plusieurs de ses collègues commençaient à secouer le joug. Les rapports arrivant de tous côtés, les avis des militaires, qui ne dissimulaient plus les périls de la situation, leur faisaient sentir la nécessité d'éclairer le Roi sur les dangers dont son trône était menacé. Le maréchal s'associait à leur pensée; depuis la veille il n'avait cessé d'expédier des dépêches, d'envoyer des aides de camp à Saint-Cloud; mais tous ces avertissements étaient restés sans effet. Charles X avait répliqué à tout par l'ordre réitéré de tenir bon et de masser les troupes. Il n'avait fait aucune attention à la démarche des députés, que le maréchal lui avait racontée. M. de Polignac lui en avait parlé de son côté. Quelle réponse lui avait-il faite? M. de Polignac, dans son interrogatoire devant la Cour des pairs, a déclaré qu'aussitôt reçue, ill'avait communiquée au maréchal, mais il n'a pas voulu en faire connaître le contenu. On peut croire sans témérité que la teneur en était au moins fort sévère.

C'est au milieu de ces divisions, de ces incertitudes, que M. de Sémon ville, grand référendaire de la Chambre des pairs, arriva à l'état-major général accompagné de M. d'Argout. Il était sept heures environ. Il venait sommer les ministres et le maréchal de faire cesser les hostilités et surtout de faire connaître au Roi toute la vérité. M. de Polignac opposa pendant quelque temps à la véhémence de ses interlocuteurs un front calme et obstiné ; ceux qui l'entouraient, à l'exception peut-être de M. de Montbel, laissèrent voir des sentiments fort contraires aux siens..

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