CONSEIL TENU A SAINT-CLOUD
de grandes hésitations, quand ce n'étaient pas des répugnances invincibles. Il ne voulait pas de la garde nationale; elle empêcherait, disait-il, sa garde royale de rentrer dans la ville. Il avait en horreur la cocarde aux trois couleurs; il l'avait déjà le matin déclaré à M. de Sémonville, et je ne serais pas étonné que, plus tard, ce sentiment eût contribué à décider son abdication. Sur l'amnistie sans réserve, il engageait sa parole royale et pensait que mieux valait ne rien signer; il ne pouvait croire enfln que le retrait des ordonnances et le changement de ministère ne fussent pas suffisants pour tout calmer. .
Le Dauphin ouvrit la porte du cabinet au moment où cette conversation était le plus animée. On lui résuma tout ce qui avait été dit. Il écouta le duc de Mortemart avec une humeur très marquée, en se promenant silencieusement de long en large. Une seule fois il l'interrompit; ce fut pour dire qu'il entendait conserver dans tous les cas l'administration du personnel de l'armée. M. de Mortemart fut obligé de combattre cette prétention. La conversation terminée, le Roi eut avec ses anciens ministres une nouvelle conférence. Le duc de Mortemart n'y fut pas admis, elle est restée secrète. Le Dauphin, s'il faut en croire les bruits répandus, s'y serait exprimé avec une grande violence.
Pendant ce temps, MM. de Sémonville, de VitroUes et d'Argout attendaient dans la pièce précédente. M. de Peyronnet étant sorti un moment, M. de VitroUes courut à lui pour le conjurer d'en finir. « Vous permettrez bien, mon- « sieur, répondit-il, quand le Roi va faire tant de conces- « sions, qu'on y pense pendant quelques minutes! — Mais, « reprit M. de VitroUes, vous n'y songez pas, demain peut^ « être la déchéance sera prononcée. — Ah ! que je le vou- « drais ! s'écria M. de Peyronnet. Que la monarchie serait « grande si elle tombait sans concessions t » A six heures, le Roi fit dire à M. de Sémonville qu'il pouvait retourner
à Paris et annoncer la cessation des hostilités, l'annulation des ordonnances, la nomination de M. de Mortemart à la présidence du conseil, de M. Casimir Perler aux Bnances, du général Gérard à la guerre. M. de Sémonville partit avec M. d'Argout, et même M. de Vitrolles, auquel il ne crut pas pouvoir refuser une place dans sa voiture. M. de Sémonville ne savait pas combien celui dont il faisait son compagnon de route était resté en possession de la con- Gance du Roi. Il ne se doutait pas surtout qu'on venait de lui confier une mission dont les conséquences devaient être bien graves.
Le trajet de Saint-Cloud à Paris ne fut pas facile; la route, aux approches de Paris, était couverte de tirailleurs. Arrivés à la barrière, ils furent reçus à coups de fusil. Il leur fallut parlementer assez longtemps; on les laissa pénétrer à la condition d'aller sans escorte à l'Hôtel de ville. M. de Girardin, qui jusqu'alors les avait accompagnés à cheval, voyant ces difficultés, prit une autre route. L'obligation de se rendre à rilôtel de ville ne contrariait nullement M. de Sémonville, qui venait d'apprendre l'existence de la commission municipale; mais elle ne convenait en aucune façon à M. de Vitrolles, qui avait compté descendre à la place Louis XV. L'escorte, assez faible en partant, se grossit pendant la route; on avançait péniblement au travers de nombreuses barricades. Enfin, on arriva à la place de Grève vers neuf heures du soir.
M. de Sémonville demanda à être introduit devant la commission municipale. Voici comment cette commission avait pris naissance. Les délégués envoyés la veille au maréchal Marmont par les députés avaient prévenu le maréchal qu'on attendrait la réponse du Roi chez M. Laffitte. On attendit vainement cette réponse toute la soirée. Le lendemain jeudi, sur les dix heures du matin, on se réunit de nouveau chez M. Laffitte, attendant, espérant, désirant même ardemment cette réponse, car les plus