‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 133 sur 241 · LA COMMISSION MUNICIPALE · texte numérisé non relu

LA COMMISSION MUNICIPALE

ardents n'étaient pas sans inquiétude. Les troupes royales pouvaient recevoir de grands renforts ; on savait qu'il en était demandé, et s'ils avaient le temps d'arriver, si les mesures étaient mieux prises du côté du gouvernement, nul ne pouvait savoir à quel parti resterait la victoire. On apprit d'abord le départ des ministres, la défection dès deux régiments de ligne, bientôt après l'occupation par les insurgés du Louvre et des Tuileries, enfin l'évacuation complète de la ville par les troupes royales. Tout changea alors, et le danger fut de toute autre nature; le parti des violents triomphait, ses chefs régnaient à l'Hôtel de ville. Au milieu d'un désordre impossible à décrire, c'était le parti révolutionnaire qui allait dominer dans la ville livrée à l'anarchie. Dans une situation aussi critique, la réunion des députés pensa qu'il lui appartenait de conjurer un aussi grand péril et d'organiser une puissance publique dont toute société a besoin, surtout dans une aussi grande ville que Paris. Quelques-uns voulaient nommer un gouvernement provisoire, mais la majorité s'y opposa; c'était prononcer la déchéance dû gouvernement de droit qu'elle ne voulait pas encore méconnaître, avec lequel elle avait toujours le désir de traiter. Paris n'est pas toute la France; ce serait une grande témérité d'aller jusqu'à une rupture que le reste du royaume pourrait bien ne pas sanctionner. L'idée du gouvernement provisoire écartée, la réunion des députés nomma une simple commission municipale, composée de MM. Laffitte, Casimir Pcrier, comte Lobau, de Schonen, Audry de Puyravault et Mauguin. M. de La Fayette fut nommé commandant général des forces militaires, et le général Gérard commandant des forces actives. On avait cru de cette manière donner à ce dernier le commandement réel, mais en cela on se trompa. Les personnes désignées se rendirent à l'Hôtel de ville. Dans la commission, M. Perier et le général Gérard représentaient ceux qui espéraient toujours un accommodement. M. Laffitte,

qui bientôt après sut attirer à lui le général Gérard, tenait pour le duc d'Orléans, dont le nom n'avait jusqu'alors été prononcé par personne. M. de La Fayette entrevoyait, sans trop l'espérer, la réalisation du rêve de sa vie, l'établissement d'une république sous forme américaine et dont la présidence pouvait bien lui échoir. Autour de lui devaient se grouper les hommes qui avaient joué dans l'insurrection le rôle le plus actif et une foule de jeunes gens dévoués aux mêmes idées.

M. de Sémonville fut introduit devant la commission avec ses deux compagnons, qu'il ne jugea pas prudent de laisser derrière lui (1). En montant l'escalier, il avait dit, de manière à être entendu de la foule, qu'il arrivait de Saint-Cloud, que les ordonnances étaient rapportées, que le ministère Polignac était renvoyé. Cette nouvelle avait été accueillie par les cris de : Vive la Charte! Vive le Roi! Ces cris, qui avaient retenti jusque dans la salle où se tenait la commission, n'avaient pas laissé que de la surprendre. M. de Sémonville se borna à raconter ce qu'il avait vu à Saint-Cloud et les décisions prises avant son départ. Ainsi il annonça que le gouvernement avait arrêté toute mesure offensive, que les mesures défensives étaient seules maintenues, que le duc de Mortemart était chargé de former un ministère, pour remplacer celui de M. de Polignac; qu'il devait être parti de Saint-Cloud fort peu de temps après lui, qu'on pouvait par conséquent l'attendre à tout moment. Peut-être fît-il une faute, mais il était impossible de le prévoir en ce moment, en annonçant aussi que deux autres ministres étaient nommés avec lui, M. Casimir Perier et le général Gérard. Quoi qu'il en soit, M. de Sémonville fut assez bien accueilli, et il dut croire que si M. de Mortemart arrivait promptement, comme tout le devait faire penser, on l'écouterait assez favorablement.

(1) On a dit qu'il était entré seul; le fait est faux.

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