‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 135 sur 241 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les anciens ministres quittent le Roi. — Incertitudes de Charles X. — Retour de MM. de VitroUes et d'Argout àSaint-Cloud.— M. de Mortemart force la porte du Roi et lui arrache la promesse de réformes.

— Il part ensuite pour Paris ; difficultés qu*il éprouve pour entrer dans la ville et s'aboucher avec les membres du gouvernement provisoire. — Ceux-ci se font introuvables. — Propagande active de M. Laffîtte en faveur du duc d'Orléans; les députés réunis sous sa présidence déférent à ce dernier la lieutenance générale du royaume. — Opinion de M. de Tallejrand. — Réunion des pairs— Optimisme de M. de Chateaubriand. — La Chambre des pairs admet la lieutenance générale. — Triste situation du Roi à Saint-Cloud. — Pourquoi la royauté a-t-elle été vaincue si facilement? — Le plan de Marmont. — Insurrection de Versailles et des communes voisines.

— Ordre du jour du Dauphin. — La Cour quitte Saint-Cloud pour Trianon. — Engagement du pont de Sèvres. — Entrevue du duc de Mortemart avec le duc d'Orléans. — M. de La Fayette et ses adhérents. — Le duc d'Orléans se rend k l'Hôtel de ville. — On agite la question de la succession au trône. — Charles X à Rambouillet. — La Dauphine l'y rejoint.

Loin de s'aplanir, les difficultés s'étaient accrues, depuis le départ de M. de Sémonville, entre le Roi et M, de Mortemart. La question des pleins pouvoirs avait été de nouveau soulevée. Charles X et surtout le Dauphin ne pouvaient se faire à l'idée de tant de sacrifices; la nécessité ne leur en paraissait pas suffisamment démontrée; leur répugnance était si évidente que le duc de Mortemart voulut, k plusieurs reprises, retirer le consentement qu'il avait donné, a Je suis plus que jamais convaincu, disait-il, que « je ne conviens pas à la mission dont le Roi a voulu me « charger. Les concessions que la nécessité peut imposer, a venant de moi, seront qualifiées de faiblesses; heureux a si on ne les qualifie pas de trahison. Elles ne peuvent

« être faites que par un homme qui possède plus complè- « tement la confiance du Roi et surtout celle de M. le « Dauphin. »

Il n'y avait pas d'illusions à se faire, les anciens conseillers du Roi gardaient leur empire sur son esprit. Le duc de Mortemart se décida à le dire au Roi, en faisant observer que la présence des anciens ministres rendait tout impossible, qu'il le suppliait d'ordonner leur départ immédiat. Le Roi répondit qu'ils n'étaient plus rien, qu'ils devaient partir; en effet, ils partirent dans la nuit. M. de Polignac cessa donc de paraître, et le Roi se montra plus résigné, mais toujours sans faire rédiger les pouvoirs, sans parler de les signer. Enfin, sur de nouvelles instances de M. de Mortemart, il prit le parti de lui avouer qu'il attendait des nouvelles de M. de VitroUes, retourné à Paris sur son ordre, et qu'il ne se déciderait à faire les concessions qu'après avoir entendu le rapport que devait lui faire cet homme de confiance. Telle était la cause certaine, bien avérée, de la perte de cette soirée qui, habilement employée, €ût peut-être permis de sauver la royauté. Je n'accuse pas M. de VitroUes; ses conseils pendant toute cette journée avaient été bons et politiques. Il n'avait pas eu le crédit de les faire adopter ; on avait voulu, avant de se résigner à les suivre, de nouveaux renseignements.

Après la déclaration du Roi, M. de Mortemart n'eut plus qu'à attendre et à se résigner. La soirée se passa comme la précédente : la partie de whist, la partie d'échecs, la même réserve de la part des courtisans. On entendait encore cependant des coups de feu, mais personne n'avait l'air d'y faire attention. Une seule fois, après quelques moments de calme, un nouveau coup étant venu frapper ses oreilles, le Roi dit : « Est-ce qu'on tire encore? » Sur quoi un des assistants répondit : « Non, Sire, c'est un fusil qu'on décharge. »

- Le Roi et le Dauphin se levèrent pour se retirer à

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