ABDICATION DU ROI
dans cette lettre ne permettait de supposer que l'abdication dût concerner seulement les droits de Charles X» en réservant ceux du Dauphin et ceux du duc de Bordeaux. Le parti était pris, par ceux qui dirigeaient le duc d'Orléans, de ne faire aucune réserve. Le Moniteur du 4, qui insérait l'ordonnance de Charles X, l'accompagnait de la note suivante : a Lorsque cette pièce, datée du 1" août, « a été reçue par M. le duc d'Orléans, Son Altesse Royale, « appelée parle vœu du peuple, exerçait déjà depuis deux « jours la lieutenance générale du royaume. » Faut-il attribuer à l'impression produite sur l'esprit du Roi par la lettre du duc d'Orléans, ou aux conseils de quelques personnes qui l'entouraient, la résolution qu'il prit enfin le 2 août? Toujours est-il que, le lundi matin, après avoir consulté le maréchal Marmont, le Roi se décida à abdiquer en faveur du duc de Bordeaux. Le maréchal avait approuvé cette résolution, mais à condition de se retirer sur les bords de la Loire avec le jeune Roi. A midi, Charles X envoya au duc d'Orléans une ordonnance, signée de lui et du Dauphin, par laquelle, abdiquant l'un et l'autre, ils renonçaient à tous leurs droits à la couronne, en faveur du duc de Bordeaux, et chargeaient le lieutenant général de faire proclamer au plus tôt l'avènement de Henri V, puis de communiquer ses intentions au corps diplomatique.
On aura peine à croire que M. de Polîgnac, pendant les trois jours que dura le combat de Paris, n'avait pas fait dire un seul mot à ce corps diplomatique, ne lui avait offert aucune sauvegarde, ne l'avait pas enfin engagé à se rendre à Saint-Cloud, comme cela eût été si naturel. Pour juger de l'étendue de cette faute, il est bon de savoir que, du moment où on sut la famille royale arrivée à Rambouillet, le nonce et l'ambassadeur de Naples exprimèrent l'intention de se rendre auprès d'elle. L'ambassadeur d'Autriche inclinait au même parti; ils ne furent retenus tous les trois que par le refus de l'ambassadeur d'Angle-
terre et de Tambassadeur de Russie de se joindre à eux, refus auquel adhéra bientôt l'ambassadeur de Prusse. Il était dans la destinée de M. de Pozzo di Borgo d'exercer à différentes époques une action décisive sur le sort de la maison de Bourbon, à laquelle il était tout dévoué. Il est intéressant de connaître les motifs qui ont amené, dans ces jours difficiles, une attitude si peu prévue. Il avait été profondément découragé par' le spectacle des fautes de Charles X, par l'incapacité, l'incohérence qui, dans ces derniers jours surtout, avaient dominé dans ses conseils. Il y eut cependant un moment où sa tendance à se rapprocher de la branche d'Orléans fut fort ébranlée. Le samedi matin, on vint lui dire que M. Sébastian! serait le ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement. Or, une haine profonde, une haine corse, l'animait contre ce compatriote; il n'en fallut pas davantage pour l'éloigner; le Palais-Royal fut averti par un ami commun, qui lui fut dépêché en toute hâte. Il trouva le comte de Pozzo triste, préoccupé; lorsqu'il l'eut rassuré sur le point qui le préoccupait si vivement, son air devint aussi obligeant qu'il avait été froid et disgracieux, a A la bonne heure, dit-il, rien n'empêche alors qu'on ne s'entende. Ils veulent régner. Eh bien t ils ont raison ; il faut qu'ils régnent. » Puis, pressant la main de cette personne, il ajouta : « A « eux à la vie et à la mort ! » Cela se passait dans la journée de samedi. Le dimanche matin, l'entrevue dont j'ai déjà parlé eut lieu entre lui et la princesse Adélaïde. Il est évident que les engagements qui furent pris dans cette conférence contribuèrent beaucoup à faire écarter l'idée d'une démarche collective du corps diplomatique à RambouiUet. Si cette démarche avait été faite, elle aurait apporté à Charles X un grand secours. Ce dont je suis positivement sûr, c'est qu'après la conférence de M. de Pozzo avec la princesse d'Orléans, une dépêche partit pour Saint- Pétersbourg, dans laquelle les événements étaient pré-