‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 153 sur 241 · DEFECTION DES TROUPES ROYALES · texte numérisé non relu

DEFECTION DES TROUPES ROYALES

il en vint à ce point qu'à Trappes, presque tous les chefs de corps, entre lesquels il faut compter quatre colonels de régiments d'infanterie de la garde, prirent le parti de se réunir et agitèrent entre eux la question de savoir s'il ne serait pas à propos d'envoyer à Paris pour faire leur soumission au nouveau gouvernement et demander des saufconduits avec lesquels il leur serait permis de retourner dans leurs cantonnements accoutumés. Cet avis allait passer presque sans contradiction, lorsque surviat le général Bordessoulle, auquel appartenait le commandement supérieur. Il ramenait à sa suite les trois régiments de grosse cavalerie de la garde avec lesquels il avait occupé Versailles. Il persuada aux ofGciers réunis de renoncer à leur projet et décida les troupes, qui étaient chancelantes, à continuée leur route jusqu'à Rambouillet. Mais il éprouva, chemin faisant, beaucoup de désertions; enfln, avant d'arriver à Rambouillet, le seul régiment de ligne qui fît encore partie de cette petite armée signifia à son colonel qu'il était décidé à regagner Paris. Le colonel exigea que le drapeau lui fût laissé; il l'emporta avec lui et le remit une heure après entre les mains du Dauphin. Le général Bordessoulle laissa ses trois régiments de grosse cavalerie dans le village de Tacoignières, afin de couvrir la position de Rambouillet. Dans la nuit du dimanche au lundi, ils partirent sans ordre, leurs colonels en tète, regagner leur séjour ordinaire. La position de Rambouillet demeura ainsi complètement découverte. Le Roi fut très péniblement impressionné par ces défections successives des troupes sur lesquelles il croyait pouvoir compter. Toutefois, il avait autour de lui des forces considérables : tous les régiments d'infanterie de la garde, moins celui qui tenait garnison à Rouen, plus toute la cavalerie légère de la garde, dans laquelle pas un homme ne manquait, puis un régiment magnifique d'artillerie avec quarante-deux pièces de canon, et enfin les quatre compagnies des gardes du corps.

Tout cela aurait pu donner un effectif de quinze à dix-sept mille hommes; ces troupes paraissaient bien décidées à se défendre.

Le lundi 2 au soir, arrivèrent à Rambouillet des commissaires que le lieutenant général s'était décidé à y envoyer, sur un rapport qui lui avait été fait par un jeune La Rochejaquelein arrivant de Rambouillet et se disant chargé par Charles X de demander qu'on mît auprès de lui des personnes pouvant lui servir de sauvegarde. M. de La Rochejaquelein avait-il réellement reçu cette mission î Il est vraisemblable qu'il avait pris trop à la lettre des paroles qui n'avaient rien de positif. Les commissaires envoyés furent au nombre de cinq : le duc de Trévise, le duc de Coigny, le colonel Jacqueminot, M. de Schonen, M. Odilon B£u*rot. Us avaient sans doute pour instruction d'engager Charles X à s'éloigner plus encore de la capitale et à se rapprocher de la frontière, au delà de laquelle on voulait le pousser. Il était nuit lorsqu'ils se présentèrent au château, et le Roi ne reçut que le duc de Coigny, auquel il dit qu'il ne concevait rien à cette démarche; que, quant à lui, il n'avait plus rien à faire qu'à attendre le résultat de la résolution si généreuse qu'il avait prise le matin, uniquement par le désir d'arrêter la marche de huit cent mille soldats étrangers qui allaient m£u*cher sur la France. Cette dernière phrase, que je tiens du duc de Coigny lui-même, est d'autant plus remarquable qu'elle prouve la confiance que le prince, malgré tout ce que contenait la correspondance de ses ministres à l'étranger, avait toujours dans l'assistance des souverains étrangers. Il ajouta que le lieutenant général du royaume, à l'heure à laquelle il parlait, avait entre les mains l'acte de son abdication; c'était à lui à conduire les affaires de telle manière que ce grand acte pût avoir son plein et entier effet. Charles X, dans cette entrevue, tint presque toujours la parole ; le duc de Coigny a l'organe très faible, le Roi avait

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