‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 158 sur 241 · M. PASQUIËR PRÉSIDENT DE LÀ CHAMBRE DES PAIRS · texte numérisé non relu

M. PASQUIËR PRÉSIDENT DE LÀ CHAMBRE DES PAIRS

une grande rapidité et rapporta cette réponse à Charles X, ainsi qu'il me Ta raconté. Au milieu de la nuit, dans une fort misérable chambre d'auberge, il trouva le prince couché; sa vieillesse, son dénuement firent une profonde impression sur ce jeune homme, qui ne l'avait jamais approché qu'au milieu des splendeurs de Saint-Cloud ou des Tuileries. Charles X le retint assez longtemps et s'appliqua surtout à le convaincre que ses malheurs ne devaient être attribués à aucune faute de sa part, que les ordonnances du 25 étaient commandées par tout ce qu'il savait de la conspiration ourdie contre lui et sous laquelle il venait de succomber, a Si j'étais debout, lui dit-il, et que j'eusse « le loisir de chercher dans mes papiers, je vous moutre- « rais des preuves irrécusables de ce que j'avance. » Ce fut sur ces paroles que se termina l'entretien.

Dès que le Roi avait quitté le sol français, toute résistance devenait impossible. Rien ne mettait plus d'obstacle à l'établissement de la nouvelle monarchie. Il ne s'agissait plus que de donner une forme légale aux faits accomplis. J'abrégerai donc cette partie de mon récit qui n'a plus d'intérêt.

La Chambre des pairs, la Chambre des députés, s'assemblèrent le 4 août pour procéder, chacune de son côté, aux actes qui devaient les constituer définitivement. M. Pastoret ayant donné sa démission de chancelier et de président de la Chambre des pairs, il fallut pourvoir à son remplacement; le choix était tombé sur moi. Je pourrais dire que ce n'était pas une affaire de préférence, tous les membres de la Chambre en état de la présider se trouvant ou absents ou dans des positions qui ne permettaient pas de penser à eux. J'hésitai beaucoup avant d'accepter, mais la conservation de la Chambre des pairs était pour le pays de la plus haute importance. Je la savais menacée; cette considération me décida. Je pris possession du fauteuil à la séance du 4 ; les opérations préliminaires pour la constitution de

la Chambre des pairs furent terminées dans cette première séance, et la commission de l'adresse fut nommée. Le nombre des pairs présents ne s'élevait pas au-dessus de quatre-vingts. La Chambre des députés avait à vérifier les pouvoirs de tous ses membres, puisqu'il y avait eu réélection générale; cette opération pouvait être longue. Elle se mit en permanence; la vérification des pouvoirs fut terminée le 5. La nomination des candidats pour la présidence, des vice-présidents et des secrétaires, eut lieu aussi ce même jour. Le choix du lieutenant général pour la présidence se fixa sur M. Casimir Perier. A la séance du 6, M. de Salverte déposa sur le bureau une proposition d'accusation contre les ministres de Charles X, qui avaient contresigné les ordonnances du 25 juillet. Peu de tempr après, M. Bérard, député de Seine-et-Oise, après un préaMbule extrêmement vif contre le dernier gouvernement, contre Charles X et son fils, proposa à la Chambre d'adopter une résolution qui déclarerait le trône vacant, stipulerait les garanties que le nouveau souverain serait tenu de consentir en faveur du pays. Louis-Philippe d'Orléans, lieutenant général du royaume, serait appelé au trône^ lui et ses descendants, à perpétuité, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l'exclusion perpétuelle des femmes et de leurs descendants. Louis-Philippe d'Orléans, lieutenant général du royaume, serait en conséquence invité à accepter et à jurer l'observation de la charte modifiée; après quoi, il prendrait le titre de « Roi des Français ».

La Chambre décida que cette proposition serait renvoyée à une commission spéciale, qu'on réunirait à la commission de l'adresse. Peu de temps après, l'un des membres de la commission de l'adresse vint prier la Chambre de s'ajourner à huit heures. « Nous espérons, dit-il, pouvoir alors lui présenter notre travail. » On ne pouvait, en conservant les apparences d'une délibération, mener avec une plus étonnante rapidité une affaire de cette gravité. Tout

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