‹ Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier (volume 4)Chapitre 160 sur 241 · PROJETS DE REVISION · texte numérisé non relu

PROJETS DE REVISION

•et une. L'inamovibilité des juges était bien autrement difficile à conserver, car elle était l'objet de bien des convoitises. Elle échappa au danger, pai'ce qu'elle fut habilement et courageusement défendue par M. Dupin et M. Villemain. L'hérédité de la pairie resta compromise par la proposition qui demandait la re vision de l'article de la charte qui la concernait.

M. Guizot eut le tort grave de provoquer lui-même cette revision dans la commission; il crut apparemment que cette mesure dilatoire sauverait le principe sans nuire à la popularité dont il jouissait et dont tous les hommes dans sa position étaient alors si jaloux. Dans son rapport, après avoir établi la convenance d'annuler toutes les nominations qui avaient été faites sous le règne de Charles X, « voulant, dit-il, réserver sans les compromettre les autres questions qui peuvent s'élever à l'occasion de la pairie, votre commission propose d'ajouter le paragraphe suivant : « Et « pour prévenir le retour des graves abus qui ont altéré le « principe de la pairie, l'art. 27 de la Charte, qui donne au <f Roi la faculté illimitée de nommer les pairs, sera soumis a à un nouvel examen dans la session de 1831, » Cette rédaction fut modifiée; l'article entier, sans restriction, resta soumis à la revision. Le lendemain, M. Guizot ne craignit pas de me dire que tout était au mieux dans les arrangements faits par lui ; l'ajournement de la question avait tout sauvé; lorsqu'elle viendrait à se reproduire au bout d'une année, elle serait nécessairement gagnée, les esprits ayant alors repris leur assiette et ne pouvant manquer de comprendre tous les avantages attachés à cette précieuse prérogative. On sait si les faits ont donné raison à son optimisme.

La Chambre des députés s'était réunie à neuf heures du soir; elle fut bientôt entourée par une foule de jeunes gens qui venaient la sommer d'écarter la monarchie et lui contester le droit de rien faire de définitif, parce qu'ils n'avaient

pas les pouvoirs nécessaires. M. de La Fayette, assisté de quelques autres personnages de même opinion, alla recevoir les chefs de l'attroupement, pour les calmer; il leur promit que le nouveau monarque serait entouré de tant d'institutions républicaines qu'on n'avait rien à redouter pour l'avenir. La Chambre, débarrassée de cette manifestation, débattit la question de savoir si l'abdication de Charles X et du Dauphin, qui venait de lui être envoyée ofliciellement par le commissaire provisoire au département de l'intérieur, serait déposée dans ses archives. M. Mauguin s'y opposa, soutenant que ce serait donner à cet acte beaucoup trop d'importance, que ce serait reconnaître un prétendu droit de légitimité impossible à défendre et à justifier. La Chambre ordonna le dépôt. Entre dix et onze heures, elle entendit le rapport de sa commission sur la proposition de M. Bérard et décida qu'il serait imprimé dans la nuit et distribué, afin que la délibération pût commencer à dix heures du matin.

La séance du lendemain dura jusqu'à sept heures du soir; je ne puis entrer dans les détails d'une discussion dans laquelle les questions les plus graves furent si légèrement tranchées. Bien peu de personnes se rendirent compte alors des conséquences de leurs votes; bien peu comprirent ce qu'elles accumulaient d'obstacles et même de dangers sur la route du gouvernement qu'elles voulaient sincèrement établir. Les droits qu'on prétendait s'arroger étaient exorbitants; c'était chose bien sérieuse que de fouler aux pieds la succession naturelle et légitime. Tout cela fut dit avec force et modération dans les termes par MM. de Conny, Ilyde de Neuville, de Lezardière, Berrycr et Arthur de La Bourdonnaye. M. Hyde fut écouté avec un grand intérêt; on connaissait sa parfaite loyauté, la sincérité de ses convictions et son dévouement à la famille exilée. M. de Podenas ayant laissé échapper contre Charles X le reproche de férocité, M. de Martignac crut

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