LOUIS-PHILIPPE !•' ROI DES FRANÇAIS
devoir relever cette inconvenante injure. Reconnaissant les fautes où l'avaient entraîné de pernicieux conseils, il rendit un éclatant témoignage aux grandes et généreuses qualités de ce prince; il avait eu, dit-il, souvent Toccasion de les apprécier. M. Alexis de Noailles parla dans le même sens. Ils étaient justement attristés des termes de la déclaration : (f Considérant en outre que, par suite de cette vio- « lation et de la résistance héroïque des citoyens de Paris, « le Roi Charles X, S. A. R. Louis-Antoine, Dauphin, et a tous les membres de la branche aînée de la maison royale, « sortent en ce moment du territoire français, déclare que le a trône est vacant, en fait et en droit, et qu'il est indispen- « sable d'y pourvoir. » A sept heures du soir, la déclaration fut adoptée par deux cent dix-neuf suffrages contre trente-trois. Le nombre des membres présents ne s'élevait donc qu'à deux cent cinquante-deux. Une expédition de cette pièce fut adressée à la Chambre des pairs, et, sans attendre sa décision, la Chambre des députés, en masse, se mit en route pour le Palais-Royal, où elle fut reçue par le lieutenant général et remit entre ses mains le titre en vertu duquel il allait être investi de la puissance royale.
La Chambre des pairs avait été convoquée ce même jour dans la matinée; la communication de la Chambre des députés n'arrivant pas, elle s'était séparée et se réunit de nouveau à huit heures du soir. Je donnai lecture du message que je venais de recevoir, dans lequel était la déclaration. L'émotion fut grande; le bruit s'était répandu que la Chambre des députés, sans attendre le résultat de la délibération de la Chambre des pairs, s'était rendue au Palais-Royal. M. de Chateaubriand représenta que, dès lors, il n'y avait pas lieu de déhbérer, que la participation de la Chambre des pairs était évidemment jugée inutile, qu'elle n'avait par conséquent rien de mieux à faire que de s'abstenir. Cette proposition fut écartée par la considération que, si la Chambre des députés faisait une démarche
précipitée et irrégulière, ce n'était pas une raison pour que la Chambre des pairs n'agît pas dans la limite de ses attributions.
M. de Chateaubriand parla avec son talent ordinaire; son discours fut surtout remarquable par l'àpreté des ressentiments personnels, s'adressant à ces champions du trône qui naguère le traitaient de renégat ^ d'apostat , de révolution^ naire!
« Vieux libellistes, leur disait-il, venez donc; le renégat a vous appelle. Venez donc balbutier un mot, un seul mot» « en faveur de l'infortuné maître qui vous combla de ses <( dons et que vous avez perdu. Provocateurs de coups <( d'État, prédicateurs du pouvoir constituant, où êtes-vous? a Vous vous cachez dans la boue du fond de laquelle vous « leviez vaillamment la tète pour calomnier les vrais servia teurs du Roi. Votre silence d'aujourd'hui est digne de « votre langage d'hier; que tous ces preux dont les exploits « projetés ont fait chasser les descendants de Henri IV à « coups de fourche tremblent maintenant accroupis sous a la cocarde tricolore, c'est naturel; les nobles couleurs a dont ils se parent protégeront leur personne et ne cou- « vriront pas leur lâcheté ! »
La déclaration de la Chambre des députés contenait, outre les questions les plus graves pour l'avenir du pays, une disposition particulièrement pénible pour la Chambre des pairs, celle qui prononçait l'exclusion d'une partie de ses membres. En vain plusieurs de ceux que cette mesure atteignait se hàtèrent-ils de faire le sacriGcc de leurs droits ; la difficulté restait la même, et aussi la répugnance à sacrifier des collègues. M. de Barante demanda que la Chambre, en adoptant, si elle le jugeait convenable, le reste de la déclaration, décidât qu'elle ne pouvait discuter une pareille question.
On délibéra alors sur la première des dispositions, qui portait que le trône était vacant, en fait et on droit, et qu'il